ÉTAGE SUPÉRIEUR
CONSTRUIT DANS LE ib*. SIÈCLE.
N-. S. WORD , à droite. Figure historique , coiffée d« chaperon, et vêtue de la robe longue dont l'usage ne fut abandonné* que ver» la fin du t6>. siècle. Celle statue représ •ans doute, ainsi que les n«*. 6 et 10, des personnages que leurs emplois ou quelques actions particulières mirent en rapport avec la Cathédrale de Rouen. Rien , par exemple , n'empêche de supposer dans ce nombre Artbus Fil loti ( ou Foulon ) , ebanoine «le Rouen , docteur en théologie, curé de Saint Maclou, puis évêqQe de Sentis, qui contribua le plus, après le cardinal Georges d'Araboisc II , à l'érection de la pyramide. N°. 6. nord, à gauche.
N°. 7. SUD , à droite. Enlèvement au ciel , ou ravissement de la Madeleine, pendant sa retraite et sa pénitence dans U roeber de la Sainte- Baume en Provence.
«.Hic inrlusa libens iongis vettita capiliis
m reste carens alid , 1er denos passa décembres.
« Hk homimtm non visa oeutis , stipata catervis « Angebxis , septemaue die subvetta pér huras , etc. »
Petrarc.
« Volontairement renfermée dans cette grotte, elle y passa n trois fols dix hivers , n'ayant d'autre vêtement que sa longue
« chevelure Là , loin de la vue des hommes, entourée
« d'une troupe d'anges , et enlevée en extase pendant sept heure» « da jour , etc. »
Balthazar de la Burlc , poète provençal , valet de chambre da cardinal de Bourbon, composa dans le ib«. siècle un assez Joli poê'me dans lequel on retrouve les
de la Cathédrale de Roueu. 5$ le faîte était orné d'une balnstrade d'un ficellent
« Revengut /ou jour tous artffis la ptuiavon
« Jamny per mauk'ais temps que fessa , nj « Aultre abit non %z*ws que la siou cabeUura * Que commo un mantel d'or , tant erant bets et blonds , « La coubtia de ta testa fin al bas des talions , etc. » « Au retour du jour les anges l'enlevaient bien aw-4es.su»
« «lu roc Dans les plus mauvais temps et le froid le pins
« rigoureux, jamais elle nr portait d'autre vêtement que sa « blonde et belle chevelure oui la couvrait de la tète au bas « des talons , ainsi qu'un manteau d'or..... »
Si les deux portes que je viens de citer , et les vieux hagtographes mêmes dans lesquels ils ont puisé leur sujet (*), ne suffisaient pas pour désabuser les personnes qui prétendent que ee groupe offre une assomption de la vierge , qu'elles veuillent au mains nous dire si jamais elles ont vu la mère du Christ figurée de cette manière. On remarque , il est vrai , sur plusieurs tombeaux, des personnages enlevés par des anges et représentés sans le moindre voile (**) , mais cette nudité absolue , symbole de
(*) On regard* aujourd'hui connue un fait apocryphe cette pénitence de la 'Madeleine dans la Sainte -Baume , et l'on ne montre pins comme
sainte , officiait , disent les Marseillai* , en qualité 1 de premier évèque de leni rille. On peut con miter an sujet de ce» pictues fables l'ouvrage dn docteur Ljunoy , intitulé" » De eommtntiiie La^xn , Mjgdaltn* , Munha et Maximinl in Prorinciam appvtiu ; pièce victorien* , écrivait une société de geni de lettres , qui plnr i tons les bons critiques , excepté tua Doraijucaiiu et anx Provençjtut.
celui qui se voit dan* la Cathédrale de Rouen , enclavé dans l'épaisseur dn mur derrière le choaar t les figures dont nom parlons , n'ont que fort peu d'apparence dan* ce dernier monument, i cante de leur petiteue ; mail la i art de la pins
sijlc , composée de jolies arcades , de frontons et
l'»mc dépouillée de ton enveloppe corporelle , ne peut être appliquée à la Vierge, uns blesser le» traditions iconographiques, et , qui plus est , la croyance catholique , qui i.ivi:-nd que le passade du monde a l'éternité no fut cl>»-7 Marie qu'un doux sommeil purement physique , pendant lequel lc> ailles l'cnlrvèrent tout entière. Ce miraculeux événement que l\ ^li»e appelle la dormiliun , est celui qu elle célèbre le i5 Août , dans la fêle de l'Assomption.
N". o. si n, à gauche. La huitième figure qui occupait cette partie de la lour,a été , comme uni* l'avons dit, détruite dans l'incendie. Elle portait une longue barbe ,et représentait ainsi que les n°'. 1 , i et 1 1 , un apôtre ou quelqu'autrc saint des premier» temps du christianisme.
N°. 9. EST , à gauche. Georges d'Amboisc II , en habiu pontificaux.
N°. 10. est, h ffroùe.
N°. 1 1. ouest , à gauche. Statue de patriarche on d'apotre. N°. ta. OUF.ST, à drtu'te.
N". A. Figure tirée de la Tour de Beurre ; nous l'avons substituée , pour compléter cette planche , a la statue brisée dans l'événement du i5 Septembre. Celle-ci représente un seigneur du i5e. siècle, tenant en lesse un lévrier , et portant sur son poing gauche, armé d'un gant , un faucon chaperonne et longe'. Ces deux animaux furent long-temps pour nos aïeux, des emblèmes fort expressifs de la puissance féodale.
