Mois. LE PATRICIAT..., Providence matérielle
cl dernier Mois. LE PROLÉTARIAT Providence générale.
incomplet {Fête de l'Art).
préparatoire . . . {Fête de la Science). .,p .... \ secondaire.
'^'^••"•'" ( principal {Fête des VUillards).
banque {Fête des Chevaliers).
commerce.
fabrication.
agriculture.
actif {Fête des InvetUeurs : Gutenberg, Colomb, Yaucanson,
Watt, Montgolfler).
affectif, contemplatif, passif {Saint-Fratiçois-d' Assise).
Jour complémenlainre Fôtc universelle des Morts.
Jour bissextile Fêle générale des Saintes-Femmes.
précis, tandis que l'afTection qui prépare et maintient son empire, exige un objet unique, auquel elle puisse directemerit s*attacher. Pour atteindre ce bot, le génie positif a du systématiser d*abord les dispositions fondamentales de lesprit humain à regarder tous les êtres comme doués de vie et coinbtner cette inspiration spontanée avec les résultats détlnilifs de l'investigation scientifique. Dès !ors, les éléments de Tordre général, atmosphère, astres, terre, végétalité, animalité, et rHumanité elle-même, ont été considérés comme formant un iuimeose tout, concourant, à des degrés divers^ à Tœuvre du perfectionnement universel. Mais en reprenant ainsi les principales tendances du fétichisme, et en les rectifiant, d*après les données fondamentales du positivisme» la sagesse religieuse a pris soin d'en fixer rigoureusement remploi, afin que Von ne puisse les considérer jamais que comme de simples artifices iogiqucsy comme des procédé& puremei^t subjectifs, principalement destinés à développer en nous la bienveillance générale. Elle a donc pu, sans aucun danger théorique, rendre à la matière ractivilé réelle que lui avait reconnue notre première mentalité, et que lui avait enlevée injustement, quoique néces* sairement , la transition théologico-métaphysiqoe, et considérer Taction cosmologique comme sympathique à notre égard, sans lui accorder toutefois rinleîbgence que lui attribuait la raison fétichique en la confondant avnc la vie elle-mt^me. D(% lors, rensemble de notre
» monde est représenté par T idéalisation positive comme tendant i^ntanément, quoique aveuglément, à raccomplissement de nos destinées, ce qui nous place envers lui dans une disposition générale de gratitude et d'alTection dont la réaction intime, théorique ou pratique, ne saurait être indifl'érente pour faire prévaloir chez nous Taltruisme sur Tégoïsme, l'humanité sur ranimalité. L'ordre universel est donc enlîn couru d'après la succession hiérarchique de TEspac^, considéré comme le siège passif et aveugle, mais sympathique, de tous les attributs matériels, des lois abstraites propres au inonde inorganique et même des formes de tous les êtres; puis de la Terre, théâtre actif et bienveillant dont le concours volontaire, quoique aveugle, est toujours indispensable à la suprême existence, qui ne saurait se maintenir contre son entière hostilité; enlin, tle rHumanité^ chez qui, seule, rintelligence assiste le sentiment, pour diriger raclivité vers un !mt reconnu et désiré.
Le culte public place donc au premier rang de la Trinité positive qui forme Tobjet éternel et définitif de sa plus haute adoration, le Grand-iïlre, qui domine immédiatement Tordre universel et dirige son perfectionnement continu; puis, le Grand^Féttclie ou la Terre, mère nourricière de tout ce qui vit, soutien de tout ce qui est; enfin,
ŒUVRE D AUGUSTE COMTE
le Grand-Milieu ou Tespace, qui se trouve aussi indispensable au maintien de l'ordre général qu'à sa conception systématique (1)»
L*Huraanité étant Télément prépondérant de la Trinité positive, qu'elle explique et gouverne en se conformant à ses lois, peut et doit donc être directement reconnue par tous, comme la seule puissance réelle à qui chacyn doit se subordonner. Son idéalisation défioitive, la concentration personnelle qui va roiïrir comme un objet unique à Taffection religieuse ou universelle, est suffisamment déterminée l>ar la nature constamment bienveillante de son action réfléchie. D'après la concordance spontanée qui existe entre cette suprême existence et îa véritable nature féminine, où Tattribut fondamental» l*amour, se trouve également prépondérant, le Grand-fttre doit être symbolisé et habituellement représenté sous la figure d'une temme portant son jeune fils entre ses bras : personnification touchante et juste qui exprime à la fois la prééminence normale et la sainte tutelle qu'elle exerce constamment envers chacun de nous. Or, cette idéalisation dernière a reçu du génie sacerdotal le perfectionnement final qui pouvait seul conférer réellement à la nature féminine le privilège de cette représentation sacrée» en ia purgeant subjectivement d'une grave imperfection naturelle : je veux parler de la noble utopie qui, en concevant la femme comme pouvant être délivrée, par Tamélioration systématique de Tordre humain, des nécessités inférieures attachées à son indispensable fonction reproductrice, la rapprocherait, autant que le permettrait la rivalité, de la grande existence qu'elle doit représenter, pour la placer finalement, comme un être intermédiaire entre Thomme, dont elle est la providence morale, et THumanité, qu'elle doit par cela même lui faire mieux comprendre et surtout mieux aimer.
