EFFETS PHYSIQUES DE L’ÉTINCELLE D INDUCTION
Effets lumineux. — Priestley, Wollaston et Fraunhofer sont les premiers qui aient étudié les spectres de l’étincelle électrique. Mais les mauvaises conditions dans lesquelles ces savants s’étaient placés les avaient empêchés d’étudier d’une manière complète le phénomène. C’est M. Masson, qui jusqu’à présent a étudié le plus sérieusement cette question dans deux mémoires fort importants qu’il a publiés, l’un en 1851, dans les Annales de physique et de chimie , l’autre, en 1853, dans les mémoires de l’Académie de Harlem. Ce dernier mémoire lui a valu le prix proposé cette année-là par cette société savante.
Dans ces mémoires, M. Masson analyse le spectre de l’étincelle produite par les machines, par les piles et par la machine de Kuhmkorff, non-seulement suivant les différents métaux entre lesquels la décharge électrique s’effectue, mais encore suivant les milieux gazeux ou liquides dans lesquels est placé l’excitateur. Il résulte de ces expé-, riences :
1° Que la lumière électrique, quelle que soit sa source,
1. Voir mon Mémoire sur les éclairs dans les Mémoires de la Société des sciences naturelles de Cherbourg. 2 vol.
NOTICE
possède les mômes propriétés, quelle soit continue ou instantanée;
2° Que le spectre de la lumière électrique présente des raies brillantes qui sont indépendantes de la source de cette lumière et du milieu (aériforme) où elle est produite, et dont le nombre et la position ne dépendent que de la nature des métaux entre lesquels elle apparaît ;
3° Que le spectre de la lumière électrique fournie au sein d’un liquide ne présente aucune raie brillante quand il n’y a pas transport de la matière des électrodes servant d’excitateurs;
k° Que dans tous les spectres on retrouve invariablement quatre ou cinq raies communes qui diffèrent quelquefois par leur intensité, mais qui ne manquent jamais ;
5° Que le spectre de l’étincelle fournie par la pile présente moins de raies que celui de l’étincelle des machines , mais que cela tient à la faible intensité de l’arc voltaïque et au peu de tension du courant;
6° Que dans les spectres fournis par les différents métaux, l’une ou l’autre des couleurs prédomine aux dépens des autres, et que c’est précisément dans cette couleur que se trouvent les raies les plus brillantes ;
7° Que l’étincelle électrique est un phénomène résultant de la température élevée jusqu’à l’ignition d’une portion d’un conducteur solide, liquide ou gazeux qui propage un courant électrique quelconque ;
8° Que les raies brillantes sont produites par l’incandescence au sein de l’étincelle des particules pondérables arrachées aux rhéophores et transportées par le courant;
- 9° Que les différences d’intensité de ces raies brillantes doivent être attribuées à des aptitudes de la matière à vibrer de préférence certaines ondulations lumineuses;
10° Que le transport des particules matérielles en ignition peut contribuer à augmenter l’intensité de l’étin-
celle, mais sans en être la cause, puisque l’étincelle peut exister dans les liquides sans qu’il y ait pour cela transport de matière.
Lors de ses premières expériences, M. Masson s’était servi de la machine électrique, et Ton peut facilement comprendre combien il dut rencontrer de difficultés. Mais aussitôt que l’appareil de Ruhmkorff put donner des étincelles suffisamment fortes, il s’empressa de répéter avec cet instrument, qu’il munit à cet effet du condensateur dont
Fig. 41.
nous avons parlé (page 13), toute sa série d’expériences, et il put reconnaître la parfaite identité d’action physique de cette nouvelle source électrique avec celles qu’il avait employées primitivement.
Avec l'appareil de Ruhmkorff, toutes ces expériences, qui sont non-seulement excessivement intéressantes au point de vue scientifique, mais encore curieuses à voir, peuvent se faire avec la plus grande facilité. Il suffit d’un excitateur de Lânes, dont les boules puissent se dévisser facilement et se rapprocher à volonté, et d’un goniomètre de M. Babinet , sur le plateau duquel on place un prisme très-dispersif , comme on le voit fig. 40.
