‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste Comte (volume 2)Chapitre 67 sur 103 · RELATIONS D'AUGUSTE COMTE AVEC M, GUIZOT · texte numérisé non relu

RELATIONS D'AUGUSTE COMTE AVEC M, GUIZOT

On lit dans les Mémoires de M. Guizot (1), tome III, pages 12o, 126 ot 127 :

« J'eus à la môme époque quelques rapports avec un homme qui a fait, je ne dirai pas quelque bruit, car rien n'a été moins bruyant, mais quelque effet, môme hors de France, parmi les esprits méditatifs, et dont les idées sont devenues le credo d'une petite secte philosophique. Ces chaires nouvelles, créées soit au Collège de France, soit dans les facultés, mettaient en mouvement toutes les ambitions savantes. M. Auguste Comte, Fauteur de ce qu'on a appelé et de ce qu'il a appelé lui-même la Philosophie positive, me demanda à me voir. Je ne le connaissais pas du tout, et n^avais même jamais entendu parler de lui. Je le reçus et nous causâmes quelque temps* Il désirait que je fisse créer pour lui, au Collège de France, une chaire d'histoire générale des sciences physiques et mathématiques; et pour m'en démontrer la nécessité, il m'exposa lourdement et confusément ses vues sur l'homme, la société, la civilisation, la religion, la philosophie, l'histoire. C'était un homme simple, honnôte, profondément convaincu, dévoué à ses idées, modeste en apparence quoique, au fond, prodigieusement orgueilleux, et qui sincèrement se croyait appelé à ouvrir, pour l'esprit humain et les sociétés humaines, une ère nouvelle. J'avais quelque peine, en l'écoulant, à ne pas m'étonner tout haut qu'un esprit si vigoureux fut borné au point de ne pas môme entrevoir la nature ni la portée des faits qu'il maniait ou des questions qu'il tranchait, et qu'un caractère si désintéressé ne fût pas averti par ses propres sentiments, moraux malgré lui, de l'immorale fausseté do ses idées. C'est la condition du matérialisme mathématicien. Je ne tentai môme pas de discuter avec M. Comte; sa sincérité, son dévouement et son aveuglement m'inspiraient cette estime triste qui se réfugie dans le silence. Il m'écrivit peu de temps après une longue lettre pour me renouveler sa demande de la chaire dont la création lui semblait indispensable pour la

(1) Mémoires pour servir à Vhistoire de mon temps, par M. Guizot. — Paris, Michel Lévy frères, libraires-éditeurs, rue Vivienne, 2 bis, 1858-1860.

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science et pour la société. Quand j'aurais jugé à propos de la faire créer, je D*aurais certes pas songé un momenl à la lui donner. »

Voici la lettre en question, que nous reproduisons textuel lemoDl, c*està-dire telle quVlle est iosérée dans le lïl'' vol uni*' des Mémmres :

« ^fomkur A wjuiie Comte à Momicur Gatzot^

M Paris, le ;?mii(îdi 30 mars 1833.

« Monsieur,

« Quoique, depuis plus de trois semaines^ je difTôre à dessein de vous écrire, je dois d*abord vims demander smrèremenl pardon de vous entretenir d*aiîaires si peu de temps après la perte cruelle et irréparable que vous venez d'éprouver, et à laquelle je compatis vivement. Mais, comme, d'après ce que vous aviez bien voulu m'annoïicer dans notre dernière rntrevuc, cVlalt vers le commencement de mars que devait être examinée définitivement la proposition que j'ai eu Thonneur de vous soumettre le 29 octobre dernier, sur la création d'une chaire d'Histoire tjthiérdle dn acienves physiqntt tt mttthémntiques au Collège de France, je craindrais, en gardant plus longtemps le silence à cet égard, de donner lieu de croire que j'aurais renoncé à ce projet,