Le noble oiseleur porte la main droite sur la petite carnassière contenant les munitions pour affriander t oiseau ; et quoique les traits de sa physionomie soient extrêmement chargés , ils offrent un caractère de naïveté qui ne so trouve guères que dans les portraits. On en peut dire autant d'une foule d'autres figures de personnages des deux sexes , dont cette même tour est ornée : elles sont pour la plupart fort curieuses par la singulier*
DB LA CAtHÉDRjtLB DE ROCE*. 6l
de vases (1). C'est là qut se termina la tour de pierre.
Le reste do la pyramide se composait , à partir de cette galerie jusqu'à sa pointe , de charpente revêtue de plomb. Trois mille quatre cent soixantedouze pièces de bois (s) furent employées dans ce magnifique assemblage qui , d'abord , offrait un vaste socle , décoré de colonnes engagées d'un tiers dans la courtine. Elles soutenaient sur chaque face un fronton surmonté des armes des cardinaux d'Amboise (3) , supportées par Jeux anges
variété de leur* costumes, et sous plusieurs rapports encore , elle» mériteraient véritablement d'être publiées. On en fait actuellement un choix qu'on verra bientôt , avec intérêt , paraître dans une collection monumentale célèbre par l'habileté des artistes qui s'en occupent , par U haute perfection des sujet* lithographies dont il est composé , et par l'originalité piquante du telle. >
Nous ferons remarquer , en passant, que les statues de la Tour de Beurre sont dans le goût de celles qui décorent l'extérieur du palais de justice , et qu'elles paraissent les unes et les autres exécutées par des sculpteurs de la même école.
(i) U ne restera bientôt plus de vestiges de ce magnifique couronnement , brisé par les débris de l'incendie et calciné par le feu.
(a) Sans comprendre , dit le père Poiumcrayc , les chevilles ni blocheaux , aujourd'hui blochets.
(3) Les armes de Chaumont d'Amboise sont pallées d'or et do gueule de six pièces ; elles étaient ici surmontées et environnées de tous les accessoires appropriés aux dignités dont étaient revêtus tes cardinaux de ce nom.
6a Notice sur l'i^cenotb
de proportiqp colossale (i). Au^essus de ce corps
d'architecture s'élevait jusqu'à l'obélisque uo noyau carré renfermait la cage de l'escalier , et embrasse* par quatre ceintures composées d'arcades d'ordre Toscan , posées étage sur étage : conception hardie qui présentait par la légèreté de ses détails , la grâce de ses formes et la "justesse de ses proportions (») , un ensemble d'un goût aussi rare qu'adnrlrable (3). u
Le sommet de la dernière colonnade était couronné sur chaque angle d'une astragale surmontée d'un satyre assis , supportant des deux mains audessus de sa téu* une corbeille de fleurs (4). Sur la
(i) Ces huit anges entièrement revêtus do fer résistèrent longtemps à la fureur «le l'incendie , dans le cours duquel ils présentèrent les effets fes < plus singuliers ^lorsque le vent , par exemple, en écartait les flammes , plusieurs de ces figures paraissaient d'un rouge étineelant , tandis que , sur les faces ogposées , les autres ^ se voyaient comme suspendues au milieu du foyer, en forme de
silhouettes fort noires. .
. ^ (i) Je sais qu'on reprochait quelques légers porte-à-faux a
cette ingénieuse et savante construction ; mais ils étaient impérieusement nécessaire» à la solidité de l'édifice, et d'ailleurs, infiniment moins remarquables dans la pyramide elle-même que dans les vues plus nu moins exactes qui nous en restent.
(3) Une de ces galeries était remarquable par un grand chapeau 'l de cardinal , élevé sur une espèce d'axe sous chacune des arcades
angulaires.
(4) Des figures d'hommes sauvages, forts chevelus, à grande barbe, couverts de longs poils, et souvent armés de larges et de
de la Cathédrale de Rouen. 65
plate forme » au milieu de ces figures t exécutées en plomb, s'élevait sur sa liase , cantonnée ^d'arcs-
massues, avaient , dans les \$ e . et i5*. siècles, été «l'un emploi général en sculpture ; dans le blason comme supports , en peinture comme enseignes , ornements calligraphiques v etc. A ces mêmes époques , dans toutes les cérémonies publiques , commt la réception d'un prim e , ou tel autre motif de réjouissance , de* hommes sauvages jouaient presque toujours un rôle important. On se rappelle l'étrange déguisement adopté par l'infortuné Charles VI , pour figurer dans ce bal de désastreuse mémoire , ou, couronné de feuillages , il parut chargé d'une ebotne à laquelle étaient également attachés onze de ses courtisans , coiffés de la racine manière et revêtus, iommc le Roi , d'habits serrés , recouverts de longues mèches d'étoupe. Dans le cours du iO. siècle ce bizarre motif fut remplacé par les satyres , dont quelquefois les peintres et les sculpteurs firent un usage si peu modéré , qu'il n'est point surprenant de voir ces sortes de figures employées à la décoration «le la grande pyramide de Rouen. Les admirables sculptures des portes de Saint-Maclou , les arabesques f les titraux d'une foule «Vautres monuments religieux et civils de la même époque , témoignent assez , d'ailUurs , que Robert Bec quel ne fit eu cela que suivre l'exemple «le» artistes de son temps, qui tenaient encore à l'antique et singulière manie d'appliquer il la décoration des églises une multitude d'images chimériques et monstrueuses , dans lesquelles il est impossible de démêler aucune analogie avec les cérémopies et l'esprit du christianisme. Mais les satyres eurent une vogue d'autant plus générale , que la physionomie grotesque et pleine de vie qu'on leur prête , détermina, et maintint long-temps le choix qu'on fit de leur figure , pour en former «les heurtoirs «le porte , et les mascarons dont on égayait, sur-tout à l'extérieur, les murs des «.'«JiGcc».
boutants ornés de fleurons , l'élégant obélisque qui soutenait la croix et le coq , et dont la hauteur était de ii5 pieds G pouces.
