‹ Notice sur Jacques Le Lieur, échevin de Rouen, et sur ses heures manuscritesChapitre 5 sur 7 · DESCENDANCE DE GERMAIN LE LIEUR · texte numérisé non relu

DESCENDANCE DE GERMAIN LE LIEUR

On connaît sept enfants nés des deux mariages de Germain Le Lieur, savoir :

1" Jacques, seigneur du Ghesnay, correcteur des

(1) Les note< de d'Hozier permettent de suivre la descendance d'Antoine jusqu'en 1765.

(2) Voy, le Nobiliaire de Champagm', 1668.

(3) Kustache était Parisien. Le 1" mars 1547, on le voit siéger à l'Hôtel-de- Ville dans une assemblée composée des membres du bureau et de notables. {Hi'ij . dex délibérations, III, p. 75.)

Comptes, qui épousa Jeanne de Thou, fille d'Augustin I*"' (mort en 13't4) et de Claude de Marie (1);

•1' Jean;

3° Germain, vicomte d'Aunay. seigneur de Ronceray;

4° Guillaume:

5° Germain (le jeune);

6° Marie, qui épousa : 1° (Claude Aligre, baron de La Brosse; 2° Jean d'Heuze, chevalier de Tordre du roi ;

7° Charlotte, qui épousa \. . . Kaulin. seigneur du Ver bois à Rouen.

Je n'ai pas réussi à savoir duquel des lils de Roger Le Lieur descendait Pierre 111. qui, vers l.'ilo, correspondait en vers latins avec son cousin Pierre II. Celui dont je parle fut chanoine de Rouen. Il fut dt'puté pour l'Kglise aux États de Normandie en 134'* (2).

DESCEND.\NCE l)K RdBERTE LE I.IEUR

Roberte eut de Guillaume Budé sept lils et trois lilles, savoir :

Dreux Budé, seigneur de Mar!y-la -Ville, resté en France, catholique;

Jean, seigneur de Vérace, né en 1515. bourgeois de

(1) Nobiliaire de Champaç/ne, 16()8. — Le 1er mars l.">47 (n. s.), on voit Jacques siéger à l'Hôtel-de-Ville de Paris dans une réunion des membres du liureau et de notables. {Re;/. dix tlélibèratiotts, III, p 7.").)

(2) Farin, Jfist. de llouen, 17:^1, in-4", I, p. 133.

Genève en 1553, marié en 1549 à Marie de Jouan. mort le 9 juillet 1587, père de cinq enfants;

Marie, savant hébraïsant, mort sans alliance;

Antoine, seigneur de Trocy et de La Motte-Saint-Loup, reçu habitant de Genève le 10 décembre 1554; rentré plus tard en France, mais resté protestant; mort en 1590, après avoir eu de Marie Le Blanc, sa femme, deux tils et cinq filles;

François, seigneur de Villenave, valet de chambre du roi (1540), bourgeois de Genève (1555), membre du Conseil des Deux-Cents (1561), mari de Marguerite de Morel, dont il eut deux filles;

Louis, seigneur de La Motte, professeur de langues orientales à Genève, mort sans avoir eu d'enfants de Barbe Le Bouch, sa femme ;

Estienne, mort jeune ;

Anne, morte sans alliance;

Catherine, femme de Jean Anjorrant, seigneur de Claye ;

Marguerite, femme de Guillaume Try, seigneur de Varennes, morte en 1567 (1).

(1) On peut consulter sur la généalogie de Guillaume Budé le Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, 1885, p. 45, et La France protestante, nouv. éd., III, col. 373-376. Ce dernier ouvrage donne à Guillaume une quatrième fille : Isabeau, religieuse à Saint-Martin-d'Yerres en 1562 ; mais c'est là une erreur. Isabeau était fille de Jean III Budé et de Catherine de Bailiy. Cf. Bulletin de la Soc. de Vhist. du Protestantisme français, 1899, p. 387.

Je ne pousserai pas plus loin la 2:énéalogie des Le Lieur. Ce que j'en ai dit permet de connaître les oflices qu'ils remplirent et les principales alliances qu'ils contractèrent. On voit qu'ils furent apparentés : à Rouen, aux Osmont, aux Quièvremont. aux Caradas; à Paris : aux Le Jay, aux de Thou, aux Budé, aux Bochart, aux Ruzé, etc. ; on peut se faire ainsi une idée de la place occupée par eux dans cette grande bourgeoisie qui réussit à entrer dans les parlements vers la lin du xv^ siècle et constitua la noblesse de robe.

Jacques IV Le Lieur, dont j'ai surtout à m'occuper dans cette notice, était, ainsi qu'on l'a vu, fils de Robert II (m. le 19 décembre 1501) et de Jeanne Bonté. Il avait dû naître vers 1475. Le plus ancien acte où il soit mentionné est l'acte, déjà cité, du 19 avril 1502. après Pâques. Jacques se qualifiait « noble homme », et prenait en outre le titre de seigneur de Sidetot ou Cydetot (1). La fortune paternelle lui permit d'acquérir un office de notaire et secrétaire du roi, titre qui lui est donné dans un acte du 30 juillet 1503. On voit par cet acte qu'il avait hérité de la propriété que Robert, son père, avait acquise

(1) Actes du 4 janvier 1503, u. s. (Sudetot), des 24 janvier et 10 avril 1503 (Cydetot). — Sidetot dépend de la commune de Mesnil-Panneville, canton de Pavill)' (Seine-Inférieure). Ce fief appartint plus tard à la famille Puchot.

de Roger Le Tourneur hors de la porte Cauchoise. Roger était mort et ses héritiers revendiquaient la propriété à l'aide de la procédure dite « clameur de marché de bourse ». Une transaction intervint et, moyennant une soulte de 180 1. t., Jacques Le Lieur devint propriétaire définitif (i).

Jacques III Le Lieur, seigneur du Bosc-Rénard-Gommin, étant mort sans enfants en l.ï03, ses neveux, fils de Robert et de Roger, eurent à se partager des biens importants. Il fut fait deux lots des immeubles situés à Rouen. Le premier, qui fut choisi par Jacques IV et Jean III, fils de Roger, comprenait 1' « ostel. maison, heritaige et tenement ou demouroit ledit deffunct Jaques Le Lieur, lors de son trespas, assis en la parroisse Sainct Martin du Pont de Rouen », plus une portion de maison acquise d'un nommé Goubert, qui servait de dépendance audit hôtel, et une maison assise en la même paroisse et occupée par Raulin Malassis, boulanger (2). Notre Jacques, en sa qualité d'aîné, garda probablement pour lui la demeure qu'avait occupée son oncle. Il hérita aussi du fief du Rosc-Bénard-Gommin (3). dont il prit le titre; mais il releva surtout le nom du fief de Rrasmetot (4), que lui laissa sa mère, Jeanne Bonté.

Jacques Le Lieur pouvait ainsi faire figure, même dans

(1) Tabellionage, année 1.503.

(2) Ibid,, acte du l«r janvier 150i, d. s.

(3) Canton de Bourgtheroulde (Eure).

(4) Canton de Fontaine-le-Dun (Seine-Inférieure).

une ville opulente comme Rouen. Il avait des loisirs (lu'il consacrait à la poésie, et, comme tous ses concitoyens éclairés et riches, il avait à cœur la bonne gestion des affaires municipales. Le 4 juillet 1317 il fut élu conseiller nouveau (1). En 1519 il fut appelé à siéger aux l'Uats de Normandie (2). Si l'on étudie de près l'histoire de Rouen, on voit que Jacques Le Lieur occupait une place éminente parmi ses concitoyens. Tandis qu'il était conseiller de ville des travaux très importants furent exécutés, et il y prit une part considérable. La capitale de la Normandie, qui était alimentée dès le xv^ siècle par deux sources, celle de Gaalor ou du Château, et celle de Darnétal ou de Carville, avait voulu, en l'année ISIO, procurer aux habitants les avantages d'une troisième source, la source d'Yonville, qui devait spécialement fournir de l'eau dans le quartier de Cauchoise, et permettre de nettoyer le Viel-Marché. En 1315, la source était amenée dans un réservoir situé rue du Chouquet, quand des diflicultés financières forcèrent les représentants de la cité d'interrompre les travaux qui ne furent achevés quen 1518. alors que « nobles hommes Jehan Le Roux, seigneur de L'Esprevier, Guillaume Auber, seigneur de La Haye, Jehan Le Goupil, seigneur de Noyers, Pierre Le Clerc, seigneur de Croisset, maistre Jaques Le Lieur, notaire et secrétaire du roy et seigneur du Rose Renard Commin, et

(1) Arch. munie, de Rouen, A 11 {Invent., I, 1887, p. 117).

(2) Farin, Hist. de Rouen, 1731, in-é", II, II, p. 131.

Guillaume Toustain, seigneur de Frontebosc estoient conseillers de ladicte ville ».

