CHAPITRE
VARIÉTÉS HISTORIQUES SUR l'ÉGLISI
I. Avant l'érection de la chapelle (Je Nicolas-le- Jeune en paroisse , les premiers habitans de l'île avaient obtenu qu'un prclre vînt y remplir les fonctions curiales, sous le nom de desservant. Louis Gityard, prêtre d'Avignon et protonotaire , fut investi de celte charge , et lorsqu'en 1623, l'annexe fut érigée en cure , le desservant en devint titulaire. Nous avons déjà dit que celte érection s'était faite sous le vocable de Notre- Dame-de-l' Ile ; on croirait donc mal a propos
que cette paroisse a reçu le nom de Saint-Louis dès son origine.
Les curés de Saint-Gervais , de Saint-Paul , de Saint- Jean-le-Rond et de Saint-Nicolas du-Chardonnet consentirent à la création de celte paroisse. Ce ne fut qu'en 1646, lorsque le pont Marie se fut couvert de maisons, que le curé de Saint-Paul réclama pour une partie de ce pont qui avoisinait sa paroisse; il fut décidé que, pendant tout le temps que dureraient les instances légales , le curé de Saint-Gervais serait chargé de l'administration des sacremens dans cette portion qui était en litige. Selon l'abbé Lebeaf, qui nous a fourni ces détails dans son Histoire du diocèse et de la ville de Paris, les habitans de l'île étaient, en 1625, au nombre d'environ deux cents. Ce sont eux qui agrandirent la chapelle, qui par ce moyen avait douze toises de longueur, sur sept de large, ou vingt-quatre mètres sur quatorze. De tels faits ne doivent pas être négligés , parce qu'ils font connaître et apprécier l'esprit religieux de l'époque.
11. Il paraît certain que l'île aux Vaches fut couverte de maisons avant celle de Notre-Dame , et que les habitans de cette partie, qui n'est qu'un tiers de l'île actuelle de Saint-Louis , furent les premiers paroissiens de la nouvelle cure. En effet, les trois associés commencèrent par combler le canal de séparation , et l'on pouvait ainsi communiquer avec la chapelle primitive
construite sur l'autre bord. Le chapitre de Paris s'était opposé à ce qu'on élevât des bâtimens dans l'île Notre- Dame, « de crainte, dit l'abbé Lebeuf, que cela n'ùtât « les vues de leurs maisons canoniales. » Enfin, en 1634, les chanoines consentirent a ce que des particuliers , qui avaient traité avec le roi pour rehausser le sol de cette île, eussent la faculté d'y bâtir. Le chapitre fut maintenu dans son droit de justice sur le nouveau quartier. Lorsqu'en 1652, le roi eut acheté tout le terrain du chapitre , celui-ci stipula que la nomination du curé lui appartiendrait, parce que le sol sur lequel avait été construite la chapelle, en y comprenant le cimetière, était d'une contenance d'environ deux cents toises ou quatre cents mètres. L'archevêque François de Ilarlay voulut disputer ce droit de nomination aux chanoines; mais le 22 juillet 1695, un an avant sa mort, il se désista, et jusqu'à la révolution, le chapitre de Paris a exercé cette prérogative. Au Concordat de 1802 , cette cure est devenue une succursale de la paroisse de Notre-Dame.
11 est impossible de reconnaître le lieu où se trouvait, en 1697, une communauté dite de Saint- Raphaël, et où l'on avait bâti une chapelle.