Au reste, on v tait encore généralement loin sou» François 1 er . , do regarder le satyre loraraç un cire purenirnt ficlU ', ou du. moins connue l'orang-outang, mal observe par 1< s anrirns et : les voyageur» ; car les auloriîé* qui affirmaient l'exiatence de ces monilre» dctni^hoinnies , n'étaient point réduites eucore à leur juste valeur. (
Dam ses livres V et VU, chapitres vin et II , Pline confirme la réalité des satyres ; il parle , livre XIX , chapitre IV , de la superviseuse opinion qui les considérait comme les protecteurs des jardin» tt des vergers,'* la porte «lesquels on plaçait leurs effigies. Le* artistes de la renaissance , en les chargeant de corbeille* ou de guirlandes de fruits et de fleur» , tirèrent de cette croyance païenne, un motif d'orntmenl aussi riche qu'agroablc.
Plutarque assure que Sylla prit un satyre t et Saiut Jérôme e'erit, dam la vie de Saint Antoine solitaire, que ce père fut assailli par plusieurs de ces monstres , en traversant le desfrt pour aller visiter son compagnon Paul. En insinuant que ces satyres pouvaient fort bien être des lutins infernaux (*), Saint Jérôme a fourni le premier fond s UT lequel les légendaires et les peintres ont brodé les circonstances si variées des tentations du fondateur de la vie monastique , et quelques rencontres singulières nul pu contribuer aussi * revêtir ces yieui récits d'un grand caractère d'authenticité.
Dam ses essais historiques sur Paris, Saint-Fois rapporte, d'après de '1 hou , que le inaréchd de Bcaumauoir chassant dans une forêt du Maine , en iSra, ses gens lui amenèrent un homme qu'ils avaient trouvé endormi dam un buisson, et dont la figure était très-singulière ; il avait au haut du front deux cornes faites
(•) En vieux français, Luytoni , GoitUm , etc.
Cette
db la Cathédrale de Rouet*. 65
Cette croix était composée de cinq barres de fer dont celle du milieu porte i5 lignes d'équarrissage et les autres 1 2 ; sa hauteur était de 1 6 pieds depuis le poinçon auquel elle était attachée , jusqu'à la crête du coq , et le croisillon avait sept pieds d'envergure. Cette croix pesait en totalité quinze cent quarante livres , non compris les liens de fer qui la tenaient, et dont le poids était de trois cent treize livres. Le coq, pesant 28 livres, a de
et placées comme celles d'un bélier ; il e'uit fort chauve , et avait au bas du menton une barbe rousse et par flocons , telle qu'on peint celle des satyres. Il conçut tant de chagrin de se voir promener de foire en foire, qu'il en mourut à Paris au bout de trois mois. On l'enterra dans le cimetière de la paroisse de Saint-Corne , et l'on mit sur sa fosse une rpitaphe assez plate , i qu'on trouvait apparemment fort plaisante dans ce temps-la :
Dans ce petit endroit à part Git un très-singulier cornard ; Car il l'était sans avoir femme :
Passants, pries Dieu pour son
Dans le siècle dernier , le capitaine Bossu trouva dans les mains des sauvages américains , un jeune enfant à tète de bouc , dont ils avaient fait un manitou ( c'est le nom qu'ils donnent à leurs idoles) ; ils refusèrent de le livrer vivant au militaire français; mais après avoir étranglé cette créature extraordinaire , ils en abandonnèrent volontiers le corps , dont j'ai vu en 1800 le squelette conservé sous une cage de verre , au cabinet d'histoire naturelle alors établi dans le château de Versailles.
66 Notice sur i/racmn)»
l'extrémité* du becà celle de la queue 40 pouce* (i).
L'élévation totale de la pyramide était de 3 9 6 pieds , mesure prise du niveau du sol de l'église à la crête du coq. On montait jusqu'à l'aiguille par un escalier de 571 marches , dont 359 étaient en pierre (a) et ai a en bois. Au-delà de ces
(1) M. le Préfet a donné de» ordre* pour que ce coq mutilé dans M chute, soit conservé comme monument raérooraûf de l'incendie.
(a) L'escalier en pierre , placé dans l'angle nord-ouest de la tour, se termine à la balustrade du dernier étage , derrière laquelle régnait la seule galerie de pierre ou l'on put se promener et même faire aisément le tour de la pyramide. Une espèce de couloir conduisait de là dans l'escalier de bois dont le pied posait sur la voûte de la lanterne , et par lequel on pouvait également monter sur la terrasse de pierre.
Tous les écrivains qui se sont occupés jusqu'alors de la description de la pyramide , n'ont porté le nombre total des marches de ses escaliers qu'à 5 00 , dont aoo en pierre et 3oo en bois. Je serais liM doute tombé moi-même dans la même erreur , si M. Chérot père , ri trier , employé long-temps aux réparations de la Cathédrale , n'eût en la complaisance de m'en avertir encore à temps.
