V. la Notice, p
A Toccasion de l'inauguration de la statue de Jeanne d'Arc par Foyatier, la municipalité d'Orléans avait eu la pensée de faire frapper unf médaille commémorative de cette cérémonie. M. Egger, consulté par M. Mantellier, alors Directeur du Musée historique d'Orléans (depuis Correspondant de l'Institut, et Conseiller à la Cour de cassation), avait écrit au duc de Luynes pour lui demander de vouloir bien désigner un graveur. Le duc de Luynes répondit par la lettre suivante, en date du 14 mai 1861 :
Je ne saurais répondre avec certitude à votre question sur le meilleur graveur à proposer au maire d'Orléans.Si la détestable statue équestre de M. Foyatier doit figurer sur cette médaille, le premier venu est bon pour la reproduire. Si l'on veut, au contraire, un graveur dont l'œuvre fasse, en quelque sorte, oublier un si malheureux monument, il faut le bien choisir, et surtout ne pas lui imposer des idées municipales. Dans les souvenirs que je puis recueillir, MM. Barre, Bovy et Oudiné sont restés les meilleurs. Ce que je counais de M. Bovy me le ferait préférer. Toutefois, le meilleur d^e c§p artistes ne peut se comparer, préjugé à part, aux graveurs, auteurs des médaillons romains que j'ai vus dans la collection de M, Dupré il y a quelques jours. Mais on ne peut évoquer ceux-là, et il faut se cQntonler des vivants,
Le 4 janvier 1869, quelques mois après la mort de sa seconde (énne
(juillet 1861), le duc écrit d'Hyéres :
Vous m'enseignez par votre exemple, mon cher confrère, que l'on peut dompter une poignante douleur et se consacrer avec une énergie nouvelle au bien de ceux que la cruelle mort a encore épargnés ; mais, je l'avoue, si autrefois je l'ai pu, aujourd'hui je n'en ai plus la force... Je crois qu'il y a
da?)s la vie 4es événeu^ents qui nQ^^ ayei^isneiD^ q\x^ 1^ terme approche et qu'il est temps de tourner so^ ^^p^U y^pa 4*autr^s pensées,
D'Hyères encore, le 5 novembre 4865, il écrit, à propos de la notice composée par M. Egger sur le duc de Clermont-Tonnerre :
Comme dans tqut ce que yqus écrivez, j'y ?ti trouvé ç^tte 4élicatP appréciation du biep exprimée en termes élégauts et simples, qui rehaussent le mérite de l'auteur et de son sujet, J'ignorais, je l'avoue, que M. de Clermont-Tonnerre fût aussi bon helléniste ; mais j'ai vu avec grand plaisir combien, en le louant, vous avez su faire aimer son caractère et la conduite de toute sa vie. Dieu nous donne dans ce qui était la noblesse beaucoup d'hellénistes semblables!
Oq 9 vu (Notice, p. 92) quç M. ^f gger avmt publié, m la révisant et la complétant, une traduction 4e Pindare par Boissonade. De concert avec MM. P^ul et Gustave Boissonade, fils de Tillustre helléniste, l'ouvrage avait été dédié au duc de Luynes. En tét^ du petit volume et à la suite de la dédicace, Téditeur avait fait imprimer en épigraphe le frsigmeDt de Pindare suivant, qui était une allusion délicate au généreux emploi que le duc faisait de sa grande fortune :
Q TrXoyrqç 9\lfl^^Pfhç^ OT«v T(Ç 4:/)«T^ xn;^» -r-
^ ' (Pyth. V,l.)
Cette citation ét^t suivie d'un p^f^^age 4e^ (Ip^émér-itl^^ 4^ ]^i^fip|de ainsi conçu : « |.e13 avril 1855, M- le duc de l^vyiies, fivfig une gr^ça infinie, vient à ma place pour me demander de Ivii p^fmettr^ de se charger des frais de mon édition de Lysias (1) ; il a une grande fortune et encourage magnifiquement les artistes et même les philologues. Cette offre absolument spontanée m'a sensiblement touché (2). Nous en devons
(1) n s*a(pssait d*un travail de Boissonade sur 1^ 4!^urs de Lysias, au sujet du meurtre d*Eratosthène. Ce travail est resté inachevé.
