‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste Comte (volume 2)Chapitre 62 sur 103 · MADAME AUGUSTE COMTE · texte numérisé non relu

MADAME AUGUSTE COMTE

(CAROLINE JWASSIN).

Caroline Massin est née au moia de juillet 1802, à Ghâtîllon*sur-Seîne, d*un comédien et d'une comédienne appartiMiant à une troupe ambulante de province, non mariés, et qui se séparèrent bientôt après la naissance de leur 011e. L'enfont passa ses premières années à Paris, chez sa grand'mère maternelle mariée l\ un honnête tailleur et qui paraît avoir été une digne femme. Elle mourut en 1819.

Devenue veuve en 1813, elle ne puL garder sa pelile-fille, alors âgée de onze aiit^, qui dut relourner avec sa mère. Celle-ci, très dépravée, releva pour la vie galante, et la dressa à ne considérer les hommes que comme u» objet d*eïploitation qu*une jolie femme devait toujours mouvoir suivant ses caprices. Cette maxime fut» pendant louto sa vîe, la hase de sa coiiduil/^.

Livrée à un j^îUïie avocat qui Tabaudonna bientôt^ et n*ayant ni métier ni goût au travail, ni moyen d'existence, Caroline Massin s^adonna à la galanterie. Elle fut inscrite et se mit à exercer dans les environs du Palais-RoyaK C'est dans les fameuses ffaleries de hois^ le 3 mai 1821, jour de la fête *jf(lcielle pour le baptême du duc de Bordeaux, que le jeune Comte, alors publiciste et répétiteur de matliématitiues à Paris^ fit sa rencontre pour la première fois; il la fréquenta Oï^sez asaidùunjnt depuis. Au bout de dix mois, les relations cessèrent, Caroline étant retournée, pour un an, avec son premier amant.

Comte (a retrouva ensuite, par un funeste hasard, boulevard du Temple, dans nu cabinet de lecture que sun protecli-ur lui avait acheté. 11 l'y revit quelquefois encore, pendant cette année 1823, mais sans reprendre aucunement leurs anciennes relations. Ëa 1824, elle vendit sa librairie, ayant Pintention, au pis aller, de retourner à sa première profession quand le pro* doit de eetle vente serait épuisé. Elle habitait rue do Tracy, <H demanda au jeune Comte de lui donner des leçons d'algèbre, pour mieux savoir la tenue des livres. — Il s'y laissa prendre.

Dès leurs premiers contacts, Caroline avait» en badinant, parlé mariage; quand» en 1824, elle vint lui proposer er abrupto de vivre maritaleuienl comme préambule conjugal, ce qui eut lieu le mois suivant. Elle venait de perdre Pespoir d'entrer, sous le nom de dame de comptoir « mais, en réalité, ô litre de concubine, chez le directeur d*uu bazar qui allait s'ouvrir au Palais- Hoyal. Ayant épuisé ses ressources, elle n'avait d'autre alternative, à ce moment, que de retourner aux galeries de bois ou de coliabiter avec son professeur d'algèbre, qui contracta un firemîer emprunt pour s'installer avec elle rue de l'Oratoire, n^' 6, vis-à-vis du temjdo protestant.

Capté par celte jeune fenvme comme il Pavait été par Saint-Simon^ !<' pauvre philosopha do vingt-six ans tomba dans les projets de mariage qu'elle avait mis en avant, et adressa à son père, à Montpellier, une demande qui fut tout d'abord et très justement rejetée*

Après dix mois dinstances et quand î^on fils allait en venir aux « sommations respec tueuses », celui-ci tréda, malgré son invincible répugnance, ignorant, du reste, Pétat civil de sa future belle-fUle* Ce fut un malheur irréparable,

M'^" Massin avait eu pour léraoiii de son mariage, qui se fit le 29 février 182o, à la mairie du IV* arrondissement de Paris, un ofUcier de paix qui obtint sa mdiaiion (1).

(i) Pour tfHit c<î qui «iiil et précède, voir le Prévu de la vie et des ^i^rifs d'Au* ffuisla Comte, par J. Lonohampt, un de nés premiers disciples et de ses exéf'uteiirs tc^stamentaires, dans la Revue occidentale^ 12^ année <1889), n^* des ï^ maif l»'^ juitlcl 01 I'»' sept(!mbrt'.

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Si fâcheux que soit le cas, il n'est pas unique. Plus d'un homme célèbre, à notre connaissance, y est tombé; mais aucun, pensons-nous, n^a eu autant à s'en repentir.

Manquant encore plus de cœur que de moralité, sans préjugés ni scrupules, sans affection et sans reconnaissance pour son mari qui pensait se rattacher pour toujours on la relevant d'aussi bas, mais voulant seulement arriver à Taiscince et à la considération, aux émoluments et aux honneurs, par rhomme sur lequel elle avait mis la main, M'^* Auguste Comte, assez douée d'intelligence, d'autre part, et fort énergique, entrait, en effet, dans l'association conjugale avec le plan bien arrêté de faire travailler son maii pour lui gagner au plus tôt ce qu'elle ambitionnait, sans se gêner ni restreindre elle-même, en quoi que ce soit, quant à ses goûts naturels, ses vices et ses habitudes antérieurs.

C'est ainsi qu'elle prétendit conserver et quelle conserva, une fois mariée, encore qu'avant de s'engager elle eût prêté avec une sorte de solennité le serment contraire, ses relations galantes, sans vouloir jamais démordre de son prétendu droit sur ce point.

Le philosophe en conçut tant de honte et de chagrin qu'il faillit en mourir, et, pis encore, en perdre la raison! C'est, en effet, aussitôt après que sa femme eût abandonné pour la première fois le toit conjugal, quatorze mois après le fatal mariage, qu'Auguste Comte eut son accès de folie (avril 1826) ; et il n'est aucunement douteux que le chagrin qu'il ressentit de cette trahison n'en ait été la cause déterminante. Outre qu'il l'écrivit et l'imprima plusieurs fois depuis, notamment à M. Littré le 29 avril 1831, il le répéta expressément en public, tout au moins à la réunion exceptionnelle de la Société positiviste, qui eut lieu le 17 avril de la môme année.

Et cependant M. Littré, dans le livre malhonnête qu'il a composé de moitié avec M"'Q Comte, contre son mari, et qu'il publia après la mort de ce dernier (1), a nié, malgré tous ces avertissements, cette douloureuse situation domestique, et a donné pour cause à l'accès de manie aiguG ou de folie que Comte éprouva au mois d'avril 1826, la peur t/'wn duel avec le saint-simonie n Bazardl à propos d'un article de journal dans lequel Comte lui reprochait, et à sa secte, de s'approprier ses idées sans en faire connaître la source...

Une pareille défaite ne serait qu'inepte, absolument sotte, si elle n'était avant tout odieuse et inventée, ai elle ne faisait manifestement partie du système artificieux de contre-vérités et de diflTamations voulues, arrangé par M™*» Comte après sa séparation d'avec son mari, surtout après la mort de celui-ci, pour sa propre justification, et dont le livre de M. Littré n'est que l'écho servile.

L'exemple le plus révoltant et le plus osé de ce travestissement de la réalité, résulte en effet de la leçon que M"™" Auguste Comte a fournie à

(0 Auguste Comte et la philosophie positive ^ in-8o de 687 pages; Paris, Hachette,

M. Llttrë fat deux fois aussi « subjugué » en sa vie : une fois par la philosophie positive, une autre fois par M^*» Comte. La deuxième conquête annula la première-

VIE t> AtlGrSTK COMTE

$00 illustre prolecleur sur les hWs relatifs à ce terrible épisode, qu*îï qualifie de m[il:i<iie meotale (Il y eut bien aussi un peu de trouble tnoniUl.