Chacune des branches de l’excitateur est en rapport avec une des armures du condensateur, et l’étincelle est reportée à la hauteur de la lunette fixe du goniomètre. Cette lunette est munie d’une fente très-étroite et d’un écran noirci pour empêcher la lumière qui ne doit pas être analysée de troubler l’expérience. Le prisme en flint de Faraday est fixé verticalement sur la glace du goniomètre avec de la cire molle, et quand on l’a placé par rapport aux rayons envoyés à travers la fente, au minimum de déviation , on reçoit le spectre dans la lunette mobile qu’on a eu soin préalablement de régler jusqu’à ce qu’on ait pu apercevoir d’une manière distincte l’image de la fente et les fils croisés. Le spectre alors n’apparaît pas tout entier dans la lunette mobile, mais après que celle-ci a été fixée à l’aide d’une vis de pression , il suffit de tourner la vis de rappel qui se trouve à droite de la lunette pour que toutes les couleurs, avec leurs raies, apparaissent successivement.
Le cadmium donne des raies bleues et vertes très-belles; c’est un des plus beaux spectres qu’on puisse voir (fig. 41).
L’antimoine fournit beaucoup plus de raies brillantes que les autres métaux, mais sans couleur dominante; l’étincelle est très-blanche.
Le bismuth présente les mêmes caractères que l’antimoine.
Le plomb est remarquable par l’étendue violette de son spectre et les belles raies que présente cette couleur.
Le zinc est caractérisé par le vert-pomme très-étendu de son spectre.
Le charbon qui n'est pas volatile ni fusible est remarquable par la multitude des raies brillantes de son spectre.
Le fer et l’étain n’ont rien de bien particulier.
Le spectre de l’argent est caractérisé par le vert trèsintense, et plusieurs raies dans cette couleur qui sont d’une grande beauté.
L’or contient plus de jaune que l’argent, et des lignes violettes très -remarquables.
Le platine n’offre rien de particulier.
Pour étudier les spectres de l’étincelle électrique dans les gaz, on prend une petite cloche hermétiquement fermée (Voir fig. 42),
Fig. 42. Fig. 43.
dans laquelle on fait arriver le gaz que l’on veut étudier, soit par l’ouverture d’un robinet en rapport avec la source du gaz, soit par tout autre moyen. On fait traverser cette cloche par un excitateur muni de ses deux boules, et on étudie l’étincelle à travers le verre qui garnit le fond de la cloche, de la même manière qu’à l’air libre; on s’assure alors que tous les spectres des différents métaux sont identiquement les mômes qu’à l’air libre.
Pour les liquides, l’expérience se prépare comme il a été
NOTICE
dit pour provoquer l’étincelle dans l’eau, et comme l'indique du reste la fig. 43.
h Fluorescence , — Depuis longtemps on avait remarqué que le spath-fluor et certains diamanls jaunes conservaient, après avoir été électrisés, une phosphorescence particulière, mais ce phénomène, d’ailleurs très-difficile à constater, n’avait alors rien de bien remarquable comme résultat expérimental. Dernièrement, M. Faraday s’est imaginé de soumettre à l’action lumineuse de l’étincelle d’induction dans le vide, le verre teint avec de l’oxyde d’urane. Il a reconnu alors, que non-seulement cette phosphorescence se manifestait d’une manière extrêmement sensible, mais encore qu’en agitant un pareil verre devant la lumière rouge de l’œuf électrique, on en multipliait 8 ou 10 fois l’image. Cette lame de verre, quand le mouvement n’était pas trèsgrand, apparaissaif dans l’obscurité comme les feuillets ouverts d’un livre. Quand le mouvement était plus étendu, les images du verre apparaissaient à une plus grande distance les unes des autres, et sur toute l’étendue de l’arc décrit par le bras ( Voir fig. 44).
