‹ Notice sur l'incendie de la Cathédrale de RouenChapitre 2 sur 22 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

En entreprenant la relation circonstanciée de l'incendie du i5 Septembre 182a , j'ai crn devoir remonter jusqu'aux plus anciennes catastrophes de la même nature que notre Métropole avait antérieurement éprouvées ; j'ai cru devoir aussi rappeler les travaux plus ou moins importants auxquels donnèrent lieu ces divers événements, et hasarder quelques remarques sur l'état des arts à leurs époques respectives.

La viile de Rouen, qui tant de fois elle-même fut partiellement ou tota-

vj AVAHT-PROPOS.

le ment désolée par les flammes , a conservé quelques souvenirs de ces grands désastres ; mais ses annales se composant aujourd'hui de membres épars , il est assez difficile de les retrouver , et sur-tout d'en suivre sans confusion la déplorable histoire. Ces calamités publiques m'ont paru cependant mériter , par leur gravité , d'être rassemblées dans cette Notice où je les ai classées dans Tordre chronologique.

Malheureusement les auteurs , recommandables d'ailleurs , qui , depuis environ deux siècles 9 se sont occupés de recueillir ces faits dans les écrits de ces temps reculés , n'ont pas toujours , soit négligence , soit défaut de critique , apporté dans leur travail l'ordre , le

AVANT-PROPOS. VJJ

discernement et l'esprit de recherche nécessaires.

Actuellement inconnus , égarés ou mal indiqués y les documents primitifs nous manquent en grande partie , et le peu qui nous en reste ne nous étant souvent que d'un faible secours , il en résulte qu'il est extrêmement difficile de rectifier les dates erronées , de présenter sous leur vrai jour certains faits obscurs ou douteux , et de surmonter enfin une multitude d'obstacles qui arrêtent souvent dans de pareilles recherches les archaeologues les plus savants et les plus judicieux.

Pour moi qui suis loin de mériter l'un ou l'autre de ces titres , sans me mettre à genoux dans une humble

Viij AVANT-PROPOS.

préface , je n'en sollicite pas moins instamment l'indulgence de mes lecteurs , s'ils s'aperçoivent que , bronchant moi-même dans un chemin mal frayé , il me soit échappé des erreurs ou des omissions.

NOTICE

NOTICE

OCCASIONNE PAR LA FOUDRE , LE 1 5 SEPTEMBRE l8l3 , rr SDR l'histoire monumental» DE CETTE EGLISE.

L'introduction du christianisme dans Rouen et l'institution du siège archiépiscopal de cette ville, remontant Tune et l'autre à près de seize siècles d'antiquité , on doit conjecturer que cette vieille cité gauloise a vu s'élever successivement dans ses murs plusieurs temples métropolitains , de styles divers , et d'une construction plus ou moins, régulière , ou mixte.

Ces différentes métamorphoses furent le résultat des restaurations partielles , des agrandissements , ou quelquefois même des réédifications totales , nécessité* par le* effets de la vétusté , l'action

a Notice sur i/rocBanTE

des cléments , ou par des événements dépendant de la volonté des hommes.

La Cathédrale actuelle , dont la physionomie majestueuse vient (l'être si étrangement dégradée par l'incendie du i5 Septembre" 18; 2 , s'est déjà vue si souvent soumise à de pareilles vicissitudes, que cette Notice serait incomplète , si nous omettions de faire quelque mention des anciennes catastrophes dont le souvenir est consacré dans les annales particulières de ce beau temple. Nous nous arrêterons particulièrement à deux événements très-remarquables, l'incendie général de 1200, de l'authenticité duquel nous fournirons des preuves irréfragables , et celui de 1 5 1 4 qui précéda l'érection de la magnifique pyramide dont nous déplorons la perte récente.

Suivant les actes de sa vie , Saint Mellon , premier apôtre de Rouen (1 ) , fonda de atïo à 5 11 , dans l'enceinte de cette ville , notre premier temple chrétien , en l'honneur de la Trinité et de la

(t) Cest avec raison que plusieurs écrivains ont conféré et titre à Saint Mellon , nonobstant l'antériorité Je Saint Nicaise , puisque celui-ci , quoiqu'insrrit le premier sur la liste des archevêques de Rouen , fut martyrisé avant d'arriver dans celle ville. Témoin ce distique d'Ordrrii -Vital :

Antilles Rofoma datas à Uanenie Nkasi p Si mm tedisti , caput adlegand» strtitti.

