‹ Notice sur l'incendie de la Cathédrale de RouenChapitre 8 sur 22 · INCENDIE DU 15 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

INCENDIE DU 15 SEPTEMBRE

Ruine de la pyramide de Robert Becquet.

Dans la soirée du samedi i4 Septembre, de. fréquents éclairs sillonnaient l'horizon dans un ciel fort nébuleux qui , malgré la fraîcheur de Pair,, menaçait d'un prochain orage ; pendant la nuit le tonnerre se fit même entendre dans l'éloignement; mais le matin suivant, a cinq heures, au milieu d'une détonation épouvantable et d'une lueur extraordinaire , la foudre vint frapper la pointe de La pyramide > ci , la circonscrivant en

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spirale avec son impétuosité ordinaire , parut s'abymer dans la partie inférieure des colonnades.

D'abord , ceux mêmes qui remarquèrent la chute et la disparition du terrible météore , ne conçurent aucun soupçon de danger ; mais vingt minutes s'étaient à peine écoulées , qu'un homme entrant à grand pas dans la Cathédrale , et s'approchant d'un des officiers subalternes de cette église , s'écria brusquement que le feu était dans le clocher.

Cette effrayante nouvelle n'était malheureusement que trop fondée. Cependant elle causa d'autant moins' d'émotion d'abord, qu'un individu s'avisa de dire que k raison de celui qui l'apportait s'égarait fréquemment ; mais quelques personnes s'étantpar leurs propres yeux assurées de la vérité, le trouble se répandit dans l'église , où dans cet instant on célébrait une messe basse, pendant que les chanoines chantaient les matines , et bientôt l'alarme devint générale.

L'incendie se manifestait alors vers la base de l'aiguille (i) , et son foyer apparent produisait à

(i) Ce mot qui désigne , particulièrement en Normandie , un clocher »reltc , délié , allongeant et se terminant en pointe aiguë , se retrouve plusieurs fois dans le cours de cette notice ; comme il a d'autres acceptions , notamment dans les construction* civile* et maritimej , nous faisons cette remarque en laveur

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peine à l'extérieur l'effet «l'une petite lanterne ; mais déjà le mal était probablement sans remède , la ebarpente se consumant dans tout l'intérieur avec la plus effrayante activité (i).

des étrangers , qui ne trouveraient pas dans plusieurs dictionnaire» français cette expression , prise dans le sens que nous lui donnons. Nous parlerons encore de la même partie sous les nom» de fiée he , d'obélisque , etc.

(i) Ou peut se former une ide'e de la rapidité surprenante des progrès do» flammes au dedans de la pyramide , par la foule innombrable des oiseaux de nuit et de» cboui-as ou corneilles de clocher . qui , peu de moments après le coup de foudre , s'échappèrent ni longues rolonnrs et en poussant de grands cris, par toutes les ouvertures des plombages et celles de la tour de pierre mAnic.

La multitude des oiseaux qui repairaient dans ce clocher f était si prodigieuse , que l'escalier de pierre qui conduisait à la flèche , était, dans sa partie la plu» obscure , encombré de' leurs ossements et de « eux de» animaux dont les buses , les émouchet* , etc. , avaient fait leur proie.

Il é:ait prcsqifimpossible de franchir ce charnier sans s'y engager jusqu'à la moitié «le la jambe , et sans se blesser les chevilles à qurlqu'osscment aigu.

La charpente était en plusieurs endroits tapissée d'aires et de nids , et les planchers et les enrayures regorgeaient de brindilles , de paille, de foin, de coton , de laine et d'autres matières accumulées par ces mêmes oiseaux.

La foudre ayant dù allumer simultanément sur plusieurs points ces menus combustibles entassés dans ces espèces de granges , s'étoonr-ra-t-on maintenant de la violence avec laquelle s'est manifesté l'incendie ; et cette expérience si chèrement acquise , ne suffit-elle pas pour motiver l'ordre de visiter de

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Un vent frais soufflait en ce moment du nordest, et paraissait acquérir à une certaine élévation un cours fort rapide ; celte remarque eût fait seule présumer la désastreuse issue de cet événement.

Cependant le tocsin avertissait de toutes parts les habitants de Rouen du danger de leur métropole, et bientôt M. le baron de Vanssay , préfet de la Seine-inférieure , M. le marquis de Martainville , maire , MM. Thieffray de Rougemont , Lambert , Thézard et Baudry , adjoints , M. le général baron de la Pointe , commandant le département , M. le vicomte de Champagny , colonel du 6 e . régiment de la garde royale , et M. le baron Christophe, colonel de la gendarmerie , accoururent sur le lieu de l'incendie, suivis des autres chefs civils et militaires , des gardes royale et nationale , des sapeurs et pompiers et d'une multitude immense de citoyens.

Mais les progrès de l'embrasement , l'élévation immense du foyer x l'impossibilité d'y faire promptement et sûrement accéder des secours , la pyra-

temps en temps le* charpentes et Ira combles des grands édifices , et d'en faire enlever les corps étrangers qui pourraient alimenter et propager les flammes ?

A combien d'accidents de la même nature n'est-on pas encore exposé par le pernicieux usage , malheureusement si commun ches les habitants des villes , de resserrer dans les greniers des fourrages, des bourrées et d'autres combustibles?

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mule vomissant déjà de toutes parts de longs jots de flamme parmi des tourbillons de fumée que l'oxide des plombs en fusion eolorait d'un vert livide ; la mort elle-même enGn , planant au-dessus de 1 édifiée et sur ses environs ; tout forçait les assistants à rester, malgré leur vive impatience, spectateurs oisifs de ce déplorable événement.

Et comment en effet eût-il été possible d'agir avant que le chcf-d'truvre gigantesque de Robert Becquct ne se fût écroulé sur la tour de pierre , qui pendant trois cents ans l'avait soutenu dans Ja nue ; chute terrible , dont l'attente glaçait d'effroi tous les cœurs , et que ne pouvaient prévenir ni l'intrépidité, ni l'industrie? Enfin , comme pour signaler la crise fatale , sept heures sonnent ! ! la ilèehe tout entière se renverse vers le sud-ouest , point de son inclinaison naturelle , et s'arrachant de sa base, vient s'abattre sur l'angle de la tour occidentale de la Calende , qui la rejette sur une maisrm voisine qu'elle perce de fond en comble avec un fracas épouvantable (i).

(i) La (lèche s'a bail it , comme mm-, venons dp le dire, dans sa longueur totale , qui était de cent huit pied» , à prendre seulement du pied de* deux arcade» , dont chaque face de la base était perce'e , jusqu'au »ommet du coq ( /'. la fi/unche m regard ) ; mais .lorsque cet énorme de'hris accabla cette maison, il avait perdu de iou volume, et consc'qucmmenl de son poids ;car ctanl

JC* S^mn ^yL< 'é, y î<Jr H » M H ! ■+-

t*ty*Ar*t air J-aJtttse *t */r /'£hkye styr*r-/*w t/rw Colonnade*

Digiti Gpog le

de là. Cathédrale de Roueii. 89

L'incendie présente alors le plus formidable spectacle, car à peine cette partie culminante de la pyramide est-elle tombée , que dégagées d'un obstacle qui réprimait aussi l'action de l'air , les flammes se déploient avec la plus grande fureur ; les galeries se déchirent, les colonnes armées de fer , les arcades tout entières se détachent de toutes parts , l'œil s'égare dans leurs traces enflammées ; les voûtes du temple , accablées sous cette grêle horrible , simulent par leurs mugissements redoublés le bruit d'une violente canonade. Entre huit et neuf heures enfin , il ne restait plus rien audessus de la tour de pierre qu'un immense bûcher

resté suspendu pendant deux ou trois secondes a l'angle sud-ouest de la plus haute colonnade, où le retenaient apparemment quelques branches de fer, dans cet état de renversement , le coq , la croix de fer , plusieurs des arêtiers , des empanons et des croix de Sai nt- André s'étaient détachés et répandus sur le croisillon du sud et la place de la Calende. Au reste ,1a maison sur laquelle l'aiguille fut rejeiée , est précisément en lace de la troisième fenêtre ou travée de la nef , en descendant vers l'ouest

11 est bon d'obsenter que le poinçon qui s'élevait depuis la base de l'obélisque jusqu'à sa poinle , se composait de trois pièces , ce qui faisait sur la longueur totale dcûx greffes qui se désunirent par le choc violent de l'aiguille sur l'angle de la tour. 11 en résulte que la masse qui tomba sur l'habitation dont nous venons de parler , n'avait que 3o à 35 pieds , longueur de la pièce supérieure du poinçon , sur laquelle étaient poses la croix de fer et le coq.

jo Notice sur l'incendie

au milieu duquel bouillonnaient des torrents de mêlai que les gargouilles vomissaient en ardentes cascades.

