‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste Comte (volume 2)Chapitre 11 sur 103 · VI. — Transition de l*état actuel a l'état normal · texte numérisé non relu

VI. — Transition de l*état actuel a l'état normal

D'après ce qui précède, il est aisé d'entrevoir quel immense changement la religion positive introduit dans le monde, puisqu'elle y renouvelle, en raméliorant, Texercice du sentiment, de la pensée et de l'action. A Taûtique égoisme des motifs théologiques, elle substitue des mobiles sociaux entièrement désintéressés; au lieu du régime arbitraire et mystérieux des volontés surnaturelles, elle introduit la précision et la fixité des lois démontrables dans rexplication de l'ordre universel ; enfin, elle substitue, dans la politique, le devoir au droit, l'industrie à la guerre, et fonde entre les sentiments, les idées et les actes, une convergence jusqu'alors inespérée, une incomparable harmonie. C'est donc la plus profonde révolution et la plus universelle à laquelle ait encore aspiré l'Humanité.

Mais celte complète évolution n'est pas moins accessible que fondamentale, car la religion qui Tinstitue consacre, en les développant, tous les éléments nécessaires, toutes les tbnctioos normales du grand organisme : sa base active, le prolétariat et le patriciat; sa direction théorique, le sacerdoce; son intime et permanente impulsion morale, la femme. Elle établit riiarnionie de toutes ces forces indispensables. Elle consolide donc la Famille, la Patrie, l'Église, éléments éternels de rexistence sociale; elle rétablit leurs relations nécessaires sur des bases mieux assurées.

Perfectionnant partout Tordre universel, surtout liuraain, la religion finale n'apporle pas moins au progrés : elle développe dans tous les sens la nature de rfiorame et dirige ses meilleurs efforts vers la conquête des trésors sinritucls (le beau, le bien, le vrai), seuls véritablement communs et inépuisables. Affranchissant, au nom de la science et de la morale, d*une misère inique, l'immense classe de ceux qui produisent Loute richesse, elle ouvre aux travailleurs l'accès de la famille régénérée; elle étend leur action publique, des plus humbles intérêts de la société, jusqu'à ses préoccupations les plus nobles. Elle donne au gouvernement humain sa véritable force et sa seule dignité, par la moralisation du commandement et de Tobéissance, qui deviennent également un devoir. Entin, elle assure la liberté, d'après Tordre, l'indépendance personnelle et le concours social, en séparant a jamais les deux grands pouvoirs théorique et pratique, en étendant Tinflnence spirituelle, et adoucissant la force matérielle. Surtout elle reconstitue Ibrtenrient TÉglise, qu'elle élève à sa plus entière généralité. El c'est vers ce point, où convergent

ŒUVRE DAUCrSTE COMTE

depuis tant de siècles les plus hautes aspirations de la société, que la religion positive concentre tous ses eflbrts, pour réaliser le perfectionnement suprême, pour instituer, enfin, Tharmonie recherchée par toutes les préparations aniérieures. Conservant du passé ce quil eut de beau, de grande d'organique et de définitif, et n'éliminant de ce précieux héritée que ses résultats passagers, ou ses imperfections nécessaires, elle consomme le vom de Funitê romaine et de Tuniversalité catholique! Elle vient donc prendre la direction générale des afïaires terrestres pour modifier systématiquement les diverses situations contemporaines, qu'elle seule comprend et respecte, et pour les amener au terme définitif de toute évolution humaine. A ce noble labeur, à ce concours suprême^ elle convie tous ceux qui, enfants de r Humanité, aspirent à devenir ses serviteurs en assurant ce progrès final, afin que débarrassés des vices, des erreurs et des faiblesses de fadolescence, nous puissions aborder notre maturité dans des sentiments, des croyances et une activité véritablement dignes de citoyens de la Terre* Alors plus de tiaine funeste, plus de préjugés trompeurs, plus d*agitation homicide ou de défaitiance vaine, partout la sympathie, la clairvoyance et la fermeté : partout Thomme tendant à rhomme une main fraternelle, pour exploiter la patrie commune; pour féconder, en la bénissant, cette Terre dont dépend l'existence de tous, pour l'améliorer et rembellir, pour en faire un séjour de bonheur et de paix, où chacun puisse accomplir dignement sa véritable destinée, qui est de concourir librement à la conservation et au perfectionnement de THumanité.

