‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste Comte (volume 2)Chapitre 8 sur 103 · LU Û · texte numérisé non relu

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raction de rhomniesur le monde pouvant et devant êlre systématisée diaprés le concept des spéculations correspondantes.

Comte se réservait donc, comme dernier eiïorl philosopliic|ue et aprùs qu'il aurait défiDitiveinent constitué la Morale, d'écrire un Système d'Industrie positive^ un traité de Taction totale de Thomme sur sa planète^ une Encyrlopédie concrète directement sulji)rdo[mée à rEncyclopédie abstraite. Il avait annoncé cet ouvrage dès l'origine de sa carrîéi'e, et, de nouveau, à la fm de son œuvre fondamentale, le Cmim de philosopltie positive^ ainsi qu'en coniniencanl son SyMeme de poliiiquo positive instduani la Religion de riiuitianitê. La philosophie troisième était donc depuis bien longtemps conçue et arrêtée dans son esprit.

« ... Le domaine industriel, dît-îl à ce sujet, au c. III du L IV de la PoUtïque^ étant restreint à Tordre extérieur. Tordre humain n'y saurait entrer que coFiime source nécessaire des modifications systématiques. Les deux premiers ch api 1res (du Sfjsi. d'hulnsi, posit.) devront donc instituer cette relation générale en expliquant, Tun Torganisation spirituelle, Tautre Téconomie temporelle de Tinduslrie positive. D'après cette double base, les cinq chapitres suivants caractériseront respectivement Taclion mathématique, l'action astronomique, Taction physique, l'action chimique et Taction biologique^ tant animale que végétale. Ce traité doit ainsi développer l'identité nécessaire que la philosopliie première établit entre le classement des arts et celui des sciences, sauf que Tun se borne au domaine profane, tandis que l'autre s'étend au domaine sacré. Pour une telle construction, Tinstitution des milieux subjectifs devra dogmatiquement remplir un tlernier otllce, afin de rendre plus vives et plus nettes les conceptions pratiques dont le champ coïncide avec le sien» Alors la conclusion synthétique du volume concret complétera T«mpulsion religieuse de son introduction, en caractérisant Tinsuflisance et môme le danger de Tart extérieur, qttand il méconnaît sa subordination à lart humain. ï> (U

Combien il serait capital, disons-le en passant, que des esprits ouverts et des hommes d'énergie méditassent cette pensée profonde et Tappliquàssent au mouvement pratique désordonné qui s'accomplit de nos jourvS, aux déportements aveugles et subversifs, pleins de misères et de périls de ta présente orgie industrielle !

(l) Auguslc Comte, Système i^f poIHUptr [tosîtkr, p. 247.

C*csl M, LuflÎMc encore, et lui seul, purmi les positivistes, qui a relevé toute t*impof- |jinc« de Celte dcrnièfc création du Maître et qui ji essaye d*€n expliciter le plan d4iJ4 un cours public piofc5.r.é au colk^ge de Frauce, dont uoiis donnons aussi le programme au W 8 de nos Pièces ju$tiricatîves.

CEFvni: î>AUGrsTE f'.mnr.

Voilà, néanmoins, comnieiU surgit celte philosophie troisième destinée à compléter la pliiïosophie seconde, émanée elle-même de ]a philosopliie première,

A ce point de [Jt^rlcclion, la philosophie positive, ou mieux cette systématisation fmale et compléle du dogme de la religion de rHumaniié, constitue Tessence même de tout le savoir humain réel et utile, tliéorique et pratique, saut les développements techniques nécessaires, encore plutôt oraux qu'écrits. La pliilosophie des sciences qui, à cette heure plus que jamais, (îevient le guide indissahle de notre société houlever^ée, apparaît ici dans son degré !e plus élevé d*unîté et de plénitude.