Ov a rindiijrue épouse w, qui avait quitté son mari délirtueusenient avant quMl ne tombât malade, et qui ne reparut que pour remplir la formalité de son admission dans la maison de sauté du docteur EsquiroK d^apW'S Tinitiative de M. de Blaiiivîlle, Vy oubliu com[dètemenl dès qu'il y fut reçu, et De réintégra le domieile conjugal que lorsqtill y fut lui-mômo rentré,

La lettre suivante, de ce dernier à M, de Lamennais, publiée par M, Pierre LaffUle dans la Reime omdentak (3* année, n« 5, p. 2411), établit avec préciïiion le fait de Tad mission d* Auguste Comte dans la maison dô j aantt5 :

<r A ynonsieur Vnhhé de Lfimennah^ me de l' Arbalète n^ 2f , faubourg Saint'

* Monsieur Tabbé, j*ai été voir à Montmorency le malbeureux M, Comte, auquel vous avez bien voulu vous inléreâser. Je Fai trouvé dans un état d'aliénatîun mentale le!, que j'ai été obligé de prendre la mesure rîj^oureuse de le m élire dans une maison de santé disposée pour le traitement de ce genre de maladies. Fort heureusement, M. Esquirul, à ma recommandation, a bien ?oulu s'en charger, en sorte que Je ne suis pas tout à fait âans espoir de guérison, d^aulant plus que les symptômes m*ont paru avoir été considérablement aggravés par une opposition souvent mal calculée à ses désirs*,.

m Votre très humble serviteur, a IL D. nE Blainvillb, « Paris. 1t) [ivrll 182 G* »

Voici liiaiutenaiit la lettre par laquelle le pauvre malade avait averti ce dernier do sa situation et do son séjour à Moulmorency :

« Saint-Denis, UAtd du Grand-Ccrr Samedi, i:> avril 182G, midi oldernî*

tt Mon cher monsieur de Blainville»

(c Hier matin (de 10 à 11 h.)* i*aî cru mourir, et, de fait, il a lenu à rien que je devinsse subitement bien plus que mort.

K Jo me suis tmif*' moi-même^ vu que j*ôtais absolument isolé; cest à celte heureuse et inllexible nécessité que j*atLribue ma ^jnénatm.

a Quant à la cause, je n'avais pas le temps de vous la dire. Si vous ne la devinez pas, et que vous teniez à la savoir de suite, M. de Lamennais, mon confesseur et mon ami, vous la fera connaître aussitôt que vous lui en aurez manifesté le désir, quoique je ne ren aie p^^ prérenn,

e Vous saurez, si vous voulez quelque détail immédiat, que je serai demain matin à Montmorency (au Cheval Blanc) et probablement aussi lundi et même mardi ; en tout cas^ je mus donne la truçt*»

a Aujourd'hui, je viens de faire mon plan de convalescence, demain ou ce soir (ou même à présent), Texécution commencera.

« Mercredi à 3 heures, vous jugerez ma capacité médicale, si vous avez le lomps d'assister à la démonstration qui se fera chez moi. Adieu, mon cher monsieur de Blainville; à Montmorency ou ailleurs, demain ou tous los jours, croyez-moi bien sincèrement, votre affectueux et tout dévoué

« Auguste Comte.

« P.'S. — M'étant trouvé obligé ici d\Ure et môme de paraître véritable

médecin malgré lui, cela m'a fait naître ce matin une lubie fort originale

que je ne puis m empêcher de vous laisser voir^ au risque de vous entendre

rire comme un dieu d'Homère.

c Auguste Comte.

a Mon sobriquet f à l'École polytechnique, était Sganarcllc^ historique, comme dit M'"« de Genlis. Mes camarades auraient-ils alors prophétisé, comme j'étais hier un médvcin,

«Si ma lubie vous fait simplement sourire, après votre dîner vous fixerez arbitrairement l'époque et le mode de la cérémonie. Je ne Vespérerais pas avant deux ans, et je ne le désire pas avant la prochaine rentrée.

« J'ai un petit voyage à faire cet été chez mon père, et j'en profiterai pour voir ma mère, qui demeure aussi dans le même endroit.

a Prenez toujours ceci comme un symptôme et me l'administrez comme calmant en ce sens, il n'y a pas de père. Merci. »

Auguste Comte était donc depuis un mois en traitement à la maison de santé, lorsque sa famille en fut informée, le 17 mai 1826, par une personne étrangère et non par sa bru.

Ce tiers n'était autre que le père naturel de M'*« Massin, l'artiste dramatique, qui, très besogneux, tourmentait sa fille pour en obtenir des secours, et voulut se venger d^un refus en apprenant du môme coup aux parents de son. mari rinternement de leur fils, l'abandon qu'en avait fait sa jeune femme, et l'inconduite avérée de celle-ci.

Or, M«>« Comte mère, bien que valétudinaire, était partie pour Paris le lendemain même du jour où la triste nouvelle était parvenue à Montpellier, et c'est alors, 21 mai 1826, « que la famille Comte reçut une lettre de M"^** Auguste Comte qui lui disait que son mari était malade depuis longtemps, mais qu*il n'avait pas besoin de ses soins et qu'elle allait se mettre en route pour Montpellier.

« Le jour où cette lettre parvint à son adresse, M. Comte (père) était absent pour affaire de service et M*^« Comte (sœur), dans son indignation contre celle qui portait un nom qu'elle déshonorait, crut devoir ne pas attendre l'arrivée de son père pour lui écrire qu'il était indigne qu'elle quittât son mari, et qu'elle ne serait pas reçue par sa famille si elle s'y présentait; que M™® Comte (mère) était partie pour aller auprès de son fils, malgré son âge (elle avait plus de soixante ans).

zm

VIE d'aUOUSTC ÛQMTE

« M, Comte, à son arrivée, écrivit en père honnête homme.

« U^^ Auguslû Gomte^ Instruite de Tarrivéo de sa bello-mero (à Paris) fit tout au monde pour voir son mari, qu'elle voulait abandonner; elle fit tout pour voir aussi sa belïe-mère, qui, habituée aux douceurs de la famille, se trouvant loin des siens, ne tanin pas à croire aux fhUerm de s^i bru et à Iq vroif't' hîm tualhettreust' (1),

t Mois plus tard cille y vit clair (2). »

Arrivée à Paris le 24 ou 25 mai 1826» M«" Comte mère alla aussitôt à Montmorency, pour être le plus prés possible de son JUs et suivre sa maladie; elle resta avec lui plus de sept mois.

C^est eile et ell* seule, outre le personnel médical, qui veilla sur lui, cl, très certainement, concourut ù sa guéri son. Car elle demeura non seulo ment jusqu^au temps où le malade sortit, à pou près rétabli, de la maison do santé» mais aussi chez lui, jusqu'à ce qu'il fut Boliôrement revenu à la raison.

Or, M"'' Auguste Comte, qui avait déterminé la folie de son mari en abandonnant le domicile conjugal et qui Tavait entièrement délaissé lui* mt'me avant que sa mère ne fût arrivée, s'attribua exclusivement* effrontément, dès lors et toujours, vis-à-vi< de son mari et fie tous a^UT fju'il nmnah* init^ le niérito de sa conservation! C'e^^t à sa vertu, h ses soins assidus, À »*on dévouement que Ton devrait le saiut de l^aiiteur de la philosophie positive.,. Toute sa vie elle exploita eet afiVeux mensonge et s*on servit pour se couvrir d'héroïsme en mémo temps qu'elle convainquait son mari dô la plu* noire ingratitude, lui leprochant de la chasser de chez lui puur y intruduirn unv nufitresse! — c*est ainsi qu^elïe lo brouilla avec nombre do S69 amis.

