‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste ComteChapitre 43 sur 65 · QUATRIÈME CIRCULAIRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME CIRCULAIRE

Paris, le 3 Homère 65 (lundi 31 janvier 1853).

Quoique encore insuffisant, le noble subside annuel auquel vous participez a maintenant atteint sa constitution définitive. Institué d'abord pour une protection partielle et temporaire, ce patronage collectif devint ensuite la base unique et perpétuelle de ma subsistance, d'après la spoliation finale accomplie envers moi par les coteries polytechniques, en novembre 1851, malc^ré l'mipmssante sympathie du gouvernement. Le notable accroissement d'une telle souscription pendant l'année 1852 témoigne combien fut accueilli l'appel décisif que dut faire, à cet égard ma troisième circulaire.

Cette situation finale vient de déterminer une modification nécessaire, qui complète l'organisation du libre protectorat. Jusqu ici kl souscription avait toujours été gérée par l'habile écrivain qui la tonda dignement en novembre 1848, et dont je n'oublierai jamais 1 active sollicitude. Mais, depuis que ce subside constitue .rrevocablement ma seule ressource, j'ai besoin, surtout tant qu i] 1 este insuffisant, d en connaître et d'en recueillir les produits successifs plus fréquemment que ne pourrait le comporter un dircc-

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teur quelconque. C'est ainsi que l'expérience m'a définitivement conduit, en septembre dernier, a devenir moi-môme l'unique administrateur de cette souscription, dont les centres partiels ou provisoires pourront d'ailleurs se multiplier autant qu'il le faudra, mais sans ma participation.

Amenée par une nécessité matérielle, cette simplification finale doit faire mieux ressortir le caractère social d'un tel patronage, en me procurant habituellement des relations directes avec chaque coopérateur. Quiconque sent dignement la tendance actuelle de l'Occident vers une véritable réorganisation spirituelle, seule base possible de la régénération temporelle , regardera bientôt ce subside comme le premier essor décisif d'une grande institution. Car il préparc déjà l'indépendance du nouveau sacerdoce, en procurant une juste sécurité matérielle au fondateur de la religion positive. En terminant ma précédente circulaire, j'annonçai qu'il devait bientôt s'étendre a d'autres théoriciens, a mesure que se développerait irrôcusablement leur vocation sacerdotale. Quoique cette extension demeure encore prématurée, je puis assurer aujourd'hui que jolusieurs jeunes esprits d'élite, animés par de nobles cœurs et soutenus par d'énergiques caractères, se préparent silencieusement au sacerdoce de l'Humanité par de fortes études encyclopédiques. Aussitôt que leur difficile initiation se trouvera convenablement accomplie, je n'hésiterai point a réclamer directement le juste patronage temporel de l'avantgarde du public occidental envers celte précieuse ébauche du clergé positif 11 me suffira d'invoquer alors les motifs généraux que manifesta d'abord mon cas personnel, premier et principal exemple de la situation nécessaire qui caractérisera longtemps le nouveau pouvoir sijirituel.

Le second volume de mon Système de •politique positive ne laisse maintenant aucune incertitude sur cette condition fondamentale. Outre que la préparation normale du vrai sacerdoce ne peut guère s'accomplir spontanément chez des riches, un tel office ne saurait jamais émaner dignement que d'organes volontairement dépourvus de tout ascendant temporel. L'application graduelle de ce principe social m'a fait enfin accepter, et même développer, comme pleinement régulière, une situation privée qui d'abord semblait excoplionixille. Dès longtemps frustré do tout patrimoine, je fus ensuite dépouilli successivement de mes div(!rscs ressources professionnelles, et bientôt je complétai volontairement cette préparation pontificale en renonçant d'avance aux réparations ou compensations quelconques. Les ignobles

iniquités dirigées contre mon existence matérielle étaient surtout destinées à détruire dans son germe une régénération, intellectuelle et sociale, incompatible avec l'anarchique ascendant des médiocrités académiques. Mais cette infâme persécution n'aboutit, au contraire, qu'à constituer naturellement le meilleur type personnel de la nouvelle situation sacerdotale, en fondant toute ma subsistance sur le libre patronage temporel de mes vrais clients spirituels.

