anonymes 45 fr
Total 70 souscriptions 5,600 fr. | Moyenne, 80 fr. |
N. B. Pendant les trois premières années, le subside sacerdotal fournil 3,000 fr. en 1849, 3,300 en 1850, et 4,200 en 1851.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
CINQUIÈME CmCULAIRE.
Paris, le 22 Moïse 66 (dimanche 22 janvier 1854).
L'année qui vient de finir a suffisamment réalisé les espérances ex'prinaées dans ma précédente circulaire envers l'accroissement nécessaire du noble subside auquel vous concourez. D'après le résumé numérique ci-joint, le minimum normal de sept mille francs (ou plutôt vingt francs par jour) s'est trouvé, pour la première fois, atteint en 1853.
Suivant mon appréciation antérieure, ce résultat décisif représente un tel patronage comme une institution sociale, spontanément surgie, à travers l'anarchie actuelle, afin de consolider l'avènement du nouveau pouvoir spirituel, seul capable de terminer la révolution occidentale. Tant que l'intervention col- 1-ective .parut uniquement destinée à compenser une infâme spoliation, elle resta très-insuffisante, vu le peu d'énergie que comportent aujourd'hui les sentiments civiques , surtout dans le milieu profondément égoïste où la persécution s'accomplit. La protection n'est devenue assez efficace que quand je l'ai directement rattachée au principal besoin de notre siècle. Même les clignes adversaires dont j'y dois toujours honorer la participation exceptionnelle sympathisent réellement avec la mission à laquelle j'ai constamment voué ma vie, quoiqu'ils diffèrent de moi sur les moyens convenables. A plus forte raison, cette coopération est-elle obligatoire aux yeux de ceuk qui, sans accepter la politique et la religion positives, ont sincèrement adopté ma philosophie, a moins que l'infériorité morale n'accompagne chez eux l'incohérence mentale.
Parmi les positivistes complets, auxquels le subside sacerdotal devra de plus en plus sa principale consistance, ce concours constitue une fonction sociale, où chaque âme régénérée contribue, selon ses forces, à préparer le régime final en secondant hnitiativc théorique. En publiant l'opuscule .qui systématise notre propagande, j'ai directement représenté les serviteurs de I Huinamté comme vm&nt dignement saisir la direction générale des affaires terrestres, d'après une séparation fondamentale entre le conseil et le commandement. Cette proclamation sans exemple
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.se trouve, depuis quinze mois, spontanément ratifiée par le silence décisif de tous les partis actuels, dont chacun a tacitement reconnu la suprématie naturelle de la solution positive. Nul ne peut aujourd'hui contester ni la nécessité de concilier radicalelement l'ordre et le progrès, ni l'aptitude exclusive du positivisme envers une telle harmonie. Voira comment une compression empirique se trouve involontairement conduite à respecter l'essor continu de la doctrine régénératrice. Quiconque peut assez se placer au point de vue de la postérité doit déjà regarder la réorganisation occidentale comme ayant vraiment commencé, dépuis que la religion universelle est pleinement caractérisée. En faisant librement surgir des convictions complètes sous une fluctuation anarchique et rétrograde, le sacerdoce positif disposera bientôt les classes dirigeantes à transférer partout le gouvernement aux seuls praticiens capables de surmonter une imminente dissolution.
Telle est la sainte ligue que le développement du subside positiviste vient spontanément organiser entre les deux forces, active et spéculative, dont le digne concours doit présider à la reconstruction moderne. Vouées à cette grande destination