‹ Notice sur Émile Egger: sa vie et ses travauxChapitre 8 sur 31 · BOISSONADE · texte numérisé non relu

BOISSONADE

4 mars 1846.

70 Ii«ttre de Sainte-Beuve, de l'Académie française, à E. Egger.

Ce 35 décembre.

Monsieur,

Je suis bien sensible à votre flatteuse attention (1), et je vous en aurais déjà remercié, si je n'élais plus occupé que je

(i) n s'agit d'une leUre que M. Egger avait écrite 4 Sainte-Beuve i Toccasion d'un article du célèbre criUque sur Napoléon écrivain militaire (ÇauserieM du lundUy t. I, p. 182), et dans laquelle M. Egger avait fait quelques réserves sur Tatlicisme de Xénopbon, tel que paraissait l'entendre ^ûnte-Beave. Voici le passage visé dans la lettre de M. Egger et que Sainte-Beuve s'applique

ne puis dire. — Vous avez bien deviné en pensant que je n'avais voulu que loucher les différences qui séparent Napoléon, écrivain, des anciens que vous connaissez si bien. Ceux mêmes qui n*ont fait que les entrevoir ne peuvent méconnaître ces différences. Pour Xénophon, en parlant de son atticisme, je n'ai nullement entendu exclure par ce mot la simplicité, la familiarité et, au besoin même, la crudité de l'expression. Mais l'atticisme de diction, selon moi, réside plutôt dans le tour, dans la manière de dire, dans une certaine façon à la fois négligente, aisée et choisie. Xénophon si simple est tout plein de ces petits mots qui donnent à la pensée toutes ses nuances, et au fait toutes ses circonstances. Napoléon est plus positif et si brusque, qu'il a même supprimé, pour ainsi dire, la conjonction et.

Vous n'êtes pas trop petit. Monsieur, pour venir dans ces essais d'analyses; vous n'êtes que trop fort et trop savant : là est pour nous la difficulté. Je ne choisis point absolument mes sujets ; je les concerte avec la direction du Constitutionnel; je propose, j'insiste, j'ajourne; j'obéis enfin aux conditions nouvelles du mode de publication que j'ai accepté et où j'ai à vaincre des difficultés d'un nouveau genre. J'ai donc besoin de votre indulgence, non seulement pour ce que je dis, mais aussi pour ce que je diffère et que j'ajourne.

Agréez, je vous prie, l'expression de mes sentiments les plus distingués et les plus obligés.

Sainte-Beuve.

à justifier : t Napoléon est simple et nu. Son style militaire offre an digne

pendant aux styles les plus parfaits de rantiquité en ce genre, à Xénophon et à César. Mais chez ces deux capitaines si polis la ligne du récit est plus fine ou du moins plus légère, plus élégante. Napoléon est plus brusque, je dirais plus sec, si de temps en temps les grands traits de son imagination ne faisaient clarté, n a reçu, on le sent, une éducation moins attique, et il sai^ plus d'algèbre que ces deux illustres anciens. Sa brièveté a un cachet de positif. En général la volonté se marque dans son style. »

tf Fragmenta de lettVM 4a duo d'Albert de Laynes, memkdn libre de l'Aoadtaile des inscrip^lQiiii et belles-lettrée. -^

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