‹ Notice sur Gérard de NervalChapitre 12 sur 16 · XX GERARD DE NERVAL · texte numérisé non relu

XX GERARD DE NERVAL

de l'Orient, si hermétiquement murée pour le voyageur rapide. — Sous un voile transparent, il nous a raconté ses aventures avec ce ton modeste et cette naïveté enjouée qui font de certaines pages des Mémoires du Vénitien Carlo Gozzi une lecture si attrayante. L'histoire de Zeynab, la belle esclave jaune achetée au djellab dans un moment de pitié philanthropique, et qui embarrasse son voyage de tant de jolis incidents à l'orientale, est contée avec un art parfait et une discrétion du meilleur goût. Les mariages à la cophte, les noces arabes, les soirées de mangeurs d'opium, les mœurs des fellahs, tous les détails de l'existence mahométane sont rendus avec une finesse, un esprit et une conscience d'observation rares. Le style se réchauffe et prend des nuances plus ardentes sans rien perdre de sa clarté.

Les légendes de l'Orient ne pouvaient manquer d'exercer une grande influence sur cette imagination aisément excitée, que l'érudition sanscrite des Schlegel. le Divan oriental-occidental de Gœthe, les ghazels de Ruckert et de Platen avaient, d'ailleurs, préparée depuis longtemps à ces magies poétiques. La Légende du calife Hakem, V Histoire de Balkis et de Salomon montrent à quel point Gérard de Nerval s'était pénétré de l'esprit mystérieux et profond de ces récils étranges où chaque mot est un symbole; on peut même dire qu'il en garde certains sous-entendus d'initié, certaines formules cabalistiques, certaines allures d'illuminé qui feraient croire par moments qu'il parle pour son propre compte. Nous ne saurions pas très-surpris s'il avait reçu, comme l'auteur du Diable amoureux, la visite de quelque inconnu aux gestes maçonniques, tout étonné de ne pas trouver en lui un confrère. Une préoccupation du monde invisible et des mythes cosmogoniques le fit tourner quelque temps dans le cercle de Swedenborg, de l'abbé Terrasson et de l'auteur du Comte de Gabalis. Mais cette tendance

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