Sans prendre aucunement parti dans la question du traitement suivi envers lo jeufiû malade, et qui l'amena à guérison cependant, sans en juger le bien fondé ou r inopportunité, mais sans croire non plus h son ineriîcacilé ni surtout à son influence funeste, nou^^ dirons que le mal était arrivé à son comble quand la j>auvre mère fut mise en présence de son fils, qu» ne la reconnut méuie pas. Elle s'installa jirès de lui, ne cessa pas de le visiter assidûment, et dès qu'il fut en meilleure santé, c'est-à-dire le 3U novembre 1820, elle le retira de rétablissemeat Esquirol et le garda elle»même à Paris^ dans UJi nouveau logement, rue du Faubourg-Sainl-Jucques, n* lo9, o(i elle fut assistO^^ ]»ar un infirmier jusqu'au lem|^.s où, d'après une amélioration nssex stable, elle [uit s en retourner à Montpellier, le 26 décembre do la même année, en ren^eltant aux soins do sa femme son Ois convalescent.

Divers papiers, entre autres des pièces comptables gardées par M. Comte jièvB qui ptif/it tftus In frais ocmnonnvs par ia mftladifi de sait fils et ii'S emprutit^ nntêrieHTvtnvtii cuniractts par lui-même ou par ao femme^ établissent le.^ faits importants que nous venons de rapporter, avec leur dale. On en doit la connaissance exacte à une enquête scrupuleuse faite à Montpellier, auprès do la faaiille d'AugU;H.lo Comte, après sa mort, par M, lo docteur AudilTrentj

{\) Toujours niAme taollque et même diploiimlie. — H.

it) tlMuralm de !^nt ^Uv Ctjmtffj M'inlpcllier, le t9 mai 1S6S. — II.

PIKGES JUSTIFICATIVES 399

ainsi qu'aux déclarations écrites, appuyées de preuves testimoniales obtenues ultérieurement de M"® Alix Comte.

M. Comte père dépensa pour la maladie de son fils, séjour à la maison Esquirol et frais divers 2,112 fr. 73 c.

Voyage et séjour de M™* Comte mère et sommes payées pour M, Auguste Comte et pour M°*« 1,890 25

Ensemble 4,003 fr. 00

Dont notes et acquits.

Il ne restait à Auguste Comte, lorsque sa mère le quitta, qu'une extrême irritabilité.

Après le départ de celle-ci, sa femme reprit donc la tutelle dont il avait encore besoin; mais comme il ne voulait absolument plus la revoir et qu'elle s'imposait, il tomba dans une mélancolie et un désespoir tels, qu'il essaya do mettre fin à ses jours. Il se précipita du pont des Arts dans la Seine (avril 1827). Il en fut retiré par un garde royal, qui se jeta courageusement dans la rivière et parvint à le ramener vivant. Cette secousse violente, au lieu do nuire au pauvre malade, fut le point de départ de sa guérison définitive.

C'est pendant le temps qu'elle avait passé auprès de son fils lorsqu'il fut sorti de la maison de santé, que M'"« Comte mère, très chrétienne on le sait, obtint de sa déraison et de sa faiblesse qu'il subit le mariage catholique, le 2 décembre 1826 (V. Lonchampt, Précis de la vie et des écrits d'Aug, Comte], Mais où notre confrère se trouve mal renseigné et se trompe évidemment, c'est, nous le répétons, quand il parle, au sujet de la maladie de notre maître, du dévouement de sa femme et de l'énergie avec laquelle elle refusa qu'on le fît sortir de chez Esquirol pour le placer dans une maison religieuse, il n'en fut jamais rien.

Autant les affirmations de cette dame ont été prolixes et dramatiques sur ce point, — ce qui lui permit de rentrer en grâce auprès de son mari^ qui ne row- Init absolument plus [se rapprocher d'elle (elle lui fît croire qu'au plus fort de sa folie sa famille, et, en tête, la pauvre M"'« Comte mère, de concert avec les abbés Gerber et Lamennais, avait voulu l'enlever de Paris et le confîner en Normandie, dans un couvent de Trappistes, où on aurait fait disparaître cet adversaire de la théologie!), — autant les dénégations énergiques, indignées et précises de la famille Comte s'élèvent contre cette version inventée, qu'elle traita toujours d'abominable mensonge, à laquelle Auguste Comte lui-même crut jusqu'à la fin de sa vie (1).

Cette jonglerie servit, avec tant d'autres suggestions aussi perverses et aussi dénuées de réalité, à brouiller pour jamais le pauvre convalescent avec sa famille et à le séparer des siens presque jusqu'à sa mort, malgré l'amertume croissante qu'il en éprouvait (2). C'est ainsi que cette femme si

(1) Il avait des doutes, cependant : à preuve les démarches qu'il fit faire sur le lard auprès de l'abbé Gerber, par un de ses disciples. — A cette époque, et du fait de sa femme ^ il était encore en très grand froid avec ses parents.

(2) Correspondance Valat, lettres XXIII à LIV, passim.

Il est indispensable de comparer cette partie de notre récit avec celui de M. Lonchampt, et surtout avec le livre de M. Littré.

VIS DAUQL'STli; COUTE

profoiidéinent iii<''cbante etarUficieasepuLrepreïidre, pendant quinze années, sur son mari, et 'tu plus *jmnd déirimenl de celui-ci^ la domination que son ÎQConduita uotoiro avait un moment ébranlée.

Mais une sùpiiralion irrévocable étant survenue, par son fait, au bout de CG temps^ elle profila de nouveaux oiéoagements et de riiulorisalion qu'il lui avait accordée de forrespotidre avec lui, ainsi que des démarches qu'il avait faites auprès de certains amis pour qu'ils conlinuaàsent à lu recevoir» elle en profila, dîs-je, commo il d*.'vait bien s'y attendre» pour le calomnier impudemment et mettre tout^ le^^ torLs de son cuté, enfin, pour le brouiller avec toutes les personnes auxquelles il l'avait recommandée.

Il y a plus, c'est dans cette correspondance qui semblait devoir rester hors do cause, que M. Littré ou plutnl le couple acharné contre lui ne rougit point, par un abus cjniqui\ d'aller chercher des textes, des lambeaux de phrases, des mots, pour contredire et noircir ses moindres artions.

En Tespèce, voilà bien a quoi serviront c<'lte témérité dans la pitié, ta candeur, la cunfiance optinùste à la nature humaine, qui furent si fatales à Auguste Comte.

Ayant irrévocablement rompu le 5 août 1842, depuis la dernière fois que sa femme avait délicluéusement quitté !e domicile conjugal et détruit de fait la communauté, il avait dii sonpir, avant de mourir, à mettre à Tabri de ses fureurs et de ses revendications les objets qui lui appartenaient ea propre et qu'il entendait laisser soit à ses enfants adoptîfs, soit à son successeur à la direction du positivisme. Mais il commit la faute insigne, irréparable, de ne pas demander alors sa séparation légale de corps et de biens, qui, pareillement motivée, aurait été prononcée certainement. Dans sa longanimité, il espérait ainsi retenir encore cotte malheureuse et t'empéclier de se perdre irrémédiablement.

