‹ Notice sur l'incendie de la Cathédrale de RouenChapitre 3 sur 22 · PREMIÈRE PYRAMIDE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PYRAMIDE

Ce prélat étant mort , Saint Maurile , un de ses successeurs, mit la dernière main à son entreprise et fit ériger cette belle pyramide de pierre , connue sous son nom , la première apparemment qui , s'élevant au-dessus de la métropole , soit allée percer la nue et provoquer la foudre (1).

M. Deudemare, chanoine de l'église de Rouen, et auteur d'une histoire de Guillaume-le-Conquérant , tenait de son père , échevin et capitaine de la ville , un dessin précieux qui représentait cet admirable monument , accompagné d'une échelle géométrique qui constatait ses dimensions et son élévation gigantesque , bien supérieure à celle des deux flèches qui l'ont successivement remplacé en décroissant toujours de hauteur (2).

Cette tour de Saint Maurile offrait , selon Pommeraye, dans le dessin dont nous venons de parler , une construction semblable à celle des clochers de Chartres , mais d'une élévation et d'un

(1) Dan» le» siècle» précèdent» , le système pyramidal luit peu ou point connu , il commençait alors à succéder à l'emploi de* dôme, qui couronnaient les églises , à l'imitation de celle» de l'orient.

(a) Espérons que la restauration prochaine nous la fera revoir dans sa primitive clevation.

»a Notice sur l'incendie

diamètre bien plus considérables , remarque qui n'est pas sans intérêt, en ce que désignant un objet de comparaison encore existant , elle aide i concevoir l'idée de celui qui n'est plus. Dans un manuscrit de la bibliothèque du savant Emeric Bigot (i) , on lisait que cette pyramide était ornée de galeries et flanquée de quatre tourelles terminées en couronnes impériales. C'est ainsi qu'est décorée la belle tour de Saint-Ouen de Rouen , audessus de laquelle on devait , dit-on , élever une aiguille. Si cette magnifique église est restée privée de cette addition importante , il en est de même des quatre tours carrées de la croisée de la Cathédrale , à chacune desquelles on devait ajouter cette élégante décoration ; ce qui , joint à la principale pyramide , eût fait planer au-dessus de la ville un groupe architectural de la beauté la plus admirable.

Ce fut en io63 que Maurile procéda à la dédicace de la métropole, en présence de Guillaume-le-Conquérant , qui n'était encore que duc de Normandie.

Les travaux immenses auxquels cette église devait sa nouvelle magnificence , avaient duré soixantetreize ans , y compris l'interruption k laquelle donna lieu le prodigue Mauger , successeur de l'archevêque Robert, en s'appropriant exclusive-

(i) GtÉ* par Pommera je.

db la Cathédrale de fiousn. i3

ment les revenus de la Cathédrale pendant près de vingt années ; mais en 1 1 1 7 , la foudre ayant , selon Pommeraye , renversé la belle tour de Maurile , l'aspect extérieur de ce temple prit encore une forme nouvelle.

Un manuscrit de la bibliothèque royale ( n". 1 488 et ai 41 , fonds de Saint-Gerroain-des-Prés ) (1) rapporte à la même année un événement qui pourrait bien n'être autre que celui dont nous venons de parler.

Nous en transcrirons littéralement le passage extrêmement sec et concis , qui , malgré son silence sur la ruine de la tour de Saint Maurile , nous paraît assez difficilement pouvoir invalider le témoignage du père Pommeraye , en faveur de la réalité de ce fait.

« L'an M. C. xvii , la fouldre et le tonnerre « cheurent à Nostre-Dame , et abatirent les cou- « lonnes et le cruxiiilz de dessus le grand autel , « et n'y eut homme blécé (2) ».

(0 C'e»t à l'obligeance de M. Floquet fils, de Rouen, élève de l'école des chartes , que nous sommes redevables de la connaissance de ce manuscrit et de plusieurs autres documents dont nous avons également fait usage.

(a) Farîn , tome t er . , page 5oo, , éd. de 1669, «"apporte cet événement d'une manière un peu différente. « L'an 1117, dit-il, « la foudre tomba sur iV'glise Cathédrale , qui esbranla les « pilliers , et renversa hî crucifn sans blesser personne v.

■ 4 Notice sun l'incettoie

Je ne crois point que Ton puisse supposer que les colonnes , dont parle le manuscrit , fissent

Ici je proposerai une question que peut-être on trouver» d'autant plus intempestive , que toutes les recherches que j'ai faites n'ont encore pu , je l'avoue , justifier l'opinion que j'avais Connue à cet égavd.

Aucun vieil auteur français n'a-t-il jamais appelé do nom de Crucifix, la croix, croisée ou croisade d'une église; ou l'application de rr mot k crtte parue des temples , nW-t-elle pas été jadis d'un usage au moins local dans quelque contrée de la Franc* ?

