‹ Notice sur Gérard de NervalChapitre 9 sur 16 · GERARD DE NERVAL XVII · texte numérisé non relu

GERARD DE NERVAL XVII

boucles et de rubis dans l'ombre d'une crypte. Les rimes sonnent comme des timbres d'or; la phrase, quoique d'un mystère à faire trouver Orphée ou Lycophron limpides, a la plus magnifique tournure et la solennité la plus grandiose. On dirait les oracles d'un dieu inconnu.

Mais laissons ces souvenirs personnels dont le charme nous entraîne, et quittons l'homme pour le littérateur. Dans sa première jeunesse, presque enfant, Gérard avait traduit Faust, et ses sympathies l'entraînaient naturellement vers l'Allemagne, qu'il a souvent visitée et où il a fait de fructueux séjours. L'ombre du vieux chêne teutonique a flotté plus d'une fois sur son front avec des murmures confidentiels ; il s'est promené sous les tilleuls à la feuille découpée en cœur; il a salué au bord des fontaines l'elfe dont la robe blanche traîne un ourlet mouillé parmi Fberbe verte; il a vu tourner les corbeaux au-dessus de la montagne de Kyffhausen; les kobolds sont sortis devant lui des fentes de rocher du Harz, et les sorcières du Brocken ont dansé autour du jeune poète français, qu'elles prenaient pour un étudiant d'Iéna, la grande ronde du walpurgisnachtstrum : plus heureux que nous, il s'est accoudé sur la table d'où Méphistophélès faisait jaillir avec un foret des fusées de vins incendiaires. Il a pu descendre les degrés de cette cave de Berlin au fond de laquelle glissait trop souvent l'auteur de la Nuit de Saint-Silcestre et du Pot cPor. D'un œil calme, il a regardé quels jeux de lumière produisait le vin du Rhin dans le rcemer d'émeraude et quelles formes bizarres prenait la fumée des pipes au-dessus des dissertations hégéliennes dans les gasthaus esthétiques.

Ces excursions nous ont valu des pages d'un caprice charmant et qu'on peut mettre sans crainte à côté des meilleurs chapitres du Voyage sentimental de Sterne; l'auteur, de la façon la plus imprévue, mêle la pensée au rêve, l'idéal au réel, le voyage

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