Le Lieur ne s'intéressa pas seulement à l'entreprise en émettant un avis favorable; il étudia lui-même dans tous ses détails la question des eaux de Rouen, Il rechercha l'origine, le parcours et la distribution des trois sources qui devaient assurer l'existence de tous. C'était là, semble-t-il, une préoccupation nouvelle en France. Il ne serait pas surprenant que Jacques eût visité l'Italie, qu'il y eût admiré les aqueducs romains et qu'il en eût compris la haute utilité. En tout cas, le cardinal Georges d'Amboise, qui avait beaucoup contribué à l'établissement des fontaines de Rouen, connaissait à fond l'Italie et il avait voulu en transporter les arts et les artistes sur la terre nor mande. Ce qui est certain, c'est que Jacques ne négligea rien pour rechercher les conditions dans lesquelles coulaient les fontaines de Rouen. Aidé de Nicole Osmont, quartenier de la ville (son beau-père, semble-t-il), de Robert Le Moyne, maître des ouvrages municipaux, de Roland Le Roux, maître maçon, et de Josse Cornillot, fontainier, il visita en détail, dans le cours de l'année 1525, les canaux, les regards et les réservoirs. Il ne s'en tint pas à un examen même approfondi, il entreprit de dresser un plan détaillé de la canalisation. Tout fut par lui-même « charché, veu, tezé, pourtraict et rédigé par escript ». Telle est l'origine de ce grand Lùie des Fontaines, qui est un monument unique dans son genre. Le texte descriptif, divisé en trois parties, correspondant aux trois sources de Gaalor, de Darnétal et d'Yonville, remplit 57 feuillets de

parchemin de format in-fol. richement enluminés (1). Des bordures peintes, ornées des armes des Le Lieur ou de la devise : Du bien le bien, complètent la décoration du recueil. Au texte sont joints trois plans exécutés sur des feuilles de parchemin réunies ensemble et repliées pour entrer dans le volume (1) Les plans ne contiennent pas seulement le tracé géométrique des canaux; on y voit, figurés naïvement, les bâtiments qui les avoisinent. Plusieurs sont représentés en grand détail. Ce n'est pas tout; Jacques plaça en tête du livre une vue générale de Rouen, peinte à laquarelle. qui ne mesure pas moins de 1 m. 37 sur 0 m. 6.o. Au centre. Le Lieur s'est fait peindre lui-même avec ses collègues de léchevinage.

(Juand le volume fut achevé et relié, Jacques en lit don à la ville. 11 en lit la remise solennelle, le 30 janvier 1526 (n. s.), à nobles hommes Jehan Le Roux, seigneur de L'Esprevier, Guillaume Auber. seigneur de La Haye, Jehan Du Hamel, seigneur du Buse, Jehan de Hautot, garde des sceaux de la vicomte de Rouen, Michel de Béthencourt et Nicole Osmont, conseillers, et Pierre Le Goupil, seigneur du Parquet, procureur de la commune, en présence de Jehan Papillon, clerc et grelîier. Le recueil, couvert de velours noir et garni d'ornements dorés, était contenu dans un étui en forme de livre, fermant à clef. Il

(1) Les dimensions du volume sont de 0 m. 33 sur 0 m. 2.5.

(2) Les bandes qui contiennent les plans ont la même hauteur qne le texte : la première a 3 m. 30 de long ; la seconde mesure plus de 8 mètres; la troisième a 4 m. 70.

devait rester à toujours la propriété de la ville, et en efEet, aujourd'hui encore, c'est l'un des trésors les plus précieux que possède la Bibliothèque municipale.

Les notices d'E. de La Quérière (1) et de Théodore Basset de Jolimont (2), la reproduction à une échelle très réduite dessinée par Jules Adeline (3j, ont fait depuis longtemps connaître Le Livre des Fontaines; il était réservé à M. l'abbé Sanson d'en faire paraître, à l'occasion des fêtes du Millénaire de la Normandie, un facsimilé dont la belle exécution ne peut être surpassée (4).

(1) Notice sur un ancien inatiuscrit relatif au cours des fontaines de la ville de Rouen, dans le Précis analytique des travaux de V Acadèinie de Rouen, 1834.

(2) Les princlpTux Edifiées de la ville de Rouen en 1525, dessinés à cette é2)oque sur les plans d'un livre manuscrit conservé aux archives de la ville, appelé le Livre des Fo7itai7ies, reproduit en fac-similé. Rouen, 1845, iu-4° de LVi et 94 pp., avec 47 planches.

Notice historique sur la vie et les œuvres de Jacques Le Lieur, poète normand du XVJe siècle. [Moulins], 1847, in-S».

(3) Rouen au XFJ»; siècle, d'après le manuscrit de Jacques Le Lieur. Rouen, A. Lestringant, 1892, in-4o de 12 pp. de texte, 20 planches gravées et 14 lithographies.

(4) Le Livre enchaîné, ou Livre des Fontaines de Rouen, manuscrit de la Bibliothèque de Rouen (1524-1525), par Jacques Le Lieur, seigneur de Bresmetot et du Bosc-Bénard-Commin, ancien èchevin de Roue7i, notaire et secrétaire du Roi, prince des Palinods, publié intégralement par Victor Sanson, chajjelain d'honneur à la Métropole de Rouen. 1911. Imprimerie Lucien Wolf, Rouen. 2 vol. gr. In-fol.

Le tome P'' se compose de 6 flE. non chiffr et 81 pp. de texte.

On vient de voir que Jacques Le Lieur avait lui-même « pourtraict » les édifices représentés dans le recueil dont il a été parlé. Certes ces dessins sont d'une exécution assez faible; mais ils n en attestent pas moins le goût de l'auteur pour les arts. A ce goût, l'échevin rouennais joignait, comme beaucoup de membres de sa famille et, on peut le dire, comme tous les Normands lettrés, le goût de la poésie. L'institution des palinods lui fournissait presque chaque année 1 occasion de composer des chants royaux, des ballades et des rondeaux, dans lesquels s'afTirmait sa piété naïve. Presque tous les anciens recueils de pièces palinodiques contiennent des vers signés de lui. Je serais entraîné trop loin si j'essayais d'en dresser la liste (1).

Jacques Le Lieur aimait la poésie et se croyait poète. En même temps qu'il assemblait des rimes, il se passionnait pour les objets d'art et pour les artistes. Nous avons

plus 14 planches en phototypie sur vélin, enluminées à la main. Le tome II (album) se compose de 81 planches coloriées, p!us les planches 5ît, 53 et 53 bis. A l'ensemble est jointe la grande vue panoramique de Rouen.

Ont collaboré à cette belle publication : MM. P. Leniept, photographe à Kouen; Marrotte, héliograveur à Paris ; Saude, coloriste à Pari.s ; L. Wolf, imprimeur à Bouen.

(1) Je me bornerai à citer divers manuscrits de la Bibliothèque nationale : franc. 879, 1507, 1715, 2202 ; le ms. 1065 de Rouen ; le ma Douce CCCLXXIX de la Bibliothèque Bodléienne ; le ms. Thott 59 de la Bibliothèque royale de Copenhague, et le recueil imprimé par Pierre Vidoué, vers 1525, recueil dont la Société des Bibliophiles normands a donné une réimpression, en 1897.

un précieux témoignage de son goût dans une épître adressée par lui au célèbre Jean Perréal, dit Jean de Paris, peintre, sculpteur, architecte et même poète. Perréal avait exécuté son propre portrait. Ce tableau provoqua chez Le Lieur une admiration sans bornes ; il s'eCforça de l'exprimer au peintre. Sachant qu'il était poète, ill'engagea vivement à composer quelque chant royal pour le palinod de Rouen, et, pour lui servir de modèle, il lui envoya un recueil de poèmes présentés au puy. Il les lui offrait manuscrits, car le recueil qui avait été imprimé était, disait-il, déshonoré par de nombreuses fautes. Tel est, ce me semble, le sens de l'épître, malheureusement fort obscure, que Le Lieur adressait à l'artiste. Cette pièce, qui n'a jamais été signalée, est d'une grande importance pour la biographie de Perréal et pour celle de Le Lieur. On y relève une allusion à la mort toute récente de Guillaume Crétin. Guillaume, trésorier de la chapelle du bois de Vincennes, était alors un des auteurs le plus en vue. Bien qu'il ne fût pas Normand, il était bien connu en Normandie. Outre qu'il possédait la cure du Fidelaire, entre Couches et Lyre, il avait, à diverses reprises, concouru au puy de Rouen. Il mourut en 1527, et Jehan Perréal étant mort lui-même, à ce que l'on croit, eu 1530, l'épître de Jacques Le Lieur doit être de 1328, sinon même de 1327. En voici le texte d'après le manuscrit 2202 de la Bibliothèque nationale (1) :

(l) Ce manuscrit n'est certainement pas celui qui fut envoyé à l'artiste; c'est une copie hâtive qui offre d'assess nombreuses incorrections.

[Fol. 1.] Ces jours passez, ainsi que je pensoye

Que c'est que amour et que espritz despensoye

A perscruter les souverains effectz

D'amour parfaict en tous ses ditz et laiz,

Je me trouvay dedens ung hermitaige,

Ung lieu plaisant, ouquel ung Herraite (1) aage,

Ans, vie et jours joyeusement passoit

Et passera, tant que a son trespas soit,

Car il y a en ce lieu prospère a^r

Pour en honneur bien vivre et prospérer.

Je advisay la, dedens ce secret temple,

Que bon propos de maint beau secret ample.

Tiré au vif, maint ymage pourtraict

Que conteraplay longuement traict pour traict;

Advis me fut que j'estois en Carthage,

Ou Eneas, sur les jours du quart aage,

Veist ses faictz painctz, dont fut grand bruit par l'if i .

Qu'ilz estoyent vifz, ne restoit que parler. [Vo.j Entre toute aultre en veys une a part faicte

Laquelle estoit parfaictement parfaicte.

Dont tout soudain d'amour je fuz espriz,

Et tellement que sens, cueur et espritz,

En ung instant furent prins et perduz,

Gomme ravis, estainciz ou esperdus,

Et longuement demouray sur ce pas

Confuz, doublant que je ne sceusse pas

Congnoistre au vray la dame qui estoit

De ceste amour cause et inquietoit

(1) Ainsi qu'on le verra plus loin, il s'agit ici d'un personnage, appelé L'Hermite, ami de Perréal et de Le Lieur.