Sans qu'on doive se préoccuper jamais de la réalisation d'une telîe espérance, il faut apprécier surtout son importance morale et son efficacité dogmatique. Sous le premier aspect, sa valeur est immense, puisqu'elle concentre tous les eiïorts religieux vers un progrés décisif et qui améliorerait protbndéraent notre constitution cérébrale en la purgeant du plus perturbateur de nos penchants égoïstes ; puisqu'elle aspire au plus noble fonctionnement de Tordre à la fois le plus important, te plus élevé et le plus modifiable. Sous le second point de vue, elle résume complètement le culte, par conséquent le dogme et le régime qu'il idéalise, et la religion positive elle-même, comme le mystère eucbanstique symbolisait
{/) Voir pour les dévdoppcments qui sonl nécessaires pnaur saisir co&venabîemenl cette trop courte indication, U mémor.ibk ititrodtfction du i*^ volume de k Synthèse xubjecîki^ et le ç* XII de la 3* partie de cette notice.
à lui seul la dernière synthèse provisoire. Elle caractérise donc la systématisation finale et lui assure son entière unité, en faisant concourir tous ses éléments vers un idéal moral qui en résume chaque aspect.
Voilà comment le positivisme, après uo renouvellement total de la pensée, de Taffectioa et de Tactivité humaines, reprend la tradition rompue, et comment il rétablit la continuité de l'action religieuse indispensable à la conservation et au développement de la société. îl n'est donc bien, malgré des différences fondamentales et indispensables, que la religion elle-même, inlellecluellement et moralement régénérée, venant ressaisir, après des siècles d'efTorts nécessités par cette auguste transformation, le gouvernement spirituel de rHumanité.
En résumé, le culte positif est une idéalisation continue de la vie humaine, une culture permanente de la sociabilité. Du berceau jusqu'à la tombe il développe notre altiruisme; il nous offre une conception meilleure et plus synthétique du Grand-Être qui nous domine ; il nous ouvre les voies d'une activité subjective plus élevée que celle de la vie réelle. Mais rinaltérable vérité de son objet l'empêche d'égarer jamais notre amour dans les écarts d'un mysticisme stérile ; et s'il développe notre tendresse, notre pureté, notre énergie, c'est pour nous rendre plus courageux et plus dévoués dans la famille, dans la cité, dans la patrie, dans Téglise, envers l'Humanité î II constitue donc, en réalité, la partie fondamentale de la religion nouvelle, dont il épure et agrandit tous les aspects, dont il manifeste les plus sublimes tendances, et qu'il peut le mieux caractériser.
tV- — RÉGIME PoLrxrQUE — L'Industrie régénérée Le régime institue directement les règles générales qui doivent é-sider aux actes humains ou diriger la conduite individuelle et ciale. Or le dogme dôniontre que la véritable destinée de l'homme consiste à vivre pour autrui ; le culte fournit les moyens les plus propres à obtenir un tel résultat en développant les sentiments qui lui ysont indispensables; le régime doit donc s'efforcer de faire prévaloir clans la vie pratique cette sociabilité qui est le principe de l'harmonie universelle. Mais, à cet égard, la religion n'intervient qu'envers les dïS[>osiUons générales de Torganisation sociale, pour apprécier ses diverses fonctions et les rallier à l'ensemble, en abandonnant au gouvernement proprement dit tout ce qui concerne l'exécution.
Pour bien comprendre un tel office, il est essentiel de distinguer dans Texistence pratique, qui toujours a pour but le progrès, deux sortes de perfectionnement, l'un extérieur et Tautre humain. Quoique
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tous deux se rapportent à nous, le premier ne concerne que notre situation, tandis que le second regarde notre propre nature. Or, cette situation ne conriprenant que les conditions vitales et surtout cosmologiques dans lesquelles nous sommes placés, Taction qui s'occupe de les améliorer est qualifiée de matérielle ; tandis que celle qui a en vue le pertectionnemenl de notre nature est considérée comme étant surtout morale. D'où la division fondamentale du domaine pratique en matériel, qui reste au gouvernement, et en mcn ■ ralj qui revient au sacerdoce, et la séparation des forces sociales vouées au perfectionnement uni verset j en pouvoir pratique et pouvoir théorique. Quoique le premier soit seul prépoodérant, le second ■ lui est cependant supérieur, d'après la prééminence du progrès moral sur ramélioration physique.
Le perfectionnement direct et spécial de Tordre extérieur constitue donc le domaine propre de la politique ou de rindustrie considérée comme action de Thomme sur sa planète, en vue de l'améliorer* Car , Tactivité humaine étant désonnais vouée au service du Grand^Être, ■ elle se trouve jmr cela même détournée de toute destination militaire ou destructrice. Dès lors, le pouvoir pratique sorganise d'après les convenances naturelles des travaux qu'il accomplit, en restant toujours strictement limité à Texploitation de Tordre matériel. Spontanément représenté dans la famille par la prépondérance du père, il surgit également des nécessités de Taclion collective dans la cité, qui n'est que Tassocialion politique des familles pour la satisfaction des besoins matériels. Ce qui suffit pour consacrer ce principe fondamental : îl n'y a pas de société sans gouvernement ; car l'organisation hiêrarcliiijue de la cité, pour assurer pai" ia guerre ou par Tindustrie la conservation et le développement de tous ses habitants, étant un fait aussi spontané qu'universel, représente une des conditions d'existence les plus fondamentales de THumanité, une loi de Tordre humain.