Il fit donc un lestaïnent motivé, qui imposait à ses disciples de finiffr régalmcitwnt à xl/""" Cumte^ jusqu'à ,m mort, fa pr^minn //«\7 iui accorttnit de s*m vivant^ sauf par elle à renoncer à son héritage, soit : k ses meubles, à ses bardes, à ses souvenirs intimes et à ses papiers; la propriété littéraire de ses œuvres restant aii fonds typographique positiviste qu'il avait institué depuis quelques années.

D^espèces, de titres do rentes ou de propriétés, néant : son héritage était donc, matériellement, de nulle valeur; on sait qu'il vivait de l'annuité fournie par le subside sacerdotal positiviste, trop faible pour qu'il ait pu réaliser aucune économie.

Voici comment ses volontés furent respectées.

Avertie dans la niûtinôe du G septembre 18511 de la mort de son mari, par MM, Joseph Lonchampt, exécuteur testamentaire, et Bazalgette, ni«^mbre de la Société positiviste, M™*^ Comte resta quelques jours sans se découvrir, M* Littré se trouvant alors absent de Paris, elle annonça qu'elle attendrait sou retour [»our prendre une décision.

Le 12 septembre, quelques jours après les funérailles, cette dame, assistée de M. Littré, se présenta au domicile du fojjdateur de la religion universelle. Elle entra d'autorité dans ce lieu consacré par tant de sou-

PIÈCKS JUSTIFICATIVES

/iOl

venirs, ot dont tout semblait l'éloigner. Foulant aux piedrf um défense formel le, elle fraacliit un seuil qu*e!le n'àvak pas passé depuis quiDze aris^ et qui Itii était à jamais interdit. Eufm, pour mieux caractériser sa démarche, elle eut le triste courafre d'insulter aux tUres les plus chers à Auguste Comte, sans se voir empêchée par celui qui raccompagnait. Cett*; épreuve ne l'ut jKiint la seule et ne se renouvela que trop souvent» surtout quand Nî™" Comte lit interdire aux positivistes Teûtrée de son i.ogrment [celui de son mari), et qu'elle empêcha la comaiémoration qui devait y être célébrée par eux pour honorer la mémoire et consacrer la perte de leur maître. Elle occupa donc judiciairement rapparteuiêutsacerdoiyl, pendant que les disciples repousses allaient chez un de leurs frênes (Don .losé Florez) accomplir ce pieux devoir. Aussitôt après le retour de M. Littrô, M'»'^ Comte avait fait savoir qu'elle n'acceptait point le testiimeat et qu'elle userait de son droit. Néanmoins, rexôcution testamentaire, conformément à son mandai, lui avait offert, par l'organe de son président, le 9 septembre 18î>7, de payt-r toutes les dettes de la succession, d'acquitter toutes ^es ctiarg^cs et de lui continuer, sa vie durant» la pension qu*elle recevait depuis quinze ans de son mari, à condition qu'elle abandonnertiit toute prétention sur son héritage et sur la propriélé littéraire de sesœuvre:^. Bien que cette proposition fiitmatérieîlement 1res avantageuse, puisque raclîf de la succession ne pouvait équivaloir à rion passif et que la propriété littéraire se trouvait dans ce ai^ ù'un profit douteux, bien qu*elle fiit scrupuleusement conforme à ta volonté expresse du testateur, et qu'elle n'apportât aucun changemetit dans la position do sa veuve, elle fut, cette fois et toujours, entièrement repousi^ée. M™* Comte arguait qu'eîle ne pouvait accepter sans déshonneur une pension que son mari cmisidérait comme une obligation résultée de la faute qu'il avait commise eu répou>ant. Or» depais 1842, époque de leur dernière séparation, elle avait réirulièrement penju et même rèeïmiié cette annuité, quoiqu'elle ne lui ail jamais été accordée qu'à ce titre (voir la lettre à M. Liltré, p» 31*4). D»\s 1H51, c'est-à-dire depuis le temps où M* Comte avait perdu m dernier*^ fonction polytechnique et depuis Tèpu ration spontanée de ta Société positiviste, elle savait pertinemment que cette somme annuelle lui provenait exclusivement du subside sacerdotal, Enlln, elle avait continué de la recevoir après la publication, en 18u4, du dernier volume de Politique positive^ contenant cette recommandation caractéristique : « L'ensemble de mes adhérents continuera ranimilé viagère de 2,000 francs indiquée dans ma quatrième circulaire, afinque j'accomplisse jusqu'à son terme naturel l'obligation résultée, dès ma jeunesse, de ma seule faute vraiment grave, » La mort d'Auguste Comte n'apportait donc aucun changement à cet égard, et c*est par tie tout autres motifs que sa veuve refusait, en 1857, rallocation qu'elle avait jusqu'alors recherchée. En se portant héritière selon le droit, M-»" Comte :)uvait faire vendre la dépouille de son mari et annuler son testament : c'est ce parti qu'elle adopta avec empressement et sans retour.

Los disciples d'Auguste Comte, ses exécuteurs testamentaires, sa famille adoptive, sa sœur et son respectable père s'unirent pour empêcher ce désastre, et firent tous leurs elîorts pour le conjurer; mais sa veuve, par un

VIE b AUGUSTE COMTE

protondéiuent tiK'chanlo elartirieiease put reprendre, pondant quinze années, sur son mari, gL nu pim <jruni déinment de ectta-d^ la dumination que son inconduile uotoire a\'aît un moment ébrantée.

Mais une séparation irrévocable étant survenue, par son fail, au bout de ce temps, olle profila de noiivi aux menageuienta et de raulorisatlon qu'il lui avait îiccordre de correspondre avec ïui, ainsi que des cléuiarches qu'il avait faites auprès de certains amis pour qu'ils conlinuasscul à la recevoir, elle en profita, dis-je, commp il devait bien s'y attendre, pour le calommer impndeniment ci mettre tous le:* torts de son cAté, enfui, pour le brouille avec toutfjs les personnes auxquelles il Tavait recommandée.

Il y a plus, c'est dans cette correspondance qui semblait devoir rester hors de cause, que \L Littré ou plutùt le couple acharné contre lui ne rougit point, par un abus cynique, d*aller chercher des testes, des lambeaux de phrases, des mots, pour contredire et noircir ses moindres actions.

En respect', voilà bien à quoi servirent cette témérité dans la pi tir, la candeur, la confiance optimiste à la nature humaine, qui furent sî fatales à Auguste Comte.

Ayant irEévocablement rompu le 3 août 18^2, depuis la dernière fois que sa femme avait déîictueusement quitté le domicile conjugal et détruit de fait la communauté, i! avait dn songer, avant de mourir, à mettre à l'abri de ses fureurs et de ses revendications les objets qui lui appartenaient en propre et qu'il entendait laisser soit à ses enfants adoptifs, soit à son successeur à la direction du positivisme. Mais il commit la faute insigne, irréparable, de ne pas demander alors sa séparation légale de corps et de biens, qui, pareillement motivée, aurait été prononcée certaintjment. Dans sa longanimité, il espérait ainsi retenir encore celte malheureusQ et Pem pécher de se perdre irrémédiablement.

Il lit donc un testament motivé, qui imposait à ses disciples de pftijf^r régiiîiirement à J/""" Cumie^ jmqa^à m mort^ ht pension qtt'U lut accoritail de son vivafit, sauf par elle à renoncer à son héritage, soit : à ses meubles, h ses hardes» à ses souvenirs intimes et à ses papiers; la propriété littéraire de ses couvres restant au fonds typographique positiviste qu'il avait institué depuis quelques années.

D'espèces, de titres de rentes ou de propriétés, néant : son héritage était donc, matériellement, de nulle valeur; on sait qu'il vivait de fannuité fournie par le subside sacerdotal positiviste, trop faible pour qu'il ait pu réaliser aucune économie.

