‹ Notice sur l'Ile Saint-Louis à ParisChapitre 5 sur 9 · POINTS , QUAIS, RUES, HOTELS · texte numérisé non relu

POINTS , QUAIS, RUES, HOTELS

Ponts.

Pour faire connaître l'origine de l'église Saint-Louisen-l'Ile, nous avons dû entrer d'abord dans quelques détails sur l'origine même du quartier où elle est située. Mais nous pouvons insérer ici des notions plus spéciales, qui n'ont jamais été publiées, et que nous puisons dans un manuscrit assez rapproché de l'époque où ce nouveau quartier fut bâti.

C'est le 19 avril 1614 que Clwisloplie Marie, bourgeois de Paris, François le Regraltier et Eîigles

Poulleiier , contractèrent l'engagement envers le roi Louis XIII de bâtir un pont de communication entre l'île Notre-Dame et le quai des Ormes , et de revêtir de quais ladite île. Ce contrat fut passé par-devant Jolly et Haut- Dessous, notaires à Paris. Us devaient, en outre, construire des maisons sur toute la surface des deux îles réunies en une seule et y pratiquer des rues, selon le plan qui avait été convenu. Enfin , le pont dont il vient d'être fait mention devait être couvert , à droite et à gauche, de maisons uniformes. Cette vaste entreprise devait être terminée en dix ans. Mais dans cet intervalle, les associés cédèrent a quelques particuliers le droit de bàùr en diverses parties, moyennant certains dédommagemens. Tel est le contrat que nous avons sous les yeux, passé le 31 janvier 1619, en vertu duquel le sieur Gilbert est autorisé par les entrepreneurs à bâtir une maison au coin.de la rue des Deux-Ponts et du quai d'Alençon, vis-à-vis le pont Marie. A l'expiration des dix années de délai, les travaux étaient encore loin de leur fin. Marie céda son traité, le 16 septembre 1623, â Jean de la Grange, secrétaire du roi. Un second délai fut accordé a celui-ci, qui, a son tour, le résilia en faveur des premiers entrepreneurs, en 1627. Il paraît que les cens et rentes que devaient payer les particuliers subrogés aux entrepreneurs n'avaient point été fidèlement acquittés. Un arrêt du conseil , du 1er septembre 1627 , sur la requête de Marie et de ses asso-

eiés, nomma pour en faire la recette Martin Lioiine, trésorier des ligues suisses; Aimeras , maître des comptes, et De Laisère, bourgeois de Paris.

En 1642, tout n'était point terminé. Le roi acheta du chapitre de Notre-Dame un espace de terrain du port Saint-Landry , pour y bâtir la culée d'un pont de bois qui devait unir la Cité avec l'île Notre-Dame. Parmi plusieurs conditions stipulées entre les deux contractans, une somme de cinquante mille livres devait être comptée au chapitre de Notre-Dame dans un mois. Les entrepreneurs firent ordonner que cette somme serait prise sur les propriétaires des maisons et masures du nouveau quartier. Ceux-ci en furent tellement irrités, qu'ils demandèrent d'être subrogés à Marie et à ses associés. Dans leur requête , ils s'engageaient a terminer dans trois ans les quais et les ponts, et de payer au chapitre la somme de cinquante mille livres. Une pareille somme devait être consignée pour faire revêtir le terrain. Leur offre fut acceptée, et enfin la compagnie Marie fut entièrement évincée.

Nous terminerons ces détails par la note textuelle

du manuscrit que nous avons sous les yeux : « De

« sorte que les bâtimens de l'île , commencés par Marie « en 1614, continués par La Grange en 1625, repris « depuis par Marie et ses associés en 1627 , ne furent « achevés qu'en 16 i7, sous la conduite d'Hébert et de « quelques notables habitans de l'île. >

