‹ Notice sur Hugues de Groot, suivie de lettres inéditesChapitre 4 sur 11 · LETTRE SECONDE · texte numérisé non relu

LETTRE SECONDE

Monsieur,

Jusqu'icy rien ne s'est passé icy qui méritast d'estre mandé après que nous auons eu icy Thonneur de uoir M. de Thou lequel, j'espère, aura recouvert sa santé avecq Tair de sa patrie (4). L'air de la mienne m'est assez rude par l'opposition violente de ceux qui sont causes de mon mal et ne croient poinct trouuer leur seureté qu'en continuant a faire comme ils ont commencé. Toutesfois Dieu mercy, nous ne manquons pas de bons amis et ne prendrons autre résolution que digne de noz actions précédentes. On nous asseure que le roy de Sweden (5) est passé le Rhin, uers Mayence laquelle ville est

(f) La pièce dont il est ici question fait sans doute pprlie des fragments achetés a Chypre pour le compte de Peiresc et publiés par Henri de Valois (Paris, 1634, in-4). On trouve à la bibliothèque de Carpentras un volume manuscrit (in-fol. vel. parch.) sous le numéro LXXX des manuscrits de Peiresc qui contient (folios 3-94) ces fragments sous ce titre : « Ex Nicx>lao Damasceno excerpta de Vita Âugusti Nicoiai Damasceni vita er seipso. — Ejusdem Nicoiai Vita ex Suid© Lexic. — Fragmenia Nicoiai Damasceni ex universali hisloria. » Cette copie est antérieure à l'imprimé et la version latine qui l'accompagne n'est point celle de Henri de Valois. Ne serait-elle point de Grotius ? (Cf. Catal. des Mss. de la biblioth. de Carpentras, par Lambert — Carpentras, 1862; tome ni, p. 92-93.)

(2) Voir plus haut, p. 23,24.

(3) Fonds Du Puy, tome DLXXXIII, foL 34.

(4) Voir la note 2 de la lettre précédente.

(5) Gustave-Adolphe, roi de Suède.

protégée par une armée du comte Jean de Nassau. Par mer noz affaires vont assez mal non seulement a cause des prinses que ceux de Dunquerque (1) font chaque jour sur les nostres, s'enrichissants (52'c) impunément a noz despens, mais aussi pour ce que Pater général d'une flotte aux Indes occidentales a esté bien battu par les Espagnols entre la Baye (2) et Pernambucq : Il est vrai que les Espagnols avoit {sic) cinquante-deux uoiles et luy seulement seize, mais très bien montez. Le mal est arrivé par dix de ses navires qui n'ont aucunement voulu combattre, offensez par le rude commandement de Pater : tellement que le prix des parts dans la compaignie des Indes Occidentales en est bien rabattu et ne voudroy pas conseiller à monsieur le Président de Lausson ou autres amis de s'y engager. Desnouuelles que je pourroy receuvoir de voz costez, celle de la santé de monsieur Bignon me seroit la plus agréable : comme aussi de messieurs de Thou et de la uostre et de messieur [sic) uoz frères. Je vous prie très humblement de me faire l'honneur de les [sic) faire mes recommandations bien humbles, et à ceux que j'ay nommé et à tantd'autres amis que je nenommeray pas afin de n'oublier personne ny me mesprendre en l'ordre, suffira que je demeureray tousjours et à nous et à eux Le 12 de décembre 1624.

Le très fidel et très obéissant serviteur

H. Grotius A Monsieur Monsieur du Puy (3).

LETTRE TROISIÈxME

Monsieur,

Je vous suis très obligé de nouveau à cause tant de uoz bons souhaits que de nos advis. Quant a mes affaires, je n'y uoy pas clair encore. Le meilleur est que je m'en soucie fort peu me souvenant

(1) Dunkerque fat cédé à TEspagne en 1559, par le traité de Gateau*Gambrésis, EUe resta aux Espagnols jusqu'en 1646, année oCi le duc d'Ënghien la reprit après un siège de dix-sept jours.

(2) Bahia.