L'escalier de pierre, du coté du portail des Libraires, qui sans interruption du niveau de l'église à l'extrados des voûtes , est composé de 1S6 degré* de 6 pouces 6 lignes de teur ; «t de ce point de l'édifice au comble de la tour à clairevoie ou finit la consrrucuon de pierre , on compte 10Z marches de 5 pouces 9 lignes de hauteur.
L'escalier de bois , remarquable par les vastes dimensions de
chesf y compris les la ou i5 de l'escalier de m< t «u pied de la première échelle; il a été
de la Cathédrale de Rouen. Sy
dernières , on ne trouvait plus que des échelle» au moyen desquelles on parvenait jusqu'à la quatrième enrayure (i) de la flèche.
Là , deux petites lucarnes laissaient apercevoir le tableau topographique le plus admirable par l'abondance de ses détails , la richesse d# son ensemble et l'immensité de son plan (a) , qui s'étendait à quatre , six et huit lieues vers différents points de l'horizon. C'est pourquoi , sans
(1) On déùgne sous ce nom un assemblage de charpente, composé <Tcatraiu de ferme et de coyers d'arrétier ; ce qui , pour parler plus simplement , était à peu prés dans la construction de l'aiguille ce que sont les planchers dans les bâtiments ordinaires. Ces enrayurcs ou planchers formaient à l'extérieur de l'aiguille sept bandeau* fort apparents.
(a) Plusieurs personnes se sont assurées , en parvenant k cette élévation f de la justesse d'une opinion fort commune , qui supposait le coq de Notre-Dame au niveau du planitre de la montagne de Sainte-Catherine et du point le plus éminent du Mont-aux- Malades.
Quoique le dernier incendie ait eu lieu en plein jour , on assure que malgré l'épaisseur de l'atmosphère , il a été facilement remarqué de huit lieues de distance.
Aperçue des quartiers occidentaux de la foret de Bord ou du Pont-de-r Arche, la pytoraide dorée des rayOns du soleil couchant , semblait franchir un espace de quatre lieues pour se flpprocber fièrement de l'œil. Rien de plus beau , de plus roroaarfqutt que cette solennelle perspective , sur-tout entrevue à travers les clairières des sauvages et verdoyant* trirffu du Vai-de-ScilUs et du Crucifix.
68 Noticb SUR l'incendie
doute, un écrivain du 17*. siècle appelait asse* singulièrement cette superbe pyramide Spéculant pastoralem , l'observatoire de nos archevêques (1).
On vante avec raison la hauteur extraordinaire et la beauté des clochers de Vienne et de Fribourg , de Mal in es , d'Anvers , de Strasbourg , de Chartres , etc. , mais aucun d'eux peut-être n'est plus heureusement approprié aux masses de l'édifice qu'il domine , au caractère du site qu'il décore , que l'élégante flèche que nous venons de perdre , ne l'était , soit à la basilique , soit à la ville entière dont elle indiquait si majestueusement dans les airs le point géographique. Parvenu sur les lieux d'où cet auguste mont-joie (a) se découvrait à sa
(1) M. Prévoit , cité par le pire Pommcrayc , qui traduit spéculant par eschauguete , ce vieux mot ( aliàs etchaugaite , escharguaite , etc. ) désignait une petite tourelle ou guérite de pierre, construite sur les donjons des château i et des forteresses, et sur les portes de ville : on l'employait synonytniquement pour garde , sentinelle , vedette postée sur un point élevé.
(a) Je n'ai pu m'empecher d'user de cette antique expression employée dans le cri de guerre de nos aïeux , mais qui présente nn sens bien différent ici.
On appelait monl-joyt ( sub. masc. ou fém. , ad tth. ) mous gaudii , des monticules artificiels , élevés en forme de pyramide^ des piliers en maçonnerie , des poteaux et quelquefois même des grands arbres , objets ordinairement décorés d'un crucifix ou d'une ligure de la vierge ; ils servaient d'indices itinéraires aux voyageurs et aux pèlerins que réjouissait cette
de la Cathédrale de Rouen. 69
vue , le voyageur étonné s'arrête immobile , promène sur l'horizon applani ses regards incertains , et demande aujourd'hui si Rouen existe encore. Oui , voyageur, cette ville célèbre est encore assise sur son antique sol ; tu la retrouveras tout entière , mais inclinant tristement sa tête humiliée et dépouillée de sa noble couronne.
Avant de parler de l'incendie du 1 5 Septembre 1822 , à la relation duquel cette notice est spécialement consacrée t nous continuerons à rappeler dans leur ordre chronologique quelques événements beaucoup moins importants , mais qui se
vue qui les redressait dans leur chemin , et semblait le» approcher du terme de leurs fatigues.
Les motit-juye se composaient quelquefois de simples arbrisseaux ou de gcnèis (*) dont on nouait |cs sommités d'une manière particulière , et au pied desquels on accumulait un monceau de pierres blanches. Ces remarques étaient pour le* passants ce que sont les brisées pour les chasseurs.
Dans nos contrées aujourd'hui si pleines de mouvement et de vie , on auait peine à concevoir toute l'utilité de cet antique usage , et sur-tout celle des grands clochers , véritables points de ralliement , si l'on ne se rappelait que la France beaucoup moins peuplée jadis , était couverte de terrains immenses incultes et sans habitations , qu'elle était coupée en tous sens par de vastes forêts , qu'elle ét%it enfin presque sans grands chemins et sans commerce intérieur , etc.