Quelque grands qu'aient été ces premiers ravages , nous nous estimerions heureux cependant s'il ne nous en restait de nouveaux à décrire. Mais les débris enflammés de la pyramide , qui s'étaient dans leur chute arrêtés sur les galeries et sur les combles de la croisée , propageaient depuis long-temps l'incendie vers les autres points de ce grand monument , et les flammes dévoraient avec une telle activité les charpentes des combles (i), que vers neuf heures, le toit tout entier du chœur et ceux de la croisée s'écroulèrent avec le tiers de celui de la nef. Cette grande partie de l'édifice entièrement découverte , ainsi que ses ailes , sur la longueur de trois travées et demie , l'eût infailliblement été d'une extrémité à l'autre en moins d'une heure peut-être, si l'on n'eût en travaillant avec une ardeur incroyable préservé ce

(i) Les charpentes des combles des grands monuments religieux de style gothique , dans lesquelles souvent le tiers ou le quart des chevrons porte ferme , présentent un nombre sî prodigieux de pièces, que l'ensemble qu'elles composent est ordinairement désigné sous le nom de la forr't. Il est aisé d'imaginer avec quelle rapidité le feu parcourt et consume ces immenses reunions de bois que leur vétusté rend fort inflammables.

de la Cathédrale de Rouen. 91

qui reste encore de son toit, de l'irruption des flammes (1).

Le pinceau le plus exercé ne rendrait que faiblement les effets terribles dont la principale crise de ce nouvel embrasement fut accompagnée. Dès que le toit du rond-point se fut écroulé sur son centre , une gerbe de flammes dont la base occupait tout le diamètre des voûtes, jaillit dans les airs à une bauteur prodigieuse , à travers une immense colonne de fumée qui s'élevait vers le zénitb en roulant des milliers de spirales des couleurs les plus variées (2). On y voyait tantôt confondus , tantôt

(1) On avait pris la sage précaution de placer plusieurs personnes sur les deux hautes tours de la façade occidentale , pour observer de ces lieux dominants ceux dans Inquels le feu pourrait se manifester; cette mesure prévînt sans doute un grand surcroit de calamité , puisqu'on éteignit dans la tour de Saint- Romain beaucoup de charbons ardents que le vent portait jusque dans les charpentes du comble. On assure même qu'il en tomba sur plusieurs maisons des rues ni Ours et de la Vicomté.

Au bas de la rue Grand-Pont , des greniers d'une maison fort élevée , attenant a la cour Saint-Martin , quelques particuliers considérant l'incendie de la pyramide , entendaient trèsdistinctement , malgré les cris de la multitude , le mugissement des flammes , et ressentaient l'impression d'une chaleur fort vive que le vent leur apportait par fréquentes bouffées, avec l'odeur des métaux en fusion.

(a) Il est a remarquer qu'en ces premiers moments l'air étant vivement repoussé par la dilatation des flammes et de la chaleur , les torrents de vapeurs qui s'exhalaient de ce fou-

9 » NOTICB SUR l/mCENDIB

successivement dominants , le vert , l'amaranthe , le jaune le plus brillant et le noir le plus sombre. Cet affreux et magnifique spectacle se détachait , ainsi que le foyer supérieur de la pyramide, sur un ciel d'un ton d'ardoise dont l'obscurité ajoutait à l'éclat pétillant des feux de l'inrendie. Si cette terrible explosion eût eu lieu dans les ténèbres de la nuit , quel surcroit de belles horreurs !

EnGn , grâce au zèle des autorités, à l'activité des habitants et de la force armée, i l'intrépidité des pompiers et des sapeurs , on parvint à réprimer les progrès de l'incendie et l'on conçut l'espoir d'arracher à sa fureur le corps mutilé d'un des plus beaux temples de l'Europe. Parmi le trèsgrand nombre de ceux qui concoururent à son •alut, M. le préfet, que cet événement avait vivement affecté , fut souvent remarqué s'employant manuellement avec ardeur au service des pompes , conduite qui dans un premier magistrat stimule , en de semblables circonstances, bien plus puissamment les citoyens, que d'éloquents discours que la confusion, et le bruit ne permettent guères d'entendre.

De son côté , M. le maire ne montra pas moins

gueux volcan montaient à pic et rapidement vers la nne , tandis qu'an contraire la colonne de fum^e qui s'élevait audessus de la pyramide t d»nt le foyer avait moins d'énergie t s'inclinait mollement ver» le sud-ouest.

db la Cathédrale db Rouen. 93

de zèle et d'activité dans le cours de cette fatale catastrophe, qui nécessita une complication de manœuvres dont nous ne pouvons donner une plus juste idée qu'en mettant sous les yeux de nos lecteurs l'état suivant, tel qu'a bien voulu nous le faire parvenir M. Delafosse , ancien architecte de la ville , à l'obligeance duquel nous en sommes redevables.

Service des pompes pendant l'incendie de la Cathédrale de Rouen.

« Toutes les pompes et ustensiles en dépôt « dans les divers quartiers et faubourgs de la « ville , celles des établissements publics et par- «c ticuliers furent réunies sur le parvis de la « Cathédrale , d'où elles furent distribuées comme « il suit :

Rue des Bonnetiers., la pompe du plus

gros calibre , n J . 5, dite de miséricorde, place de la Calcndc. a pompes \ rue du Change ... 2 idem I de gros cour des Prêtres . . 1 idem l calibre.

/ cour d'Albanc. . . . a idem }

« CÔTÉ DU WORD. ! cour de» Libraires. . a idem de la mairie

• 1 ■ ' de Darnélal.

« Lbvant , cour de l'Archevêché, 2 corps de gros calibre.

« Couchant , parvis de la Cathédrale , les

ce Côté du sud. .

« magasins ambulants , cbarrois et ustensiles « appartenant au service général.

« Plusieurs de ces pompes furent ebangées de « position , suivant les circonstances.

« Dans les rues adjacentes à la Catbédralc , « toutes les petites pompes à main , ainsi que « celles appartenant à des particuliers ou aux « établissements publics, étaient distribuées pour « le service partiel des incendies qui auraient « pu se manifester dans les maisons , notamment « dans celles du midi qui étaient menacées par « le feu.

« Trois corps de pompes étaient alimentés par « des ebatnes de seaux qui puisaient l'eau à la « rivière de Robec qui passe rue Caqucrel et rue « des Barbiers.

a Les autres étaient alimentés par les ruisseaux « des rues adjacentes à des quartiers voisins.

« Les boyaux des pompes étaient bors l'édifice « et attacbés aux murs extérieurs , attendu que « la situation des points d'incendie rendait le a service de l'intérieur de l'église plus dange- « reux , quoique beaucoup plus facile.

