EFFETS CHIMIQUES DES COCHANTS D’INDUCTION
. L’électricité, comme on le sait, détermine la combinaison ou la décomposition des corps; mais l’action de ce fluide est bien différente suivant qu’elle s’exerce par étincelles ou parcourants.
Wollaston est le premier qui ait constaté cette différence d’action électrolytique. Il démontra que, dans le cas de la réaction électrolytique par l’étincelle des machines , l’eau se décompose presque toujours de manière à fournir aux deux pôles de la décharge les deux gaz hydrogène et oxygène mélangés, tandis que ces deux gaz sont parfaitement séparés à chaque pôle sous l’influence du courant de
la pile voltaïque. Avec les courants d’induction qui participent à la fois de l’électricité statique et de l’électricité dynamique, on était donc en droit d’attendre une combinaison plus ou moins complexe de ces deux sortes d’effets électrochimiques, et c’est en effet ce qui a eu lieu. Ainsi M. Grove a trouvé qu’en prenant pour conducteur du circuit induit les baguettes de Wollaston et en modifiant la disposition des électrodes de platine terminant ces baguettes, on pouvait obtenir :
1° La décomposition de l’eau avec les deux gaz mélangés aux deux pôles du circuit métallique;
2° La décomposition de l’eau avec les gaz mélangés à un seul des pôles ;
3° La décomposition de l’eau avec les gaz séparés aux deux pôles ;
k° Aucune décomposition aux pôles 1 .
Dans le premier cas le fil fin de platine terminant les baguettes ne doit pas dépasser la surface du verre dans lequel il est scellé; on obtient alors, à l’extrémité de ce fil, de petites étincelles ou aigrettes qui réagissent comme l’étincelle des machines dans l’expérience de Wollaston. M. Grove a même constaté que, dans cette circonstance, l’action électrolytique était d’autant plus vive et plus prompte que ces étincelles étaient plus brillantes , condition qui dépendait principalement de la manière dont les fils de platine se trouvaient scellés à l’extrémité des baguettes. En effet , quand ces fils se terminaient un peu audessous du bout effilé du verre , les étincelles étaient plus brillantes que quand elles affleuraient cette pointe.
Dans le second cas le fil d’une des baguettes doit être soudé à une petite plaque de platine , alors toute l’action électrolytique est concentrée sur l’autre pôle ( voir fig. 4-8).
1. Voir le Mémoire de M. Grove, dans le Philosophical Magazine de l’année 1853.
NOTICE
Pour obtenir la décomposition polaire, c’est-à-dire une décomposition dans laquelle les gaz soient séparés aux deux pôles, il faut que les fils de platine des baguettes dépassent le bout des tubes de verre comme l'indique la fig. 46. En raccourcissant successivement la partie de ces fils qui dépasse, on finit par trouver la longueur d’électrodè convenable pour obtenir l’effet dont nous'parlons.
Fig- 4S. Fig. 46.
Fig. 4". . Fig 48.
Ëhfin , pour empêcher la décomposition électrolytique de s’accomplir, il suffit d’adapter aux deux fils des baguettes deux plaques de platine.
En résumé , il résulte de ces expériences que les courants induits peuvent donner lieu à deux effets chimiques différents, selon qu’ils passent à travers l’électrolyte à l’état de
décharge lumineuse ou de décharge obscure * Suivant M. Masson, dans ce dernier cas, la décomposition doit être électrolytique , car aucune cause n'intervient pour modifier la loi ordinaire de l'électrolysation ; mais dans le premier cas le milieu à travers lequel se fait la décharge se trouvant incandescent dans le voisinage des pôles, la décomposition s'effectue brusquement et séparément dans ces endroits seulement , et les deux gaz se trouvent mélangés en se dégageant. Pour distinguer ces deux modes de décomposition, M. Masson propose de désigner le dernier sous le nom de décomposition photo-électrique tandis que l'autre serait appelé décomposition polaire .
Relativement aux proportions des deux gaz dégagés dans les décompositions photo-électriques, M. Grove est arrivé à conclure :
1° Que quand l'eau est rendue faiblement conductrice par quelques gouttes d’acide sulfurique ou de la potasse , il y a toujours un excès notable d'hydrogène;
2° Que quand l’eau est acidulée à un degré convenable pour l'action électrolytique, l’excès d’hydrogène est beaucoup moins marqué et n’existe peut-être pas pour un certain degré d’acidulation que l'on pourrait alors considérer comme le degré maximum;
3° Que quand l’acidulation dépasse ce degré maximum il y a un excès d’oxygène;
4° Que les dissolutions de sulfate de cuivre offrent aux courants d’induction une conductibilité beaucoup plus marquée que pour les courants voltaïques.
D'après M. Masson, non-seulement les liquides, mais encore les gaz eux-mêmes peuvent être facilement décomposés par l’étincelle fournie par la machine de Ruhmkorff. Dans tous les cas les produits sont toujours les mêmes avec l’étincelle ou l'aigrette, mais à l'état de mélange , et se dégagent aux points lumineux et incandescents.
NOTICE
Nous avons déjà dit que M. Grove avait étudié l’action calorifique de l’étincelle d’induction sur les plaques métalliques polies et que cette action se manifestait par la création d’anneaux colorés. Ce phénomène, beaucoup plus complexe qu’on pourrait le supposer au premier abord , a été de la part du célèbre physicien anglais, l’objet de nombreuses expériences dont voici les principales ‘ :
4° Une lame de plaqué d’argent fut placée sur la platine d’une machine pneumatique, sous une cloche de verre munie à sa partie supérieure d’une boîte à cuir qui laissait passer une tige de cuivre. A l’extrémité inférieure de cette tige était fixée une aiguille d’acier ; un petit flacon plein de potasse fondue servait à absorber la vapeur d’eau qui pouvait exister sous la cloche. On fit le vide dans l’appareil, on y laissa entrer une petite quantité d’eau mélangée d’air et d’hydrogène , et l’on fit communiquer l’aiguille d’acier et la plaque argentée avec les deux extrémités du fil induit. Lorsque la plaque fut positive, il s’y forma en peu d'instants une tache circulaire d’oxyde d’argent présentant successivement les teintes jaunes, orangées et bleues qu’on obtient en iodurant à divers degrés une plaque daguerrienne. Le sens du courant étant renversé , la tache disparut et la surface de l’argent redevint parfaitement nette , de manière toutefois qu’on put distinguer la place occupée par la tache. On répéta l’expérience un grand nombre de fois en faisant varier la longueur de l’espace traversé par l’étincelle d’induction et la composition du mélange gazeux; on obtint toujours les mêmes résultats, à moins qu’il n’y eût une quantité trop grande d’air dans le mélange. Dans ce cas la plaque d’argent s’oxydait quel que fût le sens de la décharge. Dans la plupart des expériences la distance de l’aiguille d’acier à la plaque fut d’environ 2 ram ,5.