(•) Voyet Ui devis»* héraieMt dt Clrade Pmdi» , psimi U»«««1W> as iroeve, p*«« t6o , 1s église de «i denxisn.
70 Notice sur l'iscendib
rattachent trop intimement à notre sujet principal pour les omettre.
La pièce suivante , extraite d'un manuscrit intitulé : Journal historique de la ville de Rouen , et appartenant jadis à un curé de Saint-Martindu-Pont f m'a paru , par son extrême naïveté sur-tout , mériter une insertion littérale.
« Le dimenche aô de Feburier i6a5 , sur le comte mencement de la prédicacion , tombast le feu « du ciel dans ISostre-Darae , et moy présent , « je vis le feu descendre deuant le crucifix , et « plus un esclair qui fut veu de plusieurs ».
« Et le jour de la Conception de la Vierge « 1627 , une heure après midi , fut veu de tout « le peuple qui estoit à la prédicacion à Nostrec« Dame , un esclat de foudre de tonnerre tomber « sur le crucifi* ; et tombant , se diminua avec « fumée f sans aucun danger , grâces à Dieu ».
« En i638 , dans la nuit qui suiuit la féte de « la Purification , furent grands vents , le portail « de Nostre-Dame , dit des Libraires , tomba sur m les six heures du matiu ; grâces à Dieu , il n'i « eust aucune fortune m.
« Le ia de Juillet iG4* 1 le^oanerre tomba »
« sur les neuf heures du matin , sur Nostre-Dame ; « Ton vit un feu voltiger dans les galeries de la « lanterne , et sortit par un trou , sans faire
DE LA CATHÉDnALE DE ROUEïC. 71
« aucun mal , sinon de la fumée ; et le lendemain , « il fut arrêté au chapitre, qu'à l'advenir , quand « on entendrait le tonnerre , Ton sonnerait les « cloches quand bien mesme il serait nuict (1). « Le 1 7 dudit mois , dix heures du soir , il y «« eust grand tonnerre et foudres avec des esclairs « sans relasche , de sorte qu'on croyoit que ce fut « la fin du monde. Nostre-Dame commença à « sonner avec plusieurs autres églises de la ville , « depuis dix heures jusques à onze , et est à re- « marquer qu'il y eust fort peu de pluye , et le « tonnerre se retira en un autre endroit. Cette « année peut être appelée celle des foudres et « tonnerres ».
« Cette année 1643 a été nommée l'Année des « Coqs , parce qu'en plusieurs églises ont esté « mis des coqs ; en premier lieu , en l'église de « Saint-Maclou , qui pesoit 27 livres ; à Saint- « Denis , Saint-Martin-du-Pont , Saint-Cande-le- « Jeune et la Cathédrale ; j'ai veu et manié le « coq qui pesoit a 8 livres , de la grosseur d'un » codinde , et monter plusieurs personnes sur « la croisée , tenant l'une une bouteille et l'autre
(1) Plu* tard, l'autorité plus éclairée, sachant que le son de» cloebes , loin d'écarter l'orage , pouvait au contraire en provoquer les dangers , défendit ce pernicieux usage qui subsiste encora . dans beaucoup de campagnes.
7 a Notice sur l'incendie
« le verre , rt boire à la santé de tous les reu gardants qui esloient dans les mes. Les renards n ni les ours ne sont tant pourmenés par les « villages qu'a esté le eoq de Nostre-Dame dans « la ville de Rouen ; il n'y avait si petit ni si « grand qu'il n'eust désir de le voir et de le man nier , et ee, par l'espace de plus de quinze jours ; « fut porté et eonduiet dans les plus grandes « maisons de Rouen , et aux porteurs d'iceluy « ont été données plusieurs pièces d'argent , et » fut rerais le dit eoq , au mois-d'Octobre , revêtu « d'une robbe d'or avec liselz (i) de soie à sa « queue (2) ».
Ici finissent dans le manuscrit ces espèces d'observations météorologiques ; c'est avec la même bonhomie que rédigeait, il y a plus de 5oo ans , le moine auteur anonyme des Cbroniqucs de Saint- Magloire (3).
(1) List/, locution normande dérivée de Ustrt ; on appelle ainsi de» petits ruban* dont la plu* grande largeur n'excède pu ordinairement un denii-poure.
(a) Poramcraye dit sin.plcment que le coq de la Cathédrale fut descendu le mardi 4 Octobre i6-,i ct replacé le 16 du même moi*.