III. L'église de Saint-Louis-en-l'lle renferme les cendres du célèbre Philippe Quinaull, si connu par ses opéras et plusieurs tragédies et comédies. Il était né à Paris, où il mourut le 28 novembre 1688, a l'âge de
cinquante-trois ans. Sa mort fut des plus édifiantes, et tous les biographes s'accordent a dire qu'il y manifesta les plus grands sentimens de piété et de religion. Il n'est donc point étonnant que cet illustre académicien , qui a travaillé toute sa vie pour le théâtre, ait été enterré dans une église. D'ailleurs, dans sa famille, la piété était si bien une règle habituelle, que sur cinq filles qu'il eut , trois se tirent religieuses. Sur la lin de sa vie , il regretta le temps qu'il avait employé a des compositions profanes , et ne fit plus que des vers a la gloire de Dieu. Il avait même commencé un poème sur l'extinction de l'hérésie en France. En voici les premiers vers, qui sont un aveu public de ses fautes :
Je n'ai que trop chanté les Jeux et les Amours , Sur un ton plus sublime il me faut faire entendre :
Je vous dis adieu , Muse tendre ,
Je vous dis adieu pour toujours.
La tombe de Philippe Quinault n'avait point d'épitaphe. Il s'en était fait une qu'on a trouvée, après sa mort , dans ses papiers :
Passant , arrête ici pour prier un moment ,
C'est ce que des vivans les morts peuvent attendre.
Quand tu seras au monument,
On aura soin de le le rendre.
Nous devons relever ici , comme catholique et prêtre , une altération de très mauvaise foi qui a été corn-
mise par un sieur D de L'Yonne, dans un petit
in-12 intitulé : Mémorial Parisien. Le premier vers est ainsi transcrit :
Passant , arrête ici pour pleurer un moment.
Quinault ne demande pas des pleurs, mais des prières, et c'est insulter a sa mémoire que de le faire ainsi parler. Pleurer uniquement sur une tombe est païen ; y prier est chrétien et surtout catholique.
En quel endroit de l'église était sa tombe ? Il n'y a qu'à considérer l'année de son inhumation 1688, et se rappeler que la majeure partie de l'église a été bâtie de 1702 a 1723. 11 est donc à peu près certain que ce * personnage fut enterré dans la vieille église de Lejeune, qui fut démolie pour y construire la nef actuelle.
IV. Un an après l'inhumation de Quinault , on enterra dans la même église le corps d' Antoine Uyon d'Hérouval, auditeur à la chambre des Comptes. Quoique celui-ci n'ait laissé aucun ouvrage sous son nom, l'histoire nous le représente comme le protecteur des écrivains qui ont travaillé a des recherches historiques sur la France , et comme les ayant puissamment aidés de ses lumières et de ses propres travaux. Piganiol nous fait connaître son épitaphe : « Hic jacct immorlali vir memorià dignus I). I). Antonius Uyon d'Hérouval eques, régi a consiliis et in su-
premâ rationum curiâ auditor, generis splendore apud Veliocasses clarus , pietate , innocentiâ ac doclrinâ commendabilis , qui abstrusa veterum auctorum monument a mullo labore invesligavit , sedulâ cura congessit, sagaci judicio indagavit , benigna liber aiitate communicavit. Gloriam quippè mereri poliîis ducens quàm consequi , alienis servire commodis quàm propriis, rem ornare publicam quàm privatam augere. Sub benè multorum liujus œvi scriptorum nomme reconditioris antiquilatis thesauris œtatem noslram locupletavit. Nalus XVIII haï. oclob. Incarn. Verb. M. D. C.IV. obiit III kalend. maii M. D. C. LXXXIX. »
Une traduction d'épitaphe est plus difficile qu'on ne le pense , à cause de la concision du style lapidaire. On doit donc se contenter d'en rendre le sens. Nous la traduisons sur le texte ci-dessus. Nous ignorons s'il est bien exact : « Ci gît un homme digne d'un impérissable « souvenir, Antoine Uyon d'Hérouval, chevalier, con- « seiller du roi et auditeur en la cour souveraine des « Comptes, issu d'une famille très distinguée du Vexin. « Il se rendit recommandable par sa piété, la pureté de « ses mœurs et son érudition. Il fit de très laborieuses « recherches dans les anciens historiens jusqu'à lui à « peu près inconnus; il en lit le recueil avec beaucoup « de soins, apporta dans leur examen une judicieuse « critique , et les communiqua avec l'abandon le plus