(d) C'était M. Egger qui avait signalé au duc de Luynes, lequel était entré aussitôt dans «es vues, ce service à rendre à BpissQnide.
reparler, mais je n'accepterai pas : ses libéralités peuvent avoir maint emploi plus utile. »
Lorsque le volume fut imprimé, M. Egger alla à Dampierre Toffrir au duc auquel il se félicitait, disait-il, de procurer une visite où on lui donnait quelque chose sans rien demander. Le duc, qui avait accepté la dédicace par une lettre du 4 juin 1867, et cela dans des termes d'une extrême modestie, fit au visiteur le plus aimable accueil, et quelques jours après (19 août 1867), il envoyait à M. Egger une lettre où se lit le passage suivant :
.Fai écrit à M. Boissonade dès le lendemain de voire visite, mon cher confrère, pour lui témoigner la gratitude que je lui dois ainsi qu'à vous. La citation des Éphémérides de feu Monsieur son père et l'épigraphe tirée de Pindare m'ont profondément louché, et je vous prie de recevoir comme lui mes très vifs remerciements pour cette honorable dédicace et pour les sentiments qui vous l'ont inspirée. Je suis honoré de vous avoir cette obligation et vous en offre l'expression avec celle de l'attachement bien dévoué de votre très peu digne confrère.
d'Albert de Luynes.
Le 15 octobre 1867, le duc annonçait à son correspondant le mariage de son petit-fils Charles, duc de Chevreuse, avec la fille du duc de Bisaccia ; le duc de Cbevreuse devenait duc de Luynes quelques mois après ; c'est le même qui mourut à Patay. Il avait pour frère le duc de Chaulnes, dont le nom est si connu par les douloureuses contestations entre la duchesse de Chevreuse, sa mère, et la duchesse de Chaulnes, sa veuve.
Par une dernière lettre du 21 octobre 1867, datée de Dampierre, le duc annonçait à M. Egger son départ pour Rome, où il mourut le 15 décembre suivant.
90 Lettres du duo de Glermont-Tonnerre. — V. la Notice, p. 74.
Monsieur,
J'ai trouvé, à mon retour des eaux d*Aix-la-Chapelle, Finléressant travail dont vous avez eu Texlréme amabilité de
m*envoyer un exemplaire. Je me suis empressé de le lire et de le méditer, et j*ai hàle de vous remercier. C'est une vraie conquête pour la science littéraire et hellénique que la découverte du discours funèbre d'Hypéride en l'honneur de Léosthène et de ses compagnons d'armes, et c'en est une pour la littérature française que la traduction que vous en avez donnée, que j'ai comparée avec le texte, avec autant d'intérêt que d'attention, et à laquelle, bien qu'en ne vous refusant pas l'usage d'une indispensable liberté, vous avez donné des traits de ressemblance tels avec l'original, que ceux qui ne pourraient pas lire le texte pourront se dire qu'ils ont une véritable connaissance d'Hypéride, quand ils auront lu une traduction qui en est, pour ainsi dire, une contreépreuve. J'ai principalement remarqué. Monsieur, avec quelle habileté et quel bonheur vous êtes parvenu à suppléer les nombreuses et regrettables lacunes que le temps avait produites dans le précieux papyrus qui, grâce à vous, se trouve nous avoir rendu dans son intégrité, après plus de deux mille ans, l'œuvre du grand orateur et avoir restitué à la mémoire du héros qu'il avait célébré les louanges qu'il avait méritées par ses exploits.
J'ai été frappé comme vous. Monsieur, du reflet d'isocrate qui apparaît visiblement dans le discours d'Hypéride; mais à cela, comme vous, je ne vois rien qui doive surprendre, puisque Hypéride avait été le disciple d'isocrate; les jeunes gens destinés à acquérir de la célébrité dans l'avenir, lorsqu'ils ont le bonheur de travailler sous la direction de quelque homme d'une grande supériorité, reçoivent de son génie une impression plus forte et plus durable que les autres, parce qu'appréciant mieux ses leçons, ils leur donnent une attention plus profonde et plus suivie. Or il était naturel qu'un effet de cette nature se produisît d'isocrate à Hypéride, et Isocrate à coup sûr eût été loin de s'en plaindre, s'il eût vécu à cette époque, lui qui pardonnait à ses adversaires de se servir de ses arguments et de ses paroles, se réservant seulement le droit de se servir de ses propres richesses, si l'occasion s'en présentait.