Quoique la classe active accomplisse toujours collectivement son devoir social de nourrir la classe contemplative, ce concours volontaire comporte deux modes distincts : l'un privé, l'autre public. Celui-ci prévaudra sans doute dans la constitution finale du sacerdoce positif, d'après le suffisant avènement de la religion universelle. Mais le premier convient seul à la transition occidentale, et l'on doit désirer qu'il persiste au moins jusqu'à la fin du siècle actuel. Il caractérise mieux le libre assentiment sur lequel repose la vraie dignité spirituelle ; et d'ailleurs il manifeste davantage la juste subordination de la théorie a la pratique, souvent méconnue des penseurs modernes.

Tant qu'un tel patronage se borne à moi seul, il rend même plus sensible le principal contraste des deux pouvoirs sociaux en opposant la concentration spontanée de l'influence théorique à la dispersion naturelle des forces pratiques. Éminemment divisibles, et par suite coalisables, celles-ci peuvent toujours être surmontées d'après un suffisant concours. L'ascendant spirituel, nécessairement indivisible, ne redoute jamais une coalition quelconque. Son office fondamental pourrait toujours être assez rempli par un seul cerveau, si l'étendue et la diversité des applications simultanées n'exigeaient pas que le suprême organe de l'Humanité fiit assisté de ministres secondaires. Une telle opposition entre les deux puissances humaines va devenir familièrement appréciable d'après les rapports personnels qui désormais me lieront directement à chacun de mes souscripteurs annuels. Dans ce contact habituel, chaque coopérateur sentira l'ensemble des services qui m'ont procuré ce noble concours ; tandis que luimême ne se reconnaîtra qu'une faible participation, qui, sans me dispenser d'aucune gratitude, n'altérera jamais mon indépendance. Ce contraste décisif entre le mérite et le nombre, qui seul explique assez l'irrésistibilité du véritable ascendant spirituel ressortira moins quand la subsistance du sacerdoce positif ne dépendra plus de ses adliércnls privés.

Dans un temps d'instabilité, la persistance d'un tel subside et

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son accroissement continu sont très-propres a manifester sa portée sociale comme premier pas vers la libre constitution du nouveau pouvoir spirituel. Car on ne saurait douter maintenant que la plupart de ses coopérateurs permanents le conçoivent ainsi, d'une manière plus ou moins distincte. Quand il commença, je présumais assez de mes contemporains pour espérer qu'il émanerait surtout du nombreux public polytechnique qui connaissait pleinement l'iniquité de ma spoliation, sans s'occuper d'ailleurs de mes services philosophiques. Mais une triste expérience me prouva bientôt que j'avais mal apprécié ce milieu dégradé, d'où ne surgit jamais la moindre assistance, ni chez mes propres élèves, ni parmi mes camarades, ni même chez mes supérieurs les mieux disposés. D'après ce lâche égoïsme, qui mérite une flétrissure historique, le protectorat collectif fut toujours dû seulement aux diverses sympathies déterminées par mes travaux. Je puis même étendre cette appréciation a la participation, noblement exceptionnelle , des dignes adversaires américains indiqués dans la préface du tome deuxième de ma Polidque positive. Car ils regardent comme un véritable devoir social de soutenir ainsi l'existence matérielle du philosophe dont ils ont proclamé la valeur intellectuelle et morale plus complètement que ses propres auxiliaires publics. Quoique de tels cas puissent désormais se multiplier beaucoup, je ne devrai jamais compter essentiellement que sur des appuis positivistes.