La synthèse positive concilie donc toutes les nécessités de Tordre et du progrès : expliquant d'une manière naturelle la succession des mutations humaines, elle démontre la légitimité^ la fatalité même d'un régime rationnel et pacifique qui succède, diaprés refibrt de la révolution moderne, au régime catholico-féodal; elïe rattache le présent au passé, la république à la monarchie, les progressistes aux conservateurs; enfin elle rétatilit la continuité sociale si longtemps et si dangereuseinent rompue. Elle vient fermer Fère des révolutions et inaugurer Tâge béni de la concorde, en rapprochant les personnes, les classes, les partis, les sectes, les races, les l ri bus, les nations, par une même foi et par un seul amour, le culte de THumanité!

Comment marcher, dans le présent, vers ce glorieux et bienfaisant avenir, dont la science nous olîre aujourd*hui la promesse, et dont elle nous fait entrevoir Tinévitable avènement? Car, bien que la société no puisse échapper à ses lois, bien que le terme naturel de aon évolution ne puisse être évité, il dépend de nos efforts de devan-

IK RELIGION DE L'HltMANlTÉ ,

oer le moment du triomphe, et d'atteindro plus tôt le but. La religion nous fournit encore ici sa tutélaire assistance.

D'abord, elle ne fait dépendre Tavènement de la foi positive et rinstallation du régime pacifique que des efforts de ses adhérents. C*est raction purement spirituelle qu'ils exerceront sur leurs contemporainSj par Texcmple «le leurs mœurs, par Tascendant de leur parole et de leur conduite, par la prédication et par renseignement, par leur jugement et leur initiative envers les grands événements sociaux et politiques, en renoncent à tout recours matériel et coercitif, à tout emploi de la force pour exercer leur influence, c*est celte action, dis-je, que reconnaît seule la nouvelle foi, et que doivent exercer ceux qui la professent. Persuasion, démonstration > dévouement, voilà les moyens, les armes uniques qu'ils puissent et veuillent employer pour entreprendre et consommer la régénération moderne, pour taire prévaloir finalement la religion universelle, pour amener le régne de THumanité.

Mais après Tinfinence systématique résultée de l'enseignement religieux, les positivistes peuvent s'adresser plus directement à l'opinion publique, afin de la faire accéder aux principes de la politique transitoire qui doit conduire à Finstallaiion définitive du régime final. Pour ouvrir ullérieureinent cette phase préparatoire, dont toutes les bases ont été i)Dsées dans le Traité de sociologie 1 1), leurs elTorts actuels doivent amener le public à admettre quelques propositions pofitiques qu'il faut évidemment taire pénétrer chez tous les esprits actifs, si Ton veut obtenir la seule issue normale de la crise 011 se trou%^e engagé rOccidenl.

D'abord, les honnaes de louies les opinions et de tous les partis qui veulent sincèrement l ordre ou le progrès, doivent reconnaître pleinement, aujourd'liui, que la situation est nécessairement ti^ansitoire, puisque les conservateurs et les progressistes s'efibrcenl également d'en sortir, quoique d*une manière dilTérente. Ils doivent reconnaître que cette situation n'est pas le résultat d'un simple accident momentané (la crise de 1789 par exemple), mais TelTet d'une immense révolution dans les idées et dans les mœurs, qui dure et se développe depuis cinq siècles environ. Et que, dès lors, ils ne peuvenl espérer de laire cesser, par des mesures ijninédiates, un état aussi grave, aussi ancien, qui nécessite un changement toujoui-s lent et difficile dans les opinions et dans les habitudes. De plus, comme le retour aux anciennes croyances et aux vieilles institufions, s'd était

(r) V« cUns la Poliiliue poiîikt^ t. IV, le chapitre consacré a U tranfitîon moderne : -ihjtfiiaikm systématique du prhtnty tVapm la comhinanon de Vavenir avec le pasié*

Si

ŒU^-RE DAUGtîSTE COMTE

possible, ne ferait que replacer la société au point où elle n'a pu se maintenir et dont elle est partie pour tomber dans la révolution, i' est évident que la restauration de Tancien régime ne présente aucun recours assuré contre le désordre actuel, et qu'il fauU pour en sortir, un système entièrement nouveau, vers rétablissement duquel la politique contemporaine doit tendre de |)lus en plus.