L’explication de ce dernier fait est assez simple : l’étincelle continue de l’appareil de Ruhmkorff n’est, comme on le sait, qu’une série de petites étincelles se succédant à des intervalles très-rapprochés. Devenant phosphorescent sous
l’influence de chaque étincelle, le verre en mouvement se trouve éclairé par chacune d’elles dans une position différente, et en raison de la persistance de l’impression visuelle, il doit devenir visible aux différents points de son trajet où les étincelles l’ont surpris. Quant à la phosphorescence ou fluorescence, comme on l’appelle aujourd’hui, elle est plus difficile à expliquer. M. Masson croit que ce phénomène est le résultat d’un mouvement vibratoire imprimé au corps par les vibrations mêmes du fluide lumineux, et que ce sont les rayons violets des spectres qui jouissent de cette propriété. Suivant M. E. Becquerel, ce phénomène proviendrait de ce que les corps, non-seulement sont susceptibles de vibrer par l’influence d’ondulations lumineuses lorsque celles-ci les frappent, mais encore de ce que certains d’entre eux ont la faculté d’être impressionnés par des ondulations de longueur déterminée, et qu’une fois en vibration, ils continuent à conserver cet état un certain temps après que l’action a cessé. Ces corps constitueraient alors précisément les corps phosphorescents. Quoi qu’il en soit, voici un autre cas de fluorescence non moins remarquable, qui a été pour la première fois signalé par M. E. Becquerel.
Le sulfate de quinine vu à la lumière ordinaire est blanc, et n’a pas de caractères bien particuliers. Si on le dissout dans de l’eau acidulée avec de l’acide tartrique, et qu’on peigne avec cette dissolution un sujet quelconque sur une feuille de papier blanc, ce dessin ne se verra pas quand il sera exposé à la lumière du jour, mais placé devant la lumière de l’œuf électrique il apparaîtra immédiatement avec une phosphorescence admirable d’un beau gris lavande, et se détachant en clair sur un fond violet.
Voici dans quelle proportion les substances qui doivent produire ce curieux phénomène doivent entrer dans la dissolution :
NOTICE
; Eau ordinaire. . . 5 centimètres cubes (5 grammes).
Acide tartrique. . un volume égal a une pièce de i fr.
Sulfate de quinine, un volume égal à une pièce de 1 fr.
Ces proportions d'eau, d'acide tartrique et de sulfate de quinine ne sont pas nécessaires au succès de l'expérience, on peut les varier à volonté.
Du reste, cette expérience n'est pas le propre de l’étincelle d’induction, on peut la reproduire avec toute espèce de lumière violette qu’on voudra, soit qu'elle provienne d'un verre coloré, soit qu’elle résulte du spectre d’un rayon lumineux quelconque. C’est par cette expérience, que M. Stokes croit démontrer qu’il existe au delà du violet des rayons invisibles , susceptibles seulement de se montrer quand ils agissent sur certaines substances déterminées qui peuvent être assez nombreuses. Aussi les appelle-t-il les rayons chimiques du spectre. Cette explication a été controversée par M. Eisenhlor de Caiisrhue, qui prétend à son tour que ces rayons invisibles ne sont qu’un effet d’interférences. Comme on le voit, la question est encore loin d’être éclaircie (voir le Traité d'électricité de MM. Becquerel, vol. I, p. 362).
Effets calorifiques. — Nous avons vu , au commencement de cette notice, comment on pouvait obtenir la fusion de fils de fer très-fins, et nous avons constaté par là l'inégal pouvoir calorifique des pôles des courants induits. D'après M. Quet, il paraîtrait que cette fusion ne serait pas aussi facile à obtenir de la part des fils de platine, et qu’il faudrait pour cela enfermer presque complètement ces fils servant de rhéophores dans les baguettes de Wollaston, en ne les laissant sortir du verre que de quelques centimètres. Dans cette expérience, le fil de platine lorsqu'il devient incandescent ou qu’il fond, s’entoure d'une auréole violette s'il est négatif. « On obtient plus facilement encore, dit M, Quet, l'in-
SUR LA MACHINE DE RUHMkOKFF. 89
candescence et la fusion du platine en accouplant deux machines de Ruhmkorff. »
Voulant s'assurer de la concordance des effets calorifiques du courant induit avec les effets lumineux, M. Gassiot à entrepris une série de curieuses expériences qui l'ont conduit à constater : .
1° Que si les fils servant de rhéophores sont scellés dans un petit tube droit ( de thermomètre ) , aucune des extrémités ne s'échauffe, mais la décharge a lieu en remplissant tout le tube d'une lumière blanche et brillante ;
2° Que si on souffle en boules une portion quelconque du tube, la portion de la décharge qui passe par les boules s’étale en éclairant cette partie d'une lumière blanche et brillante ;
3° Que si la décharge a lieu dans un globe ou dans un tube d'un pouce environ de diamètre l’extrémité négative s’échauffe considérablement.