IV. — Culte de l'Humanité. Sa nature subjective. Culte PRIVÉ, Culte i^ublïu.

Bien que j'aie commencé ce résumé de la religion positive i>ar l'exposition du dogme, un tel ordre irest pas nor-mal et ne conviendrait nullement a une initiation systémalique. Je ne l'ai suivi qu'en vue des esprits entièremeirt étrangers au positivisme, auxquels est dastinée cette introduction, et qu1l était indispensahie d'éclairer tout d'abord sur sa nature fondamentale. Dans l'état normal, c'est le culte qui doit ouvrir renseignement religieux, pour le positivisme surtout, dont le principe essentiel, d'après sa réalité caractéristique, peut iMre spontanément senti et direetement vénéré, avant l'explication dogma* tique indispensable aux divers cu!tes préliminaires, qui s'adressaient à des êtres liciifs. Outre que le jeune positiviste aura appris à connaUre et h aimer l'Humanité pendant la période empirirpie de leducalion accomplie sous la direction maternelle, son initiation religieuse, pendant la période systémalique couduile par le sacerdoce, connuencera par Texposition dogmatique d'un culte qui lui est depuis longtemps familier. Ainsi, possédant sur le Grand-Être les notions concrètes préliminaires indispensables à toute investigation abstraite, il pourra aborder avec les connaissances syntbétiijues et les dispositions syuqmthiques convmables à uo tel sujet, Tétude analytique de ce domaine sacré. L'appréciation du culte, nécessairejnent basée sur la théorie positive de l'existence collective ou du nouvel Ktre-supréme, prépare, en elTet, admirablement, celle du dogme et du régime, en lui fournissant les vues d'ensemble et les inspirations aflectives qui doivent sans cesse la diriger, et en posant d'avance ie lermeoù chacun d'eux doit aboutir.

Ce simple aperçu caractérise donc pleinement l'homogénéité de la

\,\ nEr.ïfiioN m: l iitîMiNrn:

religion tinale, ou l*amour conduit à la foi, et où la toi vient à son tour régler Tamour, pour mieux inspirer el diriger la conduite. C'est isi que le dogme devient le lien systématique entre le t ulte et le jime, comme le sacerdoce entre le sexe aimant et la force pratique, d'après l'aptitude des lois intellectuelles, ou logiques, à lier les lois morales avec les lois physiques, de manière à instituer une pleine unité entre le domaine religieux et Texistence sociale. Toutefois, malgré cet office essentiel du dogme, le cuUe n'en reste pas moins, par sa destination mor-ale, le principal étément de la religion, et qui suflirait seul à ta représenter réellement, comme pouvant instituer directement l'unité linmaine par la culture de raltruisme, si les conditions matérielles de notre existence n'exigeaient toujours Tintervention systématique du dogme, soit pour régler Tamour lui-même, soit afin de conduire notre activité. C'est pourquoi, malgré son importance morale, la prépondérance du culte sur le reste du domaine religieux ne peut être instituée délinitivement envers ses autres parties, qu'en vue d'améliorer la conception du dogme et la pratique du régime, qui ont dès lors pour olTice priiicif>al d*éclairer le sentiment et d'assurer son action. Le culte de FH umanité n'est donc qu'une préparation sympathique à la vie sociale révélée par !a loi démontrable, et instituée par te régime positif* Il a pour liut essentiel de nous fdre mieux comprendre les conceptions philosophiques de la première, et de nous aider à mieux accomplir les obligations pratiques résultées du second. C'est à ce point de vue que Ton voit aisément comment ii est à la t'ois Tidéafisation du dogme et du régime, puisqu'il consiste, dans son degré le plus élevé, à condenser sous une tbrme esthétique et concrète, facilement accessible, les abstractions piiilosophiques qui constituent la foi démontrée; et à réaliser, par la culture alVective, une existence subjective qui développe et perlectiojme les meilleures tendances el les plus hautes ol>ligations de la vie réelle.

Le culte positif, daprès la nature même des deux principaux éléments de la population humaine auxquels s'adressent ses hommages et ses vceux, la Priorité et la Postérilé, comme d'après Téloignement ou l'absence habituelle de fensemble du Public, doit être essenlieilement subjectif. C'est-à-dire que, par la nature des choses, nous sommes obligés, dans une telle adoration, de nous rejirésenter intérieurement des ancêtres, des descendants, et môme des contemporains que nous ne pouvons contempler extérieurement, ou bien des attributs abstraits que nous associons entre eux par la pensée, pour concevoir la suprême existence dan^ toute son unité. Le culte positif repose donc sur l'essor journalier, privé et public, de la vie