On n'improvise pas une société : et la modification totale des opinions et des mœurs, de laquelle dépend linatement riostitution du régime nouveau, devant être inévitablement lente et graduelle, il s'ensuit que Ton ne peut aucunement décréler ce régime* L'action politique, les mesures gouvernementales immédiates, sont donc ici tout à fait impuissantes, incompatibles, et Ion doit surtout recourir à [action spirituelle, qui s'exerce sur les idées et les sentiments desquels dépend la conduite humaine. Celle action n'est pas moins exigé-e encore par Texlension même des populations à régénérer et par leur étal de liberté, qui implique de leur part un assentiment volontaire, inconciliable avec loul commandement politique proprement dit. C*est pourquoi le canseil philosophique convient mieux à une telle opération que les injonctions temporelles ; c'est pourquoi les libres elTorls de chacun pour modilier ses opinions et ses dispositions acquièrent à cet égard une importance capitale, car c'est de cette transformation personnelle et spontanée que dépendent Tavènement du nouveau régime et la terminaison de la révolution. Voilà ce que doivent méditer et comprendre tous les hommes qui veulent sortir de la situation présente, les progressistes surtout, puisque seuls ils cherchent activement les conditions de la réorganisation moderne, et que les rétrogrades, restant à l'état passif, gardent ordinairement la défensive.

Ce n'est pas tout encore, et puistju'une telle situation n'est qu'une transition entre le passée! l'avenir, on doit y respecter sincèrement les forces sociales créées par ce passé (la puissance temporelle surtout, richesse et gouvernement), et les accepter telles qu'il les a ré(mrties, sans renoncer cependant à les modifierj puisque ce changement essentiel est le but même de la révolution. La rénovalion consisle, à cet égard, à faire surgir de l'étude rationnelle de^ forces développées par l'évolution antérieure, la nature des améliO' rations qu*elles comportent, au lieu de les bouleverser ou de les détruire par une intervention jalouse et tnconsidérée. Pour devenir véritablement progressiste, il faut donc être organique, il faut abandonner les procédés négatifs pour les mesures constructrices, et, au lieu de renverser toujours, se proposer de conserver en améliorant. Enfin, il faut renoncer à jouir immédiatement des bien-

IX fiEunioN T»i: r/urMANiTi^:

filits d'une rénovalioa qui ne saurait être subite, et se conlenter, comme Tout tait nos pères, de travailler pour les descendants.

Voici quelques-unes des mesures générales que de telles disposilions mentales et morales devraient inspirer à raction politique. Son premier devoir, la plus orgenle nécessité de notre temps, c'est de maintenir Tordre matériel au milieu du désordre spirituel résulté de Tétat révolalionnaire, mais de manière à permettre la rénovation. La divergence des opintotis et régoïsme des sentiments, leur aotagonisme, augmentant chaque jour, d faut nécessairement contenir le désordre des actes, si Ton veutempèctier la dissolution de l'état social. Un tel résultat dépend certainement aujotirdlmi de (^institution d'un gouvernement civil dictatorial, et du renoncement sylématique à toute direction parlementaire, La dictature n*estautrechose, aufond^quela concentration dans les mômes mains, du iK)uvoir législatif et du pouvoir exécutif : le premier portant de plus en plus sur les intérêts d*ordre matériel et administratif, et de moins en moins sur les ctioses spirituelles. Que la dictature émette les décrets nécessités par la gestion des alTaires temporelles ; que l'assemblée qui lui est adjointe soit purement administrative, rinanciéro, chargée de voter et de contrôler son budget ; qu*elle soit choisie par le suffrage universel, pour éviter les ititrigues de la richesse et delà capacité: mais que jamais un parlement otjmjpotont et irresponsable, accaparant toutes les hautes fonctions sociales et tous les pouvoirs, confondant le spirituel et le temporel, n*édicle arbilrairemenl des lois sur la religion, la morale, la philosophie, la science, la politique et rindus- Irle! Des praticiens appelés à légiférer en matière spirituelle et des théoriciens pourvus d'une autorité politique pour imposer leurs idées au lieu de les exposer, sont deux choses aussi contradictoires au point de vue de la raison, que menaçantes envers Tordre et la litjerté. La séparation de la théorie et de la pratique, de TÉglise et de rÉtat, ratlî'iliution à des organes respectifs et indépendants de Tintluence spirituelle et de rautorite temporelle, enlln la concentration de l'action politique au setn d'une dictature responsable, exclusivement pralique, telles sont aujourd'hui les seules garanties de Tordre et du progrès, de la conservation et de la liberté, le seul moyen d'éviler Tarbitraire et la confusion politiques, la lutte et les excès des partis, rinqHisHîon et la terreur^ qui sont aussi bien le dernier mot de la rétrogradation que de Tanarchieî

