‹ Notice sur Hugues de Groot, suivie de lettres inéditesChapitre 7 sur 11 · LETTRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE SIXIÈME

Monsieur,

La fièvre tierce m'a empesché, et m'empesche encore de me donner l'honneurde vous voir, et vous recommander auec toute affec-

(1) Edme Auberlin, savant ministre de TÉglise réformée de Charenton, né à Châlonssur-Marne en 1595, mort à Paris en 1652. Il publia en 1626: Conformité de la croyance de l'Église et de saint Augustin sur VEucharistie (in-8), ouvrage qu'il reproduisit en 1633 sous cet autre titre: VEucharistie de l'ancienne Eglise (in-fol.). Comme il employait dans ce livre des termes injurieux contre les cardinaux Bellarmin et Duperron, et qu'il y prenait la qualité de ministre de l'Église réformée^ mais sans y ajouter l'épithète ùq prétendue^ ainsi que le voulaient les ordonnances, il y eut un arrêt du Conseil contre l'auteur et contre l'ouvrage ; mais l'afTaire n'eut pas de suite. C'est sans doute à ces désagréments que Grotius fait ici allusion.

(2) On se rappelle les démêlés qu'eut Grotius avec les ministres de Charenton (voir plus haut p. 20). On trouve ici une preuve de plus de la tolérance de ce grand esprit.

(3) Ponds Du Puy, tome DLXXXIII, fol. 39.

(4) Les lettres qui suivent sont tirées des Archives du Ministère deê A/fairei étrangères f et appartiennent à la période diphmatique de la vie de Grotius.

lion les affaires de monsieur le Duc de Weymar. Je scay que le Roy lui a envoyé deux fois secours des braues gens, et lui a fait payer le terme escheu du secours ordinaire d*argent : mais aussi vous scauez, Monsieur, le grand hasard qu'il a courru en ces deux batailles et la perte qu'il a faitte de l'occasion à prendre Brisac, a faute des forces suffisantes (1). La fortune de la guerre est ioumalière, et ceux qui bazardent beaucoup à la fin quelque fois se trouvent attrapez. Il luy faut des nouueaux chenaux, la mortalité en ayant consumé un fort grand nombre, et mis à pied deux ou trois mille de ceux qui seruoient à cheval. Pour serrer Brisac, en laissant les autres garnisons bien fournies, il faudra bien de gens, et sera une affaire non pas de petite despense. C'est pourquoy i'espère que le Roy par vos bons conseils sera disposé à augmenter les troupes dudit Mons'. le Duc de Weymar, et desployer ses libéralitéz extraordinaires à un Prince qui mesmes quand il n'en auroit pas besoin, comme il en a grandement, les auroit bien méritées par des actions si grandes et si signalées, et si utiles à la France, et à ses alliez. La Suède trouvera particulièrement son contentement en cecy, voyant l'effet de promesses du Roy, fait par le dernier traitté de Hambourg, de porter puissamment ses armes bien avant dans Allemagne. J'ay trouvé bon. Monsieur, de vous enuoyer auec celte lettre les dernières résolutions que i'ay receu de Suède sur le fait des passeports pour les Âllemans, et demeure

Monsieur,

Votre serviteur très humble,

A Paris, ce 5 septembre (1638).

Ayant escrit cecy i'apprens la très ioyeuse nouvelle de la naissance de monseigneur le Dauphin (2); Dieu le conserve, et le face croistre es vertus de son père et de son grand père au contentement de la France et de tous ses alliez (3).

(1) Il m*est impossible de^ préciser quels sont les 'combats dont il est ici question. LUnvestissement de Brisach était déjà un fait accompli ou en voie d'accomplissement au moment où Grotius écrivaitîcette letlre.

(2) D'après les biographes, Louis XIV est né le'16 septembre 1638. Il faut donc penser, ou que Grotius a commis une erreur en datant cette lettre, ou qu'il l'a gardée plusieurs jours avant de l'envoyer.

(3) Ministère des Âff. étrangères. Correspondance de Suède, tome V, fol. 89. — Aut. sign., 2 p. in-folio; — Cette lettre est probablement écrite au ministre BouthUlleri mais la suscription manque dans ToriginaU

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