Ceux-là se divisent maintenant en deux classes générales, selonque leur adhésion reste positivement philosophique ou qu'elle s'étend jusqu'à la religion. Une telle distinction résulte le plus souvent de l'application sociale du positivisme, surtout envers la politique actuelle. La révolution occidentale étant principalement intellectuelle, les positivistes placés dans le milieu 4e moins agité peuvent longtemps borner leurs convictions a la nouvelle philosophie, afin de mieux garantir ce fondement rationnel contre toute altération passionnée. Celte inconséquence, encore excusable, cessera spontanément quand le mouvement de régénération totale aura pris, en Occident, son extension naturelle. Devant une imminente anarchie, ces positivistes incomplets, très-multipliés en Angleterre, sentiront combien serait vaine une rénovalion qui s'arrêterait aux pensées sans embrasser les sentiments, seule source réelle de la conduite. Si même ils concevaient, avec assez de profondeur, le simple problème de l'unité mentale, ils reconnaîtraient déjii que'sa vraie solution devient inséparable de la reconstruction générale de l'unité humaine, dont le principe

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consiste dans la prépondérance du cœur sur l'esprit. Mais ils n'accompliront ccteiîort décisif que sous l'impulsion continue d'une active sollicitude sociale. Quant a ceux qui, vivant au centre de l'agitation rénovatrice, et journellement préoccupés de ses principales exigences, se bornent pourtant à la philosophie positive en rejetant la religion correspondante, je n'hésite point à regarder leur conversion comme avortée. Leur inconséquence, alors sans excuse, indique nécessairement ou l'impuissance de l'esprit ou l'insuffisance du cœur, et presque toujours toutes deux. Car la religion positive, quoique destinée finalement à tous, ne convient aujourd'hui qu'aux natures d'élite, d'ailleurs moins rares chez les prolétaires que parmi les lettrés et les riches.

Le caractère sacerdotal de mon subside se trouve déjà confirmé par son extension occidentale. Quoique les souscripteurs français prévaillent encore par le nombre, le produit principal émane maintenant du reste de l'Occident, comme l'indique le résumé statistique qui termine ma circulaire. Cette prépondérance normale ne pourra qu'augmenter beaucoup à mesure que la vraie nature de la situation occidentale se développera davantage. On sentira partout que , dans l'essor décisif de la doctrine finale, la France a seulement l'initiative nécessaire d'une élaboration commune à tous les Occidentaux, et destinée ensuite à toute notre espèce. Les besoins de l'ordre absorbant de plus en plus les tendances au progrès, on reconnaîtra bientôt l'universelle efficacité du pouvoir spirituel que j'ai fait irrévocablement surgir dans la vraie métropole humaine. Au milieu de l'anarchie mentale et morale, quand les gouvernements et les populations cherchent aveuglément l'avenir sans consulter le passé, je viens seul représenter dignement le double ensemble des ancêtres et des successeurs. L'instinct de la continuité, principal attribut de notre sociabilité, fut d'abord altéré profondément par le catholicisme, dont le brutal avènement repoussa tous nos antécédents gréco-romains. 11 subit ensuite une atteinte non moins grave quand le protestantisme vint réprouver tout le moyen âge. Complétant cette anarchique progression, l'aveugle déisme émané du xviii" siècle pousse aujourd'hui les Occidentaux à méconnaître toute filiation historique pour ne laisser prévaloir qu'une sauvage solidarité.

Dans cette orageuse situation, plus ou moins commune à tout l'Occident, les vrais conservateurs ne tarderont pas à comprendre l'miportance de la seule doctrine qui systématise la notion et le sentmient de la continuité. En se préoccupant dignement de l'ordre profondément compromis, on reconnaîtra que les positi-

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vistcs complets, c'est-à-dire religieux, peuvent seuls devenir ses appuis normaux, vu le caractère plus ou moins anarchique qu'offrent aujourd'hui tous les autres partis. C'est surtout d'une telle conviction que j'attends désormais l'extension décisive du subside sacerdotal, où les purs révolutionnaires participeront de moins en moins, comme étant, au fond, les principaux ennemis du positivisme. Mes dignes patrons temporels se sentiront ainsi liés de plus en plus par une grande destination commune, qui partout les poussera, sous ma direction, à saisir convenablement la surintendance des affaires occidentales, a mesure que leurs convictions se compléteront. Telle est déjà la disposition spontanée des vrais positivistes, même britanniques, surtout depuis la récente propagation de ma doctrine en Irlande, où l'agitation sociale interdit de se borner au positivisme intellectuel.

