‹ Notice sur l'incendie de la Cathédrale de RouenChapitre 10 sur 22 · DE LA CATITÉDIIALE DE ROUEN · texte numérisé non relu

DE LA CATITÉDIIALE DE ROUEN

nés inaperçues , ont été trop fréquents pour ne pas éveiller l'attention d'une autorité conservatrice , de laquelle dépend la répression de toutes les espèces de délits ; et celui que nous venons de signaler est d'autant plus pernicieux , que sans paraître blesser aucun intérêt particulier , il est préjudiciable à la société tout entière , dont il peut troubler le repos et compromettre la gloire ( 1 ) .

Qui peut ignorer en effet que ce fut à la beauté de leurs édifices publics que tant de villes fameuses de l'antiquité durent en partie leur illustration et leur renommée? Vainement la guerre , les

« le devoir , le tcle et l'intérêt garantissaient les soins particu- « licrs qu'ils donnaient à ces édifices.

«1 Les mêmes soins ne manqueront point aujourd'hui , quoique « les moyens soient différents. Chaque monument a sou gardien : « il veille à la propreté! ainsi qu'à la décoration. Dés l'aube « du jour il en parcourt l'enceinte au dedans et au dehors , et « comme le jeune homme du temple de Delphes , il prend son « arc et son carquois pour e'earter les oiseaux qui viennent se « poser sur le toit de l'édifice , ou sur les statues qui sont dam « l'enceinte sacrée ». l r vy. du jtune Anacharsis. ■

(1) « Colhcrt,dit Saintc-Foix , savait que les monuments sont « nécessaires dans une monarchie pour donner à la nation une « grande idée d'elle-même ; que cet orgueil que lui inspire la m somptuosité de ses édifices, réfléchit en quelque sorte sur le « caractère national, te renforce, et lut communique un élan « qui le porte à la gloire , comme on vit jadis les Romains , dam « le temps de leur splendeur , s'enflammer à l'aspect du capitolc ».

ia8 Notice sur l'inceiïdié

cléments, les révolutions, le temps enfin les ont renversées et ont fait suecéder à leur splendeur éclipsée la destruction, la mort et son éternel silence ; avec quel religieux respect va-t-on contempler encore sur leur sol désolé ces ruines précieuses , dont l'aspect retrace de si nobles souvenirs !

Outre que l'érection des grands monuments est ordinairement motivée par de grandes causes, sanctuaires de la religion et des lois , symboles de la civilisation , de la prospérité publique et des arts , c'est en quelque sorte en eux seuls que semblent consister les villes entières, dont ils constituent la physionomie et sont les principaux ornements.

En effet , sans ces dômes majestueux , sans ces pyramides audacieuses dont nos cités sont couronnées, quelle informe perspective que cet immense et sombre amas de maisons tristement nivelées ; et qui ne préférerait à ce tableau monotone et sans vie , celui d'un village égayé par son clocher rustique ?

« Sous le rapport moral , écrivait un ami distinct gué des arts (i), les flèches qui dominent nos

(i) M. J.-C. Hucl ,jou*-t hrf de division à la grande chancellerie de la li'gion d'honneur , dans son ouvrage ayant pour titre : Parallèle des temples attcietis , gutfu'i/ues et modernes , in-8°. Paris , 1809.

temples ,

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« temples , ne peuvent-elles être comparées à « des pyramides, et ces pyramides , ces tours ou « ces flèches, comme on voudra les nommer, sont- « elles bâties seulement pour faire parade d'une « vaine architecture , ou bien pour recevoir ces « instruments dont les sons indiquent le moment m où l'on doit se réunir pour invoquer l'éternel ?

« Les pyramides des Egyptiens rappelaient à « la pensée les hauts faits de leurs souverains. « Celles que les Gaulois plaçaient ordinairece ment au sommet ou sur les angles de leurs « frontispices , et que nous retrouvons même « dans les temples modernes , jouissent d'un plus « noble privilège ; elles sont au sentiment des « chrétiens ce qu'est à l'espoir du marin le fanal « construit à l'entrée d'un port , ou comme ces « grands arbres placés sur les hautes montagnes, « pour servir de guide aux voyageurs qui parcoure rent des routes peu fréquentées.

e« A quelque distance qu'on les aperçoive , « n'excitent-elles pas en nous de tendres sentice menls ? Vous, bons habitants des campagnes ; *< vous, paisibles citoyens, qui n'occupez ni place « distinguée , ni rang parmi les savants ou les e< artistes ; vous qui , après une longue absence , « laissez échapper quelques larmes en apercées vant de loin la flèche qui orne le temple de

i3o Notice sur l'incendie

m votre pays natal , dites nous si , dans le premier « élan des transports qui vous agitent, l'image « d'un père adoré , celles de parents, chéris et de « quelques amis fidèles , ne vous paraissent point « comme attachées au sommet de ces pieux monu- « ments ; répétez nous avec quelles délices vous les « fixez ; combien de souvenirs heureux frappent « à la fois votre imagination , et combien vous « éprouvez de jouissances à l'aspect de cette basik lique où vous avez puisé les principes de la « plus saine morale.