Mon povre cueur, tant que jectay en qiieste Tout mes espritz pour du nom faire enqueste, Et au seigneur de ce lieu m'adressay Avec lequel maint propoz la dressay, Tant qu'il me dict qu'on prenoit ceste dame Ou avoys mys amour de cueur et de ame Pour Dyana prisée (1) en ses effectz

[Fol. 2.] Des roys et ducz qu'elle a pourtraictz et faitz Et qu'elle avoit par dessus sens humain, Ainsi comment si divine eust eu main, Faict ses pourtraictz , et de cueur anobly Me narra tout sans rien mectre en oubly.

Premier me dist que l'ymage présente Jehan de Paris sur le vif représente.

C'est toy, seigneur, luysant entre hommes comme Lys entre fleurs et qu'es homme plus que homme, Ung ange vray, vestu de nostre chair, Amé des grandz et aux petiz trescher.

Oultre me dist que cheriz tant et prise Gens de sçavoir que ta force est esprise Et que pour eulx veines et nerfz estendz, Y exposant povoir, corps, biens et temps Et que pour bien, selon la loy d'escrire, Tes faitz au vray ne sauroisbien descrire;

[Vo.] Car, pour louer tes œuvres et loquence, Requis seroit ung torrent de éloquence, Et quant a paindre, s'en veult ton loz prétendre, Nul ne sauroit, tant sceut il, de près tendre,

(1) Ces deux mots, qui paraissent avoir servi de signature à l'artiste, sont l'anagramme de Jean de Paris.

Ou le comprendre, eust il l'esprit des Grecz,

Le tout bien veu en son nombre et degrez,

Car en ce cas, suyvant géométrie.

l*ar perspective, ou fault que engin maistrie,

Tel œuvre as faict par ta vivacité

Que oneques tel faict on ne veist en cité .

Par Alexandre Apellès eust argent Pour ravoir painct au vif par son art gent; Zeusis aussi pour avoir painct Venus ; Mais a ton loz ils ne sont point venuz. Pour une foys receurent recompense ; Mais tu as eu et obtins, quoy qu'on pense. Non pour ung coup, du plus grand roy loz tel

[Fol. 3.] Que pour jamais t'a prins de son hostel,

Comme ung des plus, des i>arfaictz soustenu.

Tant hault que bas, dessus et soubz tenu

Et non est point d'esprit pluseslevé.

Tu es Phebus, quand au monde est levé,

Tu es Cratès, ou ung Platon en vie.

Doux et courtoys, sans hayne et sans cnvye,

Tant agréable aux grandz et aux petiz.

Que amé tu es selon tes appetiz.

Tu es amé et aussi bien tu ame

Grands et petits, voire et deusse tu ame

Et corps aussi pour amy employer :

Vray amour faict le vray amy ployer.

Tu es celui qui as faict proprement

La rethorique ou l'ouvrier propre ment;

C'est ung grand faict et grâce non pareille

Que a l'homme faict l'Esprit Saint quant par elle

[Vo.] Il faict si bien jambes, pieds, corps et vis; Quoy qu'ilz ne vivent, ilz semblent estre vifz,

Et oultre plus plume as sy melifliie Qu'il semble a veoir que laict et myel y flue, Et ce que faictz en langage françoys Est si bien faict qu'il est dit le franc choys De tous ouvriers et de langue et de main. Huy se fais bien, encores myeulx demain, Tant que j'en dy ce qu'on dit de Esiode Qu'en son berceau et premier période Mouche eschema, car ce fut en cestuy De rethorique et vaisseau et estuy.

Gela ouy et coraprins par raison, Que d'aultre a toy n"y a comparaison, Congnu aussi que estois privé de père.

Qui de sçavoir estoit le vray repère, Crétin nommé, mon vray port et soûlas, Que mort a prins cruellem[en]t soubz laqs, [Fol. 4.] Duquel je pry a Dieu qu'il prenne l'ame

Puis qu'il a mys le corps dessoubz la lame,

Deliberay que seroys serviteur

De Dyana prisée; sy seroit eur

A moy jamais, car sans ancun lyniage

Amoureux fuz de ce tresbel ymage,

Pourtraict au vif, bel entre ung million.

Ainsi que fut le bon Pigmalion ;

Lors pour Tardant et souverain désir

Que avoys d'amer (plus que n'eust sainct Désir

Pour nostre foy), s'est rayse en ma pensée

Vraye amytié de vray a meur pensée

Envers celui qui figure a plaisir,

A Dyana pour chasser desplaisir,

Et pour avoir amytié et soûlas

Avesques luy, dont amans ne sont las.

J'ay donc raison prendre vers toy ce cours, [V"] De vray amour pour en avoir secours, Et si on (1) dict que de sens despourveu Je suis par trop, veu ton faict tant pourveu, Vouloir avoir de ton amour la somme, Je ne crains pas, car, si es tel en somme Comme l'on dict, et on m'en a parlé, Avecques toy, soit par long on par lé, J'auray amour, car en toy a raison.

Et si on dict que n'a comparaison De moy a toy, souvent advient que dame Belle de corps et plus encores de ame Se adonne aymer ung homme lourd et laid Ou que grand dame ayme ung simple varlet, Ou que ung bel homme, humain et gracieux, Trouve une layde la plus belle a ses yeulx. L'homme sçavant peult donc prendre amytic A l'ignorant, plus forte la moytié.

J'espère ainsi que de toy adviendra [Fol. 0. 1 Et que ton cueur le myen prendre viendra, Considérant le cueur, non le sçavoir.

Qu'en vray amour avec toy veulx avoir, Et, d'aultre part, ce qui me fait ce faire Et est aydant si fort en ceste affaire. C'est d'amytié le souverain support Que ung jour auray si vers toy en sceur port Puis arriver, et que amour soit riglee Entre nous deux sans estre desriglee.

Les biens d'amour sont si grandz, se me semble, Qu'on ne les peult nombrer ne mectre ensemble.

(1) .)/*. ont.

Amytié n'est en temps mobil subjecte, Car si fortune aucunes foiz sus jecte Des tourbillons de dure adversité, Voire par mort pour estre aux vers cité, Le vray amy ayme tant vif que mort ; Vraye amytié autant que la (1) mort mord, Vraye amytié entre l'ung ne discerne [\o.] Ny l'autre aussi (en cela qui concerne Le faict d'amy) suyvant son appétit, Ou amour est a grand ou a petit.

Et neantmoins que amys soyent discordz d'ans, Pour cela point ilz ne sont discordans. Oultre, le lien amytié ne sépare ; De plus en plus par ce moien se pare Et, quoy que amy ne parle de voix vive, La lectre fait que amytié tousjours vive, Dedens laquelle est le cueur vif compris Du vray amy; ainsi tiré com pris.

Dedans le tronc le navire on alleige Qui cueur serré de dur soucy alleige De deul aussi et de plus la moitié :

Tous ces biens la proviennent d'amytié.

Or je suis sceur que toy a qui j'envoye, Veu ton grand nom et famé, mise en voye, Et paragon entre tous vrays amys ; Bref heureux suis si par toy suis admys, Non pas que soys si fol de présumer Que mon amour deussez si près humer Que a moy tu fusse obligé ou tenu ; Se ainsi estoit, serois pour foui tenu.

(1) La est isU]}]}léé.

Mais, pour autant que m"a esté près dict

Du bon seigneur L'Hermitage predict,

Que avoys regret que n'avoys composé

Ung chant royal, ainsi comme posé,

Pour envoyer au puy de ceste ville,

Suyvant la grâce et clémence civille,

Aussi que avoys grande devoction

Vers Nostre Dame, ce tresdevot ayon,

Pour l'advenir que, se feis onc ouvraige,

Tu le ferois, et de joyeux courage,

Jay bien voulu piandre la hardiesse,

Quoy que façon a moy trop hardie esse,

De l'envoyer dedens ce petit livre

Des chantz royaulx que vray amour te livre.

Kt lesquelz ont par cy devant esté

Otïertz au puy Tyver après l'esté,

Et qui ne sont de ceulx la imprimez,

Et sans raison au vulgaire exprimez

Par ces larrons d'honneur d'auitruy infâmes,

Au deshonneur des facteurs et deH'ames,

Pour la raison des incorrections,

Dont plus y a que de corrections.

Aussi le fays affin que bien tu voys

D'y procéder le stile, forme et voye,

Te suppliant prandre en gré ce présent

Que ton servant te présente a présent.

Non estimant ce petit présent tant

Que le bon cueur et vueil du présentant.

Artaxei-xès ung petit d'eau prisa

Que ung bon hommeau luy donna, dont prix a,

Non regardant que l'eau povoit valoir

Mais du bon homme estimant le vouloir.

Et sur ce point feray fin a mes dictz, Priant le roy de tous les benedictz Que pour jamais te tienne sain et aise

Vivant joyeux sur terre, sans envie, Autant que fust Mathussallé en vye.

Par ton Lyeur, qui autant que a vivre a, Ton serviteur humble et loyal vivra.

Perréal est surpris des témoignages d'admiration et des marques d'amitié que lui prodigue un poète qu'il n'a jamais vu. Il prend la plume à son tour et répond de son mieux. Ses vers 9e sont guère plus mauvais que ceux de Le Lieur. Ils nous révèlent que deux amis communs^ Pierre de Livre et L'Hermitage les ont mis en relations. Qui étaient ces personnages? On ne peut répondre à cette question que par des hypothèses. Il y avait à Paris une famille de Livres à laquelle appartenait Henry de Livres, conseiller au Parlement de Paris en 14oS, prévôt des marchands en 1460 et en 1476, mort en 1493; Pierre était peut-être son fils. On serait tenté de l'identifier avec le Pierre Délivrée, à qui le roi François I^"^ fit, le 20 janvier 1528, un don de 430 1. t. (2). Ce pouvait être un mécène pour Jean Perréal. Quant à L'Herraite, ou L'Hermitage, on peut penser à Louis L'Hermite, fils du fameux Tristan; mais les termes employés par Le Lieur et par

(1) Il manque un vers rimant en aise.

