‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste ComteChapitre 22 sur 65 · II. Sur l'Empereur · texte numérisé non relu

II. Sur l'Empereur

1802. — « Quoi de plus beau, de plus digne de l'homme, que de diriger ses passions vers le but unique de l'augmentation de set^

l'IÈCES JL'STIKICATIVKS.

lumières! Heureux moments que ceux où l'ambition, ne voyant (le grandeur et de gloire que dans l'acquisition de nouvelles connaissances, laissera ces sources impures où elle cherchait a apaiser sa soif. Sources de misère et d'orgueil, qui servaient a désaltérer des ignorants, des héros, des conquérants, des dévastateurs de l'espèce humaine ! Vous tarirez par abandon, et vos philtres n'enivreront plus ces superbes mortels. Plus d'honneurs pour les Alexandre : vivent les Archimède! » (Saimt-Simon, Lettres d'un habitant de Genève à ses co7itemporains , 1" lettre.

1813. — « Il faut qu'une nation réunisse deux sortes de supériorité sur toutes les autres, pour être décidément classée comme premier peuple parles historiens impartiaiix. Ces deux genres de supériorité sont la supériorité militaire et la supériorité scientifique. » (Saint-Simon, Mémoire sur la science de Vhomme, 1813.)

1808. — « Charlemagne avait organisé la fédération européenne. Luther, en la divisant, a travaillé a la dissoudre.

« Cette belle fédération aurait été anéantie ; tous les peuples du continent auraient perdu leur liberté, ils auraient été asservis par les Anglais, si Napoléon ne les eût pas coalisés contre cette poignée d'insulaires. » [Introduction aux travaux scientifiques du XIX' siècle par II. de Saint-Simon, tome %.)

— « L'Empereur conquerra le monde et lui donnera des lois; sa supériorité, l'ascendant qu'il a acquis et la force des choses le commandent. Les Anglais résistent encore, mais bientôt ils succomberont, et la chute de leur empire terminera nécessairement la guerre, puisqu'il n'existera plus de force en état de s'opposer aux volontés de l'Empereur. ». .

« La monarchie universelle ne sera point héréditaire. Elle n'existera qu'une fois pendant toute la durée de la planète et c'est Napoléon qui en aura été le chef. Pour donner des lois a l'Humanité, il était nécessaire qu'il réunît tous les pouvoirs dans ses mains. »

« Il faudrait posséder le génie dé l'Empereur et l'égaler en prévoyance pour dire ce qui arrivera après lui ; pour donner une idée de l'organisation sociale que l'humanité aura reçue de ce législateur suprême. On peut seulement affirmer qu'elle sera la nu;illeure possible, puisque son législateur est le génie le plus transcendant qui ait jamais paru. »

« N'est-il pas possible de conjecturer d'après les premières dispositions de l'Empereur, que le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel seront divisés ; que le premier passera dans les mains d'un pape et d'un clergé physicistes; que le second sera réparti

PIÈCES .lUSTIFICATIVKS.

ontro les différents princes qui se trouveront \i la tète des diverses Tractions de l'Humanité, et que les intérêts nationaux de chacune de ces iractions seront surveillés par des corps de représentants choisis parmi les plus grands propriétaires et les lettrés les plus marquants ?

« Les deux idées que je viens de présenter, doivent être considérées (si elles sont justes) comme l'épanouissement d'un rayon lumineux émané du foyer de l'intelligence impériale

« L'Empereur est le chef scientifique de l'Humanité, comme il en est le chef politique. D'une main, il tient l'infaillible compas ; de l'autre l'épée exterminatrice des opposants au progrès des lumières. Autour de son trône doivent se ranger les plus illustres savants du globe, comme les plus vaillants capitaines. L'école ayant Napoléon pour chef, doit élever, sous sa direction, un monument scientifique d'une dimension et d'une magnificence qui ne puisse être égalée par aucun de ses successeurs.

(( Faire une bonne encyclopédie, organiser le système scientifique projeté par Descartes, est le seul travail scientifique digne des vues du grand Napoléon.