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Sainte Vierge (i); mais ces deux époques , dont la dernière même est antérieure de trois ans au fameux édit de (lonstaniin et de Lieinins , en faveur des chrétiens , publié en ,"» i "i , ne permettent gueres de penser que l'érection de ci* lté première église ait 'été autre chose sous Mellon , que la consécration d'une maison particulière , habitée par quelque fidèle distingué , dans laquelle le saint prélat célébrait, les mystères.

Quoi qu'il en soit , les églises n'étaient souvent dans ces premiers temps , et très-postérieurement encore au triomphe de la doctrine évangélique dans les Gaules , que de simples bâtiments plus vastes que les maisons privées , mais construits comme elles 'd'enceintes de pieux ou de madriers , revêtu»*» de bauge , et couvertes de toits de chaume ou de bois (•*).

(i) Cette dédicace à la Sainte Vierge est une erreur; l'usage de conacrer des temples au* Mâtttf «*' à 'a mère de Dieu même , n'ayant été autorisé que vers le commencement du cinquième siècle.

(7) La plupart des églises construites dans les 6'. , J9, et 8<". siècles , étaient en bois, suivant la manière ordinaire de liAtir. On enlonçait en terre de très-grands troncs d'arhrcs sciés par le milieu, en sorte que le coté Lrut était en dehors. Ces troncs, d'une égale hauteur, se plaçaient a peu de distance les uns des autres : o*l en formait un tout en remplissant les intervalles de terre ou de mortier. Au-dessus était un toit rouvert en chaume.

Ce fut de cette manière que Clovis f, t bitir l'église cathé-

4 Notice sun l'iucetipib

A Saint Mellon , qui ne dut fonder , comme nous l'avons fait remarquer plus haut , qu'une église purement spirituelle , succéda Saint Avitien ou Avidien , à l'instant même où la tolérance des empereurs allait autoriser les chrétiens à construire des édifices particuliers pour l'exercice de leur culte. Ce fut apparemment dans ces heureuses conjonctures qu' Avitien éleva le premier temple

dralc de Strasbourg , ver» le commencement du sisièrac siècle. Essais hist. et topograp. sur la Cathédrale de Strasbourg , par l'abbé Grandidier. Strasbourg, Levrault , 1 ;9j , in-8 n . , liv. i, p. 7.

Dans 1rs premiers temps du christianisme ces églises étaient usez ordinairement rondes ; telle était aussi la forme la plus commune des maison* gauloises , au moins de celles que l'on désignait par le nom de Screuna ou Scrrvna (•). Cette dernière «pression est employée dans la loi sali que , lit- i4, $. i. «Si « très homines , dit ceUe loi , mgenuarn puellant de casa aut de « screond rapuerint , etc. »

Ce fut , en souvenir du nom et de la forme de ces malsons gauloises que les anciens vignerons de Dijon appelaient Eseraignes ou Ecraignes des buttes faites avec des perche» fichées en rond et recoorbées par en haut , d'un* manière qui ressemblait à la forme d'un chapeau ; le tout était couvert de gazon et de fumier , ai bien liés et mêlés , que l'eau n'y pouvait pénétrer. Ces huttes , dont l'usage n'existe plus depuis près de deux cents ans , n'étaient pu les demeures habituelles des paysans bourguignons, ils ne s'y retiraient avec leur famille que dans l'iiiver, pour se tenir à l'abri du froid pendant la veillée qu'ils prolongeaient jusqu'à

(•)L« mot ca la qun celle «p» l'on dsiigaait sont U nom A* ter*,**.

de la Cathédrale de Rouen. 5

métropolitain , probablement celui qui , selon Saint- Paulin , fut reconstruit par Saint-Victrice , dont l'avènement au pontificat eut lieu vers 383 , dernière année de l'empire de Ûrafticn , époque qui touchait à la ruine de la domination romaine dans les Gaules (i).

En 4 96 , Clovis ayant remporté la victoire de Tolbiac , le christianisme recueillit les fruits d'un triomphe que ce prince idolâtre avait imploré du Dieu de Clotilde, et soudain ce chef des français , qui naguères adorait des dieux barbares comme lui , devint par la révolution la plus étonnante le seul prince catholique des trois parties du monde , qu'infectaient alors les erreurs d'Arius (2).