ŒrvnE bArcrsTE comte

subjective, dont la pratique universelle est indispeasaLle à la religion finale. Cette nécessité iDleUectueile est loin de se trouver opposée, du reste, à iioï^ dispositions originelles, ce cjui la rendrait très difficile à satisfaire ; elle est, au contraire, si naturelle à notre espèce^ que tous les eultes antérieurs, surtout les plus éloignés de nous, et par conséquent les plus spontanés, en l'applicjuant à des êtres fictifs, Tont bien autrement développée que le positivisme, qui ne fait que la restreindre et la systématiser. La différence essentielle entre Tancienne et la nouvelle sul>jecHvilé, c'est que la dernière est toujours sentie, reconnue, réglée, et qu elle doit renoncer entièrement à toute réalité objective : on voit volontairement en soi les objets de radoration subjective, ao lieu de s'efforcer inutilement de voir au dehors dos êtres qui n'y existent point. C'est donc par la coutemplation intérieure, par rimaginatîon aidée du souvenir et stimulée par le sentiment, que nous reproduisons en nous, dans notre cerveau, Timage des êtres altsents, passés, présents ou futurs, el cjue nous obtenons la représentation subjective des types, privés ou publics, restés, ou devenus chers à notre cceur, malgré leloignement ou la mort. Mais jamais nous ne croyons voir au dehors, objectivement, corporellement, les êtres absents ou ravis, ni, à plus forte raison, ceux, nécessairement fictifs, comme dans tout théologisme, dont personne n'a jamais directement constaté rexistence.

Dans le nouveau culte, la vie subjective est donc toujours subordonnée à la vie objective, la contemplation intérieure, à la réalité extérieure; c'est-à-dîre que le souvenir doit toujours rester suffisainment conforme a la vérité. Sous cette condition permanente, rinstitution systématique de Texisteiice subjective peut négliger volontairement, en ce qui concerne les types vénérés, les inûuences inférieures, physiques el même vitales, pour laisser mieux prévaloir les lois supérieuï'es^ intellectuelles et surtout morales, sans manquer aucunement à la réalité. C'est ainsi que les morts nous apparaissent toujours comme affranchis des nécessilés matérielles, que nous ne songeons plus aux besoins qui les affectaient pendant leur existence» et qu*ils gardent toujours le même âge dans dos souvenirs. Si loin que se prolongent les regrets d'une mère. Tentant qu'elle a perdu ne vieillit pas avec elle, et reste, dans sa mémoire, ce qu'il était au moment de sa mort* De plus, rinstitution de la vie subjective permet, sous le rapport moral » Tidéalisation par soustraction. C'est-â-dire que, sans exagérer jamais les qualités du type considéré, et surtout sans lui en accorder de nouvelles, on doit en négliger les imperfections» C*est la systémalisafion légitime de notre tendance spontanée, irrécusable et générale, à oublier les défauts des morts, pour ne *

LA RT'tMfilON IH; L lirSlANITK

nous rappeler que leurs vertus et leurs bienfaits* De même que, dans le cours empirique des choses humaines, on ne voit survivre à Toubli que les mémoires dignes d'être conservées, de même le culte positif n'incorpore à rilumanité que des types d'élite, purgés des imperfections inséparables de la nature humaine. La durée subjective de riionnne, ou son immorlalité, n*est iloiic que te prolongement perfectionné, quoique réel, de sa vie objective, quand elle fut digne d*une telle transformation. D'après celle nob!e perpétuité, nos morts sont alTrancbis des nécessités physiques et vitales, doot l'elTacement ne sert plus qu'à nous les mieux représenter. Mais ils ne sont point dépouillés de leurs qualités morales, de rascendant intellectuel ou sympathique résulté de leur vie spirituelle. Leurs oi'uvres et leurs bient'ails subsistent, nous éclairent, nous améliorent, nous servent et nous lient; ceux â qui nous les devons ne cessent point, par conséquent, d'aimer, ni mémo de penser en nous et par nous. Ils ne sont donc point anéantis par la mort, mais continuent, sous un mode peut-être plus eflicace, de vivre parmi nous : car le doux échange de sentiments et dldces que nous entretenions avec eux pendant leur vie corporelle, devient à la fois plus intime et plus continu, d'après le caractère idéal et sacré que leur confère la transformation subjec- Uve et que leur assure le culte funèbre. Leur action se trouve sans cesse et prolbndénient mêlée à la nôtre : nous agissons sous leur idspiration^ nous leur devons dos meilleures démarches^ nous développons notre esprit pour les y mieux retenir, nous épurons notre cti^ur pour les y conserver plus saintement. Us nous défendent donc contre le mal, nous poussent au bien et au vrai» et dirigent réellement notre conduite, privée ou publique, suivant le caractère do mesti()ue ou social qu*eut leur existence objective, et que revêt leur immortalité. On peut coni[>rendre alors comment celte conception positive de la vie future, outre ifu'elie est îa seule vraie, devient éminemment féconde et bienfaisante, pujsqu*elle peut servir de récompense aux morts, et de consolation aux survivants, mieux que ne ht jatuais la croyance théologique, nécessairement égoiste et chimérique.