« Toutes les tentatives faites pour attaquer le « foyer des racinaux de la flèche furent vaines , « attendu que la bauteur était non seulement trop « considérable , mais encore trop dangereuse.

de la Cathédrale de Rouen. 9 5

« À quatre heures après midi , le service cessa « le matériel , et se replia vers le dépôt central « d'où les pompes furent renvoyées à leurs dépôts « respectifs , après avoir été visitées et remises « en bon état pour un nouveau service.

« Quatre pompes de gros calibre furent laissées « en station , savoir :

« Deux dans la cour d'Albane , deux dans la « cour de l'Archevêché , avec partie des boyaux , « seaux et échelles accessoires , et cent cinquante « terrines de suif furent commandées pour éclairer « les passages et les accès de l'édifice, afin de u faciliter , en cas d'événement , le service de la « nuit du dimanche au lundi. »

On croyait cependant s'être entièrement rendu maître du feu , mais à l'arrivée des ténèbres , qu'augmentait encore un ciel extrêmement épais et pluvieux , les différents foyers de l'incendie , principalement celui de la tour, répandirent une réverbération si vive , que malgré les postes nombreux et les secours disposés comme on" vient de le voir , %n n'osa plus se flatter de préserver la Cathédrale des nouveaux dangers dont on la croyait menacée, sur-tout lorsque vers les dix heures du soir , on vit les flammes s'élancer encore au-dessus du couronnement de la tour de pierre qui servait de base à la pyramide.

9 6 Notice sur l'ikceitoie

Cette nouvelle éruption faisait d'autant plus redouter la dissolution totale et l'écroulement des voûtes de la tour , qu'il était impossible de diriger aucun moyen d'extinction sur ce menaçant cratère , les escaliers étant , par les matériaux embrases qui les encombraient, devenus eux-mêmes autant de fournaises ardentes. Cependant la nuit se passa sans événement : pendant sa durée quelques charbons et le plomb fondu pénétrèrent seulement dans l'intérieur de l'édifice , et le matin suivant, à sept heures , le foyer n'ayant que six à sept pieds d'élévation dans le couronnement de la lanterne , on se rassura sur les craintes de la veille , mais on ne cessa de surveiller les différents brasiers , à l'extinction totale desquels on continua de travailler pendant quelques jours. Enfin , suivant le rapport ci-dessus relaté de M. Delafosse , les pompes ne rentrèrent au dépôt central que le jeudi suivant.

Dans des incendies beaucoup moins formidables , on a souvent à déplorer la perte de plusieurs citoyens. Celui de la Cathédrale n'a pas coûté la vie d'un seul individu. Cette assertion consolante étonnera beaucoup de nos lecteurs , qui regardent encore sans doute comme certaine la mort du particulier pour lequel cet événement a été le plus fatal ; c'est avec un véritable plaisir que nous allons les tirer de cette erreur.

Une

de la Cathédrale de Rouen. 97

Une contre-fiche enflammée , tombée vers la base de la pyramide, dans les galeries du haut toit, ralentissait, en obstruant le passage , l'activité des travailleurs ; un Rouennais , âgé de vingt ans, nommé André-Benoît Pollet , soulève cette pièce de bois , emploie toute sa force pour la précipiter du haut du comble ; dans ce mouvement il abandonne tout le poids de son corps sur la balustrade délicate et déjà fracassée , la pierre se disperse par éclats ; le malheureux , cntratné par le fardeau qu'il embrasse encore , reste dans sa chute , une ou deux secondes , suspendu par une jambe ; puis retombant de là dans les terrasses des basses-nefs , on l'enlève dans un état plus effrayant que la mort , et versant des flots de sang par le nez , la bouche , les oreilles et ses blessures. Transporté de suite à l'hospice de la Madeleine , il ne revint complètement à lui qu'au bout de quatorze jours , et néanmoins sortit convalescent le 7 Octobre suivant (1).

(1) Si quelque chose pouvait ajouter aux éloges dus a l'excellence des secours qui sont administrés dans cet admirable établissement (la Madeleine), un des plus beaux de l'Europe, ainsi qu'à la réputation des habiles gens auxquels on en a confié les honorables et principaux emplois; c'est sans doute la guéri- »on inespérée , après une aussi terrible commotion , de ce jeune homme né d'une constitution excessivement frêle et délicate. On évalue à celle de quatre grands étages d'un bâtiment ordinaire

tj8 NOTICB SUR ï/lNCENDÏE

Plusieurs autres personnes , bourgeois et militaires , furent aussi plus ou moins grièvement blessées, sans qu'il en soit résulté de suites funestes.

Par un aussi grand bonheur , l'admirable chapelle de la Vierge, quoique dominée par le chœur , ne souffrit ni de l'embrasement , ni de l'explosion du comble de cette partie. Mais pendant le péril imminent dont cette chapelle fut menacée , quels vœux ne formèrent pas les amis des arts pour sa conservation à laquelle était d'ailleurs attachée celle des magnifiques tombeaux des cardinaux d'Amboise et du sénéchal Louis de Brézc , chefc-d'œuvres qui rivalisent d'excellence par la beauté des ûgureset la richesse des ornements , avec les productions les plus parfaites des Jean Goujon , des Jean Cousin, et des autres grands maîtres du temps de la renaissance des arts !

Le contre-retable de cette chapelle est décoré d'un tableau représentant une Adoration des bergers , par Philippe de Champagne. La destruction

la hauteur de »a chute , dont )a violence fut telle , que le choc de ses os repoussa , dît-on, plusieurs parties du plomb sur lequel îl tomba. 11 est douteux , au reste , que cet infortuné puisse recouvrer désormais une santé parfaite ; de violentes douleurs dans la tête, la poitrine et les bras , le font continuel Icmcat ouftrir ; et le travail est sa seule ressource ! . . . Il respire ; mai» combien de fois , peut-être , dira-t-U , en gémissant : « Eh '■ qu'importe la vie à <jui peni U iwtheur F »

de la Cathédrale de Rouen. gg

Ac celle peinture , dans laquelle ce grand coloriste sVst surpassé lui-même , eût elle seule eicité les j>lus vils regrets ; mais on s'était empressé , dès le commencement de l'incendie , de mettre en sûreté ce morceau capital, avec les vases sacrés et les objets précieux appartenant à cette église : précaution d'autant plus sage qu'il était impossible de prévoir jusqu'où s'étendraient les ravages du feu sur la Cathédrale et ses environs mômes.

Cependant , quoique le palais archiépiscopal soit presque conliguà la partie orientale de la basilique , M. l'Archevêque , conservant , au milieu de la terreur publique et de la désolation générale , le calme de la vertu et la résignation de la plus profonde piété , ne voulut point abandonner sa demeure, dans laquelle il fit célébrer l'office divin ; heureuse confiance dans la bonté du Ciel , vers lequel d'ailleurs le vénérable prélat eût pu s'écrier avec le Roi Prophète , igne me examinasti et non est inventa in me iniquitas. (Ps. XVI , V. 4« )

Immédiatement après l'incendie , M. l'Archevêque s'empressa d'aller solliciter personnellement la munificence royale , et trouva dans la bonté de Sa Majesté et les favorables dispositions de ses ministres , l'assurance de voir incessamment ce désastre réparé ; mais pour coopérer aux sacrifices auxquels l'état voudrait bien souscrire ,

'ioo Notice sur i/nrCEroiE

S. G. publia un mandement pour inviter tous ses diocésains à concourir , selon leurs moyens , aux frais que devait nécessiter cette honorable entreprise , et le prélat, en véritable successeur des d'Estouteville , des d'Amboise et des La Roche-* fouchauld , montra un honorable exemple par un don digne de la bonté de son cœur et du rang éminent qu'il occupait.

