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« leur œuvre. Je les remercie de tout mon cœur du zèle « qu’ils ont mis à s’acquitter de la mission qui leur avait « été donnée. J’ai bien des fois pensé à la possibilité d’une « invasion de la maladie'dans notre armee, et je me suis « souvent demandé ce que nous deviendrions sil’ophthalmie « militaire venait à exercer chez nous les affreux ravages « que je lui ai vu produire dans l’armée belge, en 1829 ({ et plus tard. Dieu merci, nous aurions maintenant, si « pareil malheur arrivait, une marche certaine à suivre et « un mode de traitement bien sûr à pratiquer. Merci donc « encore une fois aux auteurs de ce mémoire. »
Les études d’épidémiologie n’avaient jamais détourné Laveran de l’observation clinique ; il a fourni une série de mémoires importants dont les principaux matériaux avaient été recueillis dans son service (1). Pour lui, d’ailleurs, la clinique constituait le point de départ principal de la prophylaxie nosocomiale. Une direction spéciale devait être imprimée au service hospitalier suivant la nature des maladies ; (( l’hygiène de l’homme malade devient une médication » (2), et l’on ne peut banalement accepter, pour
(t) Observation d’abcès sous-aponévrotique de la fosse iliaque droite, ouvert dans le péritoine, in Rec. de méin. de méd. milil., 1“^® série, t. Liv; Notes sur les abcès pulmonaires aigus, IJ., 1“ série, t. LVii; Réflexions et observations sur l’opération de l’empyème, Id., 2* série, t.ii ; Observation de dysenterie aiguë grave avec expulsion d’une portion cylindrique de la membrane muqueuse de l’intestin, Id., 2® série, t. XII , Cas d hémophilie avec leucocythémie et altération de la rate, in Gaz. hebd., 1837 ; Anatomie pathologique du tubercule, in Rec. de mém. de méd. milit , 3' série, t. vi.
(2) Reflexions sur l’hygiène des hôpitaux, in Gaz. hebd. 1862.
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toute espèce d’affection, telle installation déclarée satisfaisante par les personnes étrangères à là médecine.
Au moment où sa promotion au grade d’inspecteur l’éloignait de ce théâtre, il abandonnait à regret ses malades et en particulier le service consacré, au Val-de-Grâce, aux officiers fiévreux, salies si riches en affections du système nerveux, sur lesquelles les travaux de Charcot jetaient alors un jour nouveau ; il eût voulu s’instruire encore et lutter contre la fatale devise : Ars longa, vita brevis. Heureusement il avait la consolation de voir son fils continuer dignement son existence scientifique.
Pendant neuf années d’inspectorat (1867-187S), Laveran eut à déployer une autre activité : en 1870, désigné d’abord pour l’armée du Rhin, puis envoyé à l’armée du Nord, il fit, comme médecin en chef, une campagne rendue fort pénible par un froid excessif. En 1872, il fut appelé à succéder à Michel Levy comme directeur de l’école au Val-de- Grâce ; c’est là qu’il devait terminer sa carrière active, et qu’il recevait du ministre de la guerre, au moment de passer au cadre de réserve, ce dernier témoignage d’estime et de sympathie : « C’est avec un vif regret que je vois la première application d’une loi, inspirée néanmoins par une pensée de bienveillance à l’égard du corps de santé militaire, venir priver l’armée de vos lumières et de votre expérience. Au moment où vous allez quitter les importantes fonctions que vous remplissiez avec autant de zèle que de compétence, je tiens à vous faire parvenir le témoignage de ma satisfaction et de mon estime toute particulière, bien
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convaincu que dans l’avenir vous répondriez avec empressement, le cas échéant, à l’appel qui serait fait au dévouement dont vous avez donné tant de preuves dans le cours de votre longue et honorable carrière. »
Quant au souvenir que laissent, dans notre corps et dans l’armée, sa science et son caractère, il ressort des éloquentes paroles prononcées sur la tombe de Laveran par M. le médecin principal Vezien :
« C’est lui qui a créé au Val-de-Grâce la chaire des épidémies des armées. Ses leçons toujours palpitantes d’intérêt ont formé de nombreux élèves et contribué à diminuer les désastres causés par les épidémies et les maladies contagieuses, lorsqu’elles atteignaient les grands rassemblements d’hommes, déjà épuisés par les fatigues de la guerre.