Le procédé usuel, le mode d'exercice habitue! de la vie subjective qui constitue Tessence même du cuUe positif, comme de tout culte léel, c'est la Prière : non plus cet acte qui, dans l'ancienne religion, se réduit fatalement à une demande égoïste, inspirée par la peur et par des préoccupations exclusivement personnelles : mais une élévation véritaJile de l'homme à rilumanité, dans laquelle nous lui exprimons à elle-aiéme, ou à ses meilleurs représentants, la reconnaissance et l'amour qu'ils nous inspirent. Le positivisme épure donc et développe cette précieuse institution pour en faire la principale idéa-

ŒUVRE D AUGUSTE COMTF

lisation de notre vie. Car ici, prier, c'est à la fois aimer, penser et même agir, d'après l*expression indispensable au véritable exercice de la prière ainsi régénérée. Jamais, eo elTet, les trois aspects essentiels de l'existence humaine ne purent être aussi profondément unis que dans ces nobles épancheraents de gratitude et de sympathie, dans ces elïusions domestiques, civiques ou sociales, dont aucun motif intéressé ne vient souiller la pureté. On ne peut demander au nouveau Grand-Ètre que de nobles progrès spirituels, sans aucun accroissement matériel de richesse ou de puissance, qu'il serait aussi absurde qu'immoral d'attendre de lui. Et, en souhaitant devant FHumanité de devenir plus tendre, plus vénérant et plus courageux, chaque croyant fait un pas efficace vers la réalisation d'un pareil désir, l'aveu sincère de son imperfection actuelle étant le premier degré de son amélioration prochaîne. Tons les efforts et les vœux subjectifs que le positivisme exprime par la Prière, se bornent donc au perlectionnement de l'ordre humain, le plus noble et le plus modifiable de tous; ils n*aspirent qu'à un progrès moral qui devient le plus souvent réalisable. C'est ainsi que ce culte parvient k s'emparer fmalement du domaine sacré réservé jusqu^ici à la grâce surnaturelle. Le dogme de la religion universelle enseigne que les sources réelles de cette moralisation suprême sont en nous; et le culte de l'Humanité nous dispose à nous y abreuver sans cesse! La pratique assidue d'une telle adoration doit donc élever puissamment la nature humaine sans jamais l'amoindrir ou la dégrader. D'après la liaison cérébrale des organes de la pensée avec ceux de l'affection, ou d'après la réaction des sentiments sur les idées, elle développe notre esprit en même temps que notre cœur. Et, de plus, d'après la loi vitale du perfectionnement organique par fexercice fonctionnel, on conçoit facilement combien la pratique journalière de la prière, du recueillement subjectif et de l'élévation religieuse, tend à améliorer finalement notre constitution cérébrale et nos facultés spirituelles, en développant, par l'action, ses organes altruistes, et atrophiant,, par la désuétude, ses instruments égoïstes, Entin, le culte positif peut aussi développer directement les éléments de notre intelligence, soit l'expression esthétique constamment utilisée pour son accomplissement privé ou public^ soit même la conception scienlilique, en perfectionnant la logique universelle, fondée sur Tassociation continue des signes, des images et des sentiments, pour assister la méditation. Le culte positif se déconqiose en privé et public, suivant qu'il se rapporte à l'idéalisation de la vie domestique, ou de la vie sociale. Le premier s'adresse à la femme, qui, diaprés la prépondérance spontanée de son altruisme, peut fournir la plus digne personnification

LA riKLlOlON rH% l/HtîMAMTÉ

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objective du Grand-Ètre* Le second L'oncerne exclusivement J*Homalîilé. Mais le culte priv^ est essentiel, fondamental : il prépare au culte public, comme la vie domestique conduit à la vie sociale, et la Famille à t^Hunianité : le cœur ne devant pas négliger davantage les degrés élémeataires de rinîtiation aiîective, que Tesprit ne peut dédaigner les moindres échelons de la liiérarcljîe encyclopédique, pour atteindre aux plus élevés. Le culte est donc pour le cœur, ce que le dogme esta l'esprit et le régime à ractivité.

