STROPHES
Banquet de la Société Linnéenne du 28 décembre 1852.
Dans les frais buissons d'aubépines , Le soir, j'aime entendre l'oiseau , Mélant aux essences divines
Son simple chant si pur, si beau.
J'aime aussi l'abeille aux bruyères, Bourdonnant de ses ailes d'or,
Puis soudain au loin des clairières , Vers les bois prenant son essor.
Aussi me plait dans le feuillage Un murmure mystérieux ; Triste plainte, ou bien doux langage,
De quelque satvre amoureux.
Mais il est une douce chose Que beaucoup plus mon cœur chérit ; C'est l'asile où joyeux on cause, Où franchement on parle, on rit.
C'est la table, où chaque convive S'anime au sein de l’amitié ;
Où la gaité pure et naïve
Eclate en toute liberté.
Cette table, amis, nous rassemble Pour fêter l'immortel Linné ;
J'ai voulu chanter, mais je tremble ; De vous serai-je pardonné ?
Bercé d’une douce espérance , Révant gloire de mon pays,
J'ai voulu, chantre obseur de France, Célébrer un de nos amis :
Avec vous emplir une coupe,
Puis, vers le ciel en l’élevant,
Dire tous, en un joyeux groupe :
Honneur à notre ami MuLsanr ! (*)
(*) Récemment décoré par S. M. le roi de Suède de l’ordre royal de Wasa,
Honneur à la noble Norvége !
À son roi par nous révéré !
Car ici le talent siége,
De sa juste main décoré.
Linnéens, donnons cette preuve:
Que, dans notre antique cité, Notre esprit encore s'abreuve
De science et de vérité.
Fêtons ceux dont l'intelligence, Ceux qui par leurs brillants succès Font la gloire de notre France,
En ce siècle de progrès.
Qu'ils battent fort dans nos poitrines, Nos cœurs toujours heureux et fiers De compter les fronts qui s’inelinent
Devant sa gloire et ses lauriers.
À vous, honorables collègues !
A la gloire de vos travaux !
Que toujours nos Annales lèguent À l'avenir des faits nouveaux.
Votre patrie, oui, c'est le monde ; Mais du Levant à l'Occident ,
Pour que plus d’une voix réponde, Il nous faut aller en avant !
Et qu'un vœu trouve ici sa place !
Dans nos champs, des maux inconnus Laissent partout leur triste trace, Qu'un jour de nous ils soient connus !
Oui, répondez , troupe savante, A l'appel de nos magistrats ; Marchez , la science est puissante, Et la France vous tend les bras.
Rendez à la pauvre chaumière
Le pain de ses nombreux enfants ; Conservez-lui la parmentière,
Le premier de ses aliments.
Animés d’une ardeur nouvelle, Jurons par nos succés croissants, À Linnée, à notre modele,
De le fêter ainsi longtemps.
Gusrave LEVRAT.
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