‹ Notice sur Émile Egger: sa vie et ses travauxChapitre 6 sur 31 · LETTRES DIVERSES · texte numérisé non relu

LETTRES DIVERSES

lo Lettre de Lamé, membre de l'Académie des sciences, aa sujet de l'aérostat-poisson, imaginé par Gaston-M aximilien Egger, père de E. Egger. — V. la Notice, p. 8.

En janvier 1860, M. Egger, ayant lu dans un numéro du journal Les Débats la description d'un ballon inventé par un ofBcier du génie, nommé Vert, qui Tavait baptisé du nom de Poisson-Volant, écrivit en marge du journal : « Cette idée d*un aérostat-poisson est celle môme qu'avait eue mon père, et dont témoignent les dessins que j'ai conservés. E. Egger. > Il soumit ces dessins à son confrère, M. Lamé, membre de l'Académie des Sciences, qui demeurait dans la môme maison que lui, rue Madame. M. Lamé répondit par la lettre suivante :

8 février 1860.

Cher et aimable voisin,

En plaçant les dessins dans un autre ordre, l'analogie et, conséquemment, la priorité, sont encore plus évidentes. Mais Fauteur de ces dessins a-t-il fait quelques expériences en petit, pour vérifier l'idée-mère ? C'est la réussite de cette idée qu'il importe surtout de constater.

Décidément la fièvre aérostatique apparaît périodiquement dans ce monde tous les trente-cinq à quarante ans : première période, Mongolfier et le ballon de Jemmapes; deuxième période, le vénérable inventeur que vous me signalez et plusieurs ingénieurs que j'ai connus vers 1825; troisième période, M. Vert et d'autres officiers du génie que le même sujet empêche de dormir.

La découverte de la navigation aérienne sortira- t-elle de là? C'est ce qu'on ne saurait prévoir. On peut, toutefois, affirmer que le grand problème serait résolu si l'on parvenait à obtenir un moteur de la force d'un cheval, et qui ne pèserait qu'un petit nombre de kilogrammes. Aussi travaille-t-on dans ce sens.

M. le baron de Séguier, membre libre de l'Académie des

sciences, est très au courant de tous les essais plus ou moins

fructueux qui ont été faits pour diriger les ballons. Si vous le

connaissez, montrez-lui ces dessins.

Laiie.

29 Gorrespondanoe ^tbo M. Reinhold DeieiinariB, d« Bordeaux, correspondant de l'Institat, an sujet d'un passage

des Géorglques. — V. la Notice, p. 23.

Lettre de M. Egger.

Paris, 13 sejptembre 1884.

Cher correspondant et ami,

En relisant, il y a quelques jours, le IV^ livre des GéorgiqueSy j'ai trouvé ou je crois avoir trouvé un sens nouveau pour les deux mois : vere suo (v. 22) qui ont tant embarrassé les commentateurs. Vous trouverez ci-incluses les preuves à l'appui de ma petite découverte que je vous soumets, après l'avoir fait approuver par quelques philologues de mon voisinage

E. Egger.

P' S. — Vous devinez quel est mon sens nouveau : l'âge de juste maturité pour voler à travers champs.

SuWait une note ainsi conçue :

Varron {De re rusHca, HI, 16, il), parlant de deux apiculteurs romains, dit : « Tum eos et velle expectare, ut

8U0 potius tempore mercatorem admitterent, quam celerius aliène, etc. »

CicÉRON {De lege agraria^ II, 2) : « Petere consulalum

anno suo. Et... me esse unum ex omnibus novis hominibus meminisse possimus, qui consulatum petierim, cum primum licitum sit, »

Q. CicÉRON {De petitione consulatus, VI) : « Nedum ii

quibus saluti fuisti, quos tu habes plurimos, non intelligant si hoc tuo iempore libi non satisfecerint, etc. »

ViRoiLB {Georg. IV, 190) :

Post ubi jam thalamis se composuere, siletur In noctem, fessosque sopor suus occupât artus.

Seimus explique le vere suo du v. 22, par : vere grato, apiissimo?

Répons* de M. R. DM«imeHa.

Loupiac, par Cadillac (Gironde), le 20 septembre 1884.

Cher et illustre maitre,

Je vous remercie de tout mon cœur de ce bon souvenir que vous daignez m'envoyer et qui, pour m'étre doux, n*avait pas besoin de tenir à Virgile.

Oui, certes, vous avez raison de croire que le vers 2i du 1**" livre des Géorgiques a été mal expliqué par Servius, et que les corrections arbitraires qu'on a voulu y introduire sont à repousser.