Le culte privé se décompose lui-même en iiersonnel et domestique, selon qu'il a pour but le pertéctionnement individuel, ou Tidéalisation des principaux actes de la vie privée. Le premier degré, ou culte personnel, est caractérisé par Finstitution positive des véritables anges (lardiena; cette adoration intime, aussi touchante que salutaire^ est empruntée au lliéologisme, par le positivisme, qui la transforme en lui communiquant sa réalité propre, c'est-à-dire en lui fournissant des objets réels, au heu de conserver les êtres chimériques dont l'ancienne foi se préoccupait. Le culte des anges gardiens consiste alors dans la gloritlcation journalière des meilleures personnifications par lesqueïles chacun peut se représenter familièrement THumanilé : et la femme, d*aprés la supériorité naturelle de son organisation morale, convient spontanément à un tel office. « Toute Texistence de ïf fÉtre-suprômc étant fondée sur famour, qui seul réunit volontai- <t renient^ ses éléments séparables, le sexe alfectif constitue naturelleu ment son représentant le plus parfait, en même temps que son et principal ministre (l). » Or c'est surtout au sein de !a famille que se produit son action bienfaisante, et c'est le milieu domestique qui iburnit k l'homme ses véritables anges gardiens (t2). La Jiière, réponse et la lille, excitant respectivement en lui, par une inévitable réciprocité d'alTection, la vénération» rattachement et la bonté, Tadoration intime de ces agents familiers de son perfeclionnement et de son bonheur, devient la base légitime d'un culte secret, aussi inévitable qu'indispensable. Du reste, autour de ces types prépondérants qui, comme anges ou patrons, comme protecteurs et comme modèles, servent à diriger Tessor continu de notre amour, successivement attiré par eux vers ïe passé, le présent et Tavenir, de manière à embrasser tous les aspects et tous les éléments de la vie sociale, peuvent se grouper tous les êtres dont le souvenir ne doit point s'efîacer de nos

(t) Catéchisme posiiivîsU, page 184.

(2) M* J.'B. Foucart a donné Je cette îîistltulîou des anges gardiens un spécimen poétique plein tic £:lurme et de uaïveic, que nous reproduisons dans nos Pièces '^mHficatms, ii»^.

cœurs. Au culte de la mère vient s'associer celui du père ou du maître ; au culte de répouse, (*eîuî du frère, de rarui, du compagnon ; au culte de la fdle, celui du fils, du disciple ou du ser\iteur. En un mot, un souvenir synjpatirique peut concentrer resi^ectivemenl tous les dignes objets de nos aireetions privées aolour des trois types fondamenlaux «]oi nous rattactient sans cesse au passé par la vénération, ou amour des supérieure, au présent par l'attacliemeot, ou amour entre éj^aux, et à l'avenir par la bonté, ou amour des supérieurs [)our les in ré rieurs.

La Prière est le mode essentiel par lequel s'eOectue ce culte quotidien. Notre adoration exprimant toujours un amour motivé et développé d après une reconnaissance croissante, chaque prière, privée ou publique, olVre nécessairement deux parties : l'une i)assive, qui consiste dans la comniéinoration des motifs d'alleclion, et Tautre, nécessairement active, qui résulte de l'elVnsion que provoque en nous celte récapitulation intime; enlin, de révocation linale de l'image cliérie. La prière positiviste, toujours pratiquée dans l'altitude normale delà vénération, doit être renouvelée trois fois le jour, avec une durée variable : au lever, elle nous [irépare |>ar une digne invocalioii des types les plus propres à réveiller notre atrection, au bon emploi de nos forces, à l'usage allruiste de notre travail journalier. Au coucher, elle exprime la gratitude que nous devons à cette secrète protection morale, et prolonge pcjidant ie sommeil son iniluenee salutaire, en écartant de nous les images perturl>atrices. Dans le milieu du jour, la prière nous dégage momentanément des préoccupattons liièoriques ou pratiques» pour ranimer rinlluence alTeclive dont elles tendent à nous écarter. Tel est Fensemble de pratiques religieuses élémentaires que le culte positif institue pour provoquer en nous lessor sympatliique initial le plus simple, niais le plus intense, et qui seul i^eut nous permettre d*éprouver réellement des sentiments sociaux plus élevés (1 ).