« Les fièvres et les dysenteries des pays chauds, les congélations, le scorbut, le typhus, le choléra, la fièvre jaune, tous ces fléaux qui tombent sur les armées et les détruisent plus que le fer et le canon, ont été l’objet de son enseignement ; et, grâce à ces savantes leçons, nous avons pu diminuer le nombre des victimes qui dorment du sommeil éternel, des rivages de l’extrême Orient aux campagnes de l’Afrique et de l’Italie, sous la terre du Mexique et de la Grimée, et aussi dans les champs de la France.
a La haute science de M. Laveran n’était surpassée que par la simplicité de ses manières, son aménité et son grand cœur : il était de ceux qui font le bien sans bruit.
« C est au nom de ses vieux camarades et de ses amis absents ; c est au nom de ses élèves, répandus partout où
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sont nos troupes, que je lui dis adieu. Je ldi dis adieu, au nom des soldats qu’il a soignés pendant quarante-cinq ans comme un père et qui lui doivent la vie. Adieu !»
Combien, parmi nous, se sont associés à l’expression de ces suprêmes adieux./
Léon Colin.
Les quelques lignes qui suivent sont extraites du Progrès médical :
be professeur L. Laveran, né à Dunkerque, le 20 mai 1812, inspecteur du service de santé des armées, ancien médecin en chef et directeur du Val-de-Grâce, vient de mourir à Paris. Les obsèques ont eu lieu dans sa ville natale, où un dernier adieu lui a été .adressé par -M. le docteur Vézien, médecin en chef de l’hôpital militaire.
Professeur à rhôpital de Metz, en 1841 ,'M. Laveran, après la suppres- ,,sion des hôpitaux d’instruction, en 18S1, revint au Yal-de-Grâce, en 1836, où il créa l’enseignement des épidémies des armées. C’est à cette rhranche fondamentale de la médecine militaire qu’il a consacré tous ses traya-RX et tous les instants de sa carrière. Nulle étude, en effet, ne convenait mieux à son esprit philosophique et généralisateur. M. Laveran possédait toutes les qualités du professeur : érudition patiente et sûre, expérience clinique, coup d’œil médical, connaissance des travaux étrangers, élocution vive et originale, talent d’attacher son auditoire aux difSciles questions qu’il abordait. Les dix générations qui ont suivi ses cours au Val-de-Grâce conserveront religieusement la mémoire de sa parole, au milieu des épreuves qui attendent à chaque campagne la médecine militaire.
M. Laveran quittait à peine les fatigues du professorat et la direction de l’hôpital du Val-de-Grâce, pour l’inspection, quand la guerre survint. Il fut placé à la tête du service médical des armées du Nord; puis revint, à la mort de Michel Lévy, diriger cette école où il avait vécu pendant de longues années où il retrouvait ses amis et ses élèves.
Ce ne fut pas une. période de repos : ceux qui l’avaient connu plein
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de vigueur dans la chaire d’épidémiologie, le virent fatigué et luttant déjà contre le poids du fardeau. C’est qu’à cette époque les épreuves ne lui furent pas ménagées; ils les affronta toutes le front haut, combattant, comme il l’avait fait toute sa vie, pour la science, la vérité et la vie du soldat.
L’école de Strasbourg venait de sombrer dans le désastre de la guerre, M. Laveran en recueillit les débris réfugiés à Montpellier et fit adopter des mesures qui, en assurant le recrutement de l’école, confirmaient l’existence du corps de santé, attaquée déjà par l’intendance.
C’est contre cet ennemi presque séculaire qu’il dépensa tout ce qu’il avait de force, d’autorité et d’expérience. Après Perçy, Degenettes, Larrey, Chenu, Michel Lévy, Laveran est venu défendre presque dans le sein des commissions les plus hostilement constituées, l’autonomie de la médecine militaire. Il le fit avec l’énergie donnée par la conviction du vrai et du juste ; l’ennemi recula et ne voulut plus discuter.
M. l’inspecteur Laveran, créateur en France de l’épidémiologie militaire, qü’il porta du premier coup à sa perfection, connu par un grand nombre de mémoires remarquables, n’appartenait pas aux grandes sociétés savantes de Paris. Passant ses jours à l’hôpital, au milieu des malades ou des livres, peu désireux des honneurs, occupé surtout de son enseignement, entouré de chères affections, heureux dans la tranquille simplicité de sa vie, ce maître vénéré, dont la science se cachait sous la plus riante aménité, n’eut jamais le temps ni le désir de quitter sa retraite du Val-de^râce pour descendre affronter les candidatures académiques. Joie plus pure, il a vu avant de mourir son nom revivre déjà brillant sur les œuvres de son fils.