De son côté , M. le baron de Vanssay , en»

instruisant le gouvernement de l'embrasement de la Cathédrale , avait employé auprès de lui des mesures tellement efficaces pour en obtenir de sûrs et prompts secours , que dès le a 6 Septembre , M. Alavoine , architecte du mérite le plus distingué , reçut à Séez , où il était alors , l'ordre de Son Excellence le Ministre de l'intérieur, de se rendre sans délai à Rouen , pour conférer avec M. le préfet , sur les moyens qu'il importait de prendre pour remédier aux dégâts de l'incendie (1).

(i) Déjà M. le préfet avait donné des preuves réitérée» de son tcle pour la conservation des monuments des arts , notamment en réorganisant la commission pour la recherche des antiquités) départementales, créée par M. le comte de Kcrgariou t un de se* plus dignes prédécesseur*.

Cette commission a repris avec ardeur ses travaux , longtemps suspendus ; et l'on n'apprendra pas sans intérêt que l'administration s*est empressée de répondre à ses vues , en acquéran

de la. Cathédrale de Rouen. 101

Cet artiste se rendit à Rouen le 3o Septembre T époque avant laquelle on avait déjà commencé à rétablir les toits des bas-côtés et des chapelles , trèsfort endommagés par l'incendie et les manœuvres que Ton avait employées pour l'éteindre ; on avait mis toute l'activité possible à ces premiers travaux , d'autant plus essentiels qu'ils tendaient à la conservation de quelques parties fort importâmes de la Cathédrale.

M. Jouannin , architecte des bâtiments civils , avait aussi fait établir de la manière la plus convenable , un blindage au-dessus du beau jubé de marbre qui se trouve situé au-dessous de la lanterne, dont alors on supposait la voûte dans un état de caricination qui faisait redouter son écroulement total ou partiel. Quel que soit le peu d'accord qui règne entre le style de ce jubé construit vers la fin du siècle dernier , et celui du monument dont il offusque la majestueuse per-

le terrain ou gissent encore peu connus les restes du théâtre romain de Lillebonne-cn-Cau* , l'ancienne Juliobona de Ptoléroéc , et la belle salle capilulairc de l'abbaye de Saint-Gcorges-de- Boschervillc. ( Voyez les remarques sur F église de ce monastère , p. a3. ) Le gouvernement lui-même n'a pas dédaigne' de contribuer à sauver d'une ruine infaillible ce dernier monument précieux par l'époque de son érection, la richesse de son style et la singularité remarquable des nombreuses sculptures dont il est décoré.

tôt Notice sur l'incendie

spectivc , oji ne peut qu'applaudir à la «âge précaution qui garantissait la durée d'une décoration parasite, il est vrai , mais enrichie de basreliefo et de statues , chef-d'œuvres de Clodion et de Lecomte.

M. le préfet, ayant bien voulu nous autoriser à tirer du mémoire que lui a adressé M. Alavoine, tous les documents qui peuvent ajouter à l'intérêt de cette Notice, après lui en avoir exprimé notre reconnaissance , nous profiterons de cette faveur dans l'usage que nous allons faire du travail officiel de notre estimable confrère, en le citant textuellement lui-même :

« Arrivé à Rouen , le 18 Septembre, j'ai com- « niencé mes opérations , dit-il , par l'examen de la « masse de la Cathédrale, vue de plusieurs points à «« l'extérieur de la ville , afin de comparer l'état « actuel de l'édifice mutilé avec les souvenirs que ♦r j'en avais conservés.

« Avant le dernier incendie , la grande flèche » dominait les deux tours du portail principal , " elle en faisait , pour ainsi dire , disparaître « l'inégalité ; elle groupait autour d'elle les six c< tours ou clochers de la Cathédrale , ce qui proie duisait une masse imposante par son étendue « comme par sa hauteur , qui dominait tous les «< autres édifices de la ville , eu formant avec eux

de la Cathédrale de Rouen. io3

« des lignes de paysages aussi gracieuses que lar- « gement prononcées.

« La perte de la flèche a changé tous les aspects « de la ville, la tour qui la portait est réduite « à une hauteur moyenne entre celle des deux « grands clochers, il en résulte un effet triste « et monotone.

cr »

Passant ensuite à son premier examen de Tintérieur de la Cathédrale « en entrant dans la nef , « poursuit M. Alavoinc , nous ayons remarqué « que toutes les clefs étaient un peu baissées et « les arcs-doubleaux ( ou nervures ) qui s'y réunis- « saient légèrement et symétriquement , fracturés « de chaque côté; ce mouvement qui est anté- « rieur à la reconstruction des arcs - boutants ce rétablis depuis long-temps , ne doit donner » aucune inquiétude.

<t A droite au midi nous avons observé que la « travée du milieu de la voûte du bras de la croix , « avait été presqu'entièrement défoncée et dislo- « quée par la chute des débris de la pyramide ; « que les arcs-doubleaux des arêtiers éuient tom- « bés, et que le reste menaçait d'une chute prou chaine ; aux voûtes adjacentes on remarque un « assez grand nombre de dégradations , dont on

io4 Notice sur l'incesdie

« ne pourra connaître exactement letendue qu'eu « les réparant »>.

Tci le rapporteur mentionne les dégâts des bas-côtés et des chapelles , et les premières réparations dont nous avons parlé plus haut.

« Parvenus à la hauteur des combles princi- « paux , nous avons reconnu que trois travées de « la nef étaient découvertes, ainsi, que les deux « croisillons et le chœur , par l'embrasement de « la charpente: et la destruction de la couverture , « ce qui expose les voûtes de ces parties de « l'église à toutes les intempéries de l'hiver.

« A la rencontre des quatre parties du comble , r on a placé la tour du dôme ; elle est érigée « sur un plan carré et divisée en trois étages, dont « les deux premiers appartiennent aux construc- « lions faites pendant le i5*. siècle ; mais le « troisième étage ainsi que les huit contre-forts « ajoutés aux angles de la tour , doivent être « attribués à un architecte du iC. siècle. Ce der- <f nier étage qui couronne la voûte du dôme , a « servi T pour ainsi dire , de fourneau pendant « plusieurs jours, à la combustion des bois de la « grande flèche qui étaient tombés entre les quatre « murs, et à tenir en fusion sur la voûte une « quantité considérable de plomb.

« La partie supérieure de cette construction est

Digitiz

de la Cathédrale de Rouen. io5

, « terminée à l'intérieur par des arcs et des pence dentifs destinés à recevoir une flèche à base « octogone.

<€ Nous avons remarqué que les murs , les arcs rc et les pendentifs de ce dernier étage étaient , «c dans quelques endroits, calcinés par le feu (i), ce ainsi que la partie inférieure des huit contrefi forts ajoutés à la tour. Quant à la voûte du rc dôme , il nous a été impossible d'en connaître <' parfaitement l'état , car nous ne pouvions la c« sonder sans danger de la faire tomber dans ce l'église , le mortier étant peut-être entièrement ce décomposé et les pierres calcinées. On devait ce craindre aussi la désunion et la dislocation des <c parties qui ont reçu le choc des fers et des bois ce qui tombaient de la flèche embrasée sur cette ce voûte. Nons avons cru devoir ajourner nos ce observations jusqu'à ce que les échafauds indis- «e pensables aient été établis».

M. Alavoine allègue ici les raisons les plus démonstratives contre l'adoption des abris pro-

(i) M. Alavoine; ayant, postérieurement À la rédaction de son rapport , fait sonder avec le plus grand soin ces diverses parties > et sVtant convaincu que leur ait. ration était loin d'être anssi considérable qu'on l'avait cru d'abord , il en résulte qu'on peut actuellement se tranquilliser sur la plus grande partie des craintes qu'avait fait naître l'état appan nt des choses.

io6 Notice sur l'incendie

visoircs , il en démontre l'insuffisance , les frais considérables et inutiles , et sollicite en conséquence le complet et très-prompt rétablissement des toits incendiés.

