ANNONCE
Depuis le grand mouvement imprimé à l'esprit humain, il y a deux siècles, en résultat général de tous les travaux antérieurs, par l'action combinée des principes de Bacon, dos conceptions de Descartes et des découvertes de
Mi VIE d'auguste comte
Galilée, les dilTérentes branches de nos connaissances réelles se sont dépouillées nettement, et de plus en plus, du caractère théologique et métaphysique qu'elles avaient toujours conservé jusqu'alors, quoique de moins en moins, pour prendre un caractère entièrement positif. L'observation des faits a été unanimement reconnue comme la seule base solide de toute spéculation raisonnable ; toute recherche théorique n'ayant point pour objet de découvrir les lois effectives de quelques phénomènes, c'est-à-dire leurs relations constantes de succession et de similitude, a été regardée comme vide de sens, comme inaccessible à nos moyens véritables.
De cette mémorable époque date la manifestation sensible d'une nouvelle philosophie, la philosophie positive, qui, bornée dans les temps antérieurs aux seules questions mathématiques, s'est dès lors successivement étendue à tous les ordres principaux des phénomènes naturels selon le degré de simplicité de leur étude, c'est-à-dire aux phénomènes astronomiques, physiques, chimiques et physiologiques.
Elle a fini par embrasser de nos jours presque tout le domaine intellectuel. C'est dans cette direction qu'ont été habituellement employées dans les deux derniers siècles les plus grandes forces de l'esprit humain, et qu'elles ont obtenu les plus admirables résultats permanents.
Partout où les idées vagues et mystiques ont pu être remplacées par des conceptions positives, la préférence décidée que tous les esprits ont accordée de plus en plus à ces dernières, et qui est aujourd'hui si hautement prononcée, confirme clairement, ce qu'expliquent des considérations plus élevées, que la philosophie positive est l'état définitif de l'intelligence humaine, et doit constituer désormais le véritable esprit général de la société moderne.
Mais pour atteindre à ce but final, indiqué par la marche naturelle et constante de Tesprit humain, la philosophie positive, afin de se constituer définitivement, doit préalablement remplir deux grandes conditions indispensables, d'abord se compléter, ensuite se résumer, se coordonner. Se compléter, c'est-à-dire acquérir le caractère d'universalité qui lui manque encore, en s'emparant de l'étude d'une classe de phénomènes, les seuls qui ne soient pas jusqu'ici compris dans son domaine, les phénomènes sociaux, encore entièrement abandonnés aux théories théologiques ou aux théories métaphysiques. Se résumer, se coordonner, c'est-à-dire présenter toutes les sciences fondamentales comme soumises à une méthode unique, et formant, malgré la diversité nécessaire des principales lois naturelles, les différentes parties d'un corps de doctrine homogène, au lieu de continuer à les recevoir comme autant de corps isolés. Tel est le double but de ce cours.
Il ne s'agit donc point d'y considérer dans leurs spécialités les diverses branches principales de la philosophie naturelle, dont l'étude préalable est au contraire, indispensable pour sentir complètement et pour juger avec connaissance de cause les remarques philosophiques dont elles seront les sujets dans ce cours. Il s'agit encore moins, en ambitionnant une unité chimérique, d'y présenter les phénomènes de tous les ordres comme assujettis à une seule loi commune, au moyen d'une de ces prétendues explications universelles que cherchent seuls aujourd'hui des esprits entièrement élran-
p^ncieii élève de l'École polytecimique*
Prélliiillosophie positive.
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