Dans le cours de ces expériences, M. Gassiot a remarqué que le verre à l’extrémité chauffée devenait entièrement noir. Dans l’une d'elles la chaleur de l’électrode avait fondu le verre et réduit le plomb. Il a fait en conséquence établir un autre appareil, en ayant soin, que toutes les fois qu’il expérimentait, le courant marchât invariablement dans la même direction. Le résultat a été, que l’extrémité négative est devenue tout à faire noire, et que le verre s’est trouvé en apparence oxydé en couches régulières, dont la plus intense était celle la plus voisine du fil. L’extrémité positive du verre est restée parfaitement nette ainsi que le fil de platine à l'exception de 1/92 de pouce qui paraissait recouvert d’un dépôt noir très-délié.
Effets électriques et magnétiques . — Les courants induits de la machine de Ruhmkorff ont une si faible action magnétique, que c’est tout au plus si on peut constater leur direction à l’aide d’un galvanomètre assez sensible. M. Poggen-
NOTICE
dorff attribue cette faiblesse d’action à la finesse du fil qui compose la spirale induite de l’appareil de Ruhmkorff, et il ajoute que si le fil de cette spirale était plus court et plus gros, on retrouverait avec ces sortes de courants les mômes effets électro-magnétiques qu’avec ceux de la machine de Clarke. Sans contester l’explication de M. Poggendorff , je crois que cette faiblesse de réaction magnétique de la part des courants d’induction de la machine de Ruhmkorff tient aussi à leur extrême tension , qui empêche leur induction latérale de s’effectuer dans toute son énergie. Ainsi, en faisant passer à travers le fil inducteur d’une machine de Ruhmkorff le courant induit d’un semblable appareil mis en activité, on n’obtient aucun courant induit sensible dans la première machine ; mais si on diminue la tension du courant induit employé dans cette expérience comme courant inducteur, et cela en le faisant passer à travers le fil fin du premier appareil, on obtient dans le circuit de gros fil un courant d’induction assez sensible. Dans ce cas, le fil fin , par la multiplité de ses spires, ne supplée pas à la quantité d’électricité qui paraît manquer dans les courants de haute tension; car en faisant passer à travers ce même fil fin le courant d’une pile de Daniell de huit petits éléments, qui a cependant beaucoup de tension et peu de quantité (pour le courant d’une pile), on n’aperçoit dans le gros fil aucun courant induit, tandis qu’en faisant circuler ce même courant dans le gros fil, on obtient un courant induit très-prononcé dans le fil fin. D’un autre côté, si I on examine les réactions réciproques de deux jets de feu issus de deux machines de Ruhmkorff placées parallèlement l’une à côté de l’autre, on voit qu’elles sont milles, quelque sens d’ailleurs qu’on donne au courant. Donc l’induction latérale est presque entièrement détruite par 'l’induction directe qui provoque la décharge.
Du reste , cette question des tensions électriques est en-*
core bien peu éclaircie , et il est probable pourtant qu'elles jouent un rôle important dans les réactions extérieures de Télectricité. Suivant moi, il y aurait deux sortes de tensions, comme il y aurait deux sortes de quantité* d’électricité ; l’une de ces tensions, que j’appellerai tension statique , serait expansive en tous sens comme celle d’un gaz emprisonné dans une enveloppe et qui viendrait à se dilater. L’autre tension, que j’appellerai tension dynamique, s’exercerait dans un môme sens et suivant une résultante déterminée. Au premier genre de tension appartiendrait l’électricité des machines; au second, l’électricité d’induction et môme celle des courants voltaïques disposés en tension. Leur effet par rapport à la conductibilité des conducteurs serait totalement différent. C’est ce dont on peut s’assurer en faisant passer successivement au travers le fil fin de l’appareil de Ruhmkorff l’étincelle de la machine ordinaire, puis celle du courant d’une deuxième machine d’induction. Dans le premier cas, c’est tout au plus si l’étincelle électrique peut manifester sa présence, tandis que, dans le second, le courant est à peine affaibli ; pourtant l’étincelle de la machine électrique, sans l’intermédiaire du circuit, s’échange de beaucoup plus loin que celle de l’appareil de Ruhmkorff 1 . 11 ne faut pas d’ailleurs croire que la longueur de l’étincelle donne la mesure de son énergie. Ainsi l’étincelle fourme par les courants induits condensés d’après le système de MM. Masson et Grove est beaucoup plus courte que celle qu’on obtient par la décharge directe des rhéophores, et pourtant elle est infiniment plus énergique. Il en est de même de l’étincelle d’induction échangée entre des excitateurs terminés par des boules. Bien qu’elle soit plus courte que celle qui éclate entre des pointes, elle n’en est pas pour cela moins énergique. A ce sujet je dois faire une remarque