{2) Cat. des actes de François Jei', I, n» 2838.

son correspondant sont trop vagues pour qu'il y ait lieu d'insister.

Voici l'épitre de l'artiste lyonnais, telle qu'elle nous a été conservée par le manuscrit 2202 :

EspUre.

[Fol. 98.] Par le hault vol de ta plume azurine, Tainte en liqueur et doulceiir zephyrine, Cyiograpliant sus carte tant releste En leitie d'or, meliflue et digeste Le hault sçavoir en lumière fulgente, Comme jay veu par ton espitre gente, Je suis maté, estonné, confondu, Et quicte tout, car j'ay le jeu pardu.

Le myen gros œul et sot esprit provoques A lumyner tant de bons équivoques.

Tant de bons ditz de grâce ou de lactence, Propos moraulx et de belle sentence, Que mes cinq sens et tout le corps enerfve Palas, ta dame et déesse Mynerve.

0 vif esprit, fulcy de théorique, Lit et repos, ou humble rethorique Gist triumphante, en la prose ou séquence Par ton beau dire et supresme éloquence, Homme gentil, secrétaire des dieux, Ung des subtilz que je vis jamais de yeulx, [Vo]. Honneur te rends en toute révérence. Pat ton sçavoir dont je voy l'apparence.

Et si n'ay veii ta personne ne l'eslre De ton hault port, fort seulement par lettre; Mais le raport, la famu bien famée, La bonne chère en grande renommée Que ont (1) faict de toy, et a ton avantage, Le myen amy et gentil Hermitage, Pierre de Livre et du Broullas seigneur ; Chacun de eulx deux m'a esté enseigneur De ton hault bruit et mieulx le puis savoir Par les effectz de ton subtil sçavoir, Si que ne sçay ne dire ne penser, Veu ton espitre, et par ou commencer, Fors seulement par une négative Du trop par toy en moy non optative.

Tu me coUaude et metz au tiers ciel Par tes beaulx ditz, tous confis en myel. Et si n'as veu ne bons ditz ne beaulx faitz De mon pauvre art, ainsi que tu les faitz. Aprentif suis, et ne suis qu'un breslart [Fol. 99.] Qui va (2) suivant pas a pas ce bel art, Immytateur de madame Nature, Au vif tirant par fictive pinture.

Tant noble est il le bon pintre et facteur, Si fayt le vif, qu'il semble ung créateur, Et vous, poète et bons pintres de (3) nom A nous (4) egaulx, qui n'est petit renom,

(1) Ms. on.

(2) Ms. vas.

(3) Ms. ce nom .

(4) Ms. A non .

Par la puissance et de langue et de mains, Vous estes plus en nature que humains ; Mais nay tant sceu contrefaire par l'œr, Par trectz subtilz, ne par mon beau parler, Vifves couleurs ne juste perspective.

Que mon pourtraict eust la geste nayfve. Et bien que j'aye ung peu de géométrie Par le compas et propre symétrie, Phizonomye en qui le vif conciste, La gist le point que doit savoir l'artiste, Et les couleurs couvrent a point le trect ; Mais le plus fort est que tout soit pourtraict Bien justement et de bonne mesure, Ou autrement il n'aproche nature.

[V".] Ce bien nay eu par elle ne par don ;

^'e sceu lalum, longum, ne profundum.

Qui sont en tout les trois dimensions, Pour vous (1) fournir telles inventions. Et fault avoir par science régie Œul bien certain pour prendre l'eligic.

Tout bien compté, il y a du sçavoir Autant et plus que ne peuz concepvoir.

Or pense en toy qu'assez suis empesché Du si bel art auquel j'ay peu pesché, Car il y fault théorique et pratique Plus ou autant qu'en riche rethorique.

Pour enrichir et décorer valeurs (2), Il appartient aussi belles couleurs.

(1) Vous est suppléé.

(2) Ms. les valeurs.

Arethorique ay de long approché, Comme (1) de loing, mais n'ay jamais touché, Car suis assez empesché de painture En contemplant que s'est que de nature ; Par quoy feras a ton beau parler pose, Je t'en requier, afin que me repose.

[Fol. 100.] Il appartient a \ous, haultz orateurs, Dedans Rouen, qui estes inventeurs, Pour décorer en grant perfection Le loz et pris de la Conception.

Ce que j'ay veu dedens ton beau présent Que j'ai receu, Hermitage présent.

Les chantz royaulz, balades et rondeaux Au livre sont tresbons, riches et beaulx. A vous est deu, non pas a moy, nygault Qui parle autant comme un gros papegault. Je broulle et pains, je rimasse en saison Pour mon plaisir, sans rime ne raison ; Pour ce ne fais, ne dis chose de moy. Si tu ne scez ou tu ne voys de quoy ; Mais toutesfois j'ay tant cher ton beau livre Comme bien scet l'amy Pierre de Livre Et L'Hermitage, encloz en son désert, Ausquelz j'é dit : « De ma honte et désert « Vous estes cause, et prens Dieu a tesmoing » [V°.] Car je suis vieil, et n'ay cure de soing Ne de soucy, ne sens, pour m'employer Respondre a toy, car n'ay de quoy payer ; Mais je me ris de joyeuse risée Quant dis que suis la Dyana pi-isee.

(1) Ms. Comment.

Tu fais et dis de raoy ce qu'il te plaisf ; Je suis contant et point ne me deplaist, Car tant me plais, cherchant bonne amytié , Qu'a moy n'auras jamais inymitié :

A toy, je suis dedens le cueur real.

Jehan est mon nom, mon surnom Pkrrkal.

Ores tu scès que je ne suis q'un homme Bien peu scavant, que vieillesse consomme ; Par quoy aras pitié de la personne.

Tu congnois bien, en ce que je m'assonne, A mon parler trop rustique et rural, Qu'il n'y a sens ne joyeulx ne moral.

Respons tu n'as, pour bien te satisfaire ; Mais les Dieux l'ont, pour bien te satisfaire, [Fol 101.] Ainsy basty, car, a bien le comprendre. Je n'eusse sceu le tien hault entreprendre Bien contenter ; par quoy ont voulu tistrc Selon mon sens ceste grossière espitre; Mais, pour respondre a ce que tu prelens, C'est a l'amour, ainsi que je l'entends. Je congnois bien par ton dit que n'ayme ours. Loups, ne lyons, mais hommes par amours, Doctes scavans, en bonnes meurs exquis ; Pour estre tel. la clere vie quis.

Or, pour parler de bonne amour notable, Car bonne amour est tousjours proffitable, Scez tu que s'est d'amours et bons arays Et que raison a aux amans promys Qui bien tiendront ensemble loyaulté ?

C'est a tous deux vraye félicité.

Tu le scez bien ; mais pour ce je le dis, Qu'on dit souvant de beaulx propos et difz

Et fait on rage en disant : « Je vous ayme », Mais c'est du corps plus souvant que de l'ame. [Vo.] Faignant d'aymer, plusieurs font de faulx tours ; Aussi est il trois manières d'amours.

La première est et se nomme lascive :

Aimable elle est par plaisir excessive.

La seconde est fictive en faulx semblant, Qui va les cueurs des bonnes gens emblant : Ypocrittes, vestus de noir et gris, Sont telles gens dont le deul ja m'esgris ; Mais la tierce est le bon et seur demour Qu'on doit nommer la grande et vraye amour : C'est Tamour grant qui est parfaicte en somme ; C'est l'amour grant de Jésus Crist a l'homme ; C'est l'amour grant qu'on doit bien estimer ; C'est l'amour grant dont l'amy doit aymer ; Or c'est l'amour que tu vers moy entends ; De celle mesme envers toy je prétends, Pour fruict avoir chacun de nous sa part, Car vraye amour jamais ne se départ Jusque a la mort : vray est, mais, après tout, Fault aymer Dieu et l'amy jusqu'au bout. De telle amour, amy, te veulx aymer, [Fol. 102.1 Si que le fruict d'aymer ne treuve amer. Pour fin, te rends grâces de ton beau don , Et te requiers de mes faultes pardon, En priant Dieu que tu aye o ly heur, Mon bon seigneur, et grant amy Lieur.

Aussi joyeusement qu'après souper real.

Ce peu te fut voué, mais d'une amour tant chère Tu le reçoyve a gré, en faisant bonne chère. Et plege de cueur gay ton amy : Perreal.

A la suite de l'épître, Jacques Le Lieur ajoute ces vers adressés on ne sait auquel de ses amis :

Monseigneur, tu vois ce livret Pauvre, meschant, mal relié ; C'est toy seul a qui le livre est.

Dont me desplaict ; mais ralié Sera a toy humilié Ton amy. S'il a celuy eur, Tu le tiendras toujours lié.

Et seras rte liiy Le Lieur.

Jean Perréal était donc poète comme bien d'autres artistes de la Renaissance; maison l'ignorait jusqu'ici. On s'explique ainsi qu'il ait été en relations avec Jean Le Maire, qui lui adressa une épître imprimée à la suite du Premier Litre des Illustrations de Gaule (1), avec Germain Colin qui parle de lui avec admiration (2) et avec d'autres auteurs.

Parmi les correspondants que Le Lieur s'eflorça de décider à prendre part au concours des palinods rouennais, il convient de citer un poète d'une grande réputation, Jean Bouchet, de Poitiers. Il lui écrivit, quelques années plus tard, une épître dans laquelle il sévertuait à montrer son beau style. Cette épître ne nous est pas parvenue ; mais nous possédons la répons»^ du (( Traverseur des voyes périlleuses ». 11 n'est pas sans intérêt de la reproduire

(1) Cat. Rothschild, II, n» 2090.