Quant au pouvoir théorique, il ne participe au nou%Tau régime politique qu'indirectement : en assurant le progrès spirituel des agents, et par la connaissance complète (qu'il possède seul) de toutes les lois essentielles de Tordre extérieur, dont la notion sert de base à Taclion pratique, sans la dispenser d'études spéciales. Le pouvoir] pratique, qui n'aspire qu'à diriger le présent, méconnaît le plus souvent les indications du passé vX les nécessités de l'avenir. G^est pourquoi il a besoin de voir conflrmer son autorité, si souvent en butte à d*envieuses contestations, par une puissance plus élevée que la sienne et généralement respectée. Celte autorité supérieure est celle des ministres de Dieu, sous le régime provisoire, et des ministres de
LA REUtaON DE T. HIMANITI
rHumanilé, dans le régime définitif. Quant au double titre du sacerdoce pour consacrer tous les pouvoirs humains, il ne saurait être douteux, puisrjue seul, comme inlerprète et or^^ane direct du Grand- Être, il peut à la fois instituer la liaison du présent avec le passé et Tavenir, tout en éclairant son action. Ce (|ui établit ce second axîome politique ■- Il n'\f a pas de société sans sacerdoce. Indispensable à tous pour réducation et le conseil, le pouvoir théorique est par cela même seul capable de consacrer les gouvernants, pour les faire accepter^, et de protéger les gouvernés en refusant aux premiers, s'ils sont indignes, la consécration qui leur est nécessaire. Il est, dans la société, le modérateur normal de la vie publique, comme la teinme, dans la famille, est celui de la vie privée. On peut donc justement le qualifier de pouvoir spirituel, puisqu'il cherche à discipliner les volontés en agissant sur les sentiments et sur les idées, par persuasion et par conviction, sans jamais recourir à aucune action coercitive; tandis que îe pouvoir pratique, qui ne règle que les actes et qui impose ses décisions par la force, comporte la qualification de matériel. De plus, le pouvoir lliéorique parlant au nom du passé et de favenir, et maintenant la continuité humaine, peut encore être qualifié d*éternel ; tandis que le pouvoir pratique, qui ne s'applique qu'au présent, et qui ne concerne que la solidarité, prend le titre de temporel. Enlin, le premier est universel et le second purement locaL
La fonction principale du sacerdoce, dans le régime positif, est réducation systématique, c'est-à-dire renseignement public et universel du dogme de la religion démontrée. Dans félat final, réducation se décompose en deux pha;r.es distinctes : la première, nécessai* rement spontanée, s*accomplit au sein de la famille exclusivement, sous fassistance prépondérante de la mère. Elle est surtout alYective ou morale, principalement destinée à la culture de Faltruisme, sans négliger le progrès intellecluel ni surtout le développement physique. Dans cette première période, la culture menlale, prîncipaïeniont esthétique et toujours subordonnée à l'essor aflectif, reste nécessairement empirique : la mère transmet â Tenfaot, sur le monde et sur rhomme, tous les renseignements concrets, toutes les notions vulgaires indispensables pour aborder plus tard l'instruction dogmatique, pour laquelle l'initiation intellectuelle de Tenfant est confiée au sacerdoce. De quatorze à vingt et un ans, sans quitter la famille, il doit ixicevoir dans le temple de rHumanilé renseignement abstrait qui rinitie systématiquement à la connaissance de fordre universel, Cette instruction proprement dite, qui caractérise la seconde phase de réducation positive, résulte essentiellement de l'étude de la hié-
ŒUVRE ll'AUGUSTK COMTE
rarchie encyclopédique formée par les sept sciences fondamentales» de l'exposition du dogme de la religion démontrable > précédée par celle des lois générales de la philosophie première; elle s*élève tlooc graduellement de la mathématique à k morale, (fui mppelle et concentre toutes les méditations sur la conception finale du Cfrand-Ètre.
Uenseignement positif est complet et universel, c'est-à*dire que chaque membre du sacerdoce, ou plutôt chaque prêtre de l'Humanité, conduit progressivement le même auditoire jjar les sept degrés de riniliation théorique, et que ses leçons, toujours facultatives et gratuites^ sont professées sans distinction de sexe ni de condition. Les femmes devant élever les hommes et pratiquer comme eux la religion démontrée, ont autant besoin de la connaître ; et c'est aux prolétaires, privés des moyens d'acquérir autrement Tinstruction, qu'un tel enseignement est surtout destiné* Il ne comporte donc de différences secondaires qu'envers chaque sexe, qui subit séparément son initiation.
Cette éducation, qui consiste dans Tapprentissage de la doctrine générale sur laquelle doit reposer la conduite privée et publique de chaque individu, pendant toute sa vie, est donc bien réellement la fonction principale du nouveau sacerdoce, non seulement d'après sa destination propre qui est de transmettre et propager la foi positive, mais aussi parce qu'elle pose les bases de son influence personnelle, domestique ou sociale. Tous les autres attributs, la prédication, le conseil, l'arbitrage, la consécration, le jugement, etc, dépendent en effet uniquement de l'autorité que lui confèrent ses lumières ou sa sagesse, ainsi que de l'ascendant inévitable que lui a conquis l'enseignement d'une doctrine unanimement reconnue comme devant régler l'existence humaine.