« La forme de cette couverture définitive est « déterminée , dit-il ensuite , par la partie du «< comble de la nef qui a été préservée de l'in- «< cendie. Ce qui reste de l'ancienne charpente ec pourrait aussi servir de modèle pour la nou- « velle ; mais je ne pense pas que dans cette cir- « constance on doive s'y conformer , car on aurait «< probablement beaucoup de peine à réunir une » assez grande quantité de bois très-droits et d'une « longueur convenable pour faire tous les chevrons « portant ferme, ainsi que les autres pièces qui « s'assemblent avec eux. Ensuite il faudrait beau- « coup plus de temps pour la façon et le levage et de la charpente , disposée selon l'ancienne maie nière, qu'il n'en faudra 6i l'on adopte la méthode « actuellement en usage.

« Je vous ferai remarquer , M. le préfet , que « ce changement n'apportera aucune altération « à la forme primitive de l'édifice ; que par cette « raison , il peut être toléré , d'autant plus qu'il « en résultera plus de célérité dans l'exécution , « ce qui est très-urgent , et plus d'économie « dans la dépense. Je conclus donc à ce qu'il soit

de la Cathédrale de Rouen. 107

par travée de voûte , Tune « posée sur les piliers , l'autre sur la clef des « ogives des grands vitraux , que le tout soit réuni « par deux cours de plate-forme et uu cours de « faîtage avec liens sur les. poinçons , et que des « pannes posées sur chantignoles complètent le « système du comble , de manière à recevoir les « cbevrona destinés à figurer exactement la forme ce extérieure du toit , conformément à k partie « ancienne préservée de l'incendie.

« Je vous demanderai avec instance d'ordonner <c préalablement l'exécution de cette charpente ; « c'est parmi les ouvrages dont il est urgent de « s'occuper , celui qui exigera le plus de temps , « et dont il résultera dans cette saison le plus m grand nombre de difficultés ; un, retard de « huit jours peut en ajourner la pose à Vannée « prochaine.

« Les trois quarts de la nef sont encore cou- « verts en plomb , le chœur l'était aussi avant et l'incendie ; mais aux deux bras de la croisée on « avait employé l'ardoise.

« La couverture en plomb est solide et d'une h assez grande durée , mais elle a quelquefois besoin « de réparations où il faut employer le feu ; alors

io8 Notice sur l'incendie

« la négligence des ouvriers plombiers peut occa- « sionner des incendies considérables.

« La couverture en ardoises est d'une moins « grande durée que la première ; il arrive souven t « qu'à peine achevée , la plus grande partie des « ardoises qui la composent est enlevée par un « ouragan ; à ces inconvénients elle réunit ceux « de la couverture en plomb , puisqu'il iaut émet ployer ce métal aux faîtages , noues , etc. , et « que les ouvriers plombiers y font aussi des répart rations qui exigent l'emploi du feu.

« La couverture en cuivre est celle qui pré- « sente le plus d'avantage ; par sa nature , elle est « susceptible de s'adapter plus solidement au toit « que celle en plomb , ce qui rend le déplace- « ment de ses tables très-rare. La dilatation et » la condensation ne produisent pas sur le cuivre « mince la même altération dans la forme, que « sur le plomb employé en couverture , où par « suite de ces effets on voit de petites ruptures « qu'il faut boucher avec de la soudure.

« Considérant que les trois quarts de la nef sont « couverts en plomb , dont une grande partie a « été récemment renouvelée , en sorte que cette « couverture est en bon état et promet une Iona gue durée , je vous propose , M. le préfet , de « faire continuer de la même manière la couver-

de la Cathédrale de Rouen. 103

« tùre de la nef jusqu'à la tour du dôme , ce qui « fait trois travées de voûtes à couvrir ; de cette * manière le comble de la nef sera uniforme , et « les traces de l'incendie seront entièrement effa- « cées de ce côté.

« La couverture en cuivre est celle que je crois « la plus solide, et comme elle a beaucoup moins « besoin que toutes les autres , de réparations fré- « quentes , il me semble que l'on pourrait s'en « servir pour couvrir le chœur et les deux bras " de la croisée r à moins que le peu de fonds « disponibles ne le permit pas ; dans ce cas , ou « serait ohligé dYinplo>cr provisoirement , et en « attendant qu'on puisse mieux faire, la couverte turc en ardoises.

« Dans la supposition même où l'on apporte- « rait toute la diligence possible à l'exécution de « la charpente des combles et à celle de la cou- « verturc , les voûtes , d'ici à l'achèvement de ec ces travaux , seront exposées à recevoir encore « une très-grande quantité d'eau ; cette eau en « s'épenchant sur l'extrados , s'amassera sur les ie naissances , y séjournera , en imbibera les pierres <t qu'une forte gelée alors pourra fendre et ruiner. « Pour prévenir cet accident qui saperait le « point d'appui des voûtes et serait très-dillicile « à réparer , j'aurai l'honneur de vous proposer,

ii© Notice sur l'incendîtî

« M. le baron , «le faire garnir de glaise ou* ■ d'argile les parties enfoncées des extrados dis « "voûtes , et de faire pratiquer entre deux des « arcs-douhleaux , une issue à travers la voûte « pour l'écoulement de l'eau que l'on pourra « conduire à l'extérieur au moyen d'un tuyau « de ferblanc. Cette opération est très-urgente ; a on profitera de ses résultats dans le cas où a la couverture serait achevée cette année , et « dans le cas contraire , ils ne peuvent qu'être « plus avantageux encore à la conservation de « l'édifice.

«c II ne me reste plus qu'à proposer la cou verre ture de la voûte du dôme. J'ai pensé que dans « cette circonstance un toit serait un ouvrage « provisoire , qui pourrait gêner pour les « travaux qu'il faudra faire un jour à la partie « supérieure de la tour,et que les ouvriers feraient m des dégradations qui mettraient sans cesse à « découvert la voûte du dôme; je propose donc « de faire dans cet endroit une terrasse formée « par un plancher bombé en dessus , recouvert de u bitume , et posé de manière à laisser entre lui « et la voûte un espace d'un mètre et demi à ■ deux, mètres environ de hauteur , eu sorte «t que l'on pourra travailler également eu dessus « et en dessous du ce pluueher s il y a lieu; enfin

de la Cathédrale de Rouen. m

« on trouvera sur la terrasse , un espace assez « grand pour y déposer des matériaux et des « équipages.

« Le plancher portant terrasse, après avoir « servi à garantir cette voûte des eaux pluviales, « continuera , après l'achèvement des travaux, à la « préserver de la chute des corps qui pourraient « tomber dessus » .

Passant ensuite aux reconstructions et aux travaux de consolidation à exécuter pour réparer le dommage causé par l'incendie, après avoir donné quelques détails sur l'état actuel des voûtes , et proposé les moyens d'effectuer la restauration intérieure du dôme : « A l 'ex tête rieur , continue M. Alavoine , on doit poser « par incrustement un assez grand nombre de ce pierres en remplacement de celles qui sont « calcinées, à la base des huit contre-forts du « dôme ; il faudra aussi remplacer un assez grand « nombre de balustrades taillées à jour et figurant « des ornements gothiques , des pyramides qui « terminaient les contre-forts, et beaucoup d'aue< très sculptures , etc. Mais la principale décote ration à rétablir , c'est cette grande flèche qui « terminait d'une manière si majestueuse la tour « du dôme ».