Néanmoins, à quelque phase que s'arrêtent mes divers adhérents, je suis autorisé maintenant à réclamer solennellement leur juste assistance. Car j'ai pleinement réalisé déjà toutes les conditions d'abnégation personnelle qu'exigeait mon essor complet. En même temps , malgré les embarras matériels encore inhérents à l'insuffisance de mon subside, une expérience décisive vient de confirmer mon aptitude à bien employer le noble loisir propre à ma situation finale. Pendant l'année 1862, la première de toute ma vie où j'aie pu librement disposer de mon temps et de mes forces, j'ai construit et publié le volume le plus décisif de mon principal traité. Quelques mois après son apparition, j'ai dignement composé l'opuscule exceptionnel que j'avais promis pour systématiser la propagation décisive du positivisme. Malgré ce double effort, je publierai, vers le milieu de la présente année, le tome troisième de ma Politique positive^ dont le volume final paraîtra l'an prochain. Après cette immense construction, je me sens capable d'exécuter convenablement les trois traités moins étendus, mais très-importants, que je promis également en terminant, en 1842, ma première vie. Quoique je commence maintenant ma cinquante-sixième année, j'ose assurer que tous ces services seront accomplis avant l'âge normal de ma sage retraite, si d'ignobles entraves ne surgissent pas de mon injuste détresse matérielle.

C'est pourquoi je somme tous les Occidentaux capables de sentir, d'une manière quelconque, la vraie portée de mes travaux, de concourir loyalement, suivant leurs moyens respectifs, au digne protectorat institué pour moi. Si les positivistes incomplets persistaient h motiver leur coupable indilférenco sur leurs diver-

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gences partielles envers l'ensemble de ma doctrine, je dévoilerais aisément l'égoïsme mal caché sous ce vain prétexte. Car les principes qu'ils admettent déjà sont plus que suffisants pour mériter au fondateur un juste abri contre la misère, quand môme tous ses autres travaux devraient être oubliés.

Un tel dédain d'une obligation sociale dont les motifs sont irrécusables résulte trop souvent de la secrète aversion qu'inspire l'avènement d'un sacerdoce capable d'établir enfin une discipline réelle et complète. La morale positive se trouve appelée, dès sa naissance, à la principale épreuve de sa force, pour surmonter aujourd'hui l'universelle insurrection des vivants contre l'immuable empire des morts, en tirant de l'ensemble du passé le seul point d'appui désormais efficace. Quand elle aura suffisamment accompli cet office décisif, déjà réalisé chez les âmes régénérées, nul ne pourra plus douter de sa puissance contre les perturbations quelconques. Par un secret pressentiment de cette autorité naissante, toutes les influences vicieuses redoutent maintenant le pouvoir qui, venant enfin juger irrévocablement les morts, n'hésitera jamais à juger aussi les vivants, d'après l'extension nécessaire des mêmes principes.

L'obligation de concourir au subside sacerdotal est devenue tellement irrécusable, pour quiconque se reconnaît positiviste, que je l'érigerai prochainement en condition préliminaire d'une telle qualification. Quelque peu répandue que soit jusqu'ici ma doctrine, le moment me semble déjà venu de distinguer formellement ses vrais adhérents d'avec ceux qui prennent indûment un titre destiné bientôt à procurer l'estime publique. C'est pourquoi je ne tarderai point à soumettre tous les prétendants au système d'épreuves régulières dont la récente publication du Catéchisme ■positiviste fournit la base naturelle. Mais, avant d'être ainsi jugé, chacun d'eux devra s'engager à participer, selon ses moyens, au subside sacerdotal. L'entière impuissance, qui seule dispenserait d'une coopération quelconque, est extrêmement rare envers une souscription dont le minimum fut fixé, dans ma première circulaire annuelle, au taux d'un centime quotidien, que j'ai vu quelquefois se réaliser dignement. Ma Politique positive a systématiquement établi le caractère social que doit maintenant développer la propriété matérielle pour obtenir enfin une consistance inébranlable. Je dois donc empêcher désormais que ceux qui sollicitent une telle transformation tentent eux-mêmes d'en éluder les conséquences normales, dans leurs relations personnelles avec le sacerdoce régénérateur.