(2) Lts Poé.tifg de Germain Colin Bûcher. Angevin, pvhli^e* par M. Joseph BeiuiU, 1890, pp. 90, 121.

intégralement, les ouvrages de Bouchet étant tous d'une grande rareté. La voici :

[Fol. 6T'.] Lettre de l'acteur a un orateur de Rouen, nommé maistre Jacques Le Lieur, le rnercianl de trois chants roijaulx qu'il luij avoit encoi/rz.

La subscriptioli.

Va, lettre, va, voilant en celuy heur Que voir te puisse a Rouen Le Lieur.

Grâces te rends, o poète sacré, Noble et facond, des couleurs diapré Dont Cicero feit autrefois mémoire Ou livre tiers de son art oratoire, Du grand honneur que tu m'as imparty Quand de tes fleurs un peu m"a departy Desquelles fut la grand rnere Titée A nostre amour par doulx vers excitée.

Non simples vers, mais par les chants royaulx, Doulx et divins, ornez et si tresbeaulx Que j'ay receuz de la main, non point rude D'un tien amy, lequel vacque à l'estude En cette ville pu il est escolier (l), Qui s'est monstre de moy tresfamilier, Et m'a monstre sa lettre de créance Pour m'inciter de faire pourveance

(1) Cet ami de Jacques Le Lieur était probablement Micliel Des Arpents, auteur d'une pièce présentéeauxpalinoJs(m8. fr. 2206) et avec qui Jean Bouchet échangea plusieurs épîtres (Epistres morales et familières, 1545, II, fol. 48" et iS'i). Des Arpens avait

D'un chanl royal de mon style petit,

A quoy n'ay prins voluntaire appétit ;

Car je suis seur que de ma plume agreste

Je ne saurois, par (luelconque moleste

De mon esprit, de ton style approcher

Ne si treshault en matière toucher

Comme tu as et comme ont, au semblable.

Deux après toy, de sçavoir admirable,

Ce sont messieurs Thibaut (1), Cruchon (2) aussi,

Crans orateurs, voire parfaicts, sans si,

Dien meritans la couronne laurée

Et celle aussi des orateurs aurée.

Parquoy, seigneur, te plaira m'excuser Si je ne veiilx en ton pays user l>e chants royaulx, car ce n'est ma pratique; liion je n'entends en celle théorique,

dû prendre ses degrés à Poitiers, aussi est-il qualifié «docteur »àla réunion du puy des Pauvres à Rouen en l.">54. (Sireulde, Thresor immortel, 1550, fol. 32 v". Réimpression donnée par Charles de Beaurepaire, Société des Bibliophiles norittands, même folio.)

(1) Guillaume Thibault fut plusieurs fois lauréat des palinods de 1518 à 1521. 11 était précepteur des enfants de chœur de la cathédrale de Rouen, fonctions dans lesquelles il fut remplacé en 1537 par Guillaume Haudent. Voy. Apologues de Guilloume Haudeiit, éd. Lormier (Société des Bibliophiles normands), p. vj. Les poésies de Thibault ont été cataloguées et en partie publiées, par M. P. Le Verdier, dans Le Triomphe des Normands, etc. {Société des Bibliophiles normands).

(2) Bouchet altère le nom : il s'agit de Pierre Crignon, lauréat des palinods en 1519 et 1527. Crignon accompagna dans ses voyages le poète-navigateur Jean Parmentier, dont il publia les œuvres posthumes en 1531.

oO

Et d'avantage aux proufïitz palatins

Je suis attrainct, tant les soirs que matins,

Et tellement qu'une bien petite heure

Ne puis trouver, laquelle me sequeure

Pour m'arrester aux museins (1) plaisirs

Esquelz j'ay mis mes precieulx désirs.

Sur quoy fais fin, orateur tant suave,

Altiloquent, tant copieux et grave,

En priant Dieu qu'en louant iceluy

Il te colloque es haulx cieulx près de luy.

C'est de Poitiers, de plume non latine, Fort mat et las de peine palatine (2), Au nioys janvier, au lustre d'un moucliet, Par le tien frère et amy, Jehan Boucukt (3).

L'épitre n'est datée que du mois de janvier, sans indication d'année ; mais il y a probablement lieu de l'attribuer à l'année 1337, comme la troisième pièce de cette correspondance poétique.

Le Lieur ne perdit pas de temps pour répliquer. Dès le 10 février, il expédia de Rouen une nouvelle épître écrite, cette fois, en vers équivoques, ainsi qu'il convenait à un admirateur de Crétin et des rhétoriqueurs de l'école picarde. Il s'astreignit à observer, comme Bouchet, l'alternance des rimes masculines et féminines.

(1) ImjJf. museys,

(2) Le vers est incomplet dans l'édition originale ; le mot palatine est suppléé.

(3) Epldres morales et familicres du Trawrseur ; Poitiers, 1545, ia-fol. (voy, Cat. Rothscliild, I, no 5111), li, fol. 67^'-66".

[Fol. 60".] Kpislre responsive dudict Le Lieur a Vacleur, qui est en équivoques.

Lettres, avant que loup chievre en bouche ait, Alk'z bien tost et vous mettez en voye Droict a Poictiers, vers maistre Jan Bouchel, i;i il sçaura bien qui vous y envoyé.

Ces jours passez, ainsi que temps passoyc l»ar les jardins, ou maintes foiz passe oye Pour prendre past, ton élégant escript, Tissu a point et doulcement escript, Me fut baillé, et la trouvay la bonde Du grand esprit, dont la cervelle abonde; Et quant au long Teuz leu, je ballan<;ay, El mes espritz en hault et bas lanray, Disant ces mots : Par trop je m'avanturc Si je responds et metz a l'avanture Mon los, mon nom, dont j'aurois deshonneur; S'en fais reffuz, forclos suis de son heur.

Ainsi perplex, je prins papier et plume, Que gros engin d'une ignorance emplume, Pour l'envoier escriptz trop enrudiz.

Que tu rendras, s'il te plaist, erudiz. Car seulement c'est pour rcspondre es poincts Ou mes espritz aulcunement cspoiiuls.

Tu m'as tiltrt' au front de Ion cpistre Poi'te sacre : (iiiant est de ce chappllre. Je souffriray ton aigre jugement, Quoique sovent mesmcs bon juge nienl ; Sinon qu'il semble a ta musc divine Qu'en divinant tousjours le vray divine,

Pensant qu'un aultre auroit le don parfaict De poète exquis, comme toy a part, faict. Noble et facond, ce sont deux parfaictz tiltres Dont sans be&oing au vouloir tu me tiltres; Mais, pour autant qu'i sont en toy tappiz, Comme couleur diverse en un tappis, 11 ne te chault s'a aultres tu le donnes, Car, non obstant qu'ainsi tu en ordonnes. Tout te demeure et davantage encor, Ainsi que son se multiplie en cor.

Si je t'ay faict l'honneur que tu memores Et dont l'escrit bien porte les memores, C'est de t'avoir envoie chantz royaulx De toy prisez plus que riches joyaulx ; En ce faisant, je congnois que j'envoye L'eau en la mer et mesager en voie Pour te porter ce dont tu as foison, [Fol. 66'^.] Prouve (1) maint livre extraict de ma maison; Parquoy, pensant qu'ouvrier qui tant bien œuvre Prend voluntiers plaisir a aultruy œuvre, Quoy qu'il ne soit au sien a comparer. Et qu'il convient tousjours a coup parer, Je t'ay transmis de nostre part des pièces Qu'il conviendra que brises et despeces Si ne te plaist le petit supporter Et l'impotent a deux bras sus porter.

Vray est que bien autant avois d'envie Comme long temps d'estre sur terre en vie, Que tant d'honneur tu feisses aux suppos, Nobles primatz qui tiennent puy sus potz

(!) Tmpr, Prouve.

Pour Nostre Dame en la maison des Carmes, Ou sont offers œuvres en divers carmes, C'est qu'il te pleust de Poictiers envoler Jusque a Rouen œuvre sans convoyer.

(Kuvre, je dy, de ton escrin partie, D'un grant monceau la petite partie, Et de cela il t'a pieu t'excuser, En me disant pour ce fait récuser Que tu n'as pas style ne theoricque Pour bien user de telle rethoricque.

Tous tes propos viennent de grant sçavoir, Mais l'opposite un chascun peult sçavoir, Car, en tous faictz que tu diz et compassés, Aucun n'y a que de trop tu ne passes, Tant soit sçavant, quant a rimer a poinct (fluvre moralle et bien conduicte a poinct ; Je ne dy quoy, car les grans officines Pleines en sont, comme d'eau les piscines, (Ui nous voyons l'argument apparent Comme tu as Cyuthelis a parent Et pour mère as Caliopé, la muse, Laquelle faire œuvre digne t'amuse.

Outre, tu dis qu'es subject au Palais; Mais mieux seroit si anltrement parlais, Car, Dieu mercy, tu as langue latine A joindre ensemble a langue pallatine, |]t, oultre plus, tu as si vifz espritz Pour y fournir divinement espris, Que je ne puis pour bonne excuse prendre Le tien escript, plus digne de reprendre Que d'accepter, veu qu'en dictz et en faictz Bien porterois un trop [tins pesant faix.

Mais, quand viendront les jours de pourveance, Je t'envoiray l'affiche de créance.

Laquelle yra vers toy pour te citer Et tellement el (1) pourra exciter Le tien esprit si tresaise d'escrire, Que quelque histoire il sçaura bien descrire, [Fol. èèe.] Comme ay espoir, et jecteras par l'ser Ton doulx parler, dont nous orra parler.