Quant au culte domestique, il consiste essentiellement dans la consécration que la religion finale établit pour chacune des phases successives de rexistence privée, aiin de la l'attacher à la vie publique. Il otîre donc autant de conltrniations spirituelles que celte existence présente d*actes fondamentaux : d'où l'institution de neuf nacrements sociatix. Le sacerdoce positit, comme tous ceux qm l'ont précédé, consacre d'abord, mais au nom de l'Hunianité, la nais-

(i) Voir VEîstti iur la prlht, par M. Josepti Lonchampt, troisicmc édition, Paris 1878; un volume în-p, avec une iiiiroducttou sur Je culte de rHuuuîiité, et une LcUre sur ia misiion ritiguttit de la Ffmnte*

hx HELioro?; de l^humanité

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sance de chaque enfant présenté par les sectateurs du nouveau culte. Il reçoit des parents, naturels et artificiels ou supplémentaires (parrain et marraine), rengagement solennel de préparer convena- Mement le rejeton naissant au service du Grand-Rtre, et fixe leur promesse par uo contrat religieux ; c'est le sacrement de ia Présentation, Viennent ensuite ceux de VlnUiatioii et de VAdmission qui, à un intervalle de sept années chacun, consacrent respectivement, pour le jeune positiviste, à quatorze ans, le passage de Téducation spontanée donnée par la mère à Téducation systématique fournie par le sacerdoce, et plus tard, a vingt et un ans, sa participation réelle à la vie pratique, au service de l'Humanité, d*après la prét>aration générale, scientilique, littéraire et professionnelle (Tapprentissage d*un métier) qu'il a précédemment reçue. Le quatrième sacrement est celui de la DcsiimtHon^ qui fixe religieusement, vers Tàge de vingt-liuil ans, le choix définitif de la profession, théorique ou pratique, qu*embrasse chaque citoyen : tt Le culte ancien n*en uiTrait l'ébauche qu'envers les plus hautes fonctions, par fordination des prêtres et le sacre des rois. Mais la religion positi%^e doit toujours instituer socialement toutes les professions utiles, sans distinction de publiques ou de privées (1). d Enfin^ le principal sacrement social, celui du Mariage ^ vers trente ans, qui ne peut être conféré avant Tâge indiqué pour le précédent, ni avant ce sacrement luimême, en rattachant fortement celte institution domestique à la vie publique, dont elle forme la base essentielle, lui confère son dernier perfectionne menti Non-seulement le culte positif consacre à jamais la monogamie catholique, mais il la complète imr Finslitution vraiment auguste du veuvage éternel, qui épure et consolide directement le lien conjugal^ en satisfaisant aux aspirations spontanées des meilleurs époux de tous les tempSj quant à la perpétuité de cette association fondamentale. Chaque couple positiviste, pour obtenir la consécration religieuse de son union civile, tonjoum ohlhjaioirCj uidèpendofite et préalable^ doit prendre librement rengagement moral de ne former aucun autre lieu postérieur. L'époux, ou réponse, devenu Veuf après un tel serment, doit le rester absolument et volonlairemeot toute sa vie, sans qu'aucune puissance temporelle vienne Vtj contraindre. On comprend la supériorité morale d'une telle institution, son efficacité domestique et rnéme civique, son heureuse influence personnelle, pour développer dans toute sa pureté et son étendue le culte subjectif dorjt dépend le progrès moral, pour chacun

(i) CaikhiitM p0ÙtUiiii% page 196.