Dans sa période spontanée, comme dans sa pliase systématique» l'éducation positive enseigne k vivre pour autrui, afin de vivre plus tard par autrui et dans autrui. C'est surtout au nom de ce principe général, que le sacerdoce établit pendant l'initiation religieuse et qu'il doit s'eiïorcer de faire respecter pendant tout le reste de la vie, qu'il peut influer sur la conduite publique. Mais il a d'autres moyens encore pour maintenir dans le devoir et réprimer les déviations ; c'est d'abord l'admonestation personnelle, secrète, qu'il adresse au transgresseur de la morale positive, puis l'appel à l'opinion publique* Ici; le sacerdoce lait ses représentations au coupable, en présence de sa famille d'abord, et l'engage à modifier sa conduite : c'est l'admonestation domestique. S'il persiste, un blâme public peut lui être iniligé ; et s'il persévère dans le mal après cette remontrance et cet avertissement solennels, la répression religieuse doit aller jusqu'à
LA. tlELK.rON i)K L OINANlTÉ
prononcer rexcommunication socîalej d*ai!leurs temporaire ou perpétuelle» suivant les cas. Du reste, Tapprobation du public, l'assentiment de ropinion, constituent la seule sanction de cetle grave intervention du sacerdoce, sans qu'il puisse s'y joindre aucune peine lemporelïe ou condamnation légale.
L'action matérielle» coercitive, appartient exclusivement au pouvoir politique qui, par la législation proprement dite, influe sur les actes et punit les délits ou les crimes. L'emprisonnement, Tamende, la confiscation partielle ou totale et la peine de mort constituent ses moyens d*agir. Mais quoique celte intervention temporelle doive toujours rester nécessaire, il est permis d'espérer que Faction spirituelle, d'après le progrès inteltecluel et moral qu'elle s'efforcera sans cesse de réaliser, deviendra de plus en plus suffisante pour diminuer les infractions, et que les délits et les crimes décroissant progressivement, la fréquence et la rigueur des cbâtiments iront aussi en s'atténnant.
Dans un tel régime, le sacerdoce doit donc renoncer, non seulement a la domination temporelle, mais même à la richesse. Chaque aspirant aux fonctions Ihéoriques prend cet engagement solennel en recevant le sacrement de la destination. Les préti-es de l'Humanilé ne possèdent donc pas et n'héritent point, fût-ce de leur propre lamille : et de plus, il leur est interdit de tirer aucun profit de leurs travaux quelconques, de leurs leçons ou de leurs livres. Leur service e^t entièrement gratuit; c'est pourquoi îa classe contemplative doit être nourrie, défrayée, matérielleraeiit soutenue par la classe active. Ce qui a lieu d'abord au moyen de libres subsides volontairement fournis par lo3 premiers adhérents, et plus tard pai* Tindenmité pécuniaire régulièrement prélevée sur le trésor public, quand la foi devient unanime. Lo sacerdoce ne peut donc posséder en propre, individuellement ou collectivement, ni terres, ni maisons, ni rentes, etc.; devant toujours î-e borner à conseiller, il ne doit jamais pouvoir commander, même par la seule infiuence de la richesse et en deliora de toute action politique.
L'unité indispensable à Taction sphituelle, éternelle et universelle, chargée par conséquent de maintenir la continuité et la solidarité humaines, dépend du groupement hiérarchique de ses organes naturels ou de la constitution propre à la classe sacerdotale. L'ensemble des fonctionnaires théoriques» faisant partie du sacerdoce à des degrés divers, comme aspirants, vicaires, ou prêtres consacrés, est constamment et intimement relié, dirigé par un organe unique, par un chef suprême, le Grand*Prêlre de l'Humanité, dont le siège éternel est Paris, métropole future de TÛccident régénéré, et qui sera
(KlIVRE DAUCJUSTE COMTE
plus tard le centre spirituel de notre Ten-e (1). A ce haut fonctionnaire appartient le gouvernement du clergé positiviste, et la direction générale du rallieraenl humain.
Le régime positif se décompose, comme le culte, en privé et public, suivant qu'il concerne Texistence individuelle ou sociale. Le régime privé instiloe les régies de la conduite personnelle et de la vie domestique. La première, au lieu de rester égoïste, comme sous le régime théologique ou mélaphysique, doit devenir pleinement altruiste, d'après la règle Ibndaraenlale qui prescrit la subordination eonslanle et générale de la personnalité à sociabilité. Tout en nous appartient à THumanité, tout nous vient d'elle : la vie, la nourriture, le foyer, la fortune, les talents, le savoir, les institutions sociales, les accumulations matérielles et spirituelles, capitaux, arts industriels, Ijeauxarts, sciences, Fintelligence, la tendresse, rénergie, etc.; ce que nous lui devons est donc immense, et ce que nous pouvons lui rendre est infiniment petit. Tous ces biens nous sont transmis par les parents d'abord, puis par les maîtres théoriques ou pratiques, enfin par rintermédiaire continu d'agents divers, dont nous ne connaissons jamais que le plus petit nombre, li est donc incontestable que chacun de nous ne vit que par autrui, et que, vivre pour autrui devient, pour chacun, dans l'âge qui succède à celui de la préparation» le fondement général de tous les devoirs. Or, d'après Texistence naturelle des penchants bienveillants, d'après la tendance qu'ils ont à s'exercer de plus en plus dans Tétat social, enfin d'après la noble satisfaction qui résulte de leur plein essor, cette loi du devoir devient aussi celle du bonheur humain, Tun et Tautre devant résulter de Texercice continu du dévouement. C'est donc cette régie fondamentale qui fournit le principe de la discipline de nos instincts égoïstes, et qui, sans jamais méconnaître la légitimité de nos besoins réels, systématise la conduite personnelle en épurant notre moral, sans rendre le corps incapable d'un service social efficace.
Le régime t>rivé règle donc d'abord la vie personnelle, en vue de la vie publique, c'est-à-dire en subordonnant au but social la satisfaction de nos besoins et Texercice de nos penchants égoïstes. Les plus fondamentaux eux-mêmes, l'instinct nutritif et Finstînct sexuel, sont accessibles à cette indispensable discipline, ce qui fourait en même temps les bases de notre épuration individuelle et la seule solution à la fois efficace et morale de questions considérées de nos jours comme très redoutables, l'insuffisance de la production ou Texcès de la population, etc. Si, d*une part, la religion démontrée
(t) Selon Li prévision d'An^cbarsU CJoots.