Et sur ce point, veu que mes mains sont grasses. De ton escript je te rends humbles grâces, C'est qu'il t'a pieu de me faire tenir Ta lettre exquise et puis me retenir De tes arays, dont tu m'envoys le gage, Ou ne responds, sinon que de langage ; Mais tu peuz estre asseuré que je suis Ton bon amy, en quoy, si je ne suis Loy d'amitié, qui le mien pour tien donne, Te sulTira puisque veulx et ordonne Que, quant la mort son droict prendre viendra, Et que paier ce tribut conviendra.

Qu'amour noz cueurs si bien ensemble assemble Que pour jamais en un fruict joinctz en semble, Puis qu'ainsi est qu'el ne nous estera Fors que le corps que terre a hoste aura. Si tu vivois au moins et je mouroye, Qu'en ton esprit (2) vie par mémoire aye, Et, si premier en ce monde tu meurs, Je te prometz que toy, aussi tes meurs Dedans mon cueur seront tousjours en vie. Comme vesquit Pirotheus, qu'envie

(1) Impr. elle.

(2) lm]pr. esperit.

De bien avmer Tlieseus après mort :

Si liien l'ayma qu'en son ciieur vesquit mort. Thibault, de qui tu fais ample meraore, Crichon aussi, plus blanc que noir n'est more, M'ont for requis, quand les ay eu mandez, D'estre a la grâce humble recommandez.

Cy feray fin de parler et de lettre.

Ainsi qu'amy et qui a faim de l'estre, Priant a Dieu qu'il te doint prospérer Comme Jacob tousjours en prospère »r, Et pour jamais te tienne sain et aise, Garny des biens que portent Seine et Aize, Vivant joieux pour le proufTit d'humains Autant que feu Mathusallé du moins.

Faict en febvrier, la diziesme journée D'une pensée a ce faire adjournée Par Le LituR, qui, autant qu'a vivre a, Ton serviteur, frère et amy vivra (1).

Nous n'avons que des fragments de la correspondance échangée entre Jacques Le Lieur et Jean Bouchet. Nous savons pourtant que, dans le courant de l'année 1537. le poète rouenuais lit parvenir au procureur poitevin, par l'intermédiaire de Jean-Baptiste Le Chandelier, conseiller au parlement de Rouen (2), une nouvelle épître très ami-

(1) Epistr^)! morales et familières du Traversevr, H, fol. 66"- 6C«.

(2) Jean-Baptiste Le Chandelier, conseiller lai au Parlement de Rouen, pourvu le 19 juilllet 1519, reçu le 7 août suivant, mourut le 15 mai I.'jIS. Il était poète latin ; c'est lui qui a composé

cale. Le Traverseur reprit la plume et, le 16 septembre, il lui expédia la réponse suivante :

AuUre Epistre de l'acteur a monsieur maislre Jacques Le Liem\ grant poète demourant a Rouen, faisant mention d'amitié nouvelle qui se peut entretenir' mieulx en absence qu'en présence.

Depuis liuyt jours, du tresdoct conseiller Mon bon seigneur monsieur Le Chandelier, J^ay par escrit receu d'honneur le tiltre, A moy non deu, en une sienne epistre, Epistre, dy, de composition Telle, qu'a moy c'est admiration, Et luy ay faict, ce requérant ma muse, Response en vers, du style duquel j'use.

Depuis, sachant que monseur Des Ârpens Va devers toy, encore qu'en suspens J'eusse tenu ma plume longue espace De plus rimer, pour toujours mieulx ta grâce Nourrir en moy, treshonnoré seigneur, De bien escrire et bien dire enseigneur. Je me suis mis souldain a l'aventure [Foi. 12d.] De t'envoyer la présente escripture Par cestuy la lequel désire bien Lier nous deux d'un amoureux lien,

les éloges de ses confrères (Bibl. nat., ms. lat. 10054) et la Pa?-thenie. Les Virorum omnium consularium Liiri, ont été publiés par M. G.-A. Prévost, Rouen, 190.5 {Société des Bibliophiles nortnands), et la Parthenie, par M. F. Bouquet, Rouen, 1883 (même Société). Voy. Fleury Viadry, Les Parlementaires français au XYI*^ siècle, I, p. 28.T.

Tel que vouldrois que de nous deux la veue Fust une foiz de noz désirs pourveue.

Puis qu'ainsi est que nos seniles ans Et noz manoirs de six vingts lieuz distans Ont défendu chose tant désirée, Nous supploierons l'absence souspirée.

Et nous verrons tous les jours en esprit Et bien souvent, si te plaist, par escript; Dont se pourra l'amour et bonne estime De l'un a l'autre estre es cueurs plus intime, Car plusieurs roys et grans dominateurs, Gens bien nommez, et plusieurs orateurs Se sont aymez par rapports amyables, Lesquelz, eulx veuz, turent soubdain rauables. En se voyant par fréquentation On veoit à lœil quelque iraparfection.

Car onc n'y eut pur homme en cestuy monde Qui n'eust en luy quelque macule immonde : Cela nous vient du péché primerain Que feit Adam, dont tout le monde est vain-, El le désir et affeclion grande Qu'on a de veoir l'un l'aultre recommande. Ce grand amour et le croist de moictié En cueurs benings de parfaicte amitié.

Or donc, seigneur, humblement te supplie Que cest amour qu'avons se multiplie En charité et a l'honneur de Dieu, L'un loing de l'autre en corps, place et en lieu, Me pardonnant si par trop je m'hardic De te rescrire et si lettre dédie Si familière a toy, bien méritant Avoir d'honneur cent mille fois autant.

Tu es pillier de la chose publicquc, Et procureur simple suis en practique ; Poictevin suis et de ceulx dont l'engin] Est rude et gros, au dur parler enclin, Et d'un pays tu es aymé des muses, Ou les gens ont de bien dicter les ruzes ; Tu es tout doct, et je suis non sçavant ; Je suis dehors et toy au plus avant Du fons sacré a dame Rethorique, Ou orateurs tiennent leur théorique.

Sans pouvoir suis, sans sçavoir fais effors De me monstrer aux gens sçavans et fors Et, volitant comme faict l'alouette, Désire avoir le sçavoir d'un poète, Non pour les t'olz aymans auctoriser, Ne pour gaudir et moins temporiser, [73«.] Ains seuUement pour passetemps honneste

Aux jours qu'on faict quelque ferier ou teste ; Mais je ne puis, nature le deffend, Dont le sçavoir du poète descend.

Et de tous ceulx de la terre de France Me semble advis, je le dy sans oultrance, Que les Normans ont des muses l'octroy De poésie ; ainsi le pense et croy, Car je n'ay veu de plus aisé langage Ne plus fluent, tant soit grave l'ouvrage

Qui sera fin, priant le créateur Que de toy soit toujours le protecteur. Et, puis avoir vescu cent ans en joye, Je dy d'esprit, près de luy te convoie.

Escript ce jour qu'un clerc lutherian, Plus saturnic que bon mercurian,

Feit a Poictiers une amende honnorable Par jugement droict et non favorable, Seiziesme jour de seytembre cinq cens Mil trente sept, maints escolliers presens. Par celuy la qui dit en infortune :

Ha bien touché, de tristesse importune (1).

L'honnête Jehan Bouchet ne crut pas pouvoir se rendre aux instances d'un autre Rouennais. Sollicité plus tard par le secrétaire Tillard d'envoyer un chant royal aux palinods, il ne voulut pas faire une promesse qu'il savait ne pouvoir tenir (2).

Parmi les amis de Jacques Le Lieur on peut citer encore le poète latin Nicolas Bourbon, qui lui adressa une petite pièce morale, où l'on ne trouve malheureusement aucun détail personnel :

Cliristianum homincm quid deccat.

Ad Ligarium amicum.

Quisquis vivere vult bene et béate Pura mente Deum colat suoque Contentus studeat nocere nuUi, Succurrat miseris, bonos sequatur, Mores corrigat, aut ferat malorum Forti pectore, gaudeatque semper (3).

(1) Epistrtis morales et familières du Traverseur, II, fol. 12', 73".

(2) Ihid.

(3) Nicolai Borhonii Vandoperani Lingnnensis Niigarum Libri octn ; apud Seb. Gryphium Lugduni, 1538, in-S», p. 336.

Le Lieur se glorifiait du titre de « poète sacré » que lui avait donné Jehan Bouchât; ses œuvres ne sont guère en elïet que des louanges adressées à la Vierge ou des paraphrases de prières liturgiques. Une fois seulement il s'égara dans la poésie profane et même très profane. Le désir qu'il eut de se rapprocher des auteurs en vogue, de Clément Marot, de Claude Chapuys, d'Antoine Héroët, de Maurice Scève et de leurs rivaux, amena notre rimeur rouennais à prendre part à cette sorte de lutte engagée, vers 1536, entre les beaux esprits du temps pour la confection des Blasons anatomiques. D'autres Rouennais lui donnaient l'exemple : François de Sagon avait composé le Blason du Pied et le Blason de la Grâce; Charles de La Hueterie avait rimé les Contreblasons de la beauté des membres du corps humain; Jacques Le Lieur se chargea da la Cuisse, et, bien que ses vers soient parfois un peu risqués, il ne sera pas sans intérêt de les reproduire ici, en pratiquant quelques coupures :

Blason de la Cuisse.