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Avant de terminer celte circulaire décisive, il faut expliquor convenablement à mes patrons temporels l'état présent du subside et ses prochaines exigences.

En l'instituant, on fixa la somme de sepi mille francs pour le minimum total de ma dépense annuelle, y compris une pension exceptionnelle de deux mille francs que je regarde comme moralement obligatoire. J'ai toujours accepté dignement cette détermination primitive, et je ne demanderai jamais qu'elle soit notablement dépassée. Quand la souscription sera parvenue au dela,j'appliquerai l'excédant, soit au juste soulagement des vrais aspirants au nouveau sacerdoce, soit à faciliter mes publications, soit k tous autres usages positivistes, constamment assujettis "à des comptes spéciaux. Mais, malgré l'accroissement continu du subside pendant les quatre années écoulées depuis sa fondation, il n'a point encore atteint ce minimum jugé d'abord indispensable. Devenu l'unique base de ma subsistance, son insuffisance m'aurait récemment suscité de graves embarras sans la restitution inattendue des retenues officielles que subit longtemps mon dernier traitement polytechnique. Ce secours accidentel, qui combla presque la lacune de 1852, ne peut plus se renouveler, et je ne dois en espérer aucun autre. 11 faut donc que le subside suffise seul dès 18S3. Les chiffres ci-dessous indiqués prouvent que celte condition exige un accroissement actuel égal à celui de l'année précédente. J'ai donc lieu de présumer que le patronage va devenir complet, d'après la stimulation continue d'une impérieuse situation, qui désormais pousse simultanément les populations et les gouvernements vers le positivisme, comme seule garantie systématique de l'ordre et du progrès.

La morale positive me prescrivant de vivre au grand jour, je crois devoir ici m'expliquer une seule fois sur une apparente anomalie de ma dépense personnelle, où, contre l'usage naturel, le logement compte davantage que la nourriture. En évitant tout détail superflu, ma vraie dignité ne souffrira point d'un tel éclaircissement public, qui préviendra des reproches irréfléchis, et peut-être même une ignoble malveillance.

Quoique l'appartement que j'habite depuis douze ans excède réelleni^nt mes besoins matériels, je regarderais comme un profond malheur l'obligation de le quitter, d'après l'ensemble des divers souvenirs incomparables qui m'y lient de cœur et d'esprit. Je ne pourrai jamais oublier que là fut écrit, en 1842, le volume décisif qui termina mon ouvrage fondamental par la systématisation directe de la nouvelle philosophie. Mais ce donn'cile doit

sui-tout ni'êtrc dovcnu sacré, trois ans après, comme le lieu de la régénération morale que me procura, pendant une année sans pareille, l'angélique impulsion qui dominera toujours ma seconde vie. Vu les fruits décisifs que l'Occident en a déjà recueillis, j'oserais taxer d'ingratitude tous ceux qui, participant aux bienfaits, publics et privés, de la religion nouvelle, me laisseraient matériellement ravir le siège de sa fondation. Ces saintes murailles, à jamais empreintes de l'image adorée, m'aidèrent à développer journellement le culte intime de la meilleure personnification du vrai Grand-Ètre, pendant ces années déjà nombreuses où sa glorieuse éternité subjective succéda trop tôt à sa triste existence objective. Là s'établit, sous cet irrésistible patronage , une telle harmonie entre ma vie privée et ma vie publique, que les progrès de chacune purent aussitôt s'étendre à l'autre ; de manière à me faire sentir la vraie théorie de l'unité longtemps avant de la formuler. Aussi la même enceinte où je fus d'abord régénéré se trouva-t-elle consacrée bientôt par plusieurs célébrations décisives des principaux sacrements sociaux.