« désintéressé. Il aima mieux mériter la gloire que la < conquérir, travailler pour l'intérêt d'autrui que pour « le sien propre. Il aima mieux enfin se rendre utile au « bien général qu'a son bien particulier. Sous le nom « d'un grand nombre d'écrivains de ce siècle, il enri- « chit notre époque des trésors de l'antiquité la moins « connue. Né le dix-huitième jour des calendes d'octo- « bre 1604, il mourut le troisième des calendes do mai « 1689. »
L'abbé Lebeuf rapporte , d'après le Mercure de 1701 , qu'en cette année, le 12 juillet, des ouvriers qui creusaient la terre dans l'église de Saint-Louis , y trouvèrent un corps revêtu d'une aube et qui était fort bien conservé. On constata que c'était celui de Jean Raide l , prêtre -chanoine de Briénon -l'Archevêque , diocèse de Sens, natif de la paroisse Saint-Louis, et qui y était mort le 29 novembre 1689, âgé de trente-deux ans. Cet ecclésiastique était aumônier de M. Dockai^d de Saron, un des plus riches personnages de l'île. Ce corps fut inhumé ailleurs, par ordre du cardinal de Noailles.
V. Un curieux manuscrit que nous avons sous les yeux contient le procès-verbal très détaillé des cérémonies de la dédicace qui se fit de la nouvelle église de Saint-Louis, le 14 juillet 1726. Il fut dressé par l'abbé Méraidt, sacristain-prêtre de cette paroisse et témoin oculaire. L'auteur relate d'abord les faits historiques
dont nous avons fait mention au chapitre Ier. Il fait connaître une circonstance que nous ignorions et qui , a la vérité, n'est pas d'une haute importance. C'est que la chapelle de la Communion, dont nous parlons au chapitre II, fut bâtie, ainsi que les deux charniers dont elle est flanquée, antérieurement à la construction de la grande voûte et de la coupole, et que M. d'/lrgenson, lieutenant de police, en posa la première pierre. Les documens qui suivent pourront intéresser la piété des paroissiens de Saint-Louis.
On sait qu'a une dédicace d'église il est de règle qu'on place, dès la veille, en un lieu décemment préparé, les reliques dont l'autel de la nouvelle église devra être enrichi. « On avait choisi pour cet effet, dit notre ma- « nuscrit , une maison voisine , distante de l'église « d'environ cent pas. Ces reliques consistaient en une « portion de trois ossemens de bras, de longueur de « six à huit pouces chacun , et d'une mâchoire infé- « Heure garnie d'un nombre de dents des saints rnar- « tyrs Florins, Crescentius , Aurelius, et de sainte « Constance. » C'étaient les mêmes qui avaient servi pour la consécration du maître-autel , par M . Guémadette, évêque de Saint-Malo, le 25 août 1679. Bernard de Croze , troisième curé de cette paroisse, en avait fait don a cette église , en les accompagnant de leurs authentiques bien avérées. Le dimanche 14 juillet 1726, M. Caulet, évêque de Grenoble, au nom du
cardinal de Noailles , archevêque de Paris, h qui ses grandes occupations n'avaient point permis de procéder par lui-même à celte cérémonie, commença, dès six heures et demie du matin , l'office solennel de cette dédicace , qui finit a une heure après midi. Le président Lambert, prévôt des marchands et premier marguillier, fit les honneurs d'un splendide festin a révoque consécrateur et aux personnes les plus notahles. A partir des vêpres de ce jour, avant lesquelles l'abbé de la Pause, prédicateur du roi, prononça le sermon, il y eut tous les jours office jusqu'au dimanche suivant. Diverses communautés religieuses de Paris y vinrent processionnellement. Les évêques de Valence, de Lectoure, de Lion, de Lavaur , présidèrent, conjointement avec celui de Grenoble et successivement , à chacun des offices de l'octave. Les paroisses de Saint- . Sulpice , de Saint-Nicolas du-Chardonnet , de Saint- Paul, du Cardinal-le-Moine , des Sainis-ïnnocens et <!e Saint-Eustache, y chantèrent, à leur tour, la messe et les vêpres. Le jour même de l'octave, le chapitre de l'église métropolitaine officia dans la nouvelle église. Chaque jour, il y eut sermon. On trouve parmi les prédicateurs le nom du célèbre curé de Sairit-Sulpice , Lancjaet de Gergy; enfin, l'octave se termina par un salut solennel que donna son émincnce le cardinal de Noailles.