Parmi les imitations d'isocrate que renferme le discours
d*Hypéride, là plus i^emârquable est dans lé rapprochement (jué fait Hypéride de la guerre lamiâque avec la guerre de Troie, dé même qu'Isocrate avait rapproché cette dernière guerre de la guerre contre les Perses. L'objet commun des deux rapprochements ne pouvait être pris dans une sphère plus élevée, et les deux orateurs semblent s*étre efforcés de déployer toutes les magnificences de leur génie. Or il semble qu'ici la supériorité doit appartenir évidemment au maitre sur le disciple. Elle apparaît dans le choix même du point commun de comparaison. En effet, on conçoit parfaitement qulsocrate n'ait pas craint de placer la guerre persique au regard même dé la guerre de Troie : il n'existe pas dans l'antiquité une guerre plus noble et plus sainte dans son motif, plus glorieuse dans ses développements, plus grande dans ses résultats que la guerre persique, et les vérités qu'elle a fournies à rhistoire soutiennent la comparaison avec les fictions de la guerre des héros et des demi-dieux ; mais personne ne s'expliquera comment on a pu, si ce n'est pour faire ostentation de talent et d'éloquence, essayer d'assimiler la guerre lamiâque à la guerre de Troie. Les sentunents des chefs et des soldats étaient certainement les mêmes ; le but était aussi la gloire, la puissance, le salut de la Grèce; mais la guerre de Troie était une guerre juste en même temps que politique, car elle punissait une grande injure, en même temps qu'elle prévenait un grand danger ; tandis que la guerre lamiâque, si elle était conforme à la politique absolue, en ce sens que la Macédoine était attaquée dans un moment ou la guerre d'Alexandre la plaçait dans une situation périlleuse, était une guerre sans justice, puisque cette agression avait lieu pendant qu'on était en paix, et qu'aucune atteinte réelle n'avait été portée aux traités. Enfin, pour ce qui touche à l'importance des deux guerres, il est certain qu'il n'y a pas de comparaison à établir entre le siège de la petite ville de Lamia et celui de la capitale de l'Asie, entre une guerre qui dure un an et se termine par une défaite et une lutte de dix ans qui a pour résultat la destruction d'une puissance qui menaçait de soumettre la Grèce entière. ' O^Uàiit à rœiivre considérée en elle-même, on est heureux
d'y retrouver les principes de philosophie d'Isocrate: le respect des dieux, Tamoûr de la patrie et cette profonde conviction de l'immortalité de Tâme, comme de la justice divine, que professait aussi Platon; comme aussi tout le monde admirera l'élévation et la grandeur des pensées, la noblesse et rénergie du style; seulement il est probable que quelques lecteurs regretteront qu'il n'ait pas été donné à Hypéride d'atteindre cette douceur harmonieuse par laquelle Isocrate rivalise avec les poètes et surpasse tous les orateurs.
Je m'arrête, et déjà. Monsieur, j'ai dépassé les limites que j'avais voulu me fixer. Permettez-moi de réclamer votre indulgence pour de simples aperçus que je soumets à votre jugement, et permettez-moi aussi, en vous renouvelant mes remerciements, de me féliciter avec vous, pour la science, de la découverte d'un si beau discours, considéré comme à jamais perdu depuis si longtemps.
Agréez, Monsieur, l'assurance de ma haute considération.
Duc DE Clermont-Tonnerre.
Grisolles, le 10 octobre 1858.
Dans la lettre suivante, en date du 21 novembre 1863, le duc, qui parlait facilement l'anglais, Tailemand, l'italien et l'espagnol, explique comment il apprit le grec :
Quant au grec, dit-il, j'avais pris de bonne heure la résotion de l'étudier à la première occasion où j'en aurais la possibilité sans nuire à des choses de devoir, et, afin de m'obliger à tenir ma résolution, j'avais pris l'engagement avec moi-même de ne jamais lire Homère en français, afin de le lire pour la première fois dans l'original grec. J'avais tenu ma résolution, et ayant été nommé maréchal-de-camp et commandant de la brigade des grenadiers à cheval de la garde, je me trouvai assez de loisir pour étudier le grec. J'y mis de la suite et de l'ardeur : je continuai, autant que je pus, étant ministre, et par le conseil du savant M. de Pouquevillej qui m'honorait de son amitié, j'entrepris plus tard la traduction d'Isocrate.