1. Voir mon Mémoire sur les différents modes de manifestation élec trique — Applications de l’électricité , 2 vol.
qui montrera encore la différence considérable qui existe entre les tensions électriques : c’est que jamais on ne peut provoquer d’étincelle de la part d’une machine électrique avec un excitateur pointu, parce que l’électricité s’écoule, en aigrettes, tandis qu’avec les courants d’induction l’étincelle s’échange tout aussi bien et môme mieux qu’entre des excitateurs ronds.
Il en est de la quantité d’électricité comme de la tension : ainsi on ne peut guère admettre que l’électricité qui , dans une machine un peu considérable, couvre des conducteurs énormes , ne soit paé en quantité , parce qu’elle ne réagit que très-faiblement sous le rapport magnétique, tandis que celle fournie par une pile serait, par la cause contraire, en très-grande quantité. Il y a plutôt, il faut le croire, une électricité de quantité dilatée, si l’on peut s’exprimer ainsi, qui peut s’étendre en passant par des conducteurs de petite section sans augmenter de densité, et une électricité de quantité condensée ou de superposition , qui est celle accusée par les rhéomètres. En rapportant ces phénomènes aux vibrations, ces différentes sortes de réactions s’expliqueraient parfaitement. Mais je n’essaierai pas de le faire, car je m’écarterais considérablement du but que je me suis proposé dans cette notice.
Quoi qu’il en soit de la véritable cause de ces différences d’actions électriques, il résulte des expériences que nous avons rapportées :
1° Que les courants d’induction produits par la machine de Ruhmkorff n’ont pas de réactions magnétiques trèssensibles;
2° Qu’ils ne réagissent que très-faiblement par induction pour la création de courants induits ;
3° Que leurs réactions réciproques sont à peu près milles.
Voici maintenant deux autres phénomènes que présen-
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tent les courants induits et qui doivent évidemment se rapporter à leurs réactions électro- magnétiques.
1° Si on réunit les deux pôles du circuit induit par un bon conducteur, le marteau de l’interrupteur continue à vibrer, mais moins bruyamment, et l’étincelle que l’on aperçoit toujours entre ce marteau et l’enclume disparaît complètement; de temps en temps le marteau lui-même semble attiré avec plus de force, et donnerait à supposer qu’il vient se coller contre le faisceau aimanté ;
2° Quand on interrompt lentement à la main le courant inducteur, on entend dans la bobine, à chaque rupture du courant, un bruit sec analogue à une décharge électrique; il faut pour cela que le circuit induit reste ouvert.
Il serait difficile de préciser exactement les causes de ces phénomènes; mais U serait possible qu’ils aient pour origine une décharge intérieure et un effet de condensation.
Nous avons dit que des deux courants qui naissaient au moment de la fermeture et de l’interruption du courant, un seul , le courant direct, exerçait extérieurement ses effets; en sorte que les extrémités du fil induit prônaient des pôles invariables. M. Poggendorff démontre ce fait par les expériences suivantes :
« On éloigne, dit-il, les deux pôles à une distance suffisante pour qu’il n’éclate point d’étincelles; on met ensuite l’un des deux en contact momentané avec un électromètre; on obtient alors tantôt de l’électricité positive et tantôt de l’électricité négative. Mais si, au lieu d’établir le contact, on approche le fil de l’électromètre jusqu’à ce qu’il éclate entre eux une série d’étincelles, on trouve qu’un même pôle fournit constamment de l’électricité de même nature. L’expérience réussit encore mieux si, tandis qu’on présente l’un des pôles à l’électromètre, on met l’autre en commuication avec le sol. L’électromètre se charge alors à une distance
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bien plus grande , et sans qu'il se produise d'étincelles visibles.