ft 11 serait déplacé, Monsieur, de rappeler ici, même sommairement, les diverses considérations principales propres à faire sentir Timporlance capitale de ce nouvel enseignement, et sa double influence nécessaire pour con- Iribuer à imprimer aux études scientifiques une direction plus philosophique, et pour combler ime lacune fondamentîilc dans le système des études historiques : c'est, ce me semble, le complément évident et indispensable de la liautc instruction, surtout à l'époque actuelle. Je m'en réfère à cet égard à ÎTia noie du 29 octobre ou, pour mieux dire, Monsieur, je m*eîi rapporte à votre opinion propre et spontanée sur une question que la nature de votre esprit et de vos méditations antérieures vous met plus que personne en état de juger sainement. Car, je vous avoue. Monsieur, que ce à quoi j*attache le plus d'importance dans cette alfa ire, c'est que vous veuillez bien la décider uniquement par vous-même, à Tabri de toute influence^ en usant do votre droit à regard du Collège de France qui se trouve heureusement, et par la loi, et par l'usa^re, hors des attributions du Conseil d'instruction publique. Les deux seuls savants qui fassent actuelloiuent partie de ce conseil, quoique distingués d'ailleurs dans leurs spécialités, sont, en effet, par une singulière coïncidence, généralement reconnus dans le monde scientifique comme parfaitement étrangers a tout ce qui sort de la sphère propre de leurs travaux, et comme pleinement incompélenls en tout ce qui concerne la philoï^ophie des sciences et rhistoire de Tesprit humain. 11 y aurait, Monsieur, je dois le dire avec ma franchise ordinaire, plus que de la modestie, dans une intelligence comme la vôtre, à subordonner votre opinion à la leur

sur une question de la nature de celle que j'ai eu Thonneur de soulever auprès de vous. Si vous pouvez à ce sujet recueillir des conseils utiles, ce n'est pas du moins de la part de vos conseillers officiels.

a Comme depuis cinq mois vous avez eu certainement le loisir d'examiner cette affaire avec toute la maturité suffisante, sans être importuné de mes instances, je crois pouvoir enfin, Monsieur, sans être indiscret, réclamer à cet égard votre décision définitive. Je suis loin de me plaindre de la situation précaire et parfois misérable dans laquelle je me suis toujours trouvé jusqu'à présent, car je sens combien elle a puissamment contribué à mon éducation. Mais cette éducation ne saurait durer toute la vie, et il est bien temps, à trente-cinq ans, de s'inquiéter enfin d'une position fixe et convenable. Les mômes circonstances qui ont été utiles (et à mon avis indispensables ordinairement) pour forcer l'homme à mûrir ses conceptions et à combiner profondément le système général de ses travaux, deviennent nuisibles par une prolongation démesurée, quand il ne s'agit plus que de poursuivre avec calme l'exécution de recherches convenablement tracées. Pour un esprit tel que vous connaissez le mien. Monsieur, il y a, j'ose le dire, un meilleur emploi de son temps, dans l'intérêt de la société, que de donner chaque jour cinq à six leçons de mathématiques. Je n'ai pas oublié. Monsieur, que, dans les conversations philosophiques trop rares et si profondément intéressantes que fai eu r honneur d'avoir avec vous autrefois, vous avez bien voulu nCexpritner souvent combien vous me jugeriez propre à contribuer à la régénération de la haute instruction publique, si les circonstances vous en confé^ raient jamais la direction. Je ne crains pas. Monsieur, de vous rappeler cette disposition bienveillante et d'en réclamer les effets lorsqu'il s'agit d'une création qui, abstraction faite de mon avantage personnel, présente en ellemrme une utilité scientifique incontestable et du premier ordre, et qui se trouve en une telle harmonie avec la nature de mon intelligence et les recherches de toute ma vie qu'il' serait, je- crois, fort difficile aujourd'hui qu'elle put mieux convenir à une autre personne.

« J'espère, Monsieur, que vous ne trouverez pas déplacée mon insistance à cet égard après un si long délai. Vous n'ignorez pas que, bien que ce projet fût pleinement arrêté dans mon esprit avant votre ministère, je n'ai point essayé de le soumettre à votre prédécesseur, par la certitude que j'avais de n'en être pas compris, et il est plus que probable que la même raison m'empêchera également d'en parler à votre successeur. Vous concevez donc, Monsieur, qu'il est de la dernière importance pour moi de faire juger cette question pendant que le ministère de l'Instruction publique est occupé, grâce à une heureuse exception, par un esprit de la trempe du vôtre et dont j'ai le précieux avantage d'être connu personnellement.