Ce n'est pas en 1830, mais en 18Î8, qtie je tte sms
trouvé éloigné des affaires par la dissolution du ministère de ViUèle, dans lequel j'avais été successivement ministre de la marine et de la guerre, et je crus alors remplir un devoir de dire au* bon roi Charles X, en lui témoignant mes regrets, que j'étais surtout affligé, parce que je craignais que notre ministère ne fût dans la nuance de royalisme la plus forte qui pût convenir à la France.
lOo Lettres du comte Sclopis de Salerano. — V. la Notice, p. 74.
Turin, 19 mars 1871.
Cher ami et honoré confrère.
Il me faut absolument de vos nouvelles; j'ai besoin de savoir comment vous vous trouvez, vous, cher ami, et toute votre famille, après ce que je n'hésite point à appeler un grand désastre politique et moral. J'ai été dans le temps effrayé en lisant dans les journaux que plusieurs obus étaient tombés rue de Madame; cette rue est longue, et j'espère qu'ils auront éclaté loin du n** 48 (1). Mais encore M"**^ Egger et vos enfants n'ont-ils pas été trop vivement émotionnés? Étaient- ils sortis de Paris avant l'investissement de la ville? Vous-même, comment allez-vous? Car après tout on peut bien braver les dangers, sans se mettre pour cela à l'abri des atteintes des influences malsaines provenant du mauvais air et de la mauvaise nourriture. Soyez donc assez bon pour me renseigner sur tout ce qui tient à vous. Je vous en remercie d'avance.
Au milieu de toute cette agitation, de tout ce fracas, de toutes ces anxiétés, la conduite tenue par l'Institut a été admirable; c'est la tranquillité d'Archimède. Voilà encore un triomphe de la science, la supériorité morale prouvée matériellement.
Maintenant après ces rudes épreuves, ces énormes sacrifices, que se prépare- t-il chez vous? J'ai la plus haute idée des forces de toute espèce que possède la France, et je ne doute point que sous peu elle se redresse complètement ; je
(1) Ai;ûourd*hui n» 68.
ne crains pour elle que Teffet des dissensions politiques, les discordes civiles. On peut croire cependant que l'expérience du passé répondra de la sagesse de l'avenir. On se retrempe dans l'adversité. La fortune peut-être vous avait trop souri ; vous avez abusé de ses avances ; mais vous ne tarderez pas à vous appuyer sur quelque chose de plus solide : la fermeté des institutions et la vigueur de la discipline. Croyez, cher ami et honoré confrère, à la sincérité de l'intérêt que je prends au bonheur de votre noble patrie, et au dévouement affectueux que j'ai pour vous. Offrez, je vous prie, mes respects à M"*® Egger, et recevez les compliments empressés de W" Sclopis.
Frideric Sclopis.
Genève, hôtel de la Paix, 20 juillet 1872.
Cher et honoré ami.
Je ne pense pas que vous'puissiez faire à mes collègues en arbitrage le tort de croire qu'ils n'apprécieraient point votre excellent travail sur les Traités publics chez les Grecs et les Romains. Nous ne sommes point des barbares, et si vous voulez nous faire cette largesse, vous pourriez être sûr de notre reconnaissance. Seulement, je vous dirai qu'outre les cinq arbitres (ou plutôt les quatre, car, pour ma part, j'ai déjà reçu ce présent), il y a les deux Agents d'Angleterre et d'Amérique, et ensuite quatre avocats, tous gens de beaucoup de mérite et très connus dans le monde diplomatique.
Je vous prie de présenter mes devoirs à M™*' Egger et de me croire à vous de cœur.
Frideric Sclopis.
M. Egger ayant fait à tous les membres, agents et conseils du Tribunal d'arbitrage l'envoi indiqué dans la précédente lettre, le comte Sclopis lui en accusa réception par la lettre officielle suivante :
Genève, le 90 juiUet 1872.