LA HELkaoN Di: l/liUMANlTÉ
proclame la nécessité d'assurer à chacun les conditions physiques et vitales dont la science biologique reconnaît la nécessité, d'autre part, elle réprouve énergiquenient les dî lapidations nutritives, les abus privés ou publics qui dissipent si préjudicablement les ressources matérielles de la société. De même, au nom d'une morale toujours positive, elle parvient à régler la pro^^réaiion , en faisant sentir combien une fonction qui a pour seul but légitime d'entretenir Télément objectif du Grand- Ktre, doit être subordonnée, sous l'aspect physique et surtout moral, k sa destination sociale. Quant à Tinstinct destructeur, qui se Irouve déjà l)ien atténué par la réglementation des deux premiers (lesquels exercent sur lui une réaction si puissante\ il est encore directement comprimé, comme étant contraire au but sympalbique de toute rexistence. Et si la religion positive peut discipliner ainsi les passions fondamentales de la nature humaine, à plus forte raison parvient-elle à contenii' nos autres iusiincts égoïstes, nalurellement moins énergiques, et d ailleurs beaucoup moins exclusifs, surtout l'orgueil et la vanité.
Quant au régime doineslique^ il concerne principalement les mo~ diftcalions deslioées à régénérer la famiïle. Premièrement, il établit la constitution altruiste do mariage humain, représenté jusqu'ici comme ayant pour but exclusif d'assurer la satisfaction de^ appétits sexuels tendant à la reproduction de re^spéce. D'après la grande notion de l'existence naturelle des sentiments bienveillants, la religion positive a pu concevoir la régénération de ce lien fondamental, en le considérant désormais comme étant surtout destiné au perfectionnement mutuel des deux sexes, absiractioo faite de toute sensualité. D'après sa supériorilé morale, la femme améliore Thomme en excitant et développant en lui la tendresse. Lliomme, au contraire, d'après la prépondérance incontestable de ses qualités pratiques, principales sources du commandement, lui fournit Tappui matériel dont elle a besoin. Il en est de même de respril, dont les facultés, inversement développées, se prêtent un mutuel appui, De là l'efficacité rt^ciproque de cette intime association, qui permet la plus parfaite amitié et la plus complète identiticalion, en deliors de toute rivalité. Ce but élevé, tinalement assigné au mariage humain par la synthèse positive, en fait une obligation morale universelle, à laquelle le sacerdoce surtout ne saurait se soustraire : pas de célibat.
Dans le régime posilif, la plénitude du lien conjugal, déjà assurée par rindissolubïlité du mariage civil, se trouve encore renforcée par l'institution religieuse du veuvage éternel, dont nous avons déjà fait connaître les principales conditions. Quant à sa constitution^ la (iimille doit ébaucher Torganisation pios complexe de la sociél^. La
ŒUVilE » AUGUSTE COMTE
femme y exerçant comme épouse et comme mère surtout, une influence équivalente à celle que développe le sacerdoce envers l'Etat, doit être, comme lui, alTranchie de la vie active, et renoncer à tout commandement réel comme à toute possession matérielle. Cetle double coûdilion est indispensable à sa prééminence afTective. Toute femme doit donc être alTranchie du travail extérieur, atin de mieux accomplir, au sanctuaire domestique, sur son époux et sur ses en * fants, sa noble mission moralisatrice et son devoir de ménagère. Mais une telle constitution matérielle ne peut étreassurée que diaprés le patronage actif de Thomme qui, désormais, doit nourrir fa femme sur le produit de son travail. Il est donc Télémeot temporel de la famille : c'est lui qui commande, qui agit k l'extérieur, qui gagne, qui gère et qui possède, Aussi sa liberté civile, son influence matérielle, doivent encore être accrues par la faculté de tester et d'adopter. Cette iuiportante disposition, principalement destinée à faciliter la transmission sociale de la ricliesse et des grandes fonctions temporelles, a, en outre, une heureuse réaction morale : elle achève de purifier et de consolider tous les liens domestiques, en les dégageant d^une convoitise qui les altère et les souille si souvent aujourd'hui. Le chef de famille ne doit, matériellement, à ses enfants, que ce qui est nécessaire à leur éducation et à leur installation sociale. L'application de ce principe permettra à rafTeclion tlliaïe ou fraternelle de se développer librement, sans aucune arrière-pensée de convoitise ni de concurrence réciproque ; et la suppression des dots, qui résulte du renoncement de la femme à toute possession matérielle» fera cesser aussi le scandale et le danger des mariages intéressés.
C'est sur des familles ainsi régénérées qu*un sacerdoce respecté étendra son influence moralisatrice, en rappelant à tous leurs devoirs réciproques : aux femmes, qui ne doivent attendre que de l'amour leur ascendant normal, la subordination volontaire envers leurs maris ; aux hommes, la protection matérielle de la famille ; aux enfants, la soumission respectueuse et dévouée, enlin FatTection fraternelle.
