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Notice sur l'inspecteur L. Laveran

M. L. Laveran inaugura par un succès son entrée dans la carrière qu’il devait honorer durant près de 47 ans : il obtenait, en 4832, le premier prix à l’hèpital militaire d’instruction dé Lille, aux appiâudissemènts de tous ses collègues parmi lesquels il se créait des amitiés qui durèrent toute sa vie et dont la plus intime, la plus dévouée, fut céllé de M. Testelin. ..........

Nommé médecin adjoint le 48 février 4840, il commença son rôle de médecin d’hôpital en Algérie, ou l’armée était encore livrée aux dangers de la première heure, ayant à lutter non-seulement contre l’homme, mais surtout contré un sol et un climat meurtriers, sans lieux de refuge pendant les saisons les plus dangereuses.

Il prenait immédiatement part aux grands travaux de l’époque sur la pyrétologie algérienne, sacrifiant à l’observation des faits l’absolutisme des doctrines qui prétendaient ramener à une source unique toutes les affections observées en ces régions : « A mon arrivée dans ce pays, j’étais, dit-il, tellement prévenu par certaines lectures, que je ne croyais rencontrer qu’une seule affection à forme variable, et que

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je ne songeais à emjiloyer qu’un seul médicament, le sulfate de quinine (1). »

Il démontre dès lors, par une série de faits, la fréquence de la fièvre typhoïde qu’on prétendait exclure de l’Algérie, et, dans ce même travail, établit l’indépendance étiologique de la dysenterie et de la malaria.

Quelques mois plus tard, s’ouvrait un concours pour une chaire de professeur à l’hôpilal militaire d’instruction de Metz; Laveran n’avait alors que 29 ans; l’épreuve fut pour lui une nouvelle victoire, et non une victoire banale; elle laissait à son jury une impression si profonde et si durable, qu’un membre de ce jury, M. l’inspecteur 'Vaillant, me rappelait, plus de 30 ans après, les incidents de ce concours avec la vivacité de souvenir et la satisfaction du juge qui viendrait d’accorder à l’instant son suffrage à un candidat hors ligne.

Pendant cette première période de professorat, se révélait déjà cette puissante personnalité, impatiente du joug des affirmations scolastiques, prodiguant, en chaque cours, une foule d’idées neuves, originales, rigoureusement déduites de la science et de la raison. Nommé membre de l’Académie royale de Metz, en 1848, à la suite d’un travail sur le scorbut(2), il s appliquait spécialement alors à l’étude de deux autres maladies épidémiques qui là, comme en plusieurs garnisons

(1) L. Laveran, Documents pour servir à l'histoire d s maladies du nord de l’Afrique,m Rec.demém. de rnéd. milit.,i^‘,éûe,t.ut p.l.

(2) CoMld/ratim, sur l, scorbu,, i„ T, a,. * ta Sac. de, .cienm de la Aloselle, iSi'è.

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françaises, semblaient s’être associées ; le choléra^ qui lui valut delà part du ministre de l’agriculture et du commerce une médaille d’argent pour son dévouement et sa belle conduite; la méningite cérébro-spinale^ dont il fit l’objet d’une relation demeurée remarquable entre toutes celles que possède aujourd’hui la science (1). Redoutable énigme que cette maladie effrayante par la brusquerie de son décours, l’atrocité de sa douleur, et,, spécialement en France, par son affinité pour les constitutions d’élite et les organismes vigoureux. La rapidité de la suppuration avait tout d’abord fait évoquer la pensée d’un phlegmasie suraiguë, conception dont le corollaire était une nàédication antiphlogistique proportionnée; de là, ces émissions de 2, 3, 4 livres de sang au moins en 24 heures, sans autre résultat qu’une aggravation de pronostic. Ici encore, d’après les faits qui se sont déroulés sous ses yeux, d’après leurs analogies étiologiques, cliniques, anatomiques, L. Laveran ramène la méningite au groupe des maladies spécifiques.

En 1850, les hôpitaux militaires d’instruction sont brusquement supprimés ; pour L. Laveran, c’était la perte d’une position acquise par le concours; c’était l’éloignement des centres scientifiques ; c’était la porte de l’Algérie qui s’ouvrait de nouveau, et qui cette fois ne devait se rouvrir que sept ans plus tard.

Mais, en revanche, c’était le retour, sur ce dernier théâtre

(1) Relation de l’épidémie de méningite cérébro-spinale observée à Metz de t847 à 1849, même Recueil, 1849. .