(3) C'est ainsi qu'on d. signe , parce qu'elles faisaient partie du petit cartulaire de l'abbaye de ce nom , ces espèces d'annales en vers français , écrites vers i3oo , et fort curieuses malgré la barbarie de leur style. On y trouve , à dater de 1 3 1 4 » ,a, 9, beaucoup de faits de l'Histoire de France , confondus pele-snèlt
de là Cathédrale db Roueit. 7$
En i683, le 25 Juin, la ville de Rouen, dit le père Porameraye ( 1 ) , « fût désolée par un otage , « véritablement de peu de durée , mais des plus m furieux , et qui y causa de grands dommages. Ce « ouragan commença vers Falaise , avança du côté « de Lisieux , passa par Montfort , par Croisset , « par le Petit-Quevilly, parla vallée d'Yonville , « et eufin vint fondre sur Rouen, vers les sept n heures et demie du soir. Un vent impétueux •< ayant poussé et répandu sur la ville un noir « et épais nuage, ou plutôt trois nuées qui m semblaient se combattre Tune l'autre , ces nuées « crevèrent et il en sortit une grêle d'une extraie ordinaire grosseur et dureté , qui , lancée par le « vent, cassa les couvertures et les vitres des « édifices , et même abattit ou déplaça de solides « bâtiments. Le clocher de Saint-André , dont la « structure était admirée des personnes intelli- « gentes , en ayant été frappé , tomba sur la
avec des relations d'ouragans , d'inondations , de sécheresses excessives , d'hivers rigoureux , etc. ; elles ont e*té publiées par Et. Barbazan dans les fabliaux et contes des anciens poètes français, dont on doit une fort belle édition aux soins laborieux de M. Me*on , employé" aux manuscrits dt la bibliothèque royale. Deux volumes supplémentaires qui vont très - incessamment paraître sous les mêmes auspices , sont également fort remarquables par le choix des pièces qu'ils doivent contenir.
(1) Histoire de la Cathédrale de Rouen , page* 33 et 3£
74 Notice sur l'itscetcdib
a couverture de la iief , ruina la voûte et l'orgue m sur lequel elle tomba. Celui de Saint-Michel « fût aussi renversé par la même tempête , et « celui de Saint-Laurent fût très-notablement « endommagé ; la tour de Saint-Ouen demeura '« ferme , la violence de l'orage en arracha des « pierres fort pesantes posées au haut des piliers « de chasse , où elles étaient scellées en plomb , « avec de gros crampons de fer, et fit encore m d'autres ruines tant sur les toits de l'église et « du dortoir , que dedans et dehors le monastère ; « elle cassa entièrement les vitres peintes d'une « très-belle rose placée au fond de la nef, et de m plusieurs autres fenêtres de l'église , du réfec- « toire et fies lieux réguliers.
« Mais arrêtons-nous à ce qui regarde la Cathé- « drale. L'impétuosité du vent, jointe à la gresle , « donna avec tant de force contre le portail , « que trois tourelles qui en faisaient le principal « ornement, furent abattues (i). Elles tombèrent
(l) Elles étaient au nombre rie quatre , dont ce* trois faisaient partie , U n'en existe plus qu'une. Je les ai rectitudes toutes dans la vue générale de l'église , page 85 de cet ouvrage ; cette licence étant le seul moyen de faire connaître l'ancienne magnificence du portail principal. J'ai également restitué dans cette gravure la riche dentelle de plomb doré et le Saint-Georges colossal de la même matière , dont le cardinal d'Amboise , a«. du nom , avait orné le latte du
db la Cathédrale de Rouen. ?5 h sur la couverture du bas de la nef, et crevètt r ent une arcade de la voûte , dont le débris m accabla entièrement le positif de l'orgue , et h causa plusieurs ruines. Cette tempête renversa « encore des balustrades à claire-voie qui couron- « nent les quatre hautes tours jointes aux deux « autres portaux des Libraires et de la Calende , « ell* détacha et roula quantité de tables de plomb « de dessus l'église, jettapar terre un arc-boutant « proche la tour de S. Romain , et cassa les vitres « peintes tant du portail que cPautrqs endroits. « Si l'orage eût été dans une plus haute région m de l'air, il est sans doute que la flèche ou
chœur ; ces dernier* objet* furent enlevés et fondas en 1794* On pourrais encore me faire un autre reproehe à l'égard de cette même vue , celui d'avoir donne a la façade occidentale beaucoup plu» de développement qu'elle n'en devrait avoir dès que l'extrémité" opposée de l'église se découvre tout entière et sans le moindre raccourci ; je répondrais 4 cela que n'ayant pas voulu retarder la publication de cette notice en multipliant le Nombre des gravures , ce qui d'ailleurs en eût augmenté le prix, j'ai cru devoir , en cherchant * rendre rigoureusement les détails H les masses du monument , ne rien sacrifier ni de* uns ni des autres , sauf à m'écarter un peu des règles rigoureuse* de la perspective. Dans une fort ancienne vue de trois à quatre pied* carrés , appartenant à la Ville , le dessinateur • pris 1* même licence qu'on lui pardonnerait peut-être travail était d'une exécution plue exacte et
;6 Notice srn l'iscewdie
« pyramide en eût beaucoup souffert , et en eût « peut-être été renversée, (i)
Un manuscrit delà bibliothèque royale rapporte ce mémorable et désastreux ouragan , mais de manière à faire croire qu'une partie de ce grand dégât fut occasionné par la foudre. L'importance de cet événement nous a paru mériter l'insertion textuelle de cette seconde relation , quoique différant peu de la précédente.
« En i683 , le 2 5 Juin, tomba une gresle « si furieuse sur la ville et les fauxbourgs de « Rouen , mesléc de vents et de tonnerres , que * les tourelles de pierre de la Cathédrale en furent « renversées , et en brisèrent la voûte et les « orgues ; les églises de Saint-André de la ville, « de Saint-Michel et de Saint-Laurent esprou- « verent le mesme chose par le bouleversement ce de leurs tours et clochers ; les vitres des églî- « ses et de la plupart des maisons furent endo- « magées , et de très-gros arbres transportés. d'un « lieu en un autre ; les grains de cette grêle « poisoient jusques à une demie livre » . Manuscrit , bib. roy. t n°. 494 , supplém.