Les positivistes trop abstraits que toucherait peu l'importance évidente d'un tel domicile envers mon bonheur personnel devraient, au moins, se reconnaître obligés de concourir à me le conserver comme un précieux instrument de travail. Quiconque sent assez la vraie logique pour ne la point réduire au seul emploi des signes, doit comprendre la puissance philosophique des images et des sentiments que ces murs me rappellent. J'y viens d'accomplir la principale moitié de ma construction religieuse, et l'opuscule décisif où la participation subjective de ma sainte collègue éternelle est déjà reconnue unanimement. Pourrais-je aussi bien achever ailleurs cette élaboration capitale, et même les ouvrages moins importants qui la suivront? J'ai maintenant atteint l'âge où je dois scrupuleusement ménager mon temps et mes forces pour exécuter, avec une pleine vigueur cérébrale, tout ce que je promis à la fin de mon livre fondamental. C'est pourquoi je repousserai toujours la stupide économie matérielle qui me priverait d'une puissante assistance spirituelle.

Pour compléter cet éclaircissement spécial, il faut d'ailleurs noter que mon anomalie personnelle se borne au simple échange des répartitions usitées, sans affecter réellement ma dépense totale. Son taux primitif fut, en effet, fixé dans la supposition d'une restriction domiciliaire. Néanmoins, je m'y soumis tout en conservant l'enceinte sacrée, grâce à la réduction exceptionnelle de mes autres dépenses, et surtout de ma nourriture. Mon heureuse

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sobriété concourt, sans doute, à ce précieux résultat. Toutefois, il est dû principalenieiït a rincom,parable auxiliaire que déjà chaque vrai positiviste respecte et chérit comme ma digne fille adoptive. D'après son admirable sollicitude, nous sommes nourris tous les deux pour une somme inférieure a celle que coûterait ma propre alimentation si je vivais isolément. Parmi les Parisiens dont la dépense personnelle est de cinq mille francs par an, je suis peut-être le seul auquel le logement coûte seize cents francs. Mais réciproquement, aucun d'entre eux, sans doute, ne se borne, comme je le fais, a mille francs pour la nourriture totale de sa maison.

L'auguste destination de ces .renseignements privés mCipermet d'espérer que mon vrai public ne les jugera point indignes de son attention. Ils réduisent définitivement à la seule transposition de deux nombres une appa/rente irrégularité, qui n'altère aucunement la juste au.stôrité de mes mœurs sacerdotales. C'est pourquoi je me félicite d'avoir été conduit à présenter dignement une explication d'après laquelle tous mes contemporains sauront désormais respecter un domicile destiné, j'ose le dire, a devenir sacré pour la postérité.

Salut et Fraternité.

Auguste Comte,

(10, rue Monsieur-le-Prince.) S» à Monlpelher le 10 janiier 1798.

P. S. D'après le but du sïibsfdb sacerdotal, je dois, en général, in\^rtef chaque coopéralcur à hi'envoyer, aulanl (juc possible^ sa soùscripllon dans'le pt-'émier trimesin; Uo l'année ; à moins qu'il ne préfère la rraolionner, ■ootnme'plusieurs l'ont heuiKusemenl pratiqué déjà.

Résumé général des souscriptions .pour le subside sacerdotal en 1852.

iMlnirautn, 5 fr. ) Moyenne, '00 f r. ■> Maximum, 200 fr.)

26 aulresoccidontbles (donll j Minimuin, 25 Pr-, '1

\ collccllve;de GoO fr.,] 3,155 fr. | Moyenne, 400 fr. (eo éeatUni la c«llkcte).>

à Londres) ) (Maximum, 500 fr. ,)

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