« Ne songez donc point à l'espèce de ridicule « dont les froids égoïstes voudraient vous couvrir ; « soyez certains que ces altiers monuments font « naître chez tous les hommes doués d'une amc « pure et franche , les douces émotions qui « vous honorent ».

Depuis trente ans, la moitié de nos monuments a disparu sous le fer du vandalisme ; notre indigence actuelle pouvait seule nous faire sentir le prix de ces richesses si long-temps méconnues et perdues pour jamais ; elle seule aussi devait nous faire estimer les précieux débris échappés de ce grand naufrage.

La ville de Rouen possède encore deux édifices célèbres dans les annales des arts du moyen âge , la Cathédrale et l'admirable église

de la Cathédrale de Rouen. i3i

de Saint-Ouen. Objets de la curiosité continuelle des antiquaires , des artistes et des étrangers , c'est sur-tout pour les comtempler , les étudier , les décrire , que le fier anglais , si riche lui-même en monuments de ce genre , traverse la Manche et vient nous offrir en quelque manière son tribut d'admiration.

Aussi ces deux beaux temples éveillent-ils depuis quelques années la sollicitude de l'autorité, qui ne laisse échapper aucun des moyens propres à les préserver des injures des éléments et des ravages de la vétusté (i).

Un événement désastreux vient d'ouvrir une carrière plus vaste que jamais à ce respectable sèle : l'incendie de la métropole et de son admirable pyramide , dont la ruine, comme nous l'avons* dit ailleurs , prive la ville de Rouen du caractère

distinctif qui l'embellissait sous tous les aspects.

(i) Témoins les réparations faites à la Cathédrale dans les premières années de ce siècle , et les restaurations de l'église de Saint-Ouen. MM. Lucas père et fils , qui les ont exécutées en partie , ont su prouver combien il était ridicule d'imaginer que nous ne possédions plus d'ouvrier* capables de tirer de la pierre les formes évidées , fines , souples et légères du genre gothique. On regrettera toujours que ces habiles entrepreneurs n'aient pas continué cet intéressant travail , passé dans d'autres mains , qui n'ont pu t'en acquitter avec le vpme talent , ou du moins j mettre autant de temps et de peines.

i3a Notice sur l incendie

Heureusement Saint-Ouen élève encore au-dessus de nos murs sa tour magnifique , et cette église ne présente encore rien en dedans et au dehors qui puisse exciter nos regrets (1).

Mais parmi les craintes que les chances de l'avenir font naître à cet égard , il en est une que beaucoup de personnes partagent avec nous; c'est celle de voir prochainement cette auguste basilique masquée dans sa plus belle partie par les travaux projetés pour l'agrandissement de l'hôtel-de-ville.

Les plus habiles connaisseurs de France et d'Angleterre conviennent unanimement que l'église de Saint-Ouen présente principalement dans la structure extérieure de sa croisée , un modèle *parfait d'architecture gothique , presque unique en Europe. Qui n'admirerait en effet ces tourelles sisveltes, si pittoresques, ces roses élégantes si fameuses dans les traditions de ce beau temple f ces double» arca-boutants,puiasants tuteurs de l'édifice,

(i) \afei la Description hhiorique de P église de Saùtl-Ouen , de Rouen , par A.-P.-M. GUbert , ornée de planches dessinée* *| gravée* par E.-H. Langlois. Rouen , clic» Frère , libraireéditeur , i8aa. Cet ouvrage , format royal-in-8». , sort des presses de Crapelei , et ton exécution pour laquelle l'éditeur n'a rien épargné , répond aux soin, que le* différent* collaborateurs j

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et dont cependant la finesse étonne l'œil qui les suit dans leurs projections hardies et leurs croisements si savamment combinés.

Mais si cette croisée enrichie , du côté du sud , par son magnifique portail, offre jusqu'à son faîte un luxe d'ornements qu'on ne retrouve plus dans le croisillon septentrional , ce dernier plus simple , plus sévère , plus majestueux , l'emporte encore, peut-être, sur l'autre par l'effet singulier et piquant que produisent les belles pyramides placées en avant-corps , et d'où semblent s'élancer les arcs-rampants qui vont contrebuter le pignon et les flancs de cette intéressante partie de l'édifice.