Avant l'époque où les associés entreprirent la réunion des deux îles et la formation du nouveau quartier, la première de ces îles, celle de Notre-Dame, communiquait avec la rive gauche par un pont de bois ; ce pont, dont on ne peut exactement préciser la construction , subsista jusqu'à l'année 1657. On a pensé que très anciennement il y avait en cet endroit un pont qui^ partant de la tour nommée Tourneile , allait se rattacher, par l'espace de l'île aujourd'hui occupé par l'église, à la rive droite du second bras de la Seine, aujourd'hui le quai des Célestins. Il est certain que i'enceinte de Paris, tracée par ordre de Philippe- Auguste de 1192 a 1210, coupait les deux branches de la Seine, en longeant le bras sur lequel est aujourd'hui la rue Poultier. Quelques auteurs pensent même que ce canal de séparation entre l'île Noire-Dame etl'île aux Vaches avait été creusé a l'époque où ces fortifications furent établies. Pour ne pas laisser d'interruption dans la ligne de clôture entre la tour de Billy , quai actuel des Célestins, et la tour dite de la Tourneile, on avait établi, sur chaque branche de la Seine , des ponts de bateaux qui soutenaient de grosses chaînes de fer au moyen desquelles les fortifications se continuaient en se joignant aux fortifications intermédiaires de l'île Notre- Dame, aujourd'hui Saint-Louis. Cette ligne de remparts longeant le bras ou canal dont nous avons parlé, s'élevait à peu près sur le sol où depuis on a bâti le

chœur de l'église paroissiale. On voit que les ponts dont nous venons de parier ne servaient pas directement au passage du public , et qu'on ne peut les considérer comme des voies de communication. Le seul pont de bois, emporté par une inondation en 1657, est donc le plus ancien dont nous puissions faire mention. Parmi ceux qui ont été construits depuis le moment où le nouveau quartier a été commencé, le plus ancien est celui qui porte le nom du principal entrepreneur.

PONT MARIE. Il fut commencé , en 1613 , par Christophe Marie, entrepreneur-général des ponts de France , et sa construction subit les diverses phases qui signalèrent l'entreprise des bâtimens de cette île. Ce ne fut qu'en 1655 qu'il fut terminé. 11 est vrai qu'on avait en même temps construit sur les deux côtés cinquante maisons , dont chacune avait une profondeur de (piatre toises ou huit mètres. Un grand débordement de la Seine , en 1058 , y fut la cause d'un bien tragi que événement. Entre minuit et une heure du I" mars, deux arches de ce pont s'écroulèrent avec vingt-deux maisons qui y étaient bâties ; près de soixante personnes y perdirent la vie. Unmarbre noir, incrusté dans le cloître du couvent des Célestins, sur lequel on avait tiré une ligne horizontale, marquait à quelle hauteur les eaux étaient arrivées pendant cette inondation. Les deux arches furent immédiatement reconstruites , sans les charger néanmoins de maisons; c'étaient les plus rapprochées

de l'île Saint-Louis. On avait même résolu d'abattre les vingt-huit qui restaient debout ; mais ce n'est qu'en 1786, cent vingt-huit ans après l'événement, qu'un édit du 7 septembre ordonna de les démolir. Ce pont r entièrement bâti en pierres de taille , a cinq arches à plein cintre. Sa longueur est de cinquante toises , soit cent mètres ; sa largeur est de douze toises , soit vingtquatre mètres. Cette largeur exorbitante s'explique par ce que nous avons dit.

Avant la démolition des maisons du pont , il en existait un certain nombre d'autres qui faisaient le retour de ce pont, vis-à-vis le quai des Ormes. Ainsi, par l'effet du désaslre de 1658, les prescriptions dictées par la prudence et le désir d'embellissement, la paroisse de Saint- Louis-en-rile a été diminuée d'environ soixante maisons. L'île Louvier, qu'on vient de joindre a la terre-ferme et sur laquelle on se propose de bâtir, serait pour cette paroisse un très juste et très convenable dédommagement. L'église, qui aujourd'hui n'est pas au centre de son arrondissement paroissial , s'y trouverait ainsi placée. Un simple plancher, qui unirait les deux parties de l'estacade , établirait une communication suffisante pour les piétons.

PONT DE LÀ TOURNELLE. Il joint l'île Saint- Louis a la rive gauche de la branche méridionale de la Seine. On a vu qu'en cet endroit à peu près, il y avait très anciennement un pont de bois , que le déborde-

ment de l'hiver de 1637 emporta. Ce fut seulement en 1656 que le pont actuel fut commencé. Une inscription ainsi conçue en retrace le souvenir : « Du règne « de Louis XIV, de la prévôté de messire Alexandre « de Sève , prévôt des marchands , ce présent pont a « été bâti. »

Un distique latin accompagnait l'inscription française :

Aïdiles recréant submersum flumine pontem. Non est officii sed pietalis opus.