« Si l'on approche , jusqu’à la distance nécessaire pour les explosions, l’un des pôles de la spirale induite, d’un fil communiquant avec le sol, on trouve, après la cessation du courant de la pile, que toute la spirale est chargée de l’électricité correspondante à l'autre pôle. Le succès de cette expérience est subordonné à l’isolement parfait de l’appareil.
« Si l’on interpose un galvanomètre dans le circuit induit, interrompu par une couche d'air, on obtient une déviation dans un sens déterminé , celui qui correspond au courant direct; cette déviation est d’autant plus forte que le fil induit est plus gros ; elle est plus constante lorsque l’interruption se fait dans l’air raréfié que lorsqu’elle a lieu dans l’air atmosphérique.
« On parvient aisément à charger une pile thermo-électrique bien isolée au moyen du courant interrompu ; elle prend une polarité inverse, absolument comme elle le fait quand on la charge à l’aide d'un courant voltaïque ordinaire.*
« Le courant interrompu produit des décompositions électro-chimiques, à la façon des courants ordinaires ; la polarisation des électrodes de platine se produit d’une manière constante ; si ces électrodes sont des fils de platine très-fins, on aperçoit un point brillant à l’extrémité du fil négatif. » .
Quelle peut être la cause pour laquelle les courants induits directs peuvent seuls franchir la lame d'air interposée entre les pôles, tandis que les courants inverses sont arrêtés par elle? Ces courants inverses, dit M. Poggendorff, prennent naissance au moment de la fermeture du circuit de la pile; or, tout circuit fermé qui entoure, soit à l'intérieur, soit à l’extérieur, une spirale soumise à une action induc trice, ralentit cette action et diminue considérablement la
tension des courants induits; voilà pourquoi la tension des courants inverses n’est pas suffisante pour que ceux-ci puissent traverser la mince lame d’air interposée entre les pôles; au contraire, les courants directs prennent naissance au moment où le circuit de la pile s’ouvre ; aucun obstacle ne s’oppose à l’action inductrice qui produit alors très-rapidement ses effets; et le courant acquiert ainsi une trèsgrande tension.
L’explication qui précède se trouve justifiée par l’expérience suivante : si l’on fait passer le courant de la pile à travers l’un des deux fils seulement qui composent la spirale inductrice, et qu’aux extrémités de l’autre fil on attache deux lames de platine, à l’instant où l’on plongera ces deux lames dans un liquide conducteur, de manière à fermer ainsi le circuit du second fil , toute production d’étincelles cesse immédiatement : le voisinage d’un circuit constamment fermé ralentit alors aussi l’action inductrice directe et diminue la tension des courants directs au point de les empêcher de franchir la lame mince d’air qui sépare les pôles.
On sait que si l’on interpose entre les deux armures d’une bouteille de Leyde une tige métallique suffisamment grosse, on peut tenir à la main cette tige ainsi interposée sans que la décharge passe à travers le corps, car le métal étant meilleur conducteur que le corps humain, l’électricité suit de préférence cette route. C’est sur ce principe que sont fondés les excitateurs sans manches isolants. Pareil effet se reproduit avec les courants induits. Ainsi, si l’on réunit les deux pôles de l’appareil de Ruhmkorff par un fil métallique un peu . court, on ne ressentira pas de commotions si l’on touche ces deux mêmes pôles avec les deux mains ; les courants induits ne sont donc pas susceptibles de se dériver lorsque la différence de conductibilité entre les deux circuits qui lui sont alors offerts est aussi grande. 11 est pourtant deux manières
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d’obtenir que le courant placé dans ces conditions se dérive : la première, c’est d’augmenter considérablement la résistance du circuit métallique ; la seconde , de faire en sorte que les contacts des deux dérivations avec le corps s’opèrent par l’intermédiaire de larges plaques conductrices. En opérant de cette manière, on peut graduer à volonté les commotions de l’appareil de Ruhmkorfl* et approprier cet instrument comme les autres appareils électro-médicaux du même genre à la médecine. Il aurait sur tous les autres appareils un avantage immense, celui de réunir ensemble les effets de l’électricité statique et de l’électricité dynamique, et de n’avoir pas de limite restreinte pour l’énergie des commotions. On pourrait de plus, en l’employant, électriser par étincelles et par aigrettes, ce qui offre des avantages dans un grand nombre de cas. Nous développerons , du reste , plus tard cette question, quand nous en serons au chapitre des applications de l’appareil de Ruhmkorff.