« Gomme cette fonction ne présente heureusement aucun caractère politique, je ne pense pas qu'on puisse trouver, dans le système général du gouvernement actuel, aucun motif de m'exclure, malgré l'incompatibilité intellectuelle de ma philosophie positive avec toute philosophie théologique ou métaphysique, et par suite avec les systèmes politiques correspondants. Dans tous les cas, cette exclusion ne aiaurait offrir l'utilité d'arrêter mon essor

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philoaQphique qui eèl mamtenani trop caractémé et trop développé paur pouvoir Ôlre éloulTépor aucun obstacle matériel, dont Peflet ne pourrait «Hre au conlrairc que d'y introdoire, par le sentiment involontaire d'une injustice profonde, un caractère d'irritation contre lequel je me suis soigneusement tenu en garde jusqu'ici. Comme je ne pense pas que les vexations purement gratuites et individuelles se présentant à Fesprit d'aucun homme d'État, dan 3 quelque système que ce soit, je dois donc être pleinement rassuré à cet t'^'-ard. Si cependant, Monsieur, quelque motif de ce genre contrariait ici TelTet de votre bienveillance, je ne doute pas que vou* ne crussiei devoir me le déclarer franchement, par la certitude que vous auriez que je vous connais trop bien [lour ne pas regarder un esprit aussi élevé que le vôtre comme parfaitement étranfrer à toute difficulté de cette nature*

« Je ne pense pas nou plus avoir aucun obstacle à rencontrer dans les considérations financières, car le budget du Collège de France me semble actuellement pouvoir comporter aisément celte nouvelle dépense sans aucune addition de fonds, la chaire d'économie politique ne devant point probablement être rétablie, à cause du caractère vague et de la conception irrationnelle de cette prétendue science, telle qu'elle est entendue jusqu'ici. Dans tous les cas, il est nécessaire d'abord de reconnaître en principe la convenance du cours d'histoire des sciences positives, sans y mêler aucune question d^argeiiL Je puis d'autant fdus faciliter une telle décision que je consentirais volontiers à faire ce cours sans aucun traitement, jusqu'à ce que la Chambre eut alloué des fonds spéciaux, si le budget était réellement insuffisant.

A Par ces divers motifs, j'espôre, Monsieur, que vous voudrez bien m'assi* gner prochainement une dernière entrevue pour me faire connaître, au sujet de celle création, voire détenninalion délinllive, soit dans un sens, soit dans uu autre* J*ai besoin de n'être pas tenu plus longtemps en sugïKîns cet égard, alln de pouvoir donner suite, si une telle carrière m'était mal heureusement fermée, aux démarches susceptibles, dans une autre direction, de me conduire à une position convenable, ce qui est devenu maintenant pour moi, après une insouciance philosophique aussi prolongée, un véritable devoir*

a J'ai dédaigné, Monsieur, d'employer auprès d'iin homme de votre râleur, les procédés ordinaires de sollicitations indirectes et de patronages plus ou moins importants que j'eusse pu néanmoins mettre en jeu tout coninie un autre. C'est moi seul, Monsieur, qui m'adresse à vous seul* Il s'agit ici d'une occasion unique de m'accorder une positiun convenable, sans léser aucun intérêt, et en fondant une inslitutiun d'une haute importance scientifique^ susceptible, je ne crains pas de le dire, d'honorer à jamais votre passage au ministère de rinstruction publique. Je crois donc j>ouvoir compter sur l'épreuve décisive à laquelle je soumets ainsi votre ancienne bienvi*Ulnnct pour moi et votre zélé pour les véritables progrès de Tosprit humain.

tt Veuillez agréer, Monsieur, Tassurance bien sincère de la respeclueusdj considération de votre dévoué serviteur^

« Auguste Comte.

ft N* 159, rue Sainl-Jacque». n

« P. S, Je VOUS prie, Monsieur, de vouloir bien accepter l'hommage du premier volume de mon Cours de philosophie positive, dont j'ai l'honneur de vous envoyer ci^joint un exemplaire. La publication de cet ouvrage, que les désastres de la librairie avaient suspendue pendant deux ans, va maintenant être continuée sans interruption par un autre éditeur. Je m'empresse de profiter do la première disponibilité de quelques exemplaires pour satisfaire le désir que j'avais depuis si longtemps de soumettre ce travail à un juge tel que vous, ù

Eh bien! est-il possible de croire que si M. Guizot n'avait jamais vu ni entendu M. Comte avant leur entrevue de 1832, celui-ci lui aurait écrite lui-môme : (( Je rCai pas oublié^ MonsieuVy quCy dans les conversations philosophiques trop rares et si profondément intéressantes que f ai eu Vhonneur d* avoir avec vous autrefois, vous avez bien voulu m' exprimer souvent combien vous me jugeriez propre à contribuer à la régénération de la haute instruction publique, si les circonstances vous en conféraient jamais la direction, » Et plus loin : « Je crois donc pouvoir compter sur Vépreuve décisive à laquelle je soumets ainsi votre ancienne bienveillance pour moi et votre zèle pour les véritables progrès de Vesprit humain? »

Évidemment M. Guizot n'a point relu cette lettre avant de la livrer à rimpression; évidemment ses souvenirs lui ont fait défaut en cette circonstance; ce qu'il faut attribuer, sans doute, et au temps qui s'est écoulé depuis cet événement, et au peu d'importance qu'il parait y attacher.

