II
Quais.
Ces constructions, qui encaissent le fleuve dans un canal de pierre qu'il ne peut franchir dans les grandes eaux, ne sont pas d'une invention ou du moins d'une application très ancienne. Le nom primitif de gué ou guay, vadum , ne désigne qu'un endroit du rivage par lequel on peut entrer dans la rivière , soit pour la traverser, soit pour tout autre motif. Il n'y a pas trois siècles que l'on écrivait guay au lieu de c/uay ou quai. La prononciation dure de la première lettre, dans la vieille expression , a introduit l'emploi de celle qui est aujourd'hui usitée. Les anciens guays étaient à peu près le contraire des quais modernes.
L'île Saint-Louis est complètement environnée de quais en pierre de taille garnis de beaux parapets. Les maisons qui les bordent sont toutes d'une noble construction. La plupart sont des hôtels autrefois habités par des membres de cours souveraines. La seule chambre des Comptes, en 1749, y avait près de trente conseillers. Plusieurs autres magistrats de diverses cours y habitaient.
Quatre quais , portant chacun une dénomination
spéciale, entourent celte île. En y arrivant par le pont Marie, celui de droite est nommé :
QUAI BOURBON. Il commence au coin de la rue des Deux-Ponts et finit à l'angle de la rue Saint- Louis. Il forme le quart de l'enceinte de l'île entière. Les trois autres complètent chacun, pour !eur quart, la même enceinte. Ce quai porta ce nom depuis sa construction jusqu'à l'année 1792, où il s'appela quai de la République. En 1806, on lui donna le nom à'Alençon; et en 181 4, il reprit son ancienne dénomination.
QUAI D'ORLÉANS , du coin de la rue Saint-Louis vis-a-vis le pont de la Cité jusqu'au coin de la rue des Deux-Ponts , en face du pont de la Tournelle. De 1792 a 1806, il s'est appelé quai de YÉgalité.
QUAI DE BÉTHUNE. Il prit d'abord le nom de Dauphin ou des Balcons. La révolution lui donna celui de la Liberté; mais en 1806, il reprit le nom de Bétlmne , qui lui avait été imposé en l'honneur de Maximilien de Béthune, duc de Sulkj , dont l'hôtel était à proximité et en face de son extrémité orientale , nous voulons direl'^lrserca/. On montre encore la pièce où Sully recevait le bon Henri IV, dans ce local qui sert aujourd'hui de bibliothèque publique. Ce quai s'étend de l'angle méridional de la rue des Deux-Ponts jusqu'au coin de la rue Saint-Louis.
QUAI D'ANJOU , de l'autre coin de la rue Saint-
Louis au coin de la rue des Deux-Ponts , vis-a-vis le pont Marie , qui a été notre point de départ. Ce nom, comme on voit, était un des apanages de la famille royale , ainsi que ceux des trois autres dont nous avons fait mention, les quais Bourbon, Orléans et Dauphin. Celui-ci , de 1792 à 1806 , s'est appelé quai de V Union.
Nous trouvons dans le Guide des voyageurs à Paris , par Thiéry, la mesure, en toises, du terrain entier de l'île Saint-Louis. Cet auteur lui donne trois cents toises (six cents mètres) de longueur, sur quatrevingt-treize toises (cent quatre-vingt-six mètres) de largeur.