‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste ComteChapitre 21 sur 65 · I. Sur la Révolution · texte numérisé non relu

I. Sur la Révolution

1790. — « Je suis très-flatté. Messieurs, d'avoir par votre choix l'honneur de vous présider; une seule chose trouble la joie que j'en ressens, c'est la crainte que j'ai qu'en me nommant vous ayez eu l'intention de marquer un égard à votre seigneur, et que ce ne soient point mes qualités personnelles qui aient déterminé ' vos suffrages. Il n'y a plus de seigneurs. Messieurs; nous sommes ici tous parfaitement égaux; et pour éviter que le titre de comte ne vous induise en l'erreur de croire que j'ai des droits supérieurs aux vôtres, je vous déclare que je renonce à jamais à ce titre de comte que je regarde comme très-inférieur à celui de citoyen, et je demande, pour constater ma renonciation, qu'elle soit insérée

dans le procés-verbal de l'assemblée » (Saint-Simon, Discours

prononcé à l'assemblée électorale du 7 février 1790, à Fulvy^ district de Péronne.)

— « Frappés d'admiration à la vue de chaque article de la constitution, pleins d'une noble fierté en pensant que notre volonté a créé le grand code de la justice et de la raison, pénétrés pour l'Assemblée Nationale du plus grand respect qu'une petite partie doit au grand tout dont elle dépend, les électeurs du canton deMarchelepotont arrêté à l'unanimité de consacrer les premiers moments de l'existence politique qu'elle nous a donnée, à la féliciter du sublime usage qu'elle fait du pouvoir suprême, de la volonté générale dont elle est l'organe. »

PIÈCES JUSTinCATIVES.

« Nous vouons entre ses mains le plus souverain mépris a ces dévols mondains qui osent appeler Dieu au secours de leurs richesses, feignant de craindre pour la religion, à l'instant même que vingt-cinq millions d'hommes, donnant le grand exemple à l'univers de se rappeler que l'Éternel les a tous indistinctement créés a son image, cessent enfin d'insulter a la majesté de sa toutepuissance par les distinctions impies de la naissance, et que, ne voulant plus obéir qu'à ceux d'entre eux qui se rapprochent le plus de ses divines perfections, ils déclarent que tous les citoyens sont également admissibles a toutes les dignités, charges et emplois publics, selon leur capacité, et sans autres distinctions que celles de leur vertu et de leurs talents. Que l'Assemblée Nationale n'imagine pas que la chaleur avec laquelle nous sentons le principe religieux d'égalité et des droits des hommes, nous porte à voir avec chagrin qu'elle ait laissé subsister jusqu'à présent ces titres qui nous rappellent l'ordre hiérarchique de la tyrannie. Nous avons admiré au contraire sa prudence, en anéantissant tous les privilèges qui y étaient attachés, de nous avoir précisément conservé le moyen facile de distinguer ceux d'entre nous que l'intérêt séparait de la cause commune. Mais en ce jour que l'empire de la justice solidement établi ne craint plus les puissants efforts de quelques adversaires, nos augustes législateurs ne trouverontils pas que Vépoque heureuse à Laquelle ils peuvent sans inconvénient effacer Jusqu'au souvenir de Vancien régime est enfin arrivée? a (Saint-Simon, adresse rédigée par lui, sur sa demande, et envoyée à l'Assemblée Nationale, le 12 mai 1790, par l'assemblée primaire du canton de Marchelepot.)

1807. — « J'écris parce que j'ai des choses neuves à dire; je présenterai mes idées telles qu'elles ont été forgées par mon esprit ; je laisse aux écrivains de profession le soin de les limer; j'écris comme un gentilhomme, comme un descendant des comtes de Vermandois, comme un héritier de la plume du duc de Saint- Simon. »

« Ce qu'il y a eu de plus grand de fait, de plus grand de dit, a été fait, a été dit par des gentilshommes : Copernic, Galilée, Bacon , Descartes, Newton et Leibnitz étaient gentilshommes. Napoléon aurait mis par écrit les conceptions qu'il exécute, si le trône ne s'était pas trouvé vacant. » (Saint-Simon, Introduction aux travaux scientifiques du XIX' siècle, tome 1", 1808.)