Voici comment ses volontés furent respectées-

Avertie dans la matinée du 6 septembre 1859 de la mort de son Diari, par MM. Joseph Loncbampt, exécuteur testamentaire, et Bazalgette, membre de la Société positiviste, M^" Comte resta quelques jours sans se découvrir. M. Littré se trouvant alors absent de Paris, elle annonça qu'elle attendrait son retour pour prendre une décision.

Le 12 septembre, quelques jours après les funérailles, cette dame, assistée de M, Littré, se présenta au domicile du fondateur de la religion universelle. Elle entra d'autorité dans ce lieu consacré par tant de sou-

^lÊdiS JUSTinCUTlVES

veDîrs, el dont tout semblait Féloigner* Foulant aux pi&dâ une défcnso rormeilo, elle franoliit un seuil qu'elle n'avait pas passé depuis quio/fi ans» et qui lui ôiaiL à jamaU iitterdil* Enfin, pour mieux caractériser sa démarche, elle eut le triste courai^u d'insulter aux êtres les plus cliers à Auguste Cumte, sans se voir empêchée par celui qui raccompagnait, Celto Vprouve ne fut point la seule et ne se renouvela que trop souvent, surtout quand M"'^^ Comte lit interdire aux positivistes Teatrée de son logement (celui de sou mari], el qu*ell6 ejnpôcha la commémoration qui devait y être cûlébrée par eux pour hunorer la uiêmoii*e el consacrer la porte de leur maître. Elle occupa dooc judiciairement Tappartement sacerdotal, pendant que les disciples repoussés allaient chez un dt^ leurs frères (Don José Fierez) accomplir ce pieux devoir*

Aussitôt après le retour de M. Littré, M'"*^ Comte avait fait savoir qu^eïle n'acceptait point le tcstimient et qu*elle userait de son droit. Néanmoins, Pexécution testamentaire, couforoiément à son mandat^ lui avait otlert, par Torgane de son président, le 9 septembre !857, de payer toutes les dettes de la succession, d*acquitler toutes ses charges et de lui continuer, sa vie durant, tu pension qu'elle recevait de|>uis quinze ans de son mari, à condition qu'elle abandonnerait toute prétention sur son héritage el sur la propriété littéraire de ses œuvres. Bien que cette proposition fut matériellement très avantageuse, puisque Tactif de la succession no [louvait équivaloir à son passif et que la propriété littéraire se trouvait dans ce cas d'un profil douteux, bien qu'elle tut scrupuleusement conforme à la volonlé expresse du testateur, et qu*elle n'apportât aucun chanireitient dans la position de sa veuve, elle fut, cette fois et toujours, entièrement repoussée. M"*" Comte arguait qu'^elle ne pouvait accepter sans déshonneur une pension que son mari considérait comme une obi i^'^a lion résultée de la faute qu'il avait cornmise en répousaiit, Ur, depuis t8V2* époque de leur dernière séparation, oilc avfiit ré>:ulièreme»l pereu et même réclamé celte annuité, quoiqu'elle ne Un ait jamais été accordée qu'à ce titre (voir la lettre à M, Litlré, p, 384). Dés l8ot, c*est-à-{lirc depuis le temps où M. Ctmjte avait perdu sa dernière fonction polytechnique et depuis l'épuration spontanée de la Société positiviste, elle savait pertinemment que cette somme annuelle lui provenait exclusivement du subside sacerdolaK Enlln, elle avait continué de la recevoir après la publication, en 1S54, du dernier volume de Politique pojsitive, contenant cette recommandation caractéristique : t L'ensemble de mes adhérents continuera Tannuité viagère de 2,000 francs indiquée dans ma quatrième circulaire, afin que j'accomplisse jusqu^à son terme naturel Tobligation résultée, dès ma jeunesse, de oia seule faute vraiment grave» » La mort d'Auguste Comte n'apportait donc aucun changement à cet égard, et c'est par de tout autres motifs que sa veuve refusait, en 1857, rallocation qu'elle avait jusqu'alors recherchée. En se portant héritière selon le droit, M^"»^ Comte pouvait faire vendre la dépouille do son mari et annuler son testament : c'est ce parti qu'elle adopta avec empressement et sans retour.

Les disciples d'Auguste Comte, ses exécuteurs tei>tamenlaires, sa famille adoptive, sa sœur et son respectable père s^inirent pour empêcher ce désastre, et Orent tous leurs ellbrts pour le conjurer; mais sa veuve, par un

VIE D AUOUSTfi COMTK

alors à Paris (1). Apros y avoir jugé à sa manière Tœuvre et le mérite d^Au- «riistn Goiiile, M. LiLtré provoquait une souscription destinée à l'entretien de sa veuve. Mais il omeitait totalement d'instruire le jmblic que rillusire défaut avait laissé un testament, et que les disciples désii^^nés par lui pour fîiire exécuter ses dernières volontés s'étaient constitués en vue de satisfaire h leur mandat. Il omeitait de faire connaître que le testateur avait pourTU lui-im^me, et d'une manière très explicite, à la subsistance d«* cette veuve, au payement do ses crôancierSf ît rorganîsation de s^s disciples. Il taisait entièrement les propositions faites (>ar leiécalion teslamenlairc, le refus opiniâtre qui tes avait accueillies et les débats judiciaires, alors pendanU, qui en étaient résultés I H laissait donc à fienser que le fondateur du positivisme avait disparu sans pourvoir à aucune éventualité, sans former aucune prévision, sans satisfaire à aucun de ses devoirs personnels ou sociaux. Et ôi' riniliative qu*il prenait en reihi occasiou, Ton pouvait inférer qu'il surgissait légitimement pour réparer le désordre résulté d'un aussi grave abandon. Eu outre, dans le préajubulo d<^ sa circulaire, M* Litiré affirmait que dans la distribution du subside sollicité par quelques positivisl»?s rruniJi m vue dt' fmitituit'^s talludifs (cVsl ainsi qu'il croyait pouvoir désigner la sociélé de,s exécuteurs testamentaires), np se trotwait pas camprm la vt'uve irAwjaHe Cotnte^ qui iw vmni qnak la pension annudle que lui faisait son mari^ct qui$€ trouvait^ lui mori^ dénuée de totii moyen d'cxùitt*nct. Or, à cette époque, des propositions souvent réitérées et présentées sous toutes les formes avaient été faites à M'"® Coirite, par Texécution testamentaire et par ses représentants judiciaires, pour qu'elle acceptât la pension de deux mille francs qui lui était continuée par sou mari; une de ces tmitt tiers aviut eu Iteu le 9 ffp~ tembre^ deux moi.^ auparavant^ en prénenct de M, LUiré! Et une circulaire émanée des exécuteurs testamentaires avait paru^ des le 9 septembre également (quelques jours après la mort d'Aui^ms te Comte), portant la notification foniicUe de la pension qu'il laissait à sa veuve, ainsi que des mesures prises pour la lui assurer. Eotin ttans le post-scriptum d'un article nécrolog^iquo sur Auguste Comte, inséré le 1»'^ octobre 18^37, par un ami commun de M'"* Comte et de M. Littré, dans la revue mémo ou ce dernier produisait, deux mois plus tard, son inqualillable dénégation, le directeur de ce recueil consignait en termes formels le refus de cette dame à Tégard de Tannuité qui lui était olferte par les exécuteurs testamentaires de son mari.