Cette noble perspective , déjà trop masquée par l'adhérence d'une construction du style le plus vulgaire , sera-t-elle , hélas ! totalement éclipsée par le pavillon projeté pour la régularisation de l'hôtel de la mairie ? Verra -t- on obstruer impitoyablement , outre tes beaux détails de la croisée, deux travées de la nef, et faudra-t-il, après avoir promené ses regards sur l'élégante symétrie de ce que l'on en pourra voir encore , chercher des formes variées dans les tronçons de tours du portail occidental , qui présentent l'aspect difforme d'un édifice plutôt mutilé qu'incomplet ?

i34 Notice spr t/incf.ndie

Non ! Non ! sans cloute... on peut encore heureusement considérer l'exécution de ce dessein comme fort éventuelle , et sur-tout à l'instant même où Ton s'empresse de toutes parts de restituer à ces chef-d'œuvre* sacrés de nos aïeux , leur majesté primitive ; ne devons-nous pas craindre de nous alarmer à tort sur un événement dont l'issue nous exposerait à deux inconvénients également fâcheux , le blâme de nos compatriotes et la raillerie des étrangers (i).

Nous ne terminerons point cette notice sans adresser un dernier adieu à la pyramide récemment incendiée, en émettant quelques réflexions sur le mérite réel de cette célèbre construction. Nous ne le faisons certainement pas dans le but

d'invalider les excellentes raisons que M. Alavoine fait valoir en faveur du projet qu'il a conçu , de reconstruire une nouvelle flèche dans un goût plus conforme au style général de la basilique.

(i) Espérons en effet que le* travaux de la place de Saint- Oucn ne réveilleront point par une entreprise dirigée vers un bat inverte ,lc chagrin qu'éprouvèrent les amis des arts , il j a six à sept ans , en voyant démolir sur les mêmes lieux le palais abbatial t dit le Luxembourg. Voyez dans le Recueit des monuments de la ville de Rouen , dessinés et décrits par M. T. de Jolinwnt. une exacte et jolie vue de ce curieux édifice , commence* en i5o3, par Antoine Bohycr , abbé de Saint-Ouen , auquel il coûta, au taux de cette époque ,9,aoo b*v., valeur actuelle 47,488 fr. 60 c.

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Nous ne voulons que répondre i la critique amère, et beaucoup moins éclairée de plusieurs de nos compatriotes mêmes , que nous avons entendus déclamer avec une espèce de fureur contre la production de l'ingénieux Becquet (1).

Nous pourrions citer ici , sans craindre d'être désavoués , quelques amis distingués des arts , qui sont loin de partager cet esprit de détractation ; et pour notre propre compte , nous regrettons vivement , abstraction faite des inconvénients en tous genres , que le dernier incendie occasionne , la ruine d'un monument dont la beauté fut constatée par l'admiration de trois siècles.

Dirons-nous plus ? En le voyant se relever

au-dessus de ses cendres , revêtu de ses formes primitives , il nous serait impossible , peut-être , de réprimer un secret sentiment de plaisir.

On nous reprochera sans doute de nous laisser

(i) S'il ne s'agissait pour faire tomber la réputation d'un artiste t d'un peintre , par exemple , que de lui prouver qu'il a dans ses tableaux , excellents d'ailleurs , péché dans le costume et la forme des accessoires , qu'il a commis un anachronisme , etc., comment se serait aussi long-temps maintenue la haute réputation des plus grands peintres des e'coles Allemande , Vénitienne , Lombarde , Flamande , etc!? C'est que les hommes sensés et doués d'un véritable goftl , disent avec Horace :

Ubi plura nitent. ,

Non ego paucis offendar maculu.

1*6 ISYmcr sî r t/wcem>ie

à cet égard abuser par la force de l'habitude, qui semble identifier les goûts de la plupart des hommes avec les objets dont ils furent long-temps environnés ; cela pourrait être , mais nous nous garderions bien alors d'opposer un argument aussi dérisoire, à des objections fondées sur les règles invariables de l'art , et de croire atténuer ainsi ce que peuvent avoir de juste les reproches adressés à Becquet.