D'un autre côté, votre relevé d'exemples sur Tun des emplois du mot 8UUS est fort intéressant, et montre combien les mêmes instincts de race nous conduisent à des expressions

similaires, puisque dans notre propre langue nous avons des analogues passant pour des gallicismes.

Toutefois, je ne pense pas que ce sens de sum soit applicable dans le passage cité des Géorgiqiies, et je vais vous dire mes raisons.

D'après votre lettre, je crois que vous seriez porté à croire que, dans vere suOy le mot vere, employé au figuré, serait un qualificatif de l'abeille, et s'appliquerait à son âge propre, à son état de jeunesse adulte.

Mais, plus j'examine le passage {Georg., IV, 18-24), et plus je vois la nécessité de conser\'er la mention du printemps proprement dit, de celui de la nature. Reste à expliquer le sûtes qui a offusqué les éditeurs et leur a fait chercher des variantes arbitraires. — A mon sens, ce qui a été la cause de la difficulté est l'oubli de ce fait que la répartition des saisons chez les Romains ne concordait pas avec la nôtre. Cette notion utile avait cependant été rappelée par J.-H. Voss, dans son excellent commentaire allemand. Notre printemps officiel commence à la fin de mars, et, ce moment même étant celui de la sortie ordinaire des abeilles, on s'est demandé pourquoi Virgile avait appelé printemps des abeilles, vere suo, ce qui, en somme, est le printemps de tout le monde. Mais les Romains faisaient commencer cette saison, non pas au 20 mars, mais au 9 février, en sorte que cette concordance de l'essaimage avec l'ouverture du renouveau n'existait pas pour eux. A l'entrée du printemps des Romains, il faisait froid. Virgile lui-même l'a dit, en commençant son poème (ï, 43) :

Vere novo, gelidus canis cum montibus humor Liquitur.

et Ovide l'a dit plus expressément encore (Fasl. Il, 149) :

Quintus ab aequoreis nitidum jubar extulit undis

Lucifer, et primi tempora veris erunt.

Ne fallere taraen, restant tibi frigora, restant,

Magnaque discedens signa reliquit hiems.

Ce n'est évidemment pas en cette période du vere novo que les abeilles songeraient à sortir, et, si elles le faisaient, eUes

n'auraient pas alors, comme le constate le texte contesté (ï, 23), à se protéger contre la chaleur, decedere... calori. Une telle condition ne se présente que vers la fin de mars ou dans le mois d*avril. Cette partie spéciale du printemps, c'est « le printemps des mouches à miel », vere suo. C'est parce qu'il fait déjà chaud alors qu'elles ont besoin de s'abriter contre les coups de soleil,... calori; mais comme on est encore en un temps où le feuillage est peu développé, il faut, près de leur ruche et pour leur fournir l'ombrage et l'abri, obumbrety un arbre à feuilles persistantes, hospUiis frondeniibm, et Virgile propose pour cela l'olivier sauvage, oleaster^ ou bien le palmier, palrna.

Vous devinez, après tout ceci, pourquoi j'aurais peine à voir retirer de ce passage la mention du printemps, en tant que saison de l'année, puisque (si j'ai bien compris le poète) tout repose sur la notion des faits matériels relatifs à une partie spéciale de cette saison. A propos de vere novo (Georg. I, 43), Servius dit : < Anni quatuor sunt tempera, divisa in ternes menses, qui ipsorum temporum talem faciunt discretionem, ut, primo mense veris, novum dicatur ver; secundo, adultum; tertio, prœceps. Sic enim Sallustius dicit ubique : nova œstas; — adulta^ — prœceps, etc. » Il me semble qu'en disant vere suo, Virgile n'a pas voulu faire autre chose que désigner par un des faits rustiques les plus connus cette troisième partie du printemps, ver prœceps.

Je ne m'excuse pas de ne pohit appliquer ici votre ingénieuse et utile observation. Je sais que ce que vous recherchez avant tout, c'est la vérité; et ma qualité de paysan (presque du Danube) n'a d'autre compensation que de m'avoir fait remarquer bien des choses de la nature qui peuvent parfois servir à faire trouver cette vérité dans les Géologiques. Je ne prétends pas l'avoir rencontrée cette fois; mais je serais assuré de l'avoir fait, si mon explication avait votre assentiment. Je serais bien heureux d'apprendre qu'il en fût ainsi.

Recevez, cher et illustre maitre, l'expression de mes sentiments les plus affectueusement respectueux.

R. Dezeimeris.

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