‹ Notice sur Gérard de NervalChapitre 11 sur 16 · GERARD DE NERVAL XIX · texte numérisé non relu

GERARD DE NERVAL XIX

la vie du prince est menacée et que son propre honneur est compromis. Regardé comme un traître par son ancien parti, suspect au parti de la cour, faisant en personne ce qu'il devrait laisser faire à des subalternes, contrariant les intérêts par des rigorismes outrés, marchant en aveugle dans le dédale des intrigues, en quelques mois de pouvoir il perd sa popularité , ses aminés et presque son honneur domestique, et résigne sa charge, désabusé de ses rêves, ne croyant plus à son talent, doutant de l'homme et de l'humanité. Cependant, ce n'est point un piège machiavélique qu'on lui a tendu : le prince s'est prêté loyalement à l'expérience; il a apporté en toute franchise son concours au penseur.

L'impression de ce drame, d'une rare impartialité philosophique, serait triste, s'il n'était égayé par la peinture la plus exacte et la plus vivante des universités. Rien n'est plus spirituellement comique que ces conspirations d'étudiants pour qui boire est la grande affaire, et qui songent à Rrutus en chargeant leur pipe. Cette pièce, d'un poète enivré à la coupe capiteuse du mysticisme allemand, semble, chose bizarre, l'œuvre froidement réfléchie d'un vieux diplomate rompu aux affaires et mûri par la pratique des hommes ; nulle colère, nul emportement, pas une tirade déclamatoire, mais partout une raison claire et sereine, une indulgence pleine de pitié et de compréhension.

De longs voyages en Orient succédèrent à ces travaux. Les Femmes du Caire et les Nuits du Ramazan marquent cette nouvelle période. Passer des brumes d'Allemagne au soleil d'Egypte, la transition était brusque, et une moins heureuse nature eût pu en rester éblouie. Gérard de Nerval, dans ce livre, dont le succès grandit à chaque édition, a su éviter l'enthousiasme banal et les descriptions «d'or et d'argent plaqués» des touristes vulgaires. Il nous a introduits dans la vie même

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