Eti bien ! je le demande, après tant de faits dont il était pertinemment informé, comment M. Litiré a-t-il pu témoigner dans un acte public que la veuve d'Auguste Corole n'était pas comprise dans la répartition du subside sollicité par ses exécuteurs testamentaires*? Comment a-t4l osé dissimuler rexiatenee du testament? Comment a-t-ii pu prendre sous le couvert du devoir, sous le prétexte du bien, l'initiative d'une souscription qui annulait les dernières volontés du fondateur de la religion unîversellf^ qui foulait aujt pieds ses vœux les plus sacrés et les plus explicites? Comment a^t-il pu aftlrmer que M*"* Comte n'avait fait vendre à l'encan Thôritage de son marî.

(1) La Revue phitosophique et religieuse de M* Fauvety*

if- '

ses legs particuliers, ses dépouilles personnelles, que pour satisfaire à quelques créanciers? Comment, enfln, s'est-il cru dispensé de mentionner au moins les efforts tentés par les disciples d'Auguste Comte pour empêcher ce désastre et pour le réparer ?

Tous ces faits et tant d'autres que nous laissons dans l'ombre, ces omissions osées, ces mensonges impudents, donnent à la conduite de M. Littré un caractère d'hypocrisie et d'hostilité telles, qu'il est impossible de le ranger encore parmi ceux qui reconnurent et suivirent Auguste Comte. On doit, au contraire, en toute justice, le regarder finalement comme un ennemi personnel de ce grand homme, comme un adversaire acharné, fourbe, sans scrupule et sans probité ; et l'on sait du reste, qu'il ne se sépara pas moins de sa doctrine que de sa personne (!].

Et cependant il y a une exploitation et un abaissement de la personne de Comte qui nous semblent au moins aussi forts en scandale et en prétention que cette violation honteuse de ses volontés testamentaires : c'est l'attribution à M"» Massin, dans le livre de Littré, du grand œuvre de la philosophie positive : j'ai dit ia philosophie positive!

On sait qu'Auguste Comte, après sa rupture définitive avec celle qui portait son nom (1842), c'est-à-dire lorsqu'il refusa de lui laisser réintégrer le domicile conjugal après sa dernière exégèse ou après qu'elle l'eût quatre fois délictueusement abandonné, avait publiquement reconnu à M™* Clotilde Devaux une influence morale, consolatrice et directement suggestive, dans l'inspiration de son œuvre principale, le xSystème de politique posilive. — Eh bien! l'intolérable comédienne qui fut sa femme, dans sa rage injustifiable contre la nouvelle Béatrice, a voulu jouer la contre-partie de cette affirmation ; elle a prétendu, dès ce moment et depuis, que c'est sous son inspiration à elle, fille Massin, par son conseil et d'après ses exhortations persévérantes, sous sa dictée pour ainsi dire, que la philosophie des sciences avait été conçue et que le Cours de philosophie positive fut écrit (2).

Et M Littré d'acquiescer I alors que l'on sait, et qu'il savait mieux que pas un, par les traditions orales et les témoignages écrits, que la créature, tout spécialement inapte par le cœur et par l'esprit, par le complet défaut de sentiment social et de préparation scientifique, par le manque de force intellectuelle, à un tel patronage, apporta, au contraire, à l'élaboration de la philosophie positive et de la synthèse moderne toutes les entraves et tous les obstacles imaginables, que nous avons précôdenmient rapportés, jusqu'au point de compromettre deux fois la raison et l'existence même du fondateur du positivisme; lorsque l'on sait que, d'autre part, elle le détourna sans

(i) Il faut dire aussi que le renégat, comme journaliste et acadomicicn, obtint tous les services et toutes les complaisances de la presse de ce temps, (fui n'eut jamais pouf Comte et pour ses disciples que d'indignes procédés; de môme qu'il garda longtemps Torcille des sociétés littéraires et savantes auxquelles il était affilié.

(2) Pas de chance! Ce n'est pas seulement à Saint-Simon, à Burdin, k Turj;ot, à tout le monde que Comte aurait volé les lois sociologiques et la philosophie positive, mais h M>i« Massin elle-même; pourquoi pas à Littré? — C'était là, je crois, l'avis' de Proudhon !

4(ia

VIlî D.MJGUSTE COMTF

cesse de ses spéculations philosophiques, dont elle lui fil constaininenl un reproche, parce qif elles réloiguaienl des places, éniolumcnls et honneurs que son intérêt ^ordîdf\ son inimitable ambition, sa sotte vanité» TavaieDl poii8s«'»e, dii^ les premiers rapports, à prèlcndrc do lui exclusivement à toute autre dostinalton*

Enfin, ii*eât*co pas par une suite de celte contrefaron outrageante ot saugrenue, que Ton a vu encore M™* Comte et M. Littré, pairs et conjpagnons» bras dessus bras dessous, — onze années après la mort du philosophe, — venir lui conlesier judiciairement, soit par-devant h\ rhambre du tribunal civil de la Seine,! la proprtûh'^ de ses œuvres, le droit de les conserver et de les transmeltre întat^tes, d'en disposer de son vivant et après sa mort» enfin la cession qu'il en avait faite à ses ex<''cuteurs testamentaires?

Or, sur quoi s'appuyaient le pieux disciple et réponse dévou/:îe, l*ange inspiratrice, pour soutenir cette revendication odieuse, j'allais dire criminelle? Sur cette déclaration commune que Comte, depuis la publication du Cditr^ (k phtlusophif positive, c'est-à-dire depuis qu'il avait refusé de laisser rentrer cbeï lui « Tindigne épouse >s était redevenu fou; sur ce qu^il était athée (ceci pour les magistrats^ que Ton croyait cléricaux) ; et que toute la seconde moitié de son existence» c^est-à-dire encore depuis sa séparation d'a?ec M^*** Massin, su réelle providence, il avait pré?enl^ le caractère croissant di5 raliénation menlale; que son testament, en particulier, était Toeuvre d*Qii foui qu'en consi'^quence, les demandeurs, M'"" Conitc et M. Littré, propoâaient au tribunal, par souci de Tbonneur du philosophe^ pour la diguîlé do sa mémoire, que la propriété exclusive de toutes ses œuvres K^ur fût altribuécj afin quiïs le^ émondassent, ehâtiiAssent et purifiassent à leur gré, conservant la philosophie seulement et anéantissant le reste.

Trop de dévouement, en vérité 1

Aussi les juges de la 9' chambre se trouvérent-iîs incapables de se prôlef à cet excès de zèle, à ce trop-plein de sollicitude, à une spoliation aussi hy[)Ocrite, à un mercantilhme aussi elTronté, à un attentat tettecnent jésuitique contre le droit de la perr^onuc humaine, vivaute ou morte, à une niys* tilîcation aussi sale des contemporains et de la postérité (1) 1

L*èpouso dévouée et le pieux disciple, rinspii'atrice et lo caudalaîrc du Courif lie philiisaphie pQKiiive furent déboutés, et les exécuteurs tcstamentairea restèrent en possession.

Ils puhlieront un jour, en rendant compte de leur mandat, l'histoire réelle et dél aillée de ce scandale judiciaire.

J*ai eu, I personnellement, trois occasions de voir à l'œuvro M^'* Massin ; L En 1853, je fus chargé par Auf^uste Comte, avec un autre de ses disci-

(i) Inutile de rappeler que M*»* Comlt' et M* Lîtlré avaient Ici l'approbation de la prr^se t'uUérc, surtout malénatisle, riHolationnaire et libérale. Tappui d»; tmi» ic* défcn&eurfl» patentés ou non, du libre urbitre^ de la llherté de cons^dence, du respect dti la personne humaine et du droH individuel! Une seule protestation se pro* dubit contre cet altentalj et d'autant plus honoratde, celle de M. Albert Rcgnard.

pies, de porter à sa femme le trimestre de sa pension, après qu'il eût dû renoncer à l'entremise de M. Littré pour cet objet.