(1) Solvant le pire Dupleati» , le» réparations de la Cathédrale montèrent à plu» de deux cent nJlle écu» ; le» tourelle» n'ayant pas été relevée» , cette évaluation nous paratt un peu exagérée.
de la Cathédrale de Rouen. 77
Le père Pommeraye imaginait avec beaucoup de raison que la pyramide avait couru de grands périls dans cet ouragan, si, comme l'ont prétendu quelques peuonnes fort instruites, le commencement de son inclinaison datait de cette calamiteuse époque. Pour mon propre compte , je suis bien éloigné de rejeter cette opinion , qui fut partagée par mon respectable père , mort en 1806 , à près de 77 ans, et par l'honorable M. Jacques Ribard, qui possédait une foule d'observations manuscrites fort curieuses, relatives à l'histoire monumentale de la ville de Rouen.
Il est donc certain que la pyramide pencbait depuis un fort grand nombre d'années ; il ne l'est pas moins encore que cet affaissement irrémédiable eût tôt ou tard déterminé sa chute , nous entendons au moins celle de l'aiguille , la seule partie de ce grand corps de charpente dans laquelle on remarquât facilement un vice d'aplomb.
Quoique la relation de Pommeraye fasse venir d'abord l'orage de l'ouest à l'est, on voit par ce qu'il en dit ensuite que la réaction terrible de plusieurs courants d'air opposés , occasionna les plus violents effets de cet épouvantable ouragan. H est alors possible que la pyramide enveloppée dans ces espèces de trombes , si je puis parler ainsi , se soit affaissée sur le plus faible de ses angles. Peut-
jB NOTICB SUR L'iTfCErfDIB
être aussi la seule tourelle qui subsiste encore au-dessus du grand portail , ne dut-elle alors sa conservation qu'à la tour de Saint-Romain , dont elle est voisine , mais qui ne la couvrit pas assez pour garantir de l'impétuosité des vents la statue qui surmontait sa pointe et dont sans doute cet orage occasionna la chute.
« En 1713, la charpente de la pyramide courut « les risques d'être embrasée , par l'imprudence « des plombiers chargés de réparer la toiture -, « mais par la promptitude des secours, et sur-tout « par ceux d'un serrurier nommé Souclionnet , « on parvint une seconde fois à la sauver du « funeste incendie dont elle était menacée (i)n.
Le 17 Août 1727» on éteignit avec le même bonheur le feu qui s'était manifesté dans la charpente des combles du chœur , et depuis cette époque on ne connaît aucun accident de ce genre , ni de restauration assez importante pour en rappeler ici le souvenir , si ce n'est qu'en 1 8o3 , les sieurs Dclahaye frères , plombiers , réparèrent quelques parties extérieures de la pyramide, et
(I) Cerf de la description historique de U Catlwtfrrfe de Rouen que nous avons extrait ce fait , . a l'appui duquel l'auteur de ec nueme ouvrage cite le Flambeau astronomique ou calendrier royal pour la connaissance du temps, année .
de là Cathédrale de Rotje*. 79
descendirent le lundi 1". Août le coq qui fut replacé le 26 du même mois , après avoir été promené avec le même cérémonial qu'en 164 a.
(V. page 72).
Mais l'opération dont nous venons de parler, était d'une bien mince inportance auprès de celle qui resuit à faire.
En effet, l'inclinaison (i) vers le sud-ouest, qui pendant un très-longue suite d'années n'avait été que fort peu sensible , l'était devenue tellement vers la fin du dernier siècle , que l'on ne crut pas devoir différer plus long-temps les travaux nécessaires à la consolidation de la flèche qui menaçait évidemment d'une chute prochaine.
(1) Un constructeur habile attribue cette inclinaison à des causes antérieures même à IVrcction totale de la flèche ; il prétend que la maçonnerie de la tour servant de soubassement à la charpente , avait éprouvé un retassement considérable du côté de l'ouest , et que le nivellement ayant été probablement mal récensé an moment de la pose , cet inconvénient a pu contribuer par la suite au déversement de la pyramide. D est certain an moins que la plus ancienne partie de la tour avait déjà considérablement souffert, lors du travail de Becquet ; M. Alavotne, ayant observé qu'elle était léiardée de manière à nécessiter la plus grande vigueur dans les contreforts dont on la cantonna dans le l6«. siècle.
L'incendie de i5i{, qui calcina son couronnement jusqu'à la voûte de la lanterne , occasionna peut-être ce redoutable accident.
80 Notice sur i/imcendib
C'est pourquoi trois architectes de Rouen , MM. Vauquelin , Bouet et Lebrument, furent appelés en 1 804 pour délibérer sur les moyens de procéder enfin à cet important travail. Un d'entr'eux , à plusieurs avis circonscrits dans des mesures beaucoup moins dispendieuses , ajouta la proposition de raser l'aiguille , afin de la reconstruire tout entière. C'était le seul moyen sans doute de remédier à l'inconvénient redoutable de son affaissement ; mais ce projet ne fut point adopté , vu les frais considérables qu'eût entraînés sou exécution.