On ne peut lui pardonner d'avoir, en composant sa principale décoration d'architecture purement antique , introduit une choquante disparate dans l'ensemble de la pyramide , dont la base élevée dans le i" r . siècle, est essentiellement dans le style de cette époque: mais n'est-ce pas envelopper dans la censure de cet éeart apparent de génie , les noms illustres des Pierre de Lescot , des Philibert de Lorme , des .lean Bullau , des deux Ducerceau , etc. , artistes immortels qui ne dédaignèrent pas ainsi que notre ancien compatriote, de sacrifier quelquefois au goût dominant de leur siècle... , le siècle de Léon X et de François I* r . ? En répondant moimême à la question suivante , je ne ferai qu'obéir à la voix de la vérité.

Si notre architecte se proposa le butsi difficile d'étonner et de plaire, l'a-t-il atteint ou non dans cette construction si hardie , si éminemment

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pittoresque ? Oui sans doute , car le premier sentiment qu'inspira toujours l'aspect de la pyramide de Rouen , fut celui de l'admiration , et lorsqu'on l'avait de ses regards rapidement parcourue tout entière, l'heureuse impression qu'on avait éprouvée d abord , repoussait ensuite 1 observation plus réfléchie qui reprochait à l'artiste d'avoir , en les découpant sur la nue , substitué dans ses élégantes arcades (i) le plein cintre à l'ogive , et le toscan au gothique.

Au surplus, quoique [les inconvenances de ce genre fussent alors sanctionnées pour ainsi dire par l'exemple des plus grands maîtres , devonsnous conjecturer de là que Becquet ait cédé machinalement à l'impulsion générale, soit par esprit de routine , soit par mépris du système d'unité ? Non , certes , mais il aura senti peut-être que quelles que fussent les formes qu'il eût adoptées , il n'eûf pu remédier par le sacrifice d'une conception gracieuse , aux nombreuses incohérences qui se font remarquer dans toutes les autres parties de ce vaste temple (2).

(1) C'était sur-tout lorsque la flèche était vue d'angle . que les perdes de sa quadruple ceinture produisaient les effets les plus piquants.

(2) Il est rrai que la plus grande partie des arcs de cette basilique sont de figure ogive t et que ce point de ressemblance cntrVux , donne à la construction une homogénéité* apparente , qui disparait à l'ail exerce des antiquaires et des connaisseurs.

i58 Notice sur i/iwcendib

Puis que manquait-il, après tout, à cette pyramide qui réunissait l'élégance à la légèreté du

Quelle disparate le plus simple examen ne fait-il pas apercevoir en effet même entre les muses et la décoration des parties le* plus voisines on les plus analogues. Par combien de changements et de reconstructions n'a-ft-on pas altéré le caractère primitif de plusieurs de rrs parties? Cest ainsi , par exemple, que le grand portail occidental n'offre aucune harmonie , soit avec les deux portes latérales de la même façade , soit avec celles de la Calcnde et de la Cour des Libraires ; que les piliers monostyle* du chœur contrastent avec les piliers groupés en faisceau de la nef, et que le* chapelles extérieures des ba*-c6tés de cette même nef ne présentent aucune analogie avec les arcades à double étage auxquelles elles correspondent On n'avait pu jusqu'ici se rendre un compte satisfaisant de ces bicarré* arcades , qui dans leur état actuel , ne rachètent par aucune utilité le tort qu'elles font à l'effet de cette partie de l'église. Deux de nos contemporains, MM. Pétrie et Auguste Leprcrost , ont cru y reconnaître le reste d'anciennes tribunes ou galeries qui auraient régné autrefois sur toute la longueur des bas-cotes , et M. Alavoine , dans l'examen qu'il a fait dernièrement de toutes les parties de l'église , s'est convaincu de la justesse de leur conjecture par les vestiges authentiques qu'il a retrouves de l'existence de ces tribunes, fl est facile , après cette explication , de se figurer tout ce que ce* tribunes , remplies de l'élite de la population rie Rouen , devaient ajouter a la magnificence de l'église dans les grandes solennités , et d'absoudre l'architecte primitif des défauts qu'on peut reprocher à cette partie de l'édifice depuis sa mutilation.

des conjectures" les ph» bixarr* auxquelles ^changements apportés i la décoration d'une église aient pu donner Ken. Au-d< ssous de* fenêtres supérieures de la nef. règne une galerie nui, dans le* travées les plus voisines delà croisée . est orné.

de la Cathédrale de Rouen.

plus beau gothique, pour appartenir entièrement à ce genre ? Quelques légères modifications que le constructeur aurait pu borner à décrire en ogives un peu surbaissées les arcs arrondis de ses colonnades , à prolonger en pignons aigus les frontons qui décoraient les diverses faces de ce clocher , à faire jaillir enfin quatre petites pyramides ou clochetons fins et déliés , à la place des quatre acrotères qui flanquaient la base de l'obélisque.