Monsieur,
Dans la séance tenue aujourd'hui par le Tribunal d'arbitrage, je me suis empressé d'offrir, d'après votre désir, et de
votre part, à chacun do MM. les arbitres, de MM. les agents des gouvernements américain et britannique et de leurs conseils respectifs, un exemplaire de vos « Etudes historiques sur les Traités publics chez les Grecs et chez les Romains, depuis les temps les plus anciens jusqu'aux premiers siècles de rère chrétienne » .
Cette offre a été agréée par ces Messieurs avec les sentiments de la plus haute estime, due aux mérites bien connus de Vautour, et avec tout l'intérêt que leur inspire ce genre de travaux qui se rattache particulièrement à leurs études habituelles.
C'est donc en leur nom que je vous adresse, Monsieur, les remerciements les mieux sentis.
Très flatté de devenir auprès de vous l'organe de ces sentiments, je vous remercie à mon tour de m'avoir procuré cette occasion do vous renouveler Tassurance de mes vives sjTiipatliies et de mon paifiiit dévouement.
Votre dévoué serviteur et confrère,
Frideric Sclopis.
A la lettre of&cielle était jointe la lettre particulière suivante :
Cher ami et très honoré confrère,
Après la lettre en grand format que je vous ai expédiée ce matin, cj; œdibus palatiniSy coi^l-ix-divc de rilôtol-de-Ville de la colonie des Allobroges, vous recevrez cette minuscule, qui vous parlera, comme toujours, avec effusion, de mon amitié, et vous renouvellera mes nMUorciemenls pour l'envoi des livres. J'étais fier de présenter eu votre nom un excellent ouvrage, dont mes collègues feront sans doute leur j)rofil.
M'"*" Sclopis a rempli la tâche que vous désiriez. Elle a écrit de sa mahi 7iitide et diligente?' les noms des destinataires, avec l'honmiago obligé de l'auteur. Pour que vous connaissiez bien les noms de ces Messieurs, la urmuo main vous les écrira de nouveau. Tout ce monde-là est très bien pour moi, et nous continuons notre travail avec assiduité. Les jours où nous ne nous réunissons pas, nous faisons notre devoir chez nous, et
cela durera encore assez longtemps. En attendant, et nunc et sempeTy croyez à la sincérité de mes sentiments affectueux.
Frideric Sclopis.
Turin, 2 décembre 1873.
Cher et honoré ami,
Les deux exemplaires du mémoire de M. Le Blant sur Le détachement de la patrie me sont parvenus ainsi que votre aimable lettre du 23 du mois dernier. Je vous remercie de ce double témoignage de votre gracieux souvenir. L'Académie recevra avec reconnaissance le travail de M. Le Blant, qui appelle une attention particulière d'abord par le mérite de l'ouvrage, ensuite par la spécialité du sujet. Aurions-nous cru aux jours de notre jeunesse devoir être réduits à ce pohit de désorganisation morale d'avoir à plaider la cause de la nationalilé et de la vraie patrie? L'Académie ne manquera certainement pas d'apprécier la haute portée des études auxquelles M. Le Blant se livre avec tant de succès...
Frideric Sclopis.
Turin, 23 mars 1877.
Oh ! la bonne, l'aimable, la chère lettre que vous venez de m'écrire! Recevez donc tous mes remerciements, cher et illustre ami, du soin que vous avez pris de me tenir au courant de vos études, de vos habitudes et môme de vos mondanités...
J'aime à vous voir dans ce salon de M. Thiers, où j'ai si souvent, dans mes voyages alors fréquents à Paris, reçu un accueil si gracieux et si flatteur. Ne m'oubliez pas, je vous prie, quand vous serez au milieu de cette société d'éiite. Dites à l'illustre maître de la maison que je ne cesse d'être son admirateur; parlez à ces dames du prix que j'attache à la bienveillance dont elles ont bien voulu m'honorer.
Vous me dites qu'il faut des ambitieux pour mener un peu les hommes, mais qu'il n'en faut pas trop. Je voudrais bien
voir quelque ^raïul ambitieux capable et puissant nous tirer de l'état d'incertitude et d'angoisse dans lequel l'Europe s'épuise depuis bien des années.