On se borna donc à la consolidation de ce grand corps de charpente, el MM. Vauquelin et Bouet restèrent collectivement chargés de cette entreprise , dont l'heureuse issue ne fit pas moins d'honneur aux taleuts de ces architectes , qu'à ceux de MM. Hébert et Lescanne (1) , entrepreneurs de charpenterie , qui renouvelèrent presque totalement les bois de la flèche , dont la plomberie fut entièrement réparée. Ces travaux qui demandaient autant d'habileté que de pru-
(1) Je saisis avec plais' r celte occasion de remercier M. Lescanne, 4 la complaisance duquel je dois le dessin de la charpente de l'obélisque, et le plan de la colonnade, exécutés l'un et l'autre par ce constructeur expérimenté , d'après les épures qu'il fit pour •on usage , lors de la restauration dont il s'agit.
dence ,
Diqitfli
de la Cathédrale de Rouen. 81
dence , ne furent terminés qu'en 1808 (1) > et coûtèrent 3o,ooo francs au gouvernement.
Cependant , malgré l'importance de cette restauration , malgré les talents et les soins qu'on y avait apportés, on ne pouvait espérer qu'elle eût mis la pyramide entièrement à l'abri des accidents dont la menaçaient la pourriture et la disjonction des principales pièces d'où dépendaient sa consistance et sa durée, vice radical qui devait, outre le penchement toujours existant , devenir un jour , inopinément peut-être , fatal à ce majestueux clocher , à l'élévation duquel avaient également présidé le génie et l'audace.
M. Lescanne , auquel nous avons adressé plusieurs questions à cet égard , a bien voulu y répondre de la manière suivante :
« Les maîtresses pièces transversales qui soute tenaient la charpente , étaient , dit-il , en bois « de châtaignier , et portant , de dedans en dedans u du mur , trente-un pieds de longueur (a) ; « chacune d'elles était composée de deux mor- « ceaux qui , toisés ensemble , produisaient d'échan-
(1) Ce millésime et les noms des architectes et des entrepreneurs , se lisaient en lettres de n«uf à dix pouces de hauteur, .moulées sur le premier cordon de la plomberie.
(a) Ce qui leur donnait , en comprenant leurs portées dans le mur , d'environ deux pieds chacune , une longueur totale de trente-cinq pied*.
$a Notice sur l'ittcendib
« tillon trois pieds huit pouces d'épaisseur ; sur « ces premières et principales pièces ou en avait ce travé d'autres d'un pied carré d'échantillon , « servant à recevoir les pans de bois du beffroi , « et les refends de la cage de l'escalier.
ce Ces maîtresses pièces qui pouvaient être « élevées au-dessus de la voûte de la lanterne, ce d'environ trois pieds , étaient dans le plus « mauvais état; il existait dans les deui tiers « de leur longueur des ouvertures de deux à <c trois pouces de hauteur sur six à huit de proie fondeur, et dans l'intérieur ces espèces de créée vasses étaient gâtées de place en place , ce qui ce se voit fréquemment dans le châtaignier , ce ce bois ayant cela de particulier , qu'il est souvent a sain à l'extérieur et pourri en dedans.
« Indépendamment du pli qu'on avait dû obec server au moment du levage , ces pièces avaient ce encore plié de trois à quatre pouces au moins ( i ) ,
(i) On nomme pli , en terme de ebarpenteric , la eju'on donne, en les œuvrant, au» pièce* de Loi» qui doivent lire horizontalement posée* , et dont on place la partie convexe en dessus pour balancer la tension qu'ont ces sortes de pièces a s'affaisser sur leur propre centre , sur-tout lorsque les corps auxquels elles servent d'appui accélèrent ce mouvement par leur poids ; ainsi , l'affaissement total des mattresscs pièces de la pyramide , peut être estimé à sept à huit pouces an moins , j compris le» deux et demi ou trou pouce» de pli qu'avait pu
le
de la Cathédrale de Rouew. 83 « ce qui, parle fléchissement, avait fait descendre « les pqteaux et déchiré leur assemblage , telle- « ment qu'il y avait des croix de Saint- André , « dans la cage de l'escalier , dont les triions se « trouvaient éloignés de plus de trois à quatre « pouces du fond de leurs mortaises. Une de ces « pièces avait déjà été armée de plates-formes en « bois, boulonnées de distance en distance, et « l'on retirait facilement avec la main la poudre « de bois pourri des différentes parties dont « nous venous de parler , et des vices desquelles « il était impossible de connaître , au juste , la « profondeur».
D'après ce que nous venons de voir, il est clair que sous l'important rapport de la solidité, l'état occulte de cette immense charpente était loin de répondre à sa magnificence extérieure. Il est également probable que des réparations aussi fréquentes qu'onéreuses n'auraient pu garantir longtemps encore la pyramide d'une chute soudaine , occasionnée, soit par l'altération sans cesse croissante de ses parties fondamentales , soit par l'impétuosité d'une tempête.
Si nous considérons maintenant qu'il eût été presqu'impossible qu'un événement de cette nature arrivât autrement qu'à l'improviste , et sans être accompagné des circonstances les plus tra-
giques ; tout en nous affligeant sur l'incendie qui nous a privés de ce chef-d'œuvre , pourquoi n'apercevrions-nous pas dans ce malheur , la préservation d'une plus grande infortune ? 11 est donc vrai que la Providence n'envoie guères de maux qui ne soient atténués par quelques compensations.
Quoi qu'il en soit , les amis des arts gémiront long-temps encore sur la déplorable catastrophe que nous ne pouvons nous rappeler nous-mêmes sans la plus pénible émotion , en essayant enûn de la décrire.