« Le pont que le fleuve avait emporté est relevé de « ses ruines par les magistrats de la cité. C'est moins < pour acquitter le devoir de leur charge que pour sa- « tisfaire au vœu de leur cœur. »

Le nom de ce pont lui vient d'une lournelle ou tour qui s'élevait auprès de la porte Saint-Bernard. Elle était de forme carrée, a l'extrémité gauche de ce pont, et faisait partie de l'enceinte de Paris sous Philippe- Auguste. Cette tour fut démolie , en même temps que la porte en arc de triomphe dont nous venons de parler, au commencement de ce siècle. C'est donc mal à propos qu'on donne souvent à ce pont le surnom des Tournelles. 11 est composé de six arches à plein cintre, et a été construit avec une solidité qui a pu braver près de deux siècles , en un point où les glaces de la Seine vont se heurter avec force contre ses piles en

éperons. Sa longueur est de plus de cent huit mètres , sur une largeur de quatorze mètres.

PONT DE LA CITÉ. Quand il fut question de couvrir de maisons l'île Notre-Dame réunie à celle aux Vaches, Marie et ses associés entreprirent, en 1617, la construction d'un pont de bois qui devait unir l'antique cité ou ville primitive de Paris avec le nouveau quartier. Mais il y eut , de la part du chapitre de Notre- Dame, une très grave et très longue opposition. Lorsqu'on ne tient aucun compte de la législation de ces temps , des droits très réels et très légitimes des corporations religieuses et autres, et qu'on veut soumettre a une critique absolue et uniforme les institutions passées et les institutions présentes, il est très facile de s'égayer au sujet de cette opposition capitulaire, comme ne s'en font pas faute certains faiseurs ou compilateurs de livres intitulés : Mémorial parisien, Conducteur de Paris, Tableau de Paris ancien cl moderne, etc. « En vain, s'écrie un de ces compilateurs qui s'intitule « avocat, en vain les entrepreneurs obtinrent plusieurs « arrêts du Conseil pour l'achèvement des travaux ; « plus forts que les ministres du roi , les chanoines em- « péchèrent la construction de ce pont. » L'avocat Dufey penserait-il que les ministres d'un roi quel qu'il soit peuvent violer le droit de propriété ? Il fallait bien que le chapitre fût parfaitement fondé dans son opposition, puisque le roi lui fit allouer une indemnité de

cinquante mille livres , sans parler d'autres droits qui furent maintenus. Selon ce que nous avons dit au commencement de ce chapitre , ce furent les propriétaires de l'île qui, subrogés aux entrepreneurs en 1642 , terminèrent enfin ce pont. Mais en 1710, comme il menaçait de s'écrouler, on le détruisit entièrement.

On parle d'un conflit de processions paroissiales qui, se rendant a Notre-Dame le 5 juin 1634, rompirent deux balustrades de ce pont inachevé, mais qu'on avait disposé provisoirement pour y passer cette branche de la Seine. Quelques personnes tombèrent dans l'eau , et peu s'en fallut que ce plancher non encore entièrement fixé ne s'abîmât dans le fleuve.

En 4717 , un nouveau pont de bois remplaça l'ancien , et comme il fut peint de rouge , il prit bientôt le nom de cette couleur, qu'il garda jusqu'au moment où le pont actuel, qui est le troisième, eût été construit. Il fut commencé aux frais d'une compagnie en 1801, et terminé en 1804 ; les culées et la pile centrale sont en pierre; le cintre des deux arches est en fer; tout le reste est en bois. Les piétons seuls peuvent y passer moyennant un péage de cinq centimes. Sa longueur est d'environ soixante-dix mètres, sur une largeur de près de quinze mètres.

PONT LOUIS-PHILIPPE. Celui-ci est d'une date récente; mais depuis long-temps on avait conçu le projet d'unir le quai de la Grève, par la pointe occiden-

— octale de l'île Saint- Louis , avec l'extrémité orientale de la Cité , derrière le chevet de la métropole de Notre- Dame. Ce pont forme donc la jonction de la rive droite de la Seine avec les deux îles ; mais a partir de la pointe de l'île Saint-Louis en se dirigeant vers la Cité, il fait double emploi avec celui de bois dont nous venons de parler. La première pierre en fut posée avec solennité par Louis-Philippe , roi des Français , en 1852. Ce pont se compose d'abord de trois arches de pierre , à partir de la rive droite. Dans les basses eaux , elles établissent une communication entre deux ports. A l'extrémité de la troisième se rattache un tablier porté sur des tresses de fil de fer dont le second point d'appui est un arc de triomphe bâti sur la pointe de l'île Saint-Louis. Un deuxième tablier franchit l'autre branche de la Seine jusqu'au quai de la Cité.

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