En fait, la dictature, sous une forme quelconque, gouverne l*Occident depuis le commenceîiient de Tère révolutionnaire, c'est-à-dire depuis la fin du xnc siècle, où commen*;a la dét-omposition manifeste du régime catholico-féodaL L'anarchie croissante des opinions

(E r VR F: DAT' G i ST E CO M T K

exigeait qu'il en tïit ainsi; et, en^ présontant systèioaliquement ce"' mode gouvernemental comme la base nécessaire de la politique contemporaine, le positivisme ne fait que régulariser un état de choses qui existe depuis longtemps. Voici, d'une manière très générale,— quels sont les principes de cette importante systématisation. ■

Rappelons avant tout que la dictature est indispensable au maintien de l'ordre social tant qu'il y a divergence dans les esprits, puisqu'en l'absence de principes fixes pour la conduite privée et publique,,™ des agents multiples étant nécessairement divisés, oe peuvent exercer une action coordoiniée. Mais elle assure encore son établissement final à un point de vue bien plus important : en subordonnant au pouvoir jiolitique les légistes et les métaptiysiciens, la dictature tend à éliminer les classes transitoires, les forces sociales descendantes, qui doivent nécessairement disparaître ; et elle lavorise Favénement des Ibrces ascendantes ou des classes normales, patrons, ouvriers, savants, artistes, non-seulement en secondant le mouvement industriel et positif qui leur est propre, mais aussi en les préservant de la déviation parlemenlaire, où les patriciens ne manquent jamais de devenir les subordonnés des théoriciens sobal ternes, docteurs de toute sodé et avocats. Résultat funeste, surtout au moment où les déposi-fl tâiresde la fortune publique doivent devenir les véritables chefs temporels de la sodété, alin de diriger convenablement la grande lutte de riiomme contre le monde extérieur, qui est le but linal de la politique humaine. Du reste, sous le régime parlementaire, la dégradation n*esl pas moins à craindre pour les prolétaires que pour les chefs , industriels, et ie parlementarisme démocratique n'est pas moinaM dangereux, à cet égard, que le parlementarisme bourgeois, puisque' riiitrigue et IVintérêt (connue on Ta vu dans Ijeaucoup de cas), se substituent aussi bien aux principes dans la conduite politique du peuple que dans celle de la bourgeoisie. Tout espoir de rénovation serait donc perdu, si le parlemenlarisme généralisé arrivait à altérer profondément le iirolétaiiat, puisque ce régime n'est autre chose qu€ Finsurrection pennanente, que l'émeute systématique des classe transitoires contre Favénement de Fétat normal.

Nécessaire au maintien de Fordre, la dictature n'est pas moins indispensable au développement du progrès, qui en est Fextension systématique. Voici les principales modifications qu'exige cette institution pour qu'elle arrive à améliorer en conservant. H'une manière générale, Faction dictatoriale doit renoncer à la direction spiritueUe J et favoriser la décentralisation administrative. *■

