‹ Notice sur l'Ile Saint-Louis à ParisChapitre 9 sur 9 · IV · texte numérisé non relu

IV

Hôtels.

Tous les descripteurs de Paris s'extasient a L'envi sur les hôtels Lambert et de Bretonvilliers. Ce sont, en effet, les deux plus beaux de ce quartier, où l'on eu voit proportionnellement un plus grand nombre que dans tout le reste de Paris. Le premier de ces hôtels se trouve a l'extrémité orientale de l'île Saint-Louis , visà-vis de l'ancienne île Louvier(l). 11 porte le n° 2 de la rue Saint-Louis. Le président Lambert de Torigny le ht bâtir sur les dessins de Louis le Vau, premier architecte du roi. C'est vers le milieu du dix-septième siècle qu'on travailla à cette somptueuse demeure , où Lebrun et Le Sueur, chargés de la décorer, déployèrent, par émulation, toutes les ressources de leur savant pinceau. Une grande porte introduit dans la cour d'honneur, qui est entourée de bâtimens d'ordre dorique. Vis-a-vis est un perron conduisant a un grand

(1) Nous devons dire: l'ancienne île Louvier, parce qu'en ce moment ce terrain est définitivement uni au quai Morland , lequel, à son tour, n'est plus un quai.

— 68 — • palier, des deux côtés duquel s'élève une rampe pour monter aux appartemens. La galerie, au premier étage, du côté de la rivière, fut peinte par Lebrun, qui y représenta plusieurs traits de mythologie se rapportant spécialement à Hercule. Au second étage , Le Sueur orna la salle des bains de plusieurs peintures figurant les divinités de la mer, Diane au bain, etc. Cet hôtel a appartenu a plusieurs propriétaires , tels que Dupin, de La Haye, fermiers généraux; le marquis du Cliâlelel, le comte de Monlalivet , la duchesse douairière d'Orléans , mère de Louis-Philippe. Ce bel hôtel , qui a beaucoup perdu de son ancienne magnificence et dont plusieurs tableaux furent vendus au gouvernement pour le Musée, n'est plus qu'un simple magasin de lits militaires.

Le second hôtel, celui de Bretonvilliers , fut construit sur les dessins de Ducerceau, a peu près en même temps que l'hôtel Lambert , par Le Ragois de Bretonvilliers, président en la chambre des Comptes. Sa situation, a la pointe orientale de l'île, sur le quai de Béthune, et dans la rue qui porte le nom de l'hôtel, était plus avantageuse que celle de ce dernier. Bourdon y avait peint une galerie qui , déjà avant la révolution de 1789, était entièrement dégradée. On y voyait quatre grands tableaux du Poussin, des trumeaux peints par Mignard, d'après Raphaël. Les meubles de cet hôtel étaient d'une rare et curieuse magnificence.

Non seulement toutes ces beautés ont disparu , mais de l'édifice lui-même il ne reste que peu de chose. On a bâti d'autres maisons sur l'emplacement des jardins. Les usines qui s'y sont établies ont d'ailleurs entièrement dénaturé cet hôtel; mais la vue de ce point de l'île est sans contredit une des plus agréables qu'il y ait dans toute la capitale.

Vis- a -vis l'hôtel Lambert en est un qu'on désigne sous le nom de Fénelon. 11 est bien constant que cette maison n'a avec le célèbre archevêque de Cambrai d'autre rapport que la dénomination sous laquelle on la connaît. C'est le n° 5 de la rue Saint-Louis-en-l'Ile.

L'hôtel Jassaud , sur le quai Bourbon , est une des plus vastes façades du quartier. 11 est habité par plusieurs locataires et porte le n 19.

L'hôtel Chenizot, rue Saint-Louis, n° 45, fut bâti au commencement du dix-huitième siècle par le propriétaire dont il a porté long-temps le nom. 11 est entre cour et jardin , celui-ci ayant vue sur le quai d'Orléans et la rive gauche de cette branche de la Seine. M. de Vins , en ayant fait l'acquisition, lui donna son nom. M. Lafont, riche propriétaire et négociant en vins, décédé il y a quelques années, l'habitait. En 1840, la ville de Paris a pris à bail des propriétaires actuels cet hôtel pour en faire provisoirement le palais de monseigneur l'archevêque de Paris. Les bureaux de l'archevêché y sont établis. Sa proximité de Notre-Dame , la

tranquillité qui règne dans ce quartier , tout cela justifie pleinement le choix de l'administration municipale. Mais l'île Saint-Louis, fière de posséder dans son sein le premier pasteur du diocèse , ne peut se dissimuler qu'un palais archiépiscopal doit incessamment s'élever auprès de l'antique métropole.

Plusieurs autres beaux hôtels existent dans ce quartier. Mais, a l'exception du précédent, il n'est pas une des autres habitations décorées de ce nom qui soit exclusivement occupée par une seule famille. Nous terminons en disant que, malgré l'inconcevable entraînement qui porte les familles opulentes à se presser dans ce qu'on appelle les grands quartiers, l'île Saint-Louis n'en restera pas moins un des séjours les plus salubres par son excellent air, des plus agréables par ses perspectives , des plus paisibles par son isolement du tumulte industriel et commercial de la capitale. Mais la capricieuse déesse qu'on nomme la Mode n'est pas toujours adorée à cause de la sagesse de ses goûts.

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