Sous la postérité de ce Roi , la religion acquit chaque jour une splendeur nouvelle ; une foule de temples magnifiques , quoique d'une architecture fort dégénérée , s'élevèrent de toutes parts au sein des villes, ou dans l'enceinte isolée des monastères ; mais aucune époque de la première

( I ) Cette dale est fournie par les auteurs du Gallia christiana. Il est du moins certain que ce saint était archevêque de Rouen , n 3go f et vivait encore en 4 00 tous Arcadius et llonorius.

(3) S. Godard t 1^', archevêque de Rouen, travailla de concert avec S. Me dard , son frère t depuis évéque de Noyon , à confirmer dans ses dispositions chrétienne» Clovis , au baptême duquel il assista. Act. Satuti Giidardi.

6 Notice srn i.'ixcr.vnre

dynastie ne peut être comparée pour le nombre et la grandeur de ces pieux établissements , au règue de Dagobcrî I".

ÊMDUASIUEM DE 8V^.

Vers la'inoitié du septième siècle , Saint Ouen , archevêque de Ituum , ehaneelier ou référendaire <le ce même I)ag<jbert , ou de son fils Clovis II , décora sa Cathédrale avec le plus grand luxe(i) , et cette église , une des plus magnifiques de ce temps , resta probablement (l uis le même état jusqu'en 8^2 , époque à laquelle les Normands, conduits par le féroce Oschery , saccagèrent la ville de Rouen , dont ils embrasèrent la plus grande partie. » Il est assez croyable , dit le père « l'ommeraye , en parlant de cet événement, que « la Cathédrale ne lut pas davantage épargnée « que l'église Saint-Ouen et les autres, qui furent « entièrement brûlées ou du moins endommagées « notablement ».

Cette opinion est exposée avec trop d'hésitation, pour ne pas faire juger d'abord que l'auteur , qui

(i) PriiKipaltm cfcit 'iam à pr'mrihus quidem fobricatam muftis majnisque rrftns onunit alrjue ditnvit. Vie de fijint Oucd , manuscrite , ci.ee par Pommcraye , birtoire de la Cith<fdr»lc, p. 17.

de la Cathédrale de Rouen. 7

travaillait entouré des nombreux documents que devait lui fournir le carlulaire de la Cathédrale , n'a rien trouvé dans cette collection alors immense, qui pût le tirer de ses doutes. Ce silence des écrivains rassemblés dans le eartulairc aurait certainement de quoi nous surprendre , si . l'on ne savait que ce recueil offrait des omissions non moins importantes , et si , pr»r exemple , l'on n'était certain qu'il ne s'y trouvait aucun titre constatant la terrible et très-réelle catastrophe de 1200. Ainsi , de ce silence absolusur l'incendie de 84 2 y il ne résulte rien qui puisse nous empêcher de mettre la Cathédrale au nombre des églises embrasées par les Normands.

D'ailleurs , par quel inconcevable privilège un temple aussi remarquable aurait-il été respecté de ces barbares , dont la fureur s'exerçait principalement sur les monuments consacrés au culte ?

U serait aujourd'hui vraisemblablement inutile de chercher à connaître jusqu'à quel point cet édifice se releva de ses ruines , depuis le sac de 84a et le baptême de notre premier ducRollon (i)

(1) Hrolff, Kollon, Roi, Rou ou Raonl embrassa le christianisme r:i 9 13 , et fut baptisé dans la Cathédrale de Rouen , par l'archevêque Francon; il prit alors le nom de Robert , parce que , dans ceuc cérémonie , Robert , duc de France et comte de Paru t lui servît de parrain. Ce conquérant mourut vers 93a.

8 Notice sun i /incendie

jusqu'à Richard I". (•), qui l'augmenta cornu rablt nif nt„«*clon Dudon , de Saint - Quentin » dont voici les propres impressions : « Varias in « Normannid restitiiit dotavitque ecclc.u'as , atque « inter alias , Jîot/iomagcnsi namque urbe , in « honore gcnitricis Dci , anipliavit mirabile. mo- « naxterium (a) , longitudinis , latitudinisque atque « altitudinis honorifica' , cxspatiatum incremento. « Il releva et dota plusieurs églises en Norman- « die , et sur - tout dans la ville de Rouen , « il augmenta et étendit considérablement en

(l) Ci* prince surcéda a ion père , Guillaurae-Longue-Épéc , et mourut de 99C à 100a.