Sous le premier point de vue, celui de Fahstention spirituelle, la dictature moderne doit donc abandonner toute prétention théocra-

tique, pour prendre ouvertement le caractère sociocratique. C'est-adire qu'uu tel gouvernement doit s'appuyer, pour agir et durer, non plus sur le droit divin et absolu que dut nécessairement invoquer la direction royale au sortir du moyen âge, et d'après l'influence de la consécration théologique, mais sur l'approbation et le resj)ect des gouvernés, sur la conformité de sa politique avec les besoins et les tendances de la situation sociale, en un mot, sur son utilité, qui est désormais la seule base de toute légitimité. La division réelle, la séparation totale des deux pouvoirs sociaux théorique et pratique, spirituel et temporel, suffiront pour assurer cette transformation. Et leur indépendance se trouvera assez établie, quand la dictature se sera reconnue elle-même comme uniquement chargée de maintenir l'ordre matériel, et qu'elle ne s'attribuera plus que le gouvernement politique proprement dit; quand elle aura institué la pleine et entière liberté d'exposition et de discussion qui est indispensable à la propagation et à l'avènement de la nouvelle doctrine générale qui peut seule terminer la révolution. Outre l'abolition de toutes les mesures restrictives actuellement infligées à la liberté spirituelle, sa complète et indispensable restauration ne peut donc être effectuée que par la suppression des budgets théoriques (celui des Cultes, et surtout celui de l'Uuiversité), qui constituent un monopole oppressif en faveur des croyances subventionnées. Tout en respectant scrupuleusement les opinions correspondantes, l'Ëtat doit cesser de les salarier. Dans l'exercice de ses attributions politiques et administratives, il ne doit manifester aucune prédilection théorique officielle; comme la loi, et pour lui appliquer l'heureuse formule d'un légiste contemporain, le gouvernement doit être athée, c'est-à-dire qu'il ne doit régler sa conduite politique d'après aucune foi religieuse spéciale, quelles que soient, d'ailleurs, les croyances personnelles de ses agents. Avec la liberté de conscience, il ne peut y avoir de religion d'État (1).

D'après la suppression des budgets théoriques, le culte et l'enseignement deviendront libres, ce qui sera pour tous deux, mais surtout pour le catholicisme, la condition essentielle de sa transformation finale, ou d'une digne extinction. Le gouvenement, tout en ne con-

(i) Je ne fais ici qu'énoncer le principe, sans donner aucun développement, renvoyant le lecteur, à cet égard, aux ouvrages d'Auguste Comte. Je dois rappeler seulement que, quant à la liberté de la presse, le pouvoir temporel doit toujours se prémunir lui-même, et sauvegarder les personnes contre les attaques des bravi littéraires ; et que, quant à la suppression des budgets spirituels, tous les ménagements convenables lui sont recommandés pour sauvegarder les intérêts des fonctionnaires engagés dans les carrières correspondantes.

On trouvera aussi quelques développements relatifs à ce sujet dans la seconde partie de cette notice, c. IX. *

ŒDVRE D'AirCUSTfi COMTE

servant à cet égard qu'une surveillance administrative et relative aux intérêts d'ordre public, doit cependant retenir dans ses attribulions V enseigne rnentpnmalre^ quAÏ cherchera à développer. Car cette instruction n*est que la vulgarisation gratuite des notions qne tout! tiomme doit aujourd'hui posséder, indépendamment de ses opiniot] quelconques. Par te même motif, il conservera la direction de quelques Écoles spéciales^ également ludépeudantes de toute croyance politique ou religieuse, comme les écoles vétérinaires, etc. Hors cela> rÉtal laisse tout surgir et ne protège rieiL Tel e.^t le seul moycn^ d'instituer réellement ta liberté spirituelle (liberté de coDscience,B liberté religiousej liberté philosophique, iiberlé d'enseignement, d*exposition et de discusî^ion), sans aucun danger pour Tordre malériei.