Envers le régime public, ou la politique proprement dite, la régénération positive consiste surtout à substituer la notion du devoir à celle do drolL Cette modiiication est même aussi essentielle à son égard que Test la substitution de la loi h la cause^ en ce qui concerne le dogme. Les droits^ quels qu'ils soient, individuels ou collectifs, monarchiques ou populaires, théologiques ou métaphysiques, supposent toujours, en etïet, une origine surnaturelle, qui peut seule les soustraire à la discussion humaine. Ils ne sauraient donc être conservés dans le régime positif^ où des loi^ naturelles» servant de base
à toutes les prescriptions, peuvent toujours être démontrées et surmonter, par conséquent, toute contestation. Les droits, concentrés dans la classe des gouvernants pendant le régime théologique et militaire qui servit à développer les forces sociales, furent très efiicaces pour obtenir une obéissance toujours indispensable : mais, répartis entre les gouvernants et les gouvernés depuis l'époque révolutionnaire, ils sont respectivement devenus aussi rétrogrades qu'anarchiques, et ne tendent plus qu'à perpétuer le désordre social. Le positivisme n'admet donc que des devoirs, de chacun. envers tous et de tous envers chacun^ suivant la détermination fournie par les lois naturelles. Toujours éminemment réelle et sociale, cette doctrine ne peut admettre des droits qui sont toujours essentiellement chimériques et individuels. La souveraineté du peuple, comme le droit divin des rois en fournissent la preuve, puisque ces principes émanent également d'une source théologique, pour aboutir de même à l'autocratie personnelle.
Nous naissons chargés d'obligations de toute espèce envers nos prédécesseurs, nos successeurs et nos contemporains; ces obligations sont encore augmentées par tout ce que nous recevons pendant le temps de notre préparation théorique ou pratique : sur quel fondement humain serait donc basé pour nous le droit individuel (celui de l'enfant en particulier), qui suppose toujours une efficacité préalable, puisque nous ne pouvons, quelle que soit la durée de notre existence, rendre à la société qu'une faible partie de ce que nous en avons reçu ? Tout droit humain serait donc absurde, autant qu'immoral, puisqu'il reposerait sur une appréciation erronée, et «qu'il nous pousserait à des prétentions égoïstes ; la politique positive ne saurait s'appuyer sur ce fondement défectueux. Puisque, de par la science, il n'y a plus de droits divins, mais seulement des lois naturelles, cette notion de droit doit être complètement éliminée du domaine politique, comme exclusivement propre au régime provisoire, théologique ou métaphysique. Une telle doctrine est totalement incompatible avec l'état positif de la raison humaine qui n'admet, en politique, que des devoirs correspondant aux fonctions normales de l'existence collective, déterminées par la science sociale. Nous avons assez expliqué déjà comment tous ces devoirs se confondent dans la règle générale vivre pour autrui : nous devons rappeler, en outre, le principe social qui prescrit de vivre au grand jour^ c'est-à-dire de ne rien entreprendre qui ne soit avouable; et qui recommande le respect continu de la vérité,le scrupuleux accomplissement des promesses quelconques, surtout de la parole donnée. C'est là le double devoir admirablement introduit par le moyen-âge et qui résume toute la morale sociale.
ŒUVRE DAmiUSTfe GOÎiTK
La vie publique comporte une appréciation distincte, suivant que l*on considère son caractère civique ou religieux. Sous !e premier aspect, la Patrie est, comme nous l'avons dit, Tinlermédiaire sociologique nécessaire entre la Famille et rilumanité ; mais, pour lui rendi*e toute soo efticacité naturelle, il est indispensable de la ramener à des proportions bien moins considérables que celles des agglomérations excessives résultées des guerres politiques qui succédèrent à la rupture du lien eatlioliquë, au temps de la Réforme. D'après la notion normale de patrie, qui réduit cette association politique à la cité, entoui'ée du territoire nécessaire à la satisfaction de ses besoins matériels, les républiques futures ne doivent pas excéder ordinairement, en étendue, l'espace occupé par cinq de nos départements actuels, de manière à équivaloir, par exemple, à la Sicile, à la Toscane, à rirlande, à la Suisse, à la Belgique, à la ttollande, etc. La vie politique devant être, dansravenir, essentielle* ment industrielle et pacilique, le travail y remplaçant la conquête et la défense, elle ne saurait se constituer normalemenl dans des populations plus étendues. Mais dans des États tels que ceux dont nous avons parié, la vie civique pourra reposer naturellement sur ce double principe habituellement senti et appliqué : dévoiwment des forts aux faibles^ respect des faibles pour les forts y ou des inférieurs pour les supérieurs, de nianière à faire constamment reposer l'harmonie sociale sur les deux penchants altruistes les plus élevés de notre nature, la bonté et la vénération, préalablement développées, ainsi que rattachement, par la vie de Êamille. Or, ce grand résultat politique ne peut être obtenu que d'après la division fondamentale, d'ailleurs pleinement justifiée théonqoement, des deux puissances sociales, spirituelle et temporelle. Car on ne peut assurer le dévouement des Ibrts aux faibles que par ravénement d'une classe de forts qui ne puissent obtenir d'ascendaiit social qu'en se dévouant systématiquement aux faibles, d'après la libre vénération que ceux-ci leur consacrent. Tel est le sacerdoce qui, restreint au conseil et dénué de tout commandement, devient Tâme de la vie sociocratique. Son intervention civique est donc principalement destinée à régler les relations entre le prolétariat et le patriciat,
La constitution normale de Tindustrie moderne repose en effet sur deux conditions essentielles : la division entre les entrepreneurs et les travailleurs, et la hiérarchie des chefs industriels d'après leurs fonctions, d'où résulte naturellement celle des prolétaires. Cette organisation se trouve complétée par la subordination des campagnes envers les villes, La hiérarchie industrielle s'élève ainsi des agriculteurs aux fabricants, puis de ceux-ci aux commerçants, pour monter
L\ RELIGION DE L'HCMANITÉ
enfin aux banquiers, en constituant chaque classe sur la précédente.