II faut bien le dire, jamais spectacle pareil, jamais comédie aussi transparente n'avaient été préparés.

La dame, loyalement et poliment prévenue, attendait, armée de pied en cap, les porteurs du tribut, et alors... Mais d'abord elle feignit de leur refuser sa porte, affirmant qu'elle n'y était a que pour son charbonnier », sauf à les forcer d'entrer aussitôt après,' unguihus et rostro^ quand ils voulurent, d'après son premier accueil, se retirer. Alors suivit la scène mélodramatique la plus répugnante et la plus fausse, le réquisitoire de police correctionnelle la plus burlesque, le guignol le plus trivial et le plus prétentieux qu'on puisse imaginer, la vieille comédienne s'étant mise à vider son sac et rejeter jusqu'au plus bas-fond de ses potins contre son mari, do ses rancunes, de ses inventions et calomnies, do ses griefs et de ses prétentions, de ses ruses et de sa stratégie. Quelle exhibition I

IL En 1862, le hasard des relations professionnelles m'amena près d'un ancien camarade d'Auguste Comte à l'École polytechnique, qui ne tarda pas, quand il fut en meilleure santé, sachant que j'étais positiviste, à me parler de son illustre condisciple.

Il fut d'abord assez sympathique, assez renseigné, juste et intéressant pour tout ce qui concernait les premiers temps de leurs relations, qui avaient, du reste, cessé quelques années après 1830. Mais pour tout ce qui avait rapport à la carrière philosophique de Comte, et surtout à la phase sociale et politique, disons religieuse, le cher homme s'abusait manifestement, sous l'empire d'une pointe de jalousie absolument injustifiée et dont il ne se rendait pas assez raison. C'était son droit, et je n'avais rien à y voir, ni surtout à y reprendre. Mais il ne s'en tint pas là, et, petit à petit, il passa des critiques théoriques aux attaques personnelles. Quant à la manière d'être de son ancien ami dans les derniers temps de sa vie, il se mit à dépasser tellement les bornes de la réalité et de la vraisemblance, de l'impartialité et de la réserve les plus élémentaires, que je me trouvai obligé de l'arrêter par des objections topiques et par une mise en demeure catégorique de prouver ce qu'il avançait

Je n'avais pas eu de peine, il va sans dire, à reconnaître là la main do ^|mo Comte et de ses agents dans l'entreprise de diffamation dont elle avait enveloppé son mari. C'est ainsi qu'elle détacha de lui tant de gens, en jetant partout sur ses traces le doute et la déconsidération : à la Société positiviste surtout, dont elle faisait le siège permanent (1). Je le fis observer à M. G., qui, pris au piège et un peu confus, n'essaya cependant pas de nier. Je ne le revis plus.

(1) Elle opérait aussi en province.

Quel ne fut pas mon étonnement, pendant que j*y pratiquais la médecine, de voir les sieur B. et M. y venir prendre l'un après l'autre des renseignements pour sa police, sur moi-môme et sur les miens ! Je les surpris dans leur enquête cliez mes clients et mes voisins, tout ébahis de cette démarche. Ils n'avaient, les braves gens, jamais entendu parler de M. Comte ni du positivisme, et ne savaient ce qu'on voulait leur dire.

?IK D AUGUSTE COMTE

Maïs quftllo ne fut pas ma surprise, quelques mois après et peu de temps avanl sa mort, do recevoir une lettre fort amicale ou Tancien polytechnicien de 1816 avait repris possession de lui-même et m'exprimait son regret *ie s^êlre amsi lais^i^^ entraînerj par esprit critique, à répéter des calomnies indignes, qu'il aurait toujours dii mépriser.

IlL Apres la mort d'Auguste Comte, je dus assister, comme l'un de ses ext'^culeurs testamentaires, à la première séance des vacations judiciaires auxquelles donocreiit lieu les débats de sa succession (levée des scellés et prise de possession, par M'"*^ Comte, de lappartement de son mari). Je n*oublicrai jamais rentrée en scène de celte terrible femme: quelle majesté irritée, mais cependant forcée et comique; quel mépris superbe pour les foDdr''S de pouvoir du défunt; quelles impertinences méditées et apprises pour la eirconslam'e; quels outrages conrerlês d'avance a l'adresse des anciens domestiques, dont le fondateur du positivisme avait fait ses enfiwU adopiifs !

Après les premières bordées, étudiées en répétition, je la vois encore s'arrêter devant le portrait de M^^ Devaux et ordonner, etmntifmtler à « Sophie» de le retourner l'ontre la muraille^ afin de lui éviter une vue aussi indécente... et j'entends aus^i les éclats stridents de sa colère, (orsque je dis â notre excellente sœur de n'en rien faire, M"° Massin (femme Comte) n'étant fondée à lui donner ici aucun ordre; ce que confirmèrent MM, les avoués et juge de paix.

On sait aussi que, d*abard nnniie des objets ayant appartenu à son mari, cette mégère coupa et détacha du tableau d'Etcx, repri^^sentant le philosophe écrivant sous Tiuspiration de sa mère, de M'^^SopbieThomasetdeM'^i' Devaux, * ses trois anges gardiens », les têtes de ces pauvres damci^, et qu'elle déchira ou pi'n;a d'un couij de couteau à la région du cœur, l'image de son mari, qu^elte avait conservée (td h or et que les exécuteurs testamentaire? possèdent aujourd'hui» ainsi esseulé et balafré.

Tout cela ne serait que dérisoire, piteux» venant d'aussi bas... Ce qui res* tera toujours condamnable, parce que profondément coupable et vicieux : c'est la haine dénaturée dont cette femme poursuivit, sa vie durant et après qu'il fut mort^ Thûmme généreux et imprudtml qui s'était perdu pour elle; c'est, surtout, le systinte de mensonges et de calomnies, d'inventions, réchafaudage effrayant do faussetés et de turpitudt^s qu'elle bâtit et cimenta, avec une âpreté inouïe, jusqu'à sa mort, pour le murer dan» l'infamie, le déshonneur, l'ordure et la boue; lui attribuant tous les ridicules, tous les vices, toutfvs les actions malsaines ou honteuses, toutes les vilenies que sa bassesse [joiivait concevoir ou dont elle était elle-même couiumière; le faisant passer pour un nïisérabks pour un bnilal, pour un fourbe, pour un tyran, pour un débauché, pour un monstre, afin de se décharger de la lourde responsabilité que lui assurent à elle-même ses vices, ses mensonges, ses munquements incessants â la vie conjugale 1 Fureur et procédés que parlagèrent plus ou moins tous ceux, et il-^ furent nombreux, qu'elle parvint, par cotte diplomatie enragée et par ses autres moyens de séduction, en trompant leur bonne foi, en flattant leurs antipathies et servant leurs intérêts, à

détacher de son mari pour les tourner contre lui-môme et contre sa grande entreprise de régénération.

A leur tête, nous le répétons, il faut placer M. Littré, qui se fit le parangon et le chevalier servant de la dame avec une facilité et un empressement vraiment exemplaires, au point de couvrir de son manteau de sage (manteau d'emprunt, il faut bien le dire), de son frac d'académicien, de sa réputation d'homme de lettres et de journaliste, voire de républicain ! une aussi détestable intrigue; et qui fit passer a son maître > pour un pitre, pour « un sale monsieur », à l'Académie, à la Faculté, dans la presse, dans la démocratie, enfin parmi tous ceux qui se subordonnèrent à lui par goût ou par intérêt, pour déshonorer et tourmenter le fondateur de cette philosophie que, d'autre part, il feignait de suivre toujours, afin de l'exploiter (1).