« Mon ouvrage sera une réponse à la question de l'Empereur»

— « Jusqu'à notre génération, il est entré dans le temple de la gloire, un nombre égal d'hommes par la porte scientifique et par la porte héroïque. L'histoire moderne a écrit, en lettres d'or, les noms de cinq génies héroïques et de cinq génies scientifiques du premier ordre : Alexandre, Annibal, César, Mahomet et Charlemagne ; Socrate, Platon, Aristote, Bacon et Descartes.

« Jusqu'à notre génération aucun homme n'était entré dans le temple de la gloire par les deux portes.

« L'Empereur y est entré par les deux portes.

« Pour offrir à l'Empereur un monument digne de lui, il faudrait tailler le mont Saint-Bernard , en faire sa statue qui n'aurait pour base que la terre même. » (Saint-Simon, Introduction aux travaux scientifiques du XIX" siècle, 1808.)

181 i>. — Profession de foi du comte de Saint-Simon, au sujet de Vinvasion du territoire français par Napoléon Bonaparte.

Paris, ce 15 mars 1816.

«Le roi convoqueextraordinairementleschambres;ilsemblcque l'État est menacé et qu'une guerre civile se prépare. Les citoyens troublés jettent autour d'eux un regard inquiet et s'observent les

PIÈCES JUSTIFICATIVES

uns les autres avec une sorte de déliance; dans ces conjonctures, il est du devoir de quiconque a entrepris de parler ou d'écrire avec liberté sur les affaires publiques de ne point laisser un moment douter de ses vues, et de déclarer hautement ses principes à l'opinion qui en est le juge. »

« Un homme se présente a nos frontières, qui pendant dix années a désolé la France par tous les excès du despotisme militaire; cet homme a été renversé du trône ]id^v nos volontés unanimes, et il ose prétendre de régner encore sur nous! Et il ose espérer que nous nous joindrons a lui contre nous-mêmes ! Croitil donc qu'une tyrannie passée donne des droits a une tyrannie nouvelle? croit-il qu'un peuple rendu a lui-même puisse risquer une seconde fois sa liberté? croit-il que nous oublierons ce qu'il fut, ce que nous sommes, ce que nous voulons être! »

« Ce n'est point un Jacques III qui se présente, c'est un Cromwell qui nous menace ; ce qu'on veut nous ravir, ce que nous avons a défendre, ce ne sont pas quelques privilèges et une famille qui nous les garantit, c'est notre constitution tout entière, c'est une dynastie qui nous l'assure ; c'est un roi avec lequel notre liberté est venue et dont notre liberté a besoin. »

« Napoléon promet a la France une liberté illimitée; sans insister sur l'extravagance d'une telle promesse, pense-t-il que nous puissions y croire?.

« Le premier vœu d'un Français est que la France soit libre, le second qu'elle sache longtemps l'être, le troisième qu'elle soit libre sous les Bourbons, etc., etc. (1) »

1821). — « La seconde expérience a été celle entreprise par Bonaparte qui a tenté de faire revivre le siècle de Charlemagne. Cette seconde expérience a été moins absurde que la première, par la raison que la rétrogradation était moins forte. »

« Mais ce qui avaitété de la part de Charlemagne une conception portant le cachet d'un génie du premier ordre, n'a été, chez son imitateur Bonaparte, qu'une ineptie philosophique, soutenue par un grand talent et par une volonté ferme. »

«L'entreprise de Bonaparte a commencé d'une manière brillante et séduisante pour la nation Française, que ses succès militaires ont enivrée; elle a obtenu surtout l'approbation complète de la partie jemie et avide de cette nation » (Saint-Simon, Opi-

(I) Ou ne connaît qu'un seul exemplaire de ceUo proclamaiion , et il se trouve à la ljiblioth('(iuo (lu l.nuvre! |iVote du biographe.)

PIÈCES .lUSTIFICATIVES.

nions littéraires , philosophiques et industrielles, 1825; troisième opinion : sur les tentatives faites pour réorganiser la société depuis 1789.)

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