Ce classement est fondé sur la nature même des opérations respectives, qui, étant de moins en moins directes, exigent successivement des agents plus choisis et moins nombreux, et aussi des conceptioos plus générales et plus abstraites, comme une plus vaste responsabilité.
Le patrlciat^ ou la classe des entrepreneurs, doit être assez concentré pour que chaque membre y administre tout ce qu'il peut convenablement diriger de la fortune publique, afin de réduire autant que possible les (rais de gérance et d'augmenter la responsabilité du fonctionaire. Cette concentration de la richesse est une condition essentielle de son efficacité, car de grands devoirs nécessitent de grandes forces, et d ailleurs, le plein développement de Tindustrie et la satisfaction des besoins sociaux, exigent autant la concentration des capitaux que la dispersion des prodoits. Confiance entière et pleine responsabihlé, tel doit donc être le double caractère de la nouvelle organisation politique.
Iji richesse, ou la possession mobilière et immobilière, y reçoit toujours une appropriation personnelle, mais elle est reconnue comme étant sociale dans sa source, et dans sa destination. La créalion d'un capital quelconque étant toujours un résultat collectif, auquel Tindividu a infiniment moins de part que renseoible de ses prédécesseurs et de ses contemporains, jamais sa possession ne peut consliîuer un droit personnel absolu, ou seulement arbitraire. Tout propriétaire n'est qu'un fonctionnaire public, un détenteur responsable, chargé par THumanité de gérer une portion de la richesse commune, et obligé de remployer de la manière la plus profitable à tous. Libéralement dotés par ïeurs prédécesseurs, les contemporains doivent transmettre à leurs successeurs Thérifage des générations passées : tel est le principe réel de la coopération sociale, théorique ou pratique. Gomme conséquence d'une telle régénération politique, rhérédilé théocratique émanée du régime des castes, et qui s'est prolongée sous diverses formes jusqu'à nos Jours, doit être remplacée [>ar l'hérédité sociocratique. C'est-à-dire que le patricien doit choisir librement son successeur ou son héritier» même en dehors de sa lamille, sous sa responsabilité morale, avec le contrôle sacerdotal et populaire, qui ne peut, du reste» influer qu'indirectement, par des représentations, mais jamais par la force. Ce mode de transmission des fonctions temporelles, ainsi que de la^ richesse qui en constitue la base, est une application du principe plus général qui, dans le régime positif, fait toujours choisir les fonctionnaires inférieurs par leurs supérieurs immédiats. Nul ne pouvant être convenablement apprécié,
ŒUVRE D AUGUSTE COMTE
jugé, que par son supérieur réel, les inférieurs, dans une fonction quelconque, sont donc généralement incompétents pour choisir leurs chefs, ce qui écarte entièrement, dans Tétat nonna!, le régime électif démocratique* Ce procédé est, en etlei, aussi infidèle qu^immoral, puisqu'il aboutit toujours à Finconvenance des choix, d'après l'incompétence des juges, et à une irresponsabilité déplorable dans une fonction aussi importante (1>.
Le gouvernement temporel proprement dit doit être exercé, dans chaque république sociocraLique, par les principaux industriels : c^est-à-dire, d'après la hiérarchie sociale que nous avons indiquée, par les banquiers les plus importants, que la généralité et la difficulté croissantes de leurs relations commerciales, manufacturières et agricoles placent au sommet de la série pratique dont les travailleurs forment la base. C*est à eux que, dans les cas de conflit^ le sacerdoce, par r intermédiaire de son organe suprême, devra soumettre les réclamations du prolétariat, m La classe exceptionnelle qui contemple (t habituellement l'avenir et le passé, applique alors au présent toutes u ses sollicitudes, en parlant à ceux qui vivent au nom de ceux qui « vécurent et pour ceux quî vivront (2). >♦
Quant au proléiariut^ ses travaux quelconques, sous le nouveau régime politique, prennent nécessairement un caractère social, comme services volontairement rendus à l'Humanité. Celte noble destination, qui relève si efficacement chaque action particulière par le sentiment habituel de sa coopération au bien public, ennoblit Tobéissance autant qu*elle consolide le commandement; car tout ordre véritable, émanant du Grand-lvtrc, ne saurait dégrader celui qui Texécute. Entin^ cette destination du travail humain développe activement le sentiment social dans des fonctions jusqu'alors réduites à de simples préoccupations personnelles. Toutes les professions utiles deviennent libérales; et le prolétaire cesse d'être un esclave émancipé, pour prendre définitivement dans la société le rang de citoyen. Dès lors aussi, le salaire n'est plus regardé comme payant la valeur du fonctionnaire, ou comme acquittant le service rendu, mais comme indemnisant seulement le travailleur de la dépense en provisions, matériaux et instruments indispensables à Taccom plissement de sa fonction, à son entretien personnel, ainsi qu*à celui de sa famille. Cette façon nouvelle d'envisager le salaire ne dispense donc
(i) Mous en avons cti, en France, trop d*exeinples depuis cent an^, pour qu*il soit nécesiairc d'insister.