m (EUVRE D AUGUSTE COMTE

de nous. Les autres sacrements sociaux, qui suivent ordinairemeot le mariage, comme les précédents y préparent, sont successivement : le sacrement de la Maturité^ qui confirme Thomme, à quarante*deux ans, dans la plénitude de son développement organique et sociai, et qui lui rappelle que le temps est venu de sa plus grande efficacité publique, comme de son entière responsabîïité personnelle ; celui de la Rclrnttc^ après lequel cliaque agent humainj en cessant, à soixante ans, sa participation active au service commun, pour ne plus exercer dans la société que Finnuence consul* tative, inaugure cette importante action, en indiquant publiquement le choix de son successeur, dès lors soumis au contrôle sacerdotal et populaire; celui de la Transformatioyif par lequel le sacerdoce associantj au lit des mourants, les regrets de la société aux larmes de la famille, cherche à obtenir d'eux les réparations désirabtes et possil>les, et adoucit le moment suprême en faisant espérer, sans jamais la promettre cependant, la perpétuité subjective qui est la récompense finale de toute car ri ère booorable. En lin, le dernier sacrement social est celui de V Incorporation : (« Sept ans après le mort, tt quand toutes les passions perturbatrices sont assez éteintes, sans <k que les meilleurs documents spéciaux soient déjà perdus, un a jugement solennel, dont la sociocratie emprunte le germe à la « théocratie, vient irrévocablement fixer le sort de chacun. Le sacer- M doce ayant prononcé V incorporation, il préside au pompeux trans- « port des restes sanctifiés, <jui, jusqu*alors déposés au champ *t civique, viennent occuper leur place élernelle dans le bois sacré M qui entoure le temple de T Humanité. Chaque tombe s'y trouve (t ornée d'une simple inscription, d'un buste, où dune statue, suivant M le degré de la glorification obtenue.

tt Quant aux cas exceptionnels d'indignité caractérisée, la Oétris- <f sure se manî teste en transportant convenablement le funeste fardeau « au désert des réprouvés, parmi les suppliciés, les suicidés et les u duellistes (1), »

Il convient de rappeler aussi que les sacrements sociaux, d'ailleurs subordonnés aux actes civils correspondants, doivent toujours demeurer, légalement, facultatifs: et qu'ils n'imposent jamais qu'un devoir moral, démontré par l'éducation et sanctionné par Topinion, mais dépourvu de toute coercition temporelle. Ils n'ont pas force de loi.

Voilà comment le culte domestique, en rattachant noblement la vie privée à la vie t>ublique, et en développant des sentiments

(i) Catécbisnie posilhisic, p. soi.

civiques plus élevés et plus éteodus que nos afîections personnelles, nous prépare plus directemeot à l'adoration finale de rHumanité.

L'objet de ce dernier culte, comme des deux précédents, est de nous taire mieux comprendre et mieux accomplir rexislence correspondante.

Cette idéalisation générale se trouve, du reste, préparée par Tinslitution du (Mendrler positiviste (1), qui établit une sorte de culte concret du Grand- Rtre, surtout propre à la transition actuelle, par la commémoration quotidienne des principaux types ayant concouru à révolution humaine, et dont la glorification syslématique nous dispose admirablement, d'esprit et de cœur, à concevoir enfin la suprême existence,

Le culte public idéalise d'abord les liens fondamentaux qui constiluent Texistence sociale, savoir : VHuniamléf le Mariage, la Patermté^ ]a. Filiation^ la FnttefmitéeWB. Domesticité; pois, les préparations essentielles qu'elle exige : le Fétichisme, le Pohjthéismc et le Monothéisme; enlin, les fonctions normales dont elle se compose : la Femme ^ ou la providence morale, le Sacerdoce, ou la providence intellectuelle, le Patridnt^ ou la providence matérielle, le Prolétariat^ ou la providence générale.

Le tableau sociolatrique ci-contre (F), que nous empruntons au Syatéme de poUtique positive, pourra, à défaut d'explications plus étendues, qui nous sont interdites par les limites de cette notice, donner une idée de Tensemble de cette adoration abstraite dont on trouvera touii les détails dans Touvrage indiqué.

Toutefois, Je dots ajouter, qu'à ce degré, le culte positif reste encore trop analytique. Pour devenir usuel, directement accessible et entièrement conforme à la destination synthétique, il devait condenser la conception positive du Monde et de l'Homme dans une pensée assez vaste pour résumer Tensemble de l'ordre universel.

Ce résultat essentiel, sans lequel la religion démontrable aurait manqué d'unité » a été définitivement obtenu par son fondateur d'après deux institutions pliilosophiqoes de la plus baute portée : la combinaison systématique de Tesprit letichique avec la raison positive, et remploi rationnel de Tutopie substituée au mystère, dans lëtat définitif de la religion.

Si rharmonie humaine exige une puissan3e extérieure et une affection intérieure capables de subordonner toute personnalité, cette puissance, pour être facileoient reconnue, doit occuper un siège

(/) Voir lUît Pièces fusti^athm, n* lo. la 8* édition de ce calendrier Nouj Tivons fait suivre, pour plus de développement, de TOde de M. J»-B. Foucjrt : La Teiiffaini,

ŒUVRE D AUGUSTE COMTE

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Vivre pour Autrui.

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