Car il osait encore, par un comble d'hypocrisie, se dire son disciple, après avoir résumé dans ce dilemme odieux ce qu'il fallait finalement penser de Comte, selon lui : « Dêshonnête^ méchant et lâche ^ ou malade î »

A son tour, c'est cette dernière et audacieuse insulte qui permet de le juger :

Littré, dans la vie publique, fut un faiseur; et dans la vie privée, en ce qui concerne Comte, un malhonnête homme.

(1) Voir M, Littré et Auguste Comte, par M. André Poëy, un vol..in-12, Pariti, Germep-Bailliôre, 1879; — et notre brochure intitulée : Af. Littré et le Positivisme^ in-8, 1871, 2« édit. en 1881.— De V unité de la vie et de la doctrine d'Auguste Comtesréponse aux critiques des derniers écrits de Comte, adressée à J. S. Mill esq. m. p., par J. II. Bridges (traduit de l'anglais par E. Debergue). ln-8 de 150 pages, Paris, Dunod, 1867.

Enfin, il faut lire surtout la deuxième édition de Conservation, Révolution et Positivisme, augmentée de remarques courantes, Paris, 1879, par M. Littré, et l'amende honorable qu'il fit de son passé philosophique et politique, de son temps d'émancipation religieuse et sociale, en la personne de M. Henri de Pêne, aux journaux réactionnaires de 1871, alors qu'il était redevenu l'homme de M. Thiers, après avoir été l'ami d'Auguste Comte et d'Armand Carrel, et en attendant de rentrer dans le giron de l'Église catholique.

Voici un spécimen de ce recul :

« A monsieur le Rédacteur en chef du Paris-Journal.

« Versailles, 31 mars 1871.

« Monsieur le rédacteur,

« Quand j'étais disciple particulier de M. Comte, j'ai écrit, en effet, dans les années 1849-1830, sous son inspiration directe et presque sous sa dictée^ les passages que vous rapportez {a). Ils tiennent à un ensemble de doctrines dont je me suis depuis longtemps séparé. Cette séparation, je l'ai publiquement consignée dans mon livre sur la vie d'Auguste Comte et dans un numéro de la revue La Philosophie positive. Je le rappelle non pour écarter de moi le reproche de les avoir écrits (// est juste que j'en porte la peine, et dans les rétractations auxquelles je me ré/ère, je n'ai pas manqué de reconnaître cette justice), mais pour déclarer que, depuis bien des années, je ne les écrirais plus, — Agréez, etc.

« E. Littré, député de la Seine. »

[à] Il s'agît ici du Rapport sur le gouvernement révolutionnaire (I848)f et d'extraits dos articles publiés dans Le National et réunis on volume en 1852, sous le titre : Conservation, Révolution et Positivisme. — R.

Uft

viË dVuguste comte

En effet, sans ce vice de sa nature morale aurait-il pu^ à l*âge mûr^ 'se contredire aussi à fond et aussi vite, .sur la doctrine et sur rhommelf

Que son puritanisme prétendu ait fait beaucoup de dupes, nous n*y contredisons pas, nous croyons seulement ceci :

Qu*il s*est trompé, en 1848, si^r ïes chances de succès immédiat du posilivisme et de la République;

Qull a lâchô Tun tt Tautre, en 18^1, dès qu'il a vu la réussite de Bonaparte ;

Que, pour sauvejrardor son écuelle, il a passé la seconde moitié de sa vieillesse à renier ce que îa première avait acclamé trop fort et trop tôt;

Enfin, que la triste Égérifr dont il orna sa maturité mena, en ce qui concerne ia personne de Comte, toute son évolution et lui commanda les emportements, on pourrait dire les attentats, qu'il se permit envers son préteadu maître*

Donc assez d^illusîons béotiennes et de lentiponap^es littéraires sur un cuistre surfait. On se lasse, à la fin, de voir tous ces fruits socs de la philosophie harceler, gêner éternellement le progrès par leurs restrictions prétentieuses, en déchirant sans relâche les grands initiateurs de révolution humaine. N'est-ce pas ces Zoïles, les Fréron, les Palissot, les Nonote et les PaLouillet de tous les temps, qui ont tenu en échec par leurs envieuses el ineptes calomnies, par Ic^faux éclat de leur hypocrite vertu ^ les meilleuri^ et les plus graûds de notre espèce? Que n ont-ils pas dit, pour ne parler que du xviii* siècle, de Voltaire, do Turgot, de d'ilolbach, de Diderot, de Condorcet? — Et d'Auguste Comte?... 11 y a là un système, des manœuvres» une trahison que Ton ne saurait assez dénoncer et flétrir, et que la postérité» sans aucun doute, pourra reconnaître et récompenser.

Lorsqu'on rassemble et que Ton étudie ce qui a été écrit dans ce sens sur Auguste Comte, à Paris, pendant les dernières années de son existence et après sa mort, ces appréciations haineuses et méprisantes où les erreurs les plus grossières, quant à Thomme et à la doctrine, h* disputent à la mauvaise foi, à la prévention et à Tinjustice les plus flagrantes, où le parti pris d'écraser IVeuvre et Touvrier sous le mensonge et le ridicule éclate à toutes les lignes : on est saisi de surprise et de confusion à Fidée que notre époque ait pu se prêter un si long temps h une coalition aussi malsaine, à une mystification aussi énorme et sous une direction aussi basse, acceptée par la presse de toutes les écoles et de tous les partis, cléricale et métaphysique, démocratique et royaliste !

Et cependant, rhomme que Ton poursuivait de la sorte, comme pour le rayer des tables de la loi, n'avait fait qu'observer et raisonner juste dans les sphères les plus élevées de la connaissance, avec des instruments psychiques d*une puissance et d*une portée, il est vrai, singulières. Il avait ajouté au capital intellectuel de ootre espèce des vérités de la plus haute importance, II n*avait voulu renouveler la direction spirituelle el temporelle de PHumanitô, le gouvernement théorique et pratique du monde, ôvidcmmcDt épuisés, caduques, — la théologie et la guerre, — qu'en leur donnant pour appui une explication générale du milieu cosmologique, de la société et de

rhomme, ou de toutes les réalités, à base exclusivement scientiGque^ avec un caractère tout positif, c'est-à-dire utile et démontrable. Il avait voulu, encore, inspirer la haute agence de civilisation, comme élément moral et principal moteur, de la plus élevée des qualités de notre nature affective, la bonté, le dévouement, en subordonnant partout la politique à l'éthique, elle-même conçue et résumée par la prépondérance habituelle de la sociabilité ou de TaUruisme 1 EnOn, il s^était efforcé, les conceptions et l'inspiration de la conduite humaine étant ainsi renouvelées, de faire converger toutes les activités, tous les courages, toutes les intrépidités, toutes les persévérances, à poursuivre et atteindre le but précis de la régénération, l'idéal assuré, certain, substitué à l'idéal chimérique : l'exaltation du genre humain ! l'amélioration de notre situation planétaire, de notre nature physique et morale, par l'extinction de Terreur, de l'ignorance, de la misère et du vice...

Voilà bien, en quelques traits la tentative de Comte, menée à 6n par toute une vie de labeur, de peines et de tristesses, de privations, de pauvreté et d'obscurité voulues, de luttes acceptées, d'entier sacrifice de soimême aux autres, à sa ynission!

C'est pour cette entreprise magnanime, incomparable, qu'il a été maudit, conspué, enterré vif par le journalisme parisien/sous la conduite de M. Littré et de la fille Massin.

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