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fl’oteervRtioD, d’ ud esprit merveilleusement prêt à appliquer les méthodes cliniques les plus rigoareu$es à l’étude de l’endémie algérienne ; c’est dans les hôpitaux du nord de l’Afrique, spécialement à Blidah, qu’il recueillait les-principaux documents d’un important travail sur les succédanés du sulfate de quinine, dont la consommation entraînai chaque année des frais considérables (1).

■ L’obligation de recruter des-médecins militaires, la nécessité d’une période préalable d’études professionnèlles, avaient éntraîné la reconstitution, au Yal-de-Grâce, d’une Ecole d’application à la médecine et à la pharmacie militaires. Parmi les matières d’enseignement qui devaient caractériser la nouvelle institution, figurait l’étude des maladies et épidémies des armées; telle était,, dès l’origine de l’école, l’opinion de son premier directeur, Alquier; telle fut celle également de Michel- Lévy, dont là puissante initiative sut réaliser cette idée en y appelant celui qui, pour tous, était désigné d’avance, et venait occuper son nouveau poste le 24 jùilletlSSg. ' ;

- Fondé par Laveran de toutes pièces, bt en dehors de tout précédent, ce cours offrait une première difficulté, l’établissement de son programme à travers le vaste cercle de connaissances où il devait pénétrer, «Le cours dès maladies et épidémies des armées a pour but pratique de montrer au

(î) Elude sur l'action comparée du sulfate de quinine, du sulfate de cinchonine et de quinine dans le traitement des fièvres intermittentes d’Afrique, ia Gaz. méd. de Paris, 185l).

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jeune médecin militaire dans quel cercle goti activité pratique aura à s’éxercer, de dérouler sous ses yeux le tabteâu mobile et varié des maladies particulières aux- Afférentes contrées dii globe et enfin de réunir dans üü même cadre rbistoire médicale des grandes expéditions (1).-»

C’était faire appel à toutes les notions dë pat!iôlogié> d’hygiène, de géographie médicale, etc. Mais Lavéran démontré admirablement combien cétte tâche a dé chances dé réussite dans l’armée : « L’observation n’ést ni bornée par le champ étroit de la pratique particulièré, ni âCcablée par la diversité des faits des services des grands hôpitaux civils ouïes malades, épuisés par l’âge étlâmiséréj né préSententf le plus souvent, que les formes gravéSj les périodes avancées des maladies. Elle a pour objet des hommes Catiniis d’avance, dés maladies saisies à leur début, dans leurs formés lés plus diverses.

« Si robsérvation dans la médeciné dés ârméés' êst complété et précise, l’analyse s’y applique riâturèilement; les conditions d’âge, d’habitation, d’activité ou de répos, d’âlimentation, d’impressions morales, sont teilemént déterminées dans la vié du soldat, qu’elles forment comme des lignes de séparation qui isolent sans travail, sans artifice, lés éléments sur lesquels opère la comparaison âvèc dés réssources propres, puisque les chiffres énormes qui réprësêntent les effectifs des armées modernes introduisent, dans les

(1) Avant-propos du programme officiel du cours des maladies él épidémies des armées.

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déductions tirées du parallèle des résultats comparés, des éléments de certitude qui croissent comme les nombres s’élèvent (1). »

La classification des maladies du soldat, d’après leur étiologie, correspondait au but suprême du cours, la prophylaxie. En suivant cet ordre essentiellement philosophique, le programme a été, dès le début, si heureusement réalisé qu’il n’a subi depuis que de légères modifications, et que certainement aujourd’hui encore il peut servir de modèle à tout enseignement analogue.

Non pas que, maintenu dans ce cadre identique, le cours du professeur soit jamais demeuré stationnaire ; chaque anuée un nouveau contingent de faits, de considérations déduites des progrès de la science, imprimait un relief particulier à cet enseignement dont tant de générations ont conservé un profond souvenir. C’est quand le^ idées étaient complètement mûries, affirmées par une série incessante de recherches, que Laveran les résumait en des travaux qui n’étaient plus des jalons, mais des œuvres définitives auxquelles on pourra ajouter, sans rien avoir à en retrancher.

A ce titre sont devenus classiques les deux mémoires publiés, l’un en 1860, sur les Cames de la mortalité de l'armée servant à rintérieur (2), l’autre, en 1863, sur la mortalité des armées en campagne (3), mémoires antérieurs à

(1) Avant-propos duprogramme du cours des maladies et épidémies des armées.

(2) Voy. Ann. d’hgg. publ. et de méd. léç , 2» série t. xm.

(3) Id., id., 2' série, t. xix.