(1) On ne doit point s'étonner de voir ici l'expression munasterium appliquée à la Cathédrale , dont le chapitre régulier /lait soumis alors aux plus étroites obsrrvaners de la vie claustrale. D'ailleurs les communautés canoniales de ce genre furent , comme telles qui s i\ aient sous la direction particulière de leur abbé , ainsi désignées jusqu'au onzième ou douiièrae siècle , temps vers lequel on comprit les églises de toute espèce sous ce root latin que le peuple avait traduit par Muustier, Montier .etc.

Lebrun des Marelles , dans son voyage liturgique publié sous le nom du sieur de Moléon , remarque , page 280 , que le» chanoines de Rouen vécurent en communauté au moins jusque vers l'an 1000 , qu'ils s'appelaient frères et qu'ils avaient un cloître comme le prouve Tépitaphc de Bonne- Ame, mort vers Pan 11 10.

Fralribus hanc adem cwn clamtm

Dans le cours du II*, siècle, les chanoines de l'église de Cantorbérj prenaient encore le titre de Monachi CathedraUt V. Gerv. , chron. , p. t5;9 , et Radulp. de DiccU , p. 66j.

de la Cathédrale de Roue*. 9

« longueur , largeur et hauteur un magnifique « monastère consacré à la mère de Dieu (1) ».

Comment concilier maintenant ce témoignage de Dudon , avec le passage du cinquième livre d'Ordéric-Vital , où ce dernier historien, parlant de l'archevêque Robert -le- Magnifique , fils de Richard I er . , atteste que ce prélat jeta les fondements de' l'église métropolitaine : « Ecclesiatn « metropolitanam in urbe JRothomagensi sanctœ « Dei genUrici à fundamentis inckoavU , çuan, « magna ex parte consummavit » .

(l) Pendant que le duc Richard s'occupait de ces religieux travaux , Gonnor ( Gunnordis ) , son épouse t préparait pour -la Cathédrale les courtines ou tentures dont on orna long - temps l'intérieur des églises , aux foies solennelles. « Cette princesse , dit ■ la chronique de G. Nagercl , fit de grands hiens aux églises , « spécialement à Nostrc-Damc de Rouen où elle donna de beaux « omemens qu'elle faisoit auec les brodeurs et ouurîcrs. Elle « fit aussi des draps de toutes soyes et de broderie , empreintes « d'histoires et d'images de la vierge Marie et des saincts , pour « décorer l'église de Nostre-Daroe de Rouen ». Ch. 4a , p. M

Si véritablement la fameuse tapisserie de Bayeux est l'ouvrage de la reine Mathilde , on voit par ce que nous venons de rapporter , que le goût et la culture des arts étaient en quelque sorte héréditaires ches nos anciennes duchesses de Normandie; mais si pendant les quatre-vingts ans qui s'écoulèrent depuis Richard I«t, jusqu'à la conquête de Guillaume , la science du sin fit quelques progrès dans notre province , de i

être les tapisseries historiées de U

io Notice sur lYxcettdie

« Il jeta dans la ville de Rouen , les fondements « de l'église cathédrale , dédiée à la sainte Vierge f « entreprise dont il accomplit la plus grande « partie ».

Qu'était donc devenu , ou que devint , sous Robert, Je vaste édifice embelli , si Ton en croit Dudon , par le père de cet archevêque? Car il est important de remarquer à ce propos que l'église métropolitaine a très-probablement toujours existé sur le mime sol.

Un ancien manuscrit, cité parle pèrcPommeraye, page iO de son histoire, lève cependant à cet égard une partie des difficultés, et s'il n'établit pas une parfaite concordance entre les deux écrivains précités , il aide au moins à les rapprocher l'un de l'autre, en rapportant que le duc Richard. I". fit hausser l'église de Rouen, et que l'archevêque Robert , son fils , en construisit la partie orientale ou le chœur (i).

(i) On troure aussi dans l'ancienne chronique de Normandie qui rient à l'appui de ce manuscrit , « que le due Rk hard Jist « eroistre et hauicer de la moitié et de plus le mouiller de iïostrr- « Dame de Rouen , et que Robert fist achever Fesglùe de ÏSuitrc . « Dame dr tout le cheeur et du cottè de f orient, m

de la. Cathédrale de Rolen. ii

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