Ici le rapporteur esquisse rapidement le tableau

lia NOTICii SIR i/lISCEPiDIF.

descriptif tics diverses pyramides qui dominèrent successivement la basilique métropolitaine ; il rappelle les époques de leur élévation , et celles «les événements qui en occasionnèrent la ruine ; puis s'altachant à démontrer que le style de la dernière flèche s'écartait du système d'unité duquel dépend essentiellement , il faut en convenir , la perfection des édifices, il continue ainsi: «Je a vous prie , M. le préfet , d'excuser cette digres- « sion que j'ai crue nécessaire pour motiver mon « avis de reconstruire , autant qu'il sera possible ,

« la flèche de la Cathédrale de la même manière « que l'eût conçue l'architecte de l'édifice qui n existe aujourd'hui.

te En donnant à cette flèche la forme la plus ce convenable pour compléter l'ensemble du « monument , et ne pas détruire l'unité de « Style , je ne pense pas qu'on doive s'astrein- «< dre à n'employer que les moyens de construcn tion en usage dans le i3*. siècle ; il me semble, « au contraire , que l'on doit profiter dans cette « circonstance de toutes les ressources que le « perfectionnement de nos arts industriels nous « fournissent , pour exécuter avec économie la « flèche à construire , et lui assurer la plus grande «< durée possible.

« La flèche de la Cathédrale de Rouen , con-

« struite

de tA Cathédrale de Rouen. nS

«t struite d'abord en pierre , fut renversée par la « foudre; rétablie en bois à deux époques différente tes, elle devint deux fois la proie des flammes : « ainsi , reconstruire cette flèche en bois, ce serait « faire les préparatifs d'un nouvel incendie ; et k dans la supposition où l'on parviendrait à la « garantir du feu, on ne pourrait arrêter la cr corruption et la décomposition du bois qui « s'échauffe et perd toute sa force sous le plomb ( 1 ) ;

(1) On regardait , cependant, autrefois, comme peu ou point sujet à ces inconvénients , le chène femelle ( qurreus ftvmina ), connu sous le nom de chenc blanc par nos pères , qui en firent un grand emploi dans la construction de leurs temples et dans celle de leurs édifices civils et domestiques. Cet arbre , autrement appelé cligne a gro* glands , n'en porte guères , suivant la description qu'en donne M. de BuiTon , qu'un à un , ou deux a deux sur la branche ; son écorec est blanche et lisse , sa feuille grande cl large, son bois blanc , liant , très-ferme ,et néanmoins très-aisé a fendre; tels sont les caractères qui le distinguent du chêne à petits glands, qui , suivant le même naturaliste, porte ses bouquets ou trachels , comme le noisetier , de trois , quatre ou cinq ensemble ; l'écorce en est plus brune et toujours gercée , le bois aussi plus coloré , la feuille plus petite et l'accroissement plus lent. Dans les terrains peu profonds et les terres maigres, on ne trouve que des'chènes a petits glands : ceux a gros glands n'occupent au contraire que de bons terrains.

m Le bois de ces derniers , dit M. Lccarous de Métiércs, dans « son traité sur la force des bois de charpente, ressemble si fort » à celui du châtaignier, par la texture et par la couleur , qu'on

a pris long-temps et jusqu'à ce moment (*) l'un pour l'autre.

(•) L'stueuf d«t«it iuitt ven 17»!

j 1 4 Notice sur l'incendie

« d'ailleurs il y aurait peu d'avantagés à donner « ici la préférence au bois sur la pierre , rclati-

« C'est sur cette ressemblance , qui n'avait pas été indiquée avant « M. de BufTnn, qu'est fondée l'opinion que la charpente de nos « anciennes églises est de bois de châtaignier, mais qu'on ne s'j « trompe point ; ces bois sont de chêne blanc k gros glands , il « était autrefois plus commun qu'il ne l'est aujourd'hui (*). La « raison en est simple : avant que la France fut aussi peuplée « qu'elle l'est à présent , il existait une bien plus grande quan- « tité de bons terrains en bois, et conséqoeroroent une bien plus « grande quantité de ces chênes qui sont préférables en tous

(♦) Pendant r*xce»atve «écherettede l'été de Ifto} , le niveau de la Seme descendu u-diuM* de celui de I7lq, l'année la plot remarquable dot ' e un tdernier tieclc, par t'abaitieineni extraordinaire de relie rivière. Une quantité prodigieuie de tronc» d'arbrei , à demi enievelit dan» la vaae, ei pis» ou nom* vorticalement renverra , réitèrent alori i découvert , on do moina à fleur d'eaa , le long de la rivo droite an-dettnt , mai* en bien plut grand nombre au-dettout do pont do Pont-de-l'Arcbe. Jadi» leori rameaux verdoyants ombragt-iient Ici roseaux do fleuve » qui promenait dan» les forcU ses ondée solitaire» ; et re fat en cet lien» que , le 4 Octobre tioo , Richard» Cceur-de-Lion rot , en châtiant , emporté 1 par too cheval et précipité do kiat det 'rivet etcarpée» , périt imminent dan» lequel lo vainquent de SaJhaddm invoqoa le tecoort de Mane , en l'honneur de laqnelle il fonda «at-vo'o , tôt le bord oppeté qoi le reçut tain et aauf , l'abbaye de Notre- Dame-de -Bon-Port. Mon pire , auquel une étude pamcolière M le long exercice do toi charge* dant le» eaux et forêt» avaient rondo la connattlance dot droTéreniet aortea de boit trot-familière , te fit apporter an grand nombre do fragment» dea antiqoea débm dont je vient de parler t 11 let reconnut protqoo tooa poot do chêne blanc , quoiqu'il» eottrnt acqoit un grand degré de doreté et la noirceur do plot bei ébéne. Tels tont le» boit de chêne dont Philibert do Lorme , qoi let appelle bon it dtlugt, recommande , dan» ton livre I de l'architoewre , l'emploi dam la marqnoterie. Hou» feron» remarquer , i propot de cette dénomination qoi pourrait aujourd'hui paraître iingulière, qu'autrefoit et du tempt encore du grand ortiato précité , on entendait communément par dtlngt , outre le tena hiatoriqoe attaché i co mot , une inondation locale , opérée , aoit par la levée , toit par lo

de la Cathédrale de Rouen. u5 «r vement au poids de tonte la masse, car il « faudra plus de stères de bois en œuvre , qu'on

« point» aux autres , ayant constamment plus de cœur et moins « d'aubier ; d'ailleurs , le hois est non seulement plus plein , plus « fort, mais encore plus élastique. Le trou fait par une halle de « mousquet, dans une planche de ce chêne, se rétrécit par le « ressort d'un tiers de plus que dans le chêne commun ; ce n'est « pas un petit avantage pour la construction, sur-tout celle des « vaisseaux : le boulet de canon ne le fait pas éclater , et le trou « est plus aisé à boucher ».

D'après ce que nous Tenons de voir , et si les autres qualités que l'on attribuait jadis au chêne blanc, sont confirmées par l'expérience, de quel avantage inappréciable la reproduction de ce grand végétai dans les forêts royales et les grands parcs , ne serait-elle pas spécialement pour l'architecture navale ! Au reste, cette espèce que. l'on a cru long-temps entièrement perdue, ne l'est point , dit Noël , dans son premier Essai sur le département de la Seine-inférieure , et il en reste de* individus sur plusieurs points de notre territoire même , notamment dans la forêt de Mauny.