Cuisse ou j'ay longtemps prétendu, Plus ferme qu'ung fort arc tendu, Cuisse plus dure que le marbre, Le soubstien et le gros de l'arbre, Cuisse sans qua, cuisse sans si, Qui porte tleur et fruiet aussi, Cuisse qui soulstient la pelotte, Je n'oserois dire la motte,

Qui par nature est decûree D'autre thoison que la dorée*

Ce n'est or. velours ne satin

Cuisse mon bien, cuisse ma joye

Cuisse parfaiitement taillée, D'ung fin esraail blanc esmaillee, Cuisse qui n'a ride ne fronce,

Mais bien convoitise semonce

Cuisse qui as la chaleur telle Que a y toucher chose est mortelle, Mortelle qui jusque a mort dure ; Cuisse plus forte et trop plus dure Que l'aymant qui le fer attire, Car tu traiz et l'on ne retire Sa main de toy sans maladie; Cuisse refaicte et bien planiere, Cuisse qui n'est point heronniere, Cuisse friande et cuisse ronde, Cuisse la plus belle du monde, Cuisse qui faitz l'œil esmouvoir, Cuisse qui faitz tetin mouvoir, Cuisse qui faitz parler la bouche Ung temps avant que l'on te touche, Cuisse qui faiz la main servir, Cuisse qui te fais poursuivir, Cuisse qui tout le corps supporte...

Cuisse qui faitz faict et desfairt, Cuisse sans qui nul bien n'est faict, Cuisse de qui le souvenir Me faict souvent le goust venir.

Mille ennuys et mille plaisirs, Pour cent eshas, cent despiaisirs,

Cuisse en beaiilté la plus féconde (1), Cuisse qui n'a point de seconde, Cuisse de belle créature, Cuisse chef d'œuvre de nature.

Les Blasons anatomiques parurent d'abord, partiellement, sans noms d'auteurs, à la suite de V Hecatomphile traduite de Léon Battista Alberti, en 1536, 1337 et 1539; ils reparurent, augmentés et accompagnés des signatures chez Ctiarles L'Angelier à Paris, en 1543, en 1550, et chez Nicolas Chrestien, également à Paris, en 1554, in-16. C'est l'édition de 1550 que j'ai suivie (fol. 38); malgré des transpositions, le texte en est plus correct que celui qui est joint à V Hecatomphile (2).

Charles de La Hueterie se chargea de répondre à Le Lieur par un Contreblason qui commence ainsi :

La cuisse blanche est-elle tant heureuse Comme l'on dict ? . . .

On m'excusera de ne pas transcrire la suite (3).

Malgré la singularité du sujet traité, ce fut malgré tout un honneur pour Le Lieur de voir son nom réuni à ceux de tous les poètes renommés de ce temps.

Au moment où Jacques s'égarait dans les rimes pro-

(1) Impr. faconde.

(2) On peut se reporter aussi au recueil publié par Méon en 1807, p. 79, et à la réimpression donnée par Paul Lacroix, en 1866, sous la rubrique d'Amsterdam, p. 49.

(3) Méon, p. 14.5; Paul Lacroix, p. 96.

fanes, il dut envoyer à Paris ses lettres de noblesse. Il n'était pas comme d'autres membres de sa famille qui avaient volontairement dérogé à la noblesse pour se livrer à la « marchandise)); il y tenait au contraire beaucoup, aussi voyons-nous qu'il lit enregistrer les lettres au greffe du Parlement de Rouen, le 19 février 1537 (n. s.), pour qu'il pût lui eu être délivré une expédition au cas où l'original aurait été perdu (1).

La vieillesse arrivait, et bientôt Jacques Le Lieur n'eut plus d'autres préoccupations que de faire transcrire et retranscrire les vers qu'il avait composés en l'honneur de la Vierge ou sur divers autres sujets de sainteté. C'est ainsi qu'il constitua le recueil de La Passion de Nostre Seùjneur, dont je décris plus loin quatre manuscrits. L'une de ces copies, ornée de 43 grandes miniatures, fut dédiée par lui à François I". à qui il eut peut-être Ihon neur de l'offrir personnellement. Ce doit être aussi une production de sa vieillesse que cette Chasse d'unq cerf privé, sorte d'exhortation à la bonne mort qui nous est connue par deux manuscrits de grand luxe (2).

Enfin, jusque dans ses derniers jours, Le Lieur parait avoir rimé des épitaphes- On trouve dans le manuscrit français 24315 de la Bibliothèque nationale quatre pièces signées de la devise Du bien le bien; ce sont les épitaphes de Guillaume Billon,deSimon Des Montz, de Jean Pinart, dit Trotier, et de Pierre Le Roy. « régent et maistre aux

(1) Tahellionage de Rouen, année 153(5.

(2) Biblioth. nat., ms. S7Î>. fol. 45, et 25429.

enfants, monstrant a l'escole prose et vers ». Comme Pierre Le Roy concourait encore au palinod de Rouen en 1545, on peut être certain que ces pièces sont des œuvres de vieillesse (1).

Échevin jusqu'en 1541, Jacques fut, en 1542, député aux États de Normandie. Il présida cette même assemblée l'année suivante et réclama contre les subsides demandés pour le paiement des gages des membres de la chambre des Comptes (2). En 1544, il fut prince du puy des palinods. Il était qualifié alors seigneur de Brasmetot, du Bosc-Bénard et d'Ouville-l' Abbaye. La date de sa mort n'est pas connue, et l'on est surpris qu'elle ne nous soit pas révélée par quelque épitaphe fastueuse. II dut mourir vers 1350, âgé d'environ 75 ans.

Soit par amour de l'art, soit par simple vanité, Jacques Le Lieur paraît avoir fait exécuter un grand nombre de manuscrits; il a dû patroner, à Rouen même, un atelier d'où sont sortis plusieurs recueils de poésies palinodiques et diverses copies de ses ouvrages. Voici une liste sommaire de ceux de ces manuscrits qui me sont connus ;

(1) G. Tasserie, Le Triomphe des Normandx, publié par P. Le Ver die r, 1908, p. viij.

(2) Charpîllon et Caresme, Bict. du départ, de V Eure, I, p. 430.

1. — Rei'ueil de chants royaux, de ballades et de rondeaux. Ms. gr. in-fol. sur vélin de 49 II.

Ce volume, lun des plus beaux que possède la Bibliothèque iiatioiiiiie, est orné de 60 miniatures de la grandeur d'un quart de page. Un poème qui suit les pièces palinodiques, La Chasse d'uni) cerf privé (fol. 45) est décoré de 9 miniatures de la grandeur de là page.

Parmi les petites peintures, il en est un certain nombre de tout premier ordre, qu'on ne peut attiibuer qu'à un grand artiste. A première vue on est frappé de la ressemblance qu'elles offrent avec les miniatures exécutées par Jean Bourdichon pour les Heures d'Anne de Bretagne; mais Bourdichon mourut en 1520 et le manuscrit est vraisemblablement de quelques années postérieur. On est tenté de croire que Le Lieur qui, nous l'avons vu, professait pour Jean Perréal une admiration sans bornes, lui aura confié la décoration du recueil. Il n'est guère douteux, en effet, qu'il ait été peint pour Le Lieur. La première pièce est signée de son nom, et, s'il a groupé des œuvres dues aux lauréats des palinods, il figure lui-même dans cette anthologie pour 9 chants royaux, 3 ballades et 4 rondeaux. Le dernier rondeau est de lui, et, selon toute vraisemblance, il est aussi l'auteur de La Chasse trun cerf ])riv(''. .Nulle part, il est vrai, on ne trouve les armes des Le Lieur, mais, comme les pages n^ont pas de bordures, on peut croire que le miniaturiste n'a pas voulu nuire à l'effet de ses tableaux en y ajoutant des ornements superflus. Jean Perréal, n'étant mort qu'en 1530, aurait pu exécuter les miniatures vers 1.528, année oii il entra en relations avec l'amateur normand. Dans tous les cas, cette hypothèse ne s'appliquerait qu'aux poésies palinodiques; la seconde partie du volume, celle qui contient La Chasse d'ung cerf privé, doit être postérieure. M. Pierre Le Verdier [Le Triomphe des Sormands par Guill. Tasserie, p. xxviij) a observé que l'une des miniatures nous montre la tour de la Cathé-

drale (celle de Robert Bccquet) en construction, et que ce détail permet de la dater de 1543 ou 1544.

La CJiasse d'ung cerf privé commence ainsi :

Dedens le monde, en ung parc de leesse, Ung cerf privé faisoit sa résidence...

La Bibliothèque nationale en possède un autre manuscrit abrégé (fr. 25429 = Gaignières 39), qui est orné de neuf jolies gouaches. Bibloth. nat., ms. fr. .379 (ancien 6989).

2. — Heures de l'Immaculée Conception exécutées pour Jacques Le Lieur. iMs. in-8" sur vélin de 74 ff.

Ce volume est celui dont la reproduction est accompagnée de la présente notice. Il en sera parlé avec détail dans le chapitre suivant.

L'écriture semi-gothique employée pour la transcription du texte se retrouve dans les manuscrits qui vont être énumérés. Cette écriture, ainsi que la décoration, caractérise l'atelier rouennais qui travaillait pour Le Lieur.

3. — Heures de l'Immaculée Conception. Ms. in-S" sur vélin de 80 fl. Haut. 171 mill., largeur 107 mill.

Voici la composition de ce volume :

1" Feuillet blanc ;

2° Feuillet blanc au v et portant, au vo, des armoiries qui peuvent se lire ainsi : d'or à deux fasces de gueules, chargées d'un ruisseau d'argent ; au chef d'or chargé de trois hanaps ou de trois pions d'échiquer de sable. Ces armes, auxquelles est jointe la devise : Si mieux non pis, ne sont pas celles de la famille de Rezay, comme Ta dit à tort le rédacteur du Catalogue Rothschild sur la foi d'une note due à un ancien possesseur. Le devise Si mieux no7i pis accompagne un sonnet et une ode de Marc -Antoine Picart, imprimés en

lête du Temple de Mars de Pierre d'Origny, seigneur de Sainte- Marie, 1559 ; mais les Picart de Rouen avaient des armes toutes différentes.