Mais si des moyens aussi faciles eussent prévenu un vice de coordonnation à demi-voilé par le grandiose des masses et son éloignement de l'œil , pourquoi Becquetne les a-t-il pas employés ? C'est probablement parce qu'il n'ignorait pas que la fusion du plein cintre et de Tare aigu se ratta-

de meneaux fort élégants. Le reste de cette galerie n'offre qu'une balustrade en pierre a hauteur d'appui. Au centre de chaque travée , cette balustrade «lait autrefois surmontée d'une colonne dont il reste encore en quelque* endroits une partie du fàt , débardée par Taie en fer qui en assujettissait les rouelle*. . M. Dawson-Turncr , antiquaire anglais , auteur d'un P'oyagr archer oh igiytte en Normandie , a cru voir dans ces restes de colonnes l'intention de figurer d'énormes cierge* pourvus de leurs mèches } pour compléter l'illusion. Cette inge'nie use observation n'est point consignée dans son ouvrage ; mais la tenant de M. Auguste Le prévoit qui nous Ta donnée comme authentique» nous" croyons de notre devoir de révéler aux aimâmes arts,' et rur-tout de rendre à son auteur une conjecture aussi neM, que sa modestie seule a pu l'empêcher de publier lui-même. cJfyUtuum

i<o Notice sur l'incendie

che à plusieurs époques célèbres de l'histoire monumentale du moyen âge ? C'est encore parce qu'il devait savoir qu'une foule de réminiscences des styles antiques, perçant à travers les ténèbres de l'art, s'étaient souvent , dans la structure de nos temples , glissées avec succès au milieu des conceptions les plus barbares même.

Ajoutons à ces considérations que le couronnement de pierre , de style semi-gothique , sur lequel Beequet exécuta son plan , ne peut guères être attribué à cet artiste (i) , et demandons-nous

(i) Le beau clocher de Saint-Martin-du-Pont , également élevé par Beequet , riait aussi d'un style fort différent du gothique ; mais on n'en peut dire autant de l'étage en pierre qui supportait la flèche de Notre-Dame.

La tour dont parle Georges d'Aïuboise II , dans l'acte de i 5 \ J , relate' dans cette notice , est la tour en charpente , celh> qu'il veut faire plomber. Dès i .n , ce prélat songeant à faire restaurer «a Cathédrale , fut arrêté dans Paris , par ordre de François , pour avoir refusé ao,ooo écus que lui demandait ce prince ; l'archevêque représenta au Roi que si l'église avait quelques ressource* , elles devaient être employées à l'entretien dos ministres ries autels , au soulagement des pauvres , et à la réparation des lieux sacres.

Dasu de semblable» dispositions l'illustre pontife n'aura pas attendu vingt ans pour commencer les travaux que le maître cfiarpentier Beequet compléta par sa pyramide en charpente, qui présentait avec les divers étages de sa base de pierre, un ensemble compote de deux style* gothiques . de semi-gothique et d'architecture nntpque régénérée.

de la Cathédrale de Rouen. i4«

s'il est bien certain qu'à sa place nous nous fussions interdit une licence légitimée par l'exemple de nos prédécesseurs et de nos contemporains.

Soyons justes enfin , indulgents , s'il le faut , envers celui que la mort empêche de plaider luimême sa cause , et n'oublions pas que Robert Becquet illustra notre pays par des monuments dont nos aïeux s'énorgueillirent ; que sa mémoire que ne rappellera plus la présence de ses ouvrages, soit honorablement consacrée dans nos fastes ; que notre admiration pour la belle et noble construction que nous regrettons . r. commande au inoins son auteur à nos descendants.

Kn eflet , une sombre nuit dérobe à nos yeux les particularités de la vie de notre habile eompatriote , peut-être lut-il victime du malheur, de l'intrigue mensongère, «le la base jalousie et de la nolrceurde ces êtres méchamment ineptes, dont le sort est- de ramper sous le faix d'une existence inutile, et dévorés de la haine brûlante que leur inspire le mérite d'autrui , aiguillon douloureux du sentiment de leur nullité. Peut-être élevant souvent ses regards au sommet de son élégante pyramide, se consolait-il de ses maux , dans le chimérique espoir de son immortalité à laquelle il se flattait d'avoir attaché la sienne. Périssable garant de sa gloire , les vents en ont

i4* Notice sur l'incendie

«lispersé jusqu'aux cendres fugitives , le nom seul de l'artiste existe encore ; que ne puis-je défendre quelques instants de plus le souvenir de l'un et de l'autre des inévitables injures du temps et de l'oubli !

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