Il est hors de doute que les immenses défrichements de forêts, qui depuis plusieurs siècles ont eu lieu sur le sol français, ont essentiellement contribué à la rareté du chêne blanc ; mais peut-être pourrait-on encore l'attribuer en partie à une cause qui put agir spontanément sur les jeunes sujets de cette espèce , les gelées excessives de 1709 qui détruisirent presque par- tout la plus grande partie de nos châtaigniers , dont il ne resta qu'un très -petit nombre dam les provinces mêmes où cet arbre est le plus abondant ; telles que le Périgord , le Limosin , le haut Languedoc , le Dauphiné , etc. (*)• Cet accident laissa de longues et doulou-

(•>) Voyez If jourul tconomiqvt , on mr'motrti , netti tt a*h mr l'ugrlctliut, , /// atu , U ctnmtjct, ne. ( Puis, Antoine Boulet. ) FéV. 175* » R. 19-

n6 Notice sur l'incendie

« n'y emploîrait de mètres cubes de pierre , « ensuite il faut ajouter une très-grande quantité ce de plomb employée à recouvrir les bois. Je ne « pense pas non plus que l'emploi des bois soit « plus économique dans cette circonstance , que « celui de la pierre.

« La construction en pierre est souvent rompue « par des lézardes que produisent de légers tasse-

renses traces des calamités de cet affreux hiver , en privant une partie de la population française d'une de ses plus grandes ressources alimentaires , malheur que plus d'un siècle n'a pu totalement réparer. ^

Maigre* notre respect pour les opinions de M. Lecamus de Matières et les autorités dont il eût pu le* « : tayer , il nous semble cjue ce qu'il dît de l'universalité de l'emploi du chêne Liane dans les monuments gothiques , est . beaucoup trop exclusif. Que l'on te soit quelquefois mépris sur t'espère des bois dont se composent les charpentes de ces vastes édifices, rien n'est plus probable ; mais que les architectes , les constructeurs, les connaisenfin , abusés par une tradition mensongère et quelques resihlapccs, aient pris pendant plusieurs siècles et jusqu'au temps de M. de Rufïon , du chêne à gros glands pour du châtaignier , la chose parait asse* difficile à croire ; il est plus naturel de penser que l'on fit de ces deux sortes d'arbres , dont l'abondance et les propriétés étaient à peu près communes , un usage considérable et presqu'égal dans les travaux en question, Au surplus, François I"., par une ordonnance du aa Mai i53g, prescrivait spécialement la conservation du châtaignier comme franc-bttit à rtstnter pour bastir , et bien certainement le conseil de ce prince ne se méprenait ni tur l'espèce, ni sur le nom du bois qu'il avait en

Digiïizçd by^.

dr la Cathédrale de Rouen. 117

« ments dans les murs des tours qui portent les « flèches. On arrête ou Ton prévient ces fâcheux. « effets par des armatures en fer, mais ces arma- « turcs , dans maintes circonstances , ont avancé la * « ruine des parties consolidées ; car le fer augmen- « tant de volume par l'oxidation, presse les parois I « de l'entaille où il est placé, et fait éclater la pierre.

« Nous pensons donc , dans cette circonstance , « qu'il faudrait abandonner la construction en bois « et celle en pierre, pour exécuter la totalité de la « flèche en fonte de fer ; par ce moyen , .on obtien- « drait une homogénéité parfaite entre toutes les « parties , on aurait des moyens de joindre plus « fortement entr'elles les pièces de cette construc- « tion , ce qui serait un grand avantage pour « lutter contre la foudre et les ouragans. Après « vous avoir entretenu des réparations et des « reconstructions à faire à la Cathédrale de Rouen , « je crois devoir vous soumettre encore quelques « idées sur les moyens que l'on pourrait employer « pour conserver l'édifice.

« L'utilité des paratonnerres est généralement « reconnue , il me semble que l'on pourrait en « poser un sur chacune des tours du portail , et « un autre à l'angle de la tour du dôme.

« Plusieurs petits réservoirs d'eau placés dans « le grand comble , ou à sa proximité , serviraient

n8 Notice sir i/incendte

« à arrêter un commencement «l'incendie ».

M. Alavoine entre ensuite clans un examen fort circonstancié des inconvénients auxquels la Cathédrale est exposée , par l'adhérence de plusieurs constructions particulières , dont il sollicite la sup- • pression. Nous renvoyons, avec d'autant plus de confiance , le lecteur à nos propres observations $ sur ce sujet , qu'elles se trouvent précisément d'accord avec celles de l'habile architecte que nous citons , et renfermées d'ailleurs dans un cadre beaucoup moins étendu.

Enfin, M. Alavoine conclut son important mémoire en disant h* résumé de ses remarques sur l'état actuel de la Cathédrale , puis en rappelant les principaux moyens qu'il a proposés pour le rétablissement et la conservation de ce bel édifice , qui sont :

« i°. La couverture définitive , considérée « comme point de haute urgence et de grande « économie. Ordonnée.

« 2°. Les enduits de terre glaise sur l'extrados « des voûtes actuellement dépouillées de leurs « toits. Adoptés et mis en usage.

ce ."i 0 . L'emploi du cuivre pour la couverture des « combles du chœur et des croisillons , et celui « »îu plomb pour la réparation du toit de la nef. Adopté vt ordonné.

de la Cathédrale de Rouen 119

« 4°. Que la tour du dôme ( ou lanterne ) soit n couverte d'une terrasse en bitume qui puisse v servir au besoin pour la restauration complète men taire. Adopté et exécuté, (i)

(1) Marche iies travaux.

Le désencombrement des grands toits , le blindage pour préserver le jubé , et la clôture pour rendre une partie . de la nef au culte paroissial, ont eu lieu dans la première quinzaine aprt'-j l'incendie.

La suite du désencombrement , de l'enlèvement des plombs Tondus par l'ineenclir (*), et la restauration des toits des baa>cotés , ont suivi les deux premières quinzaines , et ce dernier travail <a « : té entièrement terminé dans les premiers jours de Janvier i8a3.

Le plancher de la tour a été totalement achevé dans le temps prescrit , c'est-à-dire , dans les premiers quinze jours d'Octobre.

La charpente des couvertures , qui • fait l'objet de trois adjudications , a été exécutée : la partie sur la nef, par le sieur Casirl père , en un mois ; les deux bras de la croisée , par le sieur Liépard , en trois mois , et le chœur cri trois mois (**)» le tout à partir du i". Octobre.

La plomberie pour la couverture de la nef a été commencée le 10 Janvier et finie le i5 Mars. Cette couverture qui est dan» le système de celle en cuivre de la bourse de Paris , n'exige point l'emploi de soudure sur place , c'est-à-dire que si une ou plusieurs tables ont besoin de réparations , on peut les détacher facilement , étant indépendantes les unes des autres , les travailler

(*) Ce* plomb» acheté* par MM. Firmtn Didot , sent aojoordTitj» converti» en caractère! d'imprimerie.

(•*) Avant l'incendie , le faite do chœur dominait d on mètre an moins celui de la nefi cette surélévation foi ne manquait pas de grandiose» était probablement motivée par celle des galerie* qw excèdent a l'équivalent celles dci antre» parties de l'édifice. Anjoard'hni , depm» le portail pnncipal joiqu'an rond-point , le comble offre le même profil qu'avant lea icstatmtions du second carduul d'Anboise. Fo/rtpaioal, notai.

i2o Noticr sun l'incendie

« 5". La reconstruction de la pyramide en « fonte de fer.

a l'atelier , puis le* remonter et remettre en place , sans avoir besoin d'allumer du feu »ur le» toit».

La saison a cause" beaucoup de retard» dans l'envoi des cuivres et leur laminage , et c'est au même inconvénient qu'on doit attribuer le ralentissement de la marche des travaux , auparavant fort active. Pendant près d'un mois , en effet , le froid excessif # et l'impétuosité* du vent ne permirent guère au» ouvriers de faire plus d'un quart de jour.

Les cuivres pour les couvertures du choeur et des croisillons »e travaillent dans les ateliers av.-c la pins grande activité ; il y a lieu d'espérer qu'ils seront entièrement place** à la fin de Juin.