Cependant, comme tout ce qui touche à la mémoire d'Auguste Comte offre de l'intérêt à nos yeux, nous croyons devoir accorder à cet incident une gravité réelle, et nous nous croyons obligé de rappeler au lecteur dans quels termes le philosophe en a lui-môme parlé, ce qui fera mieux comprendre et les motifs de sa démarche, et la raison du refus qu'elle dut essuyer. Voici ce qu'écrivait à cet égard, en 1842, le fondateur du positivisme :

« Envers le parti métaphysique, soit gouvernant, soit aspirant, ma position nécessaire, quoique relative à une collision moins prononcée, est, au fond, encore plus dangereuse pour moi, à cause de la grande prépondérance qu'il exerce aujourd'hui, à tous égards, en France. Plus éclairé et plus souple que le précédent (1), ce parti équivoque sent confusément que, depuis Descartes et Bacon, l'essor graduel de la philosophie positive a été surtout dirigé spontanément contre sa domination transitoire, non moins intéressée aujourd'hui que les prétentions purement théologiques à empêcher, à tout prix, l'installation sociale de la vraie philosophie moderne. En considérant d'abord la portion de cette école qui règne maintenant, je puis aisément signaler, chez son plus éminent organe, un exemple très caractéristique de sa disposition instinctive à me tenir, autant que possible, non sans doute dans l'oppression sacerdotale, mais dans une profonde obscurité personnelle, à la fois mentale et sociale. Ayant été, dès mon premier essor philosophique, individuellement apprécié, à certains égards, en 1824 et 1825, par M. Guizot, je lui ai fait l'honneur, il y a dix ans, lors de son principal avènement politique, de m'écarter une seule fois envers lui de la règle constante que je me suis

(1) Le parti théologique. — (Note du biographe).

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prescrite de ne jamais rîen demander aux divers pouvoirs actuels ea dehors d© CD qui m'est strictement dû d\ipr4>s les usages établis. 0^**?h^^^ ouvertures do sa part me condtîij^ircnl alors à lui proposer de créer, au Collège de France, une chaire directement consacrée à Thisloire générale des sciences positives, que seul encore je î»ourrais remplir de nos jours, et à laquelle j*eiisse spontanément donn»^ un caractère convenablement relatif à Tascendant soieiitiflqoG et logique de la nouvelle philosoiiliie. Or. après diverses tergiversations, M. Guîzot, qui a fondée là et ailleurs^ pour set^ adhérents ou aes flattears, tant de chaires inutiles ou môme nuisibles, fut bientôt entraîné, par ses rancunes métaphysiques, à écarter définitivement une innovation qui pouvait honorer sa méiuoire, et dont il avait d'ubord semblé comprendre la valeur naturelle. Je fus même ensuite obligé do publier, dans deux journaux, en octobre 1833, avec quelques commenlaires spéci^mx, la note philosophique que j'avais dû composer à ce sujet, afin d'emfécher au moins que cette proposition, qui, en elTiH, est ainsi restée ultérieurement intacte, ne se trouviil finalement gaspillée au profit do quelque eourtisan. Quant à la partie de Pécole métaphyjîîque qui constitue aujourd'hui ce qu'on appelle volgairement Toppottîtion, et dont la principale influence réside dans la presse périodique^ ges dispositions envers moi sont, sans doute, assez caractérisées i>ar Tétrange silence que ses divers organes, quotidiens ou mensuels, ont unanimement gardé, pendant douze ans, |»our la première fois peut-être, envers ma publication philosophique. C'est jusqulci seulement en Angleterre, du moins à ma connaissance, que ce traité a donné lieu à un sérieux examen, par la consciencieuse aiipréciation dont un illustre ptiysicien (sir David Brf^wster) honora, en 1838, dans la célèbre Herme cT Edimbourg, mes deux premiers volumes, quoiqu'il eût d'ailleurs assez peu compris Tensemble de mon cipération philosophique, malgré Tadmission formelle de ma loi fondamentale, pour regarder un tel préambule comme constittiant mon principal nbjet. Souf celte unique discussion, ainsi |duttM scientifique que vraiment philosophique, ce long travail n*a jamais été même annoncé dans aucun journal de quelque importance, ^ans que l'on puisse assurément allribuer une telle réserve au sentiment personnel d'une insuffiisance d'instruction préalable qui n'empéchti pas l'essor habituel det^ jugements les plus tranchés. Quoique quelques organes avancés aient dû, à ce sujet, attendre naturellement la fin d'une éla-i boration qui n'est, en elTet, pleinement jugeable que dans son ensemble tot^iU^ on ne [«eut douter que ce silence exceptionnel ne soit surtout dû à la répugnance involontaire avec laquelle les métaphysiciens, qui dominent partout la presse pt'^riudiquc, voient aujourd'hui surgir une philosophie supén^ure à leur infiuence, et qui tend directement à faire cesser leur prépondérance actuelle, sous rinflexible prescription continue de rigoureuses conditions mentales, à la fois logiques et scientifiques, qu'ils se sentent incapables de rem* plir suffisamment. » — {Cours de philosophie positive^ i, VI, préface personnelle, p. Xix à XXII ).