Quant a la pompe civile qui fut déployée dans cette dédicace, notre manuscrit nous apprend que dès le matin du dimanche 14 juillet, on tira un certain nombre de boîtes remplies de poudre a canon, que divers particuliers avaient fait placer sur le quai , autour de l'hôtel de Bretonvilliers , et qu'un détachement du corps des gardes-suisses fut mandé pour maintenir le bon ordre et ajouter a l'éclat de la cérémonie.
VI. Dans les réunions du clergé de Paris , connues sous le nom de synodes, le curé de Saint-Louis-en-l'ïle était nommé après tous ceux de l'archiprêtré de Saint- Séverin , et avait par conséquent le pas sur tous les curés des faubourgs. De ces dernières paroisses sur lesquelles celle de Saint-Louis avait la préséance, il ne reste plus aujourd'hui que celles de Saint -Médard, Saint- Jacques du Haut-Pas, Saint-Sulpice , Saint-Laurent , Sainte-Marguerite , la Madeleine , Saint-Philippe du Roule et Saint-Louis des Invalides.
VII. Lorsque le pape Pie VII vint à Paris pour le sacre de Napoléon , ce pontife, qui , dans la suite, eut fort peu à se louer de la reconnaissance de son cher fils , célébra la messe au milieu d'un concours prodigieux de fidèles, dans l'église de Saint-Louis-en-l'Ile , le ÎO mars 1805. Ce jour était le deuxième dimanche de carême. Sa Sainteté daigna accepter , de la part de M. Corentin-Coroller , curé de la paroisse, quelques
rafraîchissemens. L'église qui , a cette époque , était dans un triste état de délabrement, avait été magnifiquement décorée pour ce jour-la , et le vénérable pontife put croire que la révolution avait épargné ce joli éditice.
VIII. Parmi les personnes qui ont contribué a la restauration de l'église de Saint-Louis et qui ont fait d'abondantes aumônes aux indigens et aux établissemens de charité de celte paroisse, nous devons spécialement nommer M. Louis Dcliémant de Saint-Félix, marguillier d'honneur de Saint-Louis, ancien conseillermaître a la chambre des Comptes. Né en 17o5, a Paris, il y est mort , quai d'Anjou , n° 19 , dans la maison de ses ancêtres, le 3 avril 1841. Peu de temps avant sa mort , il enrichit cette église d'un Chemin de la Croix en quatorze tableaux peints qui ajoutent beaucoup à sa décoration. Ces tableaux sont de Bodem.
IX. Outre les sommes très considérables que la ville de Paris a dépensées pour la restauration de cette église, cette administration municipale a donné a Saint- Louis les objets d'art qui suivent :
1° Deux statues en plâtre représentant saint Pierre et saint Paul , ayant six pieds de proportion , exécutées par Bra, en 1822. Prix 6000 fr.
2° Une statue de saint Jean-Baptiste , ayant plus de cinq pieds, par Gvichard, en 1822. Prix 400 fr.
5° Un tableau de saint Louis, au-dessus de l'orgue,
ayant quinze pieds de hauteur sur plus de dix pieds de largeur, par V ait t hier , en 1822, Prix 5500 fr. Total 9900 fr.