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Ta création d’une statistique médicale de l’armée, et que cette statistique n’a fait que confirmer, mémoires constituant un véritable résumé di'Epidémiologie^ où chaque affirmation s’appuie sur une série dé faits, et où les idées générales, sans perdre leur côté essentiellement pratique, sont exprimées souvent avec une entraînante éloquence. Tel ce passage résumant les phases successives du dogme de l’épidémie cité, en ramenant toujours l’esprit au but capital de l’auteur : le devoir du médecin d’armée, et la santé du soldat : « Le spectacle des épidémies dans l’antiquité a fait naître la terreur qu’inspiraient tous les grands phénomènes naturels. Devant les coups répétés de la mort, comme au bruit de la tempête et de l’orage, l’homme, saisi du sentiment de. sa faiblesse, a invoqué ou accusé les dieux. Plus tard, un coup d’œil plus calme, le fait de la dissémination de la syphilis et du typhus par les armées, a fait naître l’idée d’une certaine analogie entre les causes des épidémies et les poisons dont la connaissance avait été répandue par les Arabes. Fracastor donna une expression à la conception nouvelle de l’épidémicité, et fonda l’histoire de la contagion. L’esprit moderne plus réfléchi, plus défiant de sa puissance, a ramené la question des épidémies à l’état de leurs rapports avec les grandes conditions d’hygiène : le prix des céréales, l’espacement des habitations, la mauvaise tenue des villes et des campagnes. L’histoire des épidémies des armées donne raison à ce dernier point de vue. Pour le médecin d’armée, c’est assez connaître, s’il peut prévoir et prévenir, et il est, en effet, en mesure de dicter les meilleures mesures à pren-

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dro pour prévenir ou limiter l’action des saisons, des climats extrêmes, éviter l’infection palustre, diminuer les coups d’une épidémie régnante, prévenir l’infection des tentes et' des baraques, Mais, pour qu’il ait autorité sur resprit défiant du commandement, il doit fonder ses conseils sur la connaissance précise de chaque classe d’affections en particulier, et éviter le vague des instructions générales. G’est au médecin qu’est remise la cause des faibles devant une autorité plus préoccupée de l’importance des grandes opérations que de la mesure des forces humaines en face des rigüeurs dns climats. »

A côté de ces travaux d’ensemble, paraissait une série de monographies, s’appliquant à telle ou telle épidémie déterminée, mais riches toujours en considérations analogiques, qui affirmaient l’esprit philosophique de leur auteur.

Les Unes ont pour but des faits directement observés : tel l’article intitulé : Des influences nosocomiales sur la marche de la rougeole (1), inspiré par l’épidémie qui sé manifestait au Val-de-Grâce en 1860, atteignant presque la léthalité du choléra, et empruntant cette terrible gravité aux conditions d’encombrement imposées à cet hôpital par l’agglomération, autour de Paris, de l’armée qui rentrait d’Italie. Telle la Relation de T épidémie de fièore bilieuse de la caserne de LoUrdne (2), également observée au Val-de-Grâce, mais devenant 1 occasion d’un remarquable chapitre sur les fiè-

(1) Voy. Gaz. hebd. de mêd. et de chir., 1861. CS) Voy. Rec. de mém. de méd. müit., 1866.

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vres bilieuses, et sur leurs rapports avec la fièvre jaune et Tictère grave.

Les autres s’appuient sur l’ensemble des faits connus telle cette note si convaincante en sa concision, sur la na-^^ ture de l’héméralopie (1); tels les articles Choléra et Méningite cérébro-spinale du Dictionnaire encyclopédique, articles si complets au point de vue anatomique et clinique, mais plus riches encore, peut-être, en considérations épidémiologiques, lé premier fournissant matière à une étude magistrale des grandes épidémies^ le second nous reportant sur le théâtre des maladies populaires à extension circonscrite i les petites épidémies.

Parmi ces monographies, il en est une, la première en date, faite en commun avec notre cher et vénéré maître M. l’inspecteur Lustreman^ ayant pour Ophthalmié militaire^ et basée principalement sur les faits recueillis en î8o6 au congrès ophthalmologique de Bruxelles, où les deux éminents professeurs avaient été délégués par le ministre de la guerre.

LeS'médecins ne furent pas seuls â apprécier la valeur de leur rapport, sur lequel ce ministre, le maréchal Vaillant, consignait la note autographe suivante :

« Le soin minutieux que j’ai apporté à noter les nom- « breuses, mais tout à fait insignifiantes fautes de copie « qui existent dans ce mémoire, prouvera à MM. Lustre- « man et Laveran l’intérêt que j’ai pris à la lecture de

(t) Voy. 6faz. hebd. de mêd. et de chir., 1838.

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