Cei chutes fréquentes de la fondre sur ou devant le crucifix ne devaienl-ellcs pas être naturellement occasionnées par la haute élévation des flèches qui couronnaient le point de jonction do la croisée ; et par quel singulier prodige , la foudre eùt-clle , dans ces temps reculés , si souvent renversé l'image du Sauveur, qui, dans cette vaste partie de l'édifice , ne préseule ,en quelque lieu que nous la supposions placée, qu'un point de contact extrêmement circonscrit ?

Voici ce que rapporte , sur le coup de foudre de 1117 , auquel nous revenons encore , une chronique latine de la Cathédrale , dans laquelle se trouvent relatées presque toutes les autres catastrophes mentionnées dans celte notice.

Juvo DM, M. C xrii.

m Hoc anno eccidit julnxen in eceJesid Itealct Maria Rothom. , « ità ut cohtmnas super attare crurifixi (•) dijjundtret , net • tamen aiiquid ibidem laderet ».

(*) Le «avant M Les pi ne, attaché su cabinet dei nunuicnct de la bibliothèque royale, et directeur de l'eVolc d«* charte* , confirma l'opinion de* auteur» du »up}> ément d« Duc ange ta mot rru«iJE«Mu , «n sswrmt qu'il y avait anciennement dan» toute* ou pretqtie toute» le* egliMt , an aaiel du du crut inx i il observe m outre que cet amel était toujeun ou du motni trè»-*ouv«nt placé dans le «romUon gauche de* ejli.e».

DE LA CaTHÉDIIALE DE ROUEN. l5

prtie de quelque contre - retable surmontant le principal autel fie la Cathédrale. Quelque magnifiques que fussent certaines églises normandes de ce temps , les principaux autels, ordinairement isolés, suivant l'usage antique, visibles sous leurs quatre faces , et dont l'orfèvrerie seule faisait quelquefois la richesse , n'étaient point surchargés de ces superfétations architecturales , ajoutées depuis aux nombreuses incohérences qui se font remarquer dans la structure de nos temples. Dans

En rapportant à celle époque ta destruction de la pyramide de Maurile . nous avons suivi l'opinion formellement énonce - e à deux reprises différentes , par le pére Pomiuvraye , notre respectable devancier, dans ta supposition qu'elle éiait appuyée aur d'anciennes autorités »uc nous n'avons pu vérifier , soit que la révolution les ait détruites, soit qu'elle les ait seulement dérobées à nos recbcrcbcs. M. Auguste I/cprevost voit au contraire dans le passage latin que nous venons de citer, une contradiction formelle à Tasser. ion du père Poromeraye ; il croit que cette assertion n'est fondée que sur une interprétation vicieuse du passage, et que ce n'est qu'à l'incendie de taOo, qu'on peut rapporter avec vraisemblance la destruction de la pyramide de Maurile. *

Nous nous garderons bien d'opposer à relui de notre savant confrère notre avis particulier , mais il nom semble que le pere Pomiuernyc a dû s'appuyer sur un document positif, pour prier des re'parations provisoires qui furent immédiatement faites aux ruines de ta tour de Maurile , circonstance sur laquelle la ebronique préc itée et les auteurs dans lesquels nous avons puise* les autres versions de l'orage de ni - . gardent le titance le plus absolu.

i6 Notice sua l'ikcetïdie

l'expression côulonnes, dont se sert le manuscrit, je vois bien plutôt les colonnes ou piliers dont la rupture occasionna la chute de la pyramide de Saint Maurile.

Une chronique latine de la ville de Rouen , qui se trouve à la suite des Trophées des Normands , par Dumoulin (1) , parle aussi de cette catastrophe avec une brièveté plus grande encore , et n en dit que le peu de mots suivants : * Anno « 11171 primaria Botfiomagensis œdes fulmine « icta est ». L'an 1117 , l'église métropolitaine « de Rouen fut frappée de la foudre ». Nous aurons encore occasion dans la suite de citer cette chronique (2).

(1) En voici le titre : * Ckronohigia indytat urbis Rutltomam geniit , ptr Delamare , advocahun in parlamento ...

(1) Afin de ne pas nous éloigner trop fréquemment dans notre texte , du but spécial de cette notice , consacrée à retracer les événements particuliers a la Cathédrale , nous relaterons en note le terrible incendie qui dévora une partie de la ville en Ii35. Cette année le feu prit auprès du grand pont ( in capite magni pontis versus portant Bch'Otencem ) et consumant toute la rue , passa par l'altrc de Notre-Dame , sans cependant offenser l'église ; mais le vent ayant changé et les flammes se trouvant repoussées , l'incendie se dirigea vers Saint -Oucn et Saint-Amand , et l'une et l'autre de ces églises furent totalement brûlées ainsi que les rues voisines. Cet iacendic commença le jour de l'Exaltation de la Sainte Croii , le matin avant primes ( environ sept

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