1808. — « La révolution était commencée lorsque je revins en France (1789); je ne voulus pas m'en mêler, parce que, d'un côté, j'avais la conviction que l'ancien régime ne pouvait pas être pro-

longé, et que, d'un autre côté, j'avais de l'aversion pour la destruction, et qu'il n'était possible de se lancer dans la carrière politique qu'en s'allachant au parti de la cour qui voulait anéantir la représentation nationale , ou au parti révolutionnaire qui voulait anéantir le pouvoir royal. Mon activité se porta du côté des spéculations financières, je me livrai à des spéculations sur la vente des domaines nationaux, je m'associai un prussien nommé le comte de Redern. »

« J'ai travaillé dans cette direction financière jusqu'en 1797, avec ardeur, confiance et succès. » (Saint-Simon, \" fragment sur sa vie écrite par lui-même.)

« C'est en 1798 que je suis entré dans la carrière scientifique ; je possédais à cette époque, une somme de 144,000 livres. Cette somme n'était qu'un bien petit prélèvement sur les bénéfices auxquels j'avais droit ; car ces bénéfices se montaient à cent cinquante mille livres de rentes en immeubles, fortune qui existe entre les mains du comte de Redern qui n'avait droit qu'àla moindre partie de cette fortune, puisque inon industrie et les risques que j'avais courus avaient infiniment plus contribué à son acquisition, que les faibles capitaux versés par lui dans mes spéculations. » (Saint-Simon, 2™ fragment sur sa vie écrite par lui-même, 1808.)

1813. — « La révolution française commence peu d'années après la publication de l'Encyclopédie; la lie s'élève jusqu'à la partie supérieure , elle y monte en écume ; la classe ignorante s'empare de tous les pouvoirs et par son ineptie vient à bout de constituer la famine au milieu de l'abondance (1). Un homme de génie réalise les souhaits de tous les gens instruits en réorganisant la monarchie, et en lui donnant le Sénat et le Corps Législatif pour limites constitutionnelles.» (Saint-Simon, Mémoire sur la science de Vhomme, 1813.)

1814. — «... Les novateurs cherchent un appui dans la populace qu'ils échauiïent; des sociétés populaires s'établissent.... Tous les pouvoirs étant placés entre les mains de la classe la plus ignorante sont mal administrés, l'anarchie s'établit, la guerre

civile et la famine achèvent le malheur public Le désordre est

à son comble, les esprits fatigués cherchent à revenir à l'ordre et

[\] Est-ce ilonc l'ineptie des Prieur, des Cambon, des Lindel, des Cariiol clc qm aurait affamé la France républicaine, plutôt que l'agiotage des llcdern et des Saint-Simon.'' (Note du lijographe,)

^'^'^ .IMÈCES JUSTU'ICATIVES.

il la subordination, le despotisme d'un seul paraît moins fâcheux que le despotisme populaire, quiconque osera régner est sûr d'être accueilli. Alors s'élève de la Ibule un ambitieux hardi, un Cromwell, un Bonaparte qui, armé d'une volonté ferme et fort de la nécessite publique, arrache le pouvoir des mains de la canaille et le concentre dans les siennes; et comme la force militaire pouvait seule écraser la puissance du peuple, une domination toute guerrière s'élève sur les ruines de l'anarchie démocratique.

« Quel est parmi nous l'homme parvenu a cinquante ans qui n'a pas conservé des souvenirs divers et des beaux jours de l'assemblée nationale, et des folies de l'assemblée législative, et des atrocités de la convention ? Quel est celui que n'a pas indigné la tyrannie dont la France est délivrée, et qui ne s'est pas senti émouvoir de joie en voyant les fils de Louis XII et de Henri IV nous rapporter d'un long exil, avec les vertus de leurs aïeux, des institutions convenables à nos lumières.» (Saint-Simon, De la réorganisation de la société européenne, etc., par M. le comte de Saint- Simon et par A. Thierry, son élève; publié en octobre 1814 sous la première restauration.)

1822. — « Quant à moi, mon opinion a toujours été que la forme du gouvernement monarchique est celle qui nous convient le mieux, et que le trône doit rester héréditaire dans la maison de Bourbon. » [Du contrat social par H. de Saint-Simon, introduction, page 9; Paris 1822.)

1823. — « L'institution de la royauté a un caractère de généra- « lité qui la distingue et qui la met au-dessus de toutes les autres « institutions. Son existence n'est point liée au système politique « actuel, a un système politique quelconque. Cette institution « conviendra également à tous les systèmes d'organisation sociale, « dont les progrès de la civilisation pourront nécessiter l'établis-

« sèment

« Ainsi, le changement que nous proposons n'est point hostile h « l'égard de la royauté, de la légitimité et même du droit divin; il « tend au contraire directement à donner au roi plus de tranquil- « lité, et a lui procurer par conséquent plus de bonheur positif. « (Saint-Simon, Catéchism,e des industriels, 1" cahier.)

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