Vous me parlez d'une esquisse d'une histoire générale
de la langue grecque : c'est l'histoire tout entière qu'il faut dire. Vous en avez déjà, par vos travaux précédents, donné une grande partie. Qui mieux que vous pourrait comprendre et conduire à terme ce grand ouvrage? C'est vous qui pourrez alors vous écrier : Exegi, etc. A l'œuvre donc, cher et illustre confrère, et que je puisse encore vous applaudir.
Croyez à la sincérité de mon affectueux dévouement.
Frideric Sclopis.
11» Ijettres de M. A. d'Abbadie, membre de l'Académie
des scienoes. — V. la Notice, p. 68.
Cher confrère,
Votre dernier flUeul est depuis deux jours chez le petit-fils du grand Herschel. Je ne sais encore si, tout entier à la construction de son appareil, il voudra élever votre créature et la présenter au monde savant en reniant son enfant mulâtre dit grain7?iètre.
Je vous remercie pour vos Notions élémentaires de grammaire comparée, et suis peu surpris d'en voir la 8° édition, car vous vous imposez au lecteur et je me suis donné le plaisir de vous relire. Permettez-moi à cet égard deux petites remarques : à la page 55, je voudrais supprimer le mot tous dans la 14*' ligne, car les Anglais, même illettrés, disent toujours she (elle) en parlant d'un navire. 11 est vrai que l'exception confirme la règle et que vous n'aviez pas à citer d'excep lions.
Venons à l'autre remarque. 11 s'agit d'une quœstio vexata et tellement vexante pour moi, que j'ai oublié la très vraisemblable explication donnée par un auteur allemand pour l'origine de théodolite, 11 citait tous les livres qui en ont parlé successivement, et concluait comme votre texte : « Mauvaise
composition et fautes d'impression. » Biot, dont je suivais le cours d'astronomie en 1831, donnait magistralement Qsàoiuu et Mtyôç, mais comme Biot n'était point philologue, il resta court quand je lui demandai comment un xP^ut se changer en /.
Je voudrais que votre appendice fût lu et relu par tous nos confrères, car la fièvre de l'hybridité s'étend d'une manière alarmante.
Veuillez agréer l'expression de mes sentiments distingués.
Antoine d'Abbadie.
Paris, 1881, juillet 10.
Cher confrère,
En vous remerciant pour le don de vos « Notions de grammaire comparée », où vous châtiez à si juste titre la manie contemporaine des nouveaux mots hybrides comme pluviomètre, etc., permettez-moi d'ajouter quelques détails sur le théodolite, instrument dont j'ai fait grand usage en Afrique.
L'étymologie que vous citez pour ce terme est ancienne, car je l'ai entendu proposer, en 1831, par Biot dans son cours de la Sorbonne. J'objectai alors à cet astronome qu'un x ë^^^ ^^ saurait se changer en /, mais Biot, n'étant pas philologue, ne fit pas cas de mes scrupules.
M. Radau, mathématicien français, vient de m'envoyer la note suivante qui jette un peu de lumière sur la question :
« De Morgan, auteur anglais, dit que le mot théodolite a été employé pour la première fois dans l'ouvrage de Léonard et Thomas Digges, intitulé : Geometrical practise named pantometria (London, 1571) ; il y signifie simplement un cercle divisé, muni d'une alidade. William Bourne, dans son Treasure for Travailers (1578), désigne le même instrument parles mots horizontall or flatte sphère : le mot alidade s'écrit chez lui, d'abord alydeday, ensuite toujours alhelida. Il nomme athelidated circle co que Digges appelle theodolited circle. On est donc tenté de supposer que théodolite a été formé, par corruption, du terme alidade. Le dictionnaire de Savérien, publié en 1753, dit que le théodolite est un instrument semblable à un graphomètre. Dans un brevet américain on
trouve le mot théodolite y dès Tannée 1738. Ce brevet fut pris par Roland Houghton pour un new théodolite by which land could be surveyed. »
Je me plais à croire que vous vous joindrez à moi pour engager les érudits à faire pour les auteurs français une revue analogue à celle que de Morgan a effectuée pour les livres en langue anglaise. Il faudrait y énoncer le sens qu'on a attaché au terme théodolite. Ciiez nous, c'est une lunette munie de deux cercles divisés et perpendiculaires. Ailleurs, c'est tantôt une lunette mobile dans le sens vertical et munie d'un seul cercle horizontal; enfin, en Allemagne, dit-on, un théodolite est une lunette mobile au centre d'un cercle qui peut être établi à volonté dans une situation verticale ou horizontale.