3" (fol. 3). Pater noster en vers français farcis de latin : Pater noster, vray amateur...

40 (fol. 9 vo). Ave Maria, farci de latin :

Ave, angelique salut...

[Par Jehan Molinet.]

5° (fol. 15 vo). Déclamation sur Tevangile de Missus : Ainsy qu'on va, seul, son ennuy passant...

[Par GuiLLAiME Alexis.]

6° (fol. 29 VO). Les Heures de la Conception. Domine, labia mea aperies, et os meum annunciabit laiidem tuam. Dame sans per, Vierge trespure etniunde...

1° (fol. 35). Chant royal sur l'oraison : Obsecro te, domina, etc. Je vous supply, dame saincte Marie...

Refr. Fay que ton fils son paradis m'accorde.

80 (fol. 38). Rondeau.

Je vous supply, douice Vierge bénigne...

90 (fol. 38 v). Oraison de Nostre Dame composée sur ceste anthienne : Sub tuum presidium.

Soubz l'estandart de toy, vierge et ancelle...

10° (fol. 41 v«). Huyt Clauses composées sur : Ecce anriUa Do-

mitii.

\u liault rocher de vraye éternité...

[Par Charles Morel.1

11° (fol. 43 vo). Rondeau de Nostre Dame :

Vierge enfantant oultre loy de nature...

12° (fol. 44). Rondeau a nostre seigneur Jesuchrist en l'arbre de

la croix.

En ceste croix, alaciiù piedz et mains...

130 (fol, 45 vo). Dyalogue de rAnnunciation Nos(re Dame entre Nature humaine et Marie.

NATDRE HUMAINE

Que direz vous, Vierge pucelle ..

14» (fol. 48 vo). Chant royal de la Magdaleine. Après regretz et piteuses ciamours...

Refr. Elle a bien sceu le meilleur party prendre.

loo (fol. 50 v"). Chant royal de la Passion.

Qui de son cueur vouldra larmes tirer... Refr. Le bien du corps et le salut de l'ame.

16° (fol. 53). 0 bone Jesu, per tuam miser icordiam esto michi

Jésus.

0 bon Jésus, fontaine de science...

n» (fol. 53 vo). Chant royal de dévotion

Des cinq festes de Nostre Dame,

La prouvant en conception

Pure et nette de corps et de anie.

Ave cufus conceptio.

Salut te rens, Vierge sans vilitc...

Refr. De tout péché exempte et préservée.

18" (fol. 37 v»). Chant royal de dévotion

Qui la Vierge royne celique Prouve belle en conception Par le beau salut angelique.

Ave.

Je te salue en toute révérence...

Refr. D'un filz tout beau la raere toute belle.

[Par Jacques Du Parc]

190 (fol. 59 vo). Chant royal composé sur Ave, regina celorum. . . Royne des cieulx tressaincte et preesleue.., Refr. Le firmament du soleil de justice.

[Par Nicole Lescarre.J

20" (fol. (il V"). Oniison iIp maflamc saincte Barh(^. A deux genoulx en toute humilité...

A i;i fin. acfôstiche de Jacques Lk Likor.

21" (loi. tjo V). Balade de la vierge Marie loiiiposee sur rantieiiiic : Snb luum preskiium confugimus, sancta Dci genilrix. Sous ton support, unibre et protection. •■

22° Deux feuillets blancs (67 et 68).

230 (fol. 69). h'Ecce homo.

Vecy l'homme sainct, innocentât juste...

24° Un feuillet blane (76).

25° (fol. 77. blanc au v). Grand fleuron en couleurs. Au centre, dans un triangle, la devise : Vouloir. Une banderole enroulée autour d'une couronne de laurier qui sert de cadre porte : Fiai Vax hominibus bon. iiolunla.

260 Trois feuillets blancs (78-80).

Le volume est orné, outre les armoiries et le fleuron final, de onze miniatures dont voici les sujets :

1» (fol. 3). La Création. — 2» (fol. !) v°). L'Annonciation. — 3" (fol. 16). La Tentation au paradis terrestre. — 4° (fol. 30). La Vierge et ses attributs. — ..o (fol. .'55). La Vierge mère assise sur son trftne. — 6» (fol. 44 v°). Jésus en croix ; à ses côtés, la Vierge et saint Jean. — 70 (fol. 46). Nature humaine et Marie.. —S» (fol. 48 v»). La Madeleine. — 90 (fol. 53). Jésus flagellé comparaissant devant Pilate. — 10» (fol. 61 v). Sainte Barbe, petite peinture en largeur. — 11» (fol. 69). Ecce homo.

Bibliothèque de feu le baron James de Rothschild à Paris (Gat. , I, n" 31).

4. Heures de l'Immaculée Conception. Ms. in-S» sur vélin de 22 fi., orné de 4 miniatures de la grandeur des pages.

Ce volume, qui a figuré à la vente E. Bancel en 1882 (a» 265), qui est décrit dans le Bulletin de la librairie Morgand {n° 8618) et qui, en dernier lieu, a passé à la vente Henri W. Poor a New-York (Cat., avril 1909, n° 105), contient les pièces suivantes :

10 (fol. 1). Dyalogue de l'annunciation Nostre Dame : ,

NATURE HUMAINK

Que dyrez vous, Vierge pucelle... ?

•20 (fol. 2 vo). Gtiant royal de la Magdalene. Après regretz et piteuses clamours...

Refr. Elle a bien sceu le meilleur party prendre... ,^

3» (fol. 4). Chant royal de la Passion.

Qui de son cœur vouldra larmes tyrer... Refr. Le bien du corps et le salut de l'ame.

4° (fol. 3). Translation de cette oraison : 0 bone Jesu, etc. 0 bon Jésus, fontaine de science...

.=jo (fol. o v"). Chant royal de dévotion

Des cinq festes de Nostre Dame La prouvant en conception Pure et necte de corps et de ame.

Ave ciijus conceptio--- Salut te rendz, Vierge sans vilité...

Refr. De tout péché exempte et préservée.

[Par Jacques Le Liecr.j

tjf (fol. 9). Chant royal de dévotion

Qui la Vierge royne celique Prouve belle en conception Par le beau salut angelique.

Ave.

Je te salue en toute reverenc*...

Refr. D'ung lilz tout beau la mère toute belle.

[Par JAcaoKS Do Parc]

7" (fol. 10). Chant royal composé sur l'antienne : Ave reyinn celo-

rum.

Royne des cieuh, tressainete et preesleue... Refr. Le firmament du soleil de justice.

Par XicouF. Lescarre.

8o (fol. 11 V"). Oraison tresdevote a madame saincte Barbe. A deux senoulx en toute bumiiité...

Par Jacques Le Lieir.

90 (fol. 15). Ballade de la vierge Marie, composée sur ceste antienne : Sub luum presidium confuyimus.

Soubz ton support, urabre et protection... Refr. Vers Ion cher ûlz le protecteur du monde.

10" (fol. 16). Le povre pécheur demandant a Dieu pardon et miséricorde de ses péchez.

Povre pécheur, que je suis plein de vice... 11" (fol. 20). La Salutation angelique.

Marie, vierge glorieuse...

Les quatre miniatures représentent : l'Annonciation, la Madeleine, Jésus et saincte Barbe.

On peut rapprocher de ces volumes un recueil dont la composition est analotfiie, mais qui n'a pas été fait pour Jacques Le Lieiir. C'est le manuscrit porté au Catalogue d'Ainbroise Firmin-Didot, 1881, no 27. Dans son état actuel, car les premiers feuillets manquent, on y trouve les pièces suivantes :

1" (foi. 1) [Chant royal sur l'oraison Obsecro te...]

Je te supply, dame saincte Marie...

2" (fol. 2). Petit .Vbrcgé du mistere de la Passion de nostre sauveur

et rédempteur Jésus Christ, dont chascune ligne se commence par une lectre de la patenostre et par ordre :

Prince puissant, liaulte divinilé...

3° (fol. 7 v»;. Les Matines de Nostre Dame en IVançois, a l'honneur de sa tressacree et toute hello conception.

Dame sans per, Vierge trespure et munde...

^Par Guillaume Tasseriez

4° (fol. 11 vo). Ave Maria fait et composé par M» Jehan Trotier. Ave, fleur des précieux cieulx.

Le 13« f. manque.

0» (fol. 14). Oraison de la vierge 3Iarie.

En protestant de la haulte excellence...

[ParARNOUL Gredan.]

60 (fol. lo v°). Certaines clauses composées par maistre Charles MOREL sur les molz ensuyvans, c'est assavoir : Ecce ancilla Bomini. Du hault rocher de vraye éternité...

1° (fol. 16). [Déclamation sur Tevangile de il/issus.]

Ainsi qu'on va, seul, son ennuy passant...

[Par frère Guillau.me Alexis.]

8» (fol. 26 yo). Champ royal de la Magdalene. Après regretz et piteuses claniours...

9° (fol. 27 v). Oroison dévote de la vierge et pucelle Marie.

0 digne preuosité...

(Par Achille Caulier.] 10» (fol. 30). Champ royal.

Alpha régnant en son trosne celhiue...

Le v» du f. 32 est blanc.

Le volume est orné de bordures, d'initiales peintes et de bouts de lignes enlunnnés ; mais il ne contient aucune miniature. On remarque dans les bordures des coquilles et les initiales J. K. (ou J. R.), peutêtre Jehan et Katherine.

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