Quant aux ouvrages relatifs au» autres restaurations , comme ijs sont soumis a l'approbation du ministre , ce n'est qu'aprè* l'avoir reçue qu'ils pourront être mis en exécution.

TABLKAU des dépenses occasionnées parées travaux t depuis le i5 Septembre 1831 jusqu'à ce jour.

fr. c.

Blindage pour préserver le jubé i,o63. 97.

Désencombremcnt 4* 011 * l 9>

Bas-côlcs.

Charpente 4>°^9 89.

Plombcrie 11,094. ao.

Maçonnerie fa. 58.

♦ Couverture i,;3a. 66.

Grands toits. — Charpente.

De la nef. 9»^7°« 80.

Des bras de la croix 19,435. 99.

Du choeur. »7i<8a. 39.

Maçonnerie des plates-formes 3,-o5. 9$.

Glaisagc des voûtes pour empocher les Gltration*. a,75o. 48. Plancher ae la lanterne. . 3,86a.

de la Cathédrale de Rouen. m

« 6 e . La pose des paratonnerres.

« 7°. L'établissement de petits réservoirs dans « les combles.

fr. c

Plomberie pour la couverture de la nef. . . . i5,o85. 38. Cuivrerle pour la couverture do chœur et de* bras

de la croix 48,198. i5.

Les cendres de plomb ont été vendues. .... 3,ooo.

Les bois brûlis 700.

Travaux restant a faire.

Devis des travaux de maçonnerie , charpente , serrurerie et plâtrage pour la reconstruction de la voûte du bras de la croix , côté de la Calende ; restauration des balustrades , pyramides , corniches des galeries au bas des grands toits , et rejointoyement général

Le devis monte, sauf le rabais provenant de l'adjudication à passer,* la somme de 4*$^ ^

Le devis pour le pavage, monte à 36,936. 19.

Le devis pour la vitrerie , monte à 3|°77- 5o.

Le devis pour la reconstruction des planchers sur les entraits des grands toits et sur ceux des bascôtés , pour faciliter la circulation et le service , en cas de besoin, a 7»4^7»

Prix des matériaux.

Le mètre cube , bois de chenc. 175. »,

Le mètre cube , bois de sapin. toy. ».

, le kilogramme 1. o3.

Cuivre laminé 1 3. 17.

Main-d'œuvre pour la pose des cuivres et plombs ,

pour un mètre carre* £ gg.

Le kilogramme de vieux fer reforgé ». 70.

Le kilogramme de fer neuf. . 1. fa.

îaî Notice sur i/incettoib

tt 8*. La démolition des maisons adjacentes à « la Cathédrale ».

Poids , Mesures et Quantités.

Le» dimensions des tables on planches de cuivre dînèrent beaucoup entrclles, cependant les principales à rabords simples , toutes travaillée* , portent. . . . i 3ï c . sur o ». 98 c

elles pèsent .... 9 1 b.

celles a gaudron portent. . . . 1 ». 3a c . sur 1 01. o£ c . elles pèsent .... 9 'Ml. 5 h.

Le faîtage présente deuv. crochets , au lieu d'un que toutes les autres tables ont ; celles de la croupe du grand toit sont presque toutes triangulaires et varient suivant leur place ; il en est de nierue de celles de raccordement contre la tour ou les pignons ; en général leur poids correspond a 6,80 kilog. au mètre carré.

Il a été employé an °». 588 cubes de bois sur les grands toits. Journées d'ouvriers.

fr. c

Charpentier-gâcheur 3. 5o.

Tailleurs de pierre ,}

Maçons, J

C'est à la complaisance de M. Jouannin , architecte des bâtiments civils, que nous devons ces notes. Une partie de leur contenu paraîtra peut-être aujourd'hui superflue à quelques

ration, qui dut faire négliger par nos anciens écrivains une foule de particularités plus ou moins connues de leur temps, et dont cependant l'omission mous jette chaque jour dans le dédale obscur des conjectures*

de la Cathédrale de Roueu. ia3

Dans ce moment où Ja Cathédrale dévastée inspire un si vif intérêt en faveur de sa restauration , nous oserons émettre en notre particulier le vœu de voir enfin cet auguste monument dégagé des habitations particulières et des baraques dont l'ignoble adhérence rapetisse , déshonore son aspect extérieur.

Depuis* plusieurs années beaucoup de villes , tant en France qu'en Angleterre , ont su , conciliant cette mesure avec le respect inviolable dû au droit de propriété , nous tracer en quelque manière l'exemple* qui nous reste à suivre , en prenant un parti dont la sagesse nous est garantie par une adoption presque générale.

En effet , sans nous arrêter à faire remarquer , sous le double point de vue de la religion et des arts , la situation inconvenante et l'effet choquant des bâtisses dont nous sollicitons la suppression ( i ) , nous nous bornerons à quelques observations plus susceptibles d'être généralement senties.

i°. Nous ferons observer que des temples ont été quelquefois consumés ou fort endommagés par des Incendies communiqués à l'édifice , par la

(i) Pourrions-nous en émettant un semblable vœu , n'en pas former un pareil en laveur de l'admirable église de Saint- Mi clou ? En effet , existe— t-îl en France un temple plus remarquable par l'élégance de sa structure , l'abondance , la richesse , le goût exquis de ses décorations , et dont le principal aspect soit plus misérablement , plus scandaleusement obstrué ?

i2{ Notice sur l'incettdte

réunion immédiate des habitations particulières ;

2'. Que dans le cas d'incendie du temple , ces maisons rendent par leur position , sur-tout quand elles s'enflamment elles - mêmes , l'accès des secours doublement difficile. Souvent alors les accidents se multiplient , exigent de nouveaux remèdes, suscitent de nouvelles inquiétudes, et détournent, comme on l'a vu dernièrement à l'embrâsement du i5 Septembre , l'attention générale du péril imminent dont le temple est menacé ;

3°. EnGn , que l'adhérence de ces maisons à l'église entraîne encore des inconvénients beaucoup moins apparents , mais qui n'en sont pas moins réels; je veux dire que cette ridicule mitoyenneté a de tout temps donné la facilité , si dangereuse pour la solidité et la conservation de l'édifice, de rainer clandestinement les murailles par des excavations plus ou moins considérables , pratiquées dans leur épaisseur.

Ce criant abus , que se permettent dans l'intérêt de leur commodité et pour agrandir leur intérieur, les propriétaires ou locataires de ces logements , n'a pu souvent ailleurs échapper à l'évidence , et , très-certainement les églises de Rouen ne sont pas plus à l'abri que d'autres de ce genre de dégradation.

Mais une autre cause de destruction semble s'unir à celle-ci pour ébranler nos temples et

de la Cathédrale pe Rouen. ia5

hâter leur ruine. Tandis que les habitants des maisons mitoyennes minent sourdement les bases de l'édifice , sapent ses contre-forts , diminuent la solidité de ses fondements et mutilent ses décorations extérieures ; d'autres exerçant une dégradation non moins dangereuse et plus criminelle , l'attaquent par le sommet et préparent de loin la pourriture des charpentes et l'écroulement des voûtes. Je veux ici parler du vol honteux et du trafic clandestin du plomb des couvertures , que font trop fréquemment quelques individus , sur-tout ceux auxquels leur poste ou leur métier permet le facile accès des combles des églises. Peut-on s'intéresser à la sûreté publique , à la conservation des monuments , sans frémir à cette idée? Des voûtes d'où dépend toute la solidité de l'édifice , des charpentes supportant les parties les plus hardies , sont mises à découvert par des arrachements considérables ; bientôt l'eau ruisselle par ces trouées, coule sur les bois qu'en peu de temps clic pourrit, tombe sur les voûtes , s'infiltre dans leur épaisseur , et détruisant Fadliéreuce des ciments , entraîne la désunion des pierres et amène rapidement un écroulement général (i).

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