(a) Cêlkbitmi posUivhit, page ^oj.
aucunement de la gratitude qui revient à tout service réel, ni de l*appréciation spéciale du dévouement et du talent que nécessitent tant d'actes industriels ; elle permet, au contraire, de faire pleinement ressortir le mérite de chacun aux yeux de tous, même quand il s'agit des plus humbles travaux, dont quelques-uns exigent trop souvent le risque de la vie. C'est ainsi que devient possible le classement abstrait de tous les hommes, d'après leur valeur intrinsèque, intellectuelle et surtout morale, indépendamment du classement concret résulté de la subordination des professions, et assigné par la situalion sociale, ou par la fonction. Ce contraste permanent, librement développé par le sacerdoce, ramènera sans doute les chefs temporels à des appréciations plus judicieuses et à des dispositions meilleures envers leurs subordonnés, en leur faisant sentir que leur propre élévation peut tenir davantage de leur situation que de leur mérite, et que tels de ceux-ci leur sont réellement supérieurs individuellement.
Le sacerdoce fera encore apprécier au prolétariat l'avantage d'une condition où l'absence de responsabilité, et par conséquent de tous les soucis qui s'y rattachent, permet de s'abandonner sans trouble aux douceurs d'une vie de famille désormais convenablement assurée sous le triple rapport matériel, intellectuel et moral. Les travailleurs reconnaîtront alors que le principal office du patriciat étant de procurer à tous le paisible essor de la félicité domestique, ils doivent le respecter et le seconder de tous leurs efforts ; et ils ne manqueront point d'éprouver une reconnaissance réelle pour de tels services. Les conflits politiques ou industriels deviendront donc moins fréquents : et pour les cas où ils seront inévitables, le sacerdoce s'efforcera d'obtenir des chefs et des subordonnés le renoncement formel à tout procédé militaire, ou violent, pour vider de tels débats. Désormais, la lutte doit exclusivement s'engager entre la force concentrée ou dispersée, d'après le retrait des capitaux ou le refus du travail, mais ne jamais consister dans la violence exercée sur les personnes ; un tel moyen ne devant être usité qu'envers les malfaiteurs. C'est dire que l'institution de la grève, qui forme la principale garantie politique du prolétariat, ne saurait disparaître du régime normal de l'industrie, et que le sacerdoce devra en régulariser l'emploi en déconseillant et blâmant celles qui seraient injustes, en fortifiant do son approbation celles qui seraient légitimes.
Voilà pour l'organisation de la cité ; quant à la politique universelle, elle offre deux degrés principaux, suivant que l'on considère les populations régénérées, c'est-à-dire positivistes, ou bien les peuples demeurés étrangers à la vraie religion. Dans le premier cas, l'action politique consiste dans l'extension de l'influence sacerdotale.
ŒUVRE D A LEGISTE COMTE
seule universelle, aux diverses républiques sociocraliques temporellement distinctes et indépendantes» dont elle doit mainteoir l'union spirituelle, par la communauté de sentiments et d'opinions résultée de Fidentité d'éducation. Cette influence devra mt^me s'étendre â l'adoption de certaines dispositions pratiques, telles que runiformité de monnaies, de poids et mesures, de langage, etc., que le sacerdoce pourra seul faire prévaloir universellement, malgré les rivalités locales. L'union des divers États entre eux reposant surtout sur des mœurs uniformes et sur des fêtes communes, sera donc religieuse et nullement politique. Et si quelque gouvernement temporel devenait véritablement oppressif chez lui ou subversif au dehors, le sacerdoce, d'après rinfluence spirituelle qu'il possède dans chacune des autres républiquesj parviendrait toujours, par leur interv'entioUj à ramener Je transgresseur, si ses avis directs demeuraient méconnus.
Envers le second cas, la politique positive consiste dans Fincorporation successive des populations hèléiogèues à la religion de l'Humanité. Émanée du centre français, la nouvelle toi s'étendra à peu près simultanément aux quatre autres populations avancées qui, depuis Charlemagne, constituent, avec la France, la République occidentale, savoir : FUalie, FEspagne, l'Angleterre et l'Allemagne, avec leurs annexes respectives, surtout européennes et même coloniales. Viendront ensuite les autres populalions nionotliéiques : les Turcs et les Arabes d'abord; après, les Russes et les Persans; puis la race jaune, polythéiste; enfin la race noire, encore fétîchîque. G*est ce noble prosélytisme extérieur, toujours éclairé, pacifique, bienfaisant et réparateur, qui deviendra la principale occupation collective du sacerdoce positif, quand la régénération occidentale sera assez assurée. Ainsi se trouvera finalement réalisé le vœu de l'unité humaine, par l'extension de la toi déniontrable â tuus les peuples de la Terre, par la fusion des trois races fondamentales qui olTrent chacune un attribut de la sociabilité ïiumaine respectivement prépondérant, et dont Fassociation religieuse, en permettant Texploitation systématique de notre commune demeure» facilitera le perfectionnement définitif de notre constitution cérébrale, en l'amenant à mieux aimer, à mieux penser et à mieux agir (1).
(i) Je rappelle, en tenuin^ut ce résumtî trop imparfait de I4 doctrine positiviste, qu'il ne peut donner une idée suftisaïuc de cette imme1l^e syîitém.jtiSiition, ni surtout permettre de \a juger. Son principal but est de présenter les motifs ihcoriqucs de Ij glorilicatioii que j'ji entreprise dans b seconde partie de cet opuscule» et une telle exposition ne saumit ancunc- Ttietïl disf>enser de recourir aux œuvres du fondateur : le Coun de phiîùio^hh potUitHt^ \c Syttfme de poUih^ue poîitivf, la Synihhf iuhjetilve^ 1c Cahrht'jne pcxitnistf.
Lk RKLÎGWH DB L'fICMAMTË