(Z) Fonds Du Puy, t. DLXXXIU, fol. 86 •

d'une chanson que j*ay ouy en France, Â que le monde est grand. Nostre bonamy monsieur Rubens (1) comme vous aurez entendu, n'a rien faict ayant esté renvoyé par le prince d'Orange presque si tost qu'il fust arriué. Sa commission estoit d'offrir Teschange des prisonniers, la liberté de la pesche du harang et autre grand (sic) poissons dans l'Océan à condition qu'à ceux de Flandre fust permis la petite pesche sur leur coste,touts acheminements à un pourpar- 1er de tresue, redoubté grandement en ce temps icy par le Prince d'Orange a cause qu'on travaille asteure {sic) pour obtenir des Pro- ^nces les moyens nécessaires pour faire quelque chose de bon de cette année, une chose assez difficile en soy sans qu'on y apporte du destourbier. Les grand {sic) succès du Roy de Suède donnent au dict Prince enuye à s'efforcer, et le poure Palatin a leué l'argent qu'il auoit preste à ce pays et engagé les bagues de sa femme pour trouver de la compaignie qui le ramène dans son Palatinat. Car pour Bohême et ce qui en dépend il semble que tout cela se ua mettre d'entre les mains de ceux qui le garderont mieux que luy n'a faict. Monsieur Bignon doit auoir cy aprez plus grand soin de la santé que de la réputation, puisque de celle cy il a désia autant qu'aucun homme de sa robbe scauroit auoir, mais de celle-là il n'en^ a que trop peu. Monsieur de Cordes (2) et monsieur Pelletier (3) ne laisseront pas de luy donner des bons conseils pour cela. Cependant je suis bien aise qu'il n'est pas meslé en cette disgrâce de ceux du Parlement, de quoy il court grand risque par sa grande générosité.

(1) Ce passage nous servira à dater la lettre de Grotius.

Dès le mois de mars 1630, Rubens, avant son départ d'Angleterre, où il était eil mission, avait été voir l'ambassadeur des Provinces-Uuies pour sonder les dispositions desdites provinces au renouvellement de la trêve, qui était toujours vivement désire à Bruxelles. Au mois do décembre 1631, Rubens se rendit lui-même, par les ordres de Tinfante Isabelle, gouvernante des Pays-Bas espagnols, et dans le plus grand secret, à la Haye, où il eut un entretien (le premier, comme ambassadeur du moins), avec le prince d'Orange. M. Gachard [Hist, politique et diplomatique de Rubens^ Bruxelles, 1877, in-8 p. 233) nous dit que les renseignements font défaut sur ce qui se passa dans cette entrevue. Enfin, le 26 août 1632, Rubens alla au camp du prince, qui venait de prendre Maëstricht quatre jours auparavant. « Il en repartit le 29 pour Bruxelles. C'est à quoi se réduit tout ce que nous savons de celte négociation... » (Gachard, op. cit. p. 243.) — Grotius ayant quitté la Hollande le 16 mars 1632 (v.plus haut, p. 25), la lettre que nous publions ici a certainement été écrite en décembre 1631, et nous donne quelques renseignements sur les négociations engagées à cette époque

(2} S'agit-il ici de Jean de Cordes ou bien de Denis de Cordes, morfs tous deux en 1642 ? Je pense qu'il est plutôt question du premier, qui publia un bon nombre d'ouvrages historiques et laissa une belle bibliothèque achetée après sa mort, par le cardinal Mazarin.

(3) Il s'agit ici de Louis Le Peletier, conseiller d'État le 31 décembre 1624, mort en 1651. Il était le père de Claude Le Peletier, parent du chancelier Le Tellier,etfut grand ami de Jérôme Bignon.

Peut estre qu'il ne prendra pas tous jours bien à ceux qui gouvernent de maltraitter cette auguste compaignie de la quelle le respect est fort avant imprimé dans le cœur des François. Je remercie bien humblement monsieur de Thou de ses faneurs et bons ofQces et nous du jugement trop fauorable que nous faistes de mes œuvres. Je ueux suiure uostre conseil et en d'autres affaires et en ce qui est de mon petit livre de la Religion chréstienne (1). Je prie Dieu de conserver le bon monsieur de Loménie (2) en uie et en santé et ueux espérer qu'il le fera quand ce ne seroitque pour récompenser par cette grâce le bien que monsieur de la Villauclercqs (3) faistà tout le monde. Je fais le mesme souhait pour nous, messieurs uoz frères et bons amis auxquels touts par uostre permission je fais mes recommandations comme estant et à eux et à nous

Monsieur

Le serviteur très humble

H. Grotius.

A Monsieur Monsieur du Puy,

A Paris (4).

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