Voilà beaucoup de mots à propos d'un seul : ils m'amènent au moins à vous renouveler l'expression de mes sentiments très distingués.
Antoine d'Aboadie.
Abbadia, Hendaye, 1881, X«> 9.
120 Lettres d'Auguste Barbier, de rAcadémie française.
Paris, 10 octobre 1872.
Monsieur et cher confrère,
J'ai bien des excuses à vous faire pour avoir si longtemps tardé à vous remercier de l'envoi de vos Mémoires de littérature ancienne. De la souffrance, divers déplacements, ont interrompu ma lecture de votre excellent livre, mais enfin j'en ai pris connaissance entière, et je puis vous exprimer tout le plaisir qu'il m'a causé. C'est un ouvrage si substantiel et si plein d'érudition, qu'il faudrait être un Boissonade ou un autre Egger, permettez-moi celte façon de dire, pour en discourir pertinemment. Je ne suis qu'un poète, un amoureux des Muses, prenant la fleur des choses et, partant, n'ayant guère compétence pour discuter le fond; n'importe, tous les points d'histoire littéraire ancienne élucidés par vous m'ont
paru rétro d'une manière profonde et piquante à la fois, et, tous, ils m'ont vivement intéressé. Vous avez rectifié dans mon esprit bien des idées trop légèrement acceptées, et je vous en remercie. Parmi vos doctes chapitres, ceux qui m'ont particulièrement attaché sont vos dissertations sur Homère et ses traducteurs, vos opinions sur le théâtre grec, sur la poésie pastorale, l'histoire et la poésie légendaire, et enfin votre charmant parallèle de Voltaire et de Lucien. Tous vos jugements me paraissent portés avec beaucoup de mesure et une grande finesse de pensée, et à ces mérites se joint une constante élégance de style. 11 n'est pas difficile de retrouver dans votre œuvre et dans votre enseignement quelque chose de la tradition voltairienne. Vous tenez, à mon sens, au grand Arouet non par le fond entièrement, mais par la forme. En un mot, votre critique est bien française; elle est claire, spirituelle, histruite et concise. Sous ces rapports, combien je la préfère à cette critique allemande, fort savante, il est vrai, mais si lourde, si diffuse, si chimérique parfois et toujours si pédante î
Je n'ai pas encore achevé la lecture du poème de votre ami, M. Robert, mais je compte bientôt lui dire quel est mon senthnent au sujet de cette haute et grave conception.
Veuillez, Monsieur et cher confrère, agréer l'assurance de mes meilleurs sentiments.
Votre bien dévoué,
Auguste Barbier,
de rAcadémie irançaise.
Paris, 9 octobre 1879.
Monsieur et cher confrère,
En revenant de la campagne, j*ai trouvé votre aimable envoi. Je vous remercie de ce bon souvenir. J'ai lu avec un vif intérêt votre dissertation sur Socrate et le Dialogue socratique, 11 est possible, et je le crois avec vous, que cette forme de discours ait été employée avant le grand esprit qui en fit usage, mais ce qui me parait certain, c'est que le génie de Platon la rattachera éternellement à Socrate.
Votre critique est de celles qui me plaisent le plus. C'est une investigation savante et judicieuse sous une forme précise, claire et élégante, en un mot, éminemment française. Votre nouvel opuscule contient un beau portrait du divin causeur d'Athènes, et j'applaudis de tout mon cœur à ce trait final : TAtticisme, autrement dit la mesure et l'élégance, était pour Socrate une seconde forme du patriotisme,
Continuez, Monsieur et cher confrère, à nous montrer
la roule du beau et du bien; vous avez en moi un auditeur attentif.
Agréez, je vous prie, l'assurance de mes sentiments les plus distingués et les plus dévoués.
Auguste Barbier.