D'autre part, étant pourvue de la L-entralisalion politique (réunion des pouvoirs législalifet exécutit et assimilation des décrets auxlois)^ la dictature moderne penteîTecluer la décentralisation administrative, atin d'éliminer autant ijue possible une bureaucratie onéreuse, oppressive, gênante, et pour rétatilir dans chaque localité un centre d'activitéfl civique* Surtout, elle doit devenir irrévocablement pacifique, et proclamer le grand tait social de la substitution de Factivilé industrielle à Tagitation militaire, du travail à la guerre et de la solidarité dal tous les peuples, qui, en tant que membres d'une même famille etf^ parties d'un seul organisme, ne sauraient rester en opposition réciproque. La dictature devra donc tendre immédialement à restreindre Tarmée dans les limites qu'exige le maintien de Tordre intérieur^ — c*est-à-dtre à la supprimer en principe et à la transforirier, de fait, eo^ une gendarmerie toujours trop faible pour consommer une oppression générale, mais assez forte pour prémunir té gouvernement contre des émeutes partielles. Telle est lajcondition expresse d'après laquelle chaque dictature occidentale obtiendru, à Tintérieur, ta contîance et le respect des gouvernements et des nations.

La politique de l*Occident envers le reste de la Terre doit être Ijasée sur le même principe et consister dans Texclusion de toute oppression, surtout militaire, à Tégard des populations moins avancées. En attendant un prosélytisme direct, toujours éclairé et bienveillant, elle doit donc réduire ses relations étrangères à de simples rapports commerciaux, et substituer au mépris systématique qu'elle témoigne si injustement aujourd'tmi envers les membres attardés d| la grande famille humaine, Tappréciation relative et sympathique que nécessite et que mérite leur situation.

tùi résumé : maintenir énergiquement Tordre matériel, seconde^ sagement le mouvement industriel et faire respecter scrupuleuse ment la liberté âpiriluellëj telle est, suivant la foi positivée, la len^

LA REUGIÔN DE t/lItîMANtTÉ

dance qui convient actuellement à la politique occidentale, surtout française, pour entrer dans la voie de la régénération finale* On peut peûser que de telles mesures seront convenaLleraent appréciées par les gouvernants : mais comment le public les accueillera-t-ir? Sans aucun doute, elles Uniront par aci|oérir la sympathie des masses passives de toutes les opinions, et Tadhésionde l^élile du pralétariat : itiais elles provoqueront, plus sûrement encore, ainsi que Fa fait déjà la doctrine générale dont elles émanent, Taversion des meneurs de tous les anciens partis.

Les vrais révolutionnaires, ceux qui veulent reconstruire la société en detiors du théologisme et de la guerre, trouveront dans le positivisme trop de points de contact avec leurs propres aspirations, pour s'en laisser toujours écarter par les sophismes dont on les abuse aujourd'hui. Ils ne sauraient méconnaître plus longtemps les aflinités d'une doctrine (|ui écarte ratiicalement l'ancien régime pour lui substituer un système entièrement conforme aux liesoins de la société Tnoderne. La politique positive reprend en effet le mouvement humain oii Pavait laissé la Convention, pour le diriger vei*s son aboutissant normal; et Ton peut espérer qu'elle sera finalement appréciée de tous les véri labiés progressistes.

Malgré la déviation anarchique qu'a fait subir aux travailleurs le parlementarisme démocratique, ils peuvent encore être ramenés au véritable esprit de ia révolution : car la masse prolétaire est politiquement indifférente et désire avant tout la réorganisation sociale. Elle tend partout, sous le rapport des institutions, vers Tétat pacifique ou industriel, et, à Tégard des opinions, vei^ Tétat rationnel ou scientifique. Quant à Télite, qui constitue le prolétariat actif, efie est surtout comnmniste (on dit aujourd'hui coUect'tvisie) : dominée par le sentiment social, elle sacrifie trop Tiodépendance personnelle au concours public; elle professe donc le meilleur socialisme, mais elle |)eut être aussi ramenée, puisque, grâce à Félévation et à la sincérité du sentiment, l'esprit peut y rectifier une aberration purement intellectuel le^ et s'élever enfin au positivisme, qui subordonne la personnalité a la sociabilité sans sacrifier l'indépendance au concours. Il est donc permis d'espérer que le prolétariat, qui constitue, comme classe, la plus solide esperan(-*e de la régénération moderne, pourra satisfaire bientôt à ses conditions essentielles : qu'il renoncera, sous l'infiuence de la prédication posiUviste, aux grossiers appâls de rindustrialisme, qu'il comprendra Timportance des etTorts individuels pour le perfectionnement intellectuel et moral, et qu'il délaissera dès lors r insurrection et le déclassement comme procédés usuels améliorer sa situation.

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