A CCS indications nous devons joindre celles que M. Pierre Laffitte a tirées des archives positivistes, communiquées au D*" Sémôrie, qui les a publiées et commentées dans son journal : ùi jn>litiqiœ/mi(ivr^ n^ du 1" novembre 1872^

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et que M. Valat a lues à PAcadémie de Bordeaux en 1879, au cours d'une discussion sur le cas d'amnésie de M. Guizot. Les voici :

« A Monsieur Comte, rue de P Oratoire-Saint- Honoré^ 6*, à Paris,

« Je viens de lire, Monsieur, avec un véritable et pressant intérêt, le petit volume que vous avez bien voulu m'envoyer [Plan des travaux scientifiques nécessaires, etc. — R.). Permettez-moi de ne pas vous en dire aujourd'hui autre chose, sinon que j'ai beaucoup ^à en dire. Peu de livres produisent sur moi cet effet; ils sont en général si vides, et le vôtre est plein. Le monde se traîne dans de sales ornières où il se trouve fort mal et hors desquelles cependant il ose à peine porter sa vue. Vous en êtes sorti et avez atteint d'un seul élan beaucoup de vérités. Je serais fort aise d'en causer avec vous quand il vous conviendra ; j'aurais plutôt des additions que des retranchements à vous demander. J* adopte à peu près tous vos principes; je crois seulement qu'il y en a encore d'autres qui doivent entrer dans le cadre. Je vous proposerais mes doutes.

« Agréez, je vous prie, l'assurance de toute ma considération.

« GuizoT.

« Lundi, 19 avril 1824. »

« A Monsieur Aug, Comte, rue du Faubourg-Montmartre, 43, Paris.

« Je regrette plus que je ne puis le dire, Monsieur, de ne pouvoir assister demain à l'ouverture de votre cours; j'ai chez moi un rendez- vous d'affaires précisément à midi. Je ferai tout pour être plus libre mercredi prochain ; je suis malheureusement trop occupé pour pouvoir me promettre d'assister régulièrement à vos leçons; mais je tiens absolument à vous entendre quelques fois. Quelles que puissent être les difïérences de nos opinions, vous êtes, Monsieur, du petit nombre d'hommes avec l'esprit desquels on sympathise toujours, et j'aurais bien plus de plaisir à discuter avec vous qu'à être pleinement approuvé de tant d'autres.

« Vous avez écrit, dans Le Producteur, plusieurs morceaux fort remarquables et sur lesquels nous causerons, je l'espère, quelque jour, car il y a bien longtemps que je n'ai eu l'honneur de vous voir. J'aurai l'honneur de vous envoyer la semaine prochaine le premier volume de mon Histoire de la Révolution d'Angleterre, que je vais enfin publier, et quand il aura paru, j'aurai, je l'espère, un peu plus de liberté.

« Agréez, je vous prie. Monsieur, l'assurance de toute ma considération et de mes sentiments les plus distingués.

« GurzoT* « Samedi, 1er avril 1826. »

« A Monsieur Aug* Comte, rue Saint-Jacques^ iô9.

tt Je regrette beaucoup, Monsieur, de ne m'ètre pas trouvé chez moi quand vous avez pris la peine d'y passer. Je suis très occupé et souvent obligé de m'enfermer. Si vous étiez libre quelquefois le soii*, de sept heures

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et demie à neuf heures et demie, c*est le moment où je suis le plus sûr de me trouver disponible.

« Je voudrais me promettre que je suivrai régulièrement votre cours; je n'ose l'espérer. Quels sont vos jours et vos heures? Je tâcherai du moins d'aller vous entendre. Je sais ce que valent vos idées, môme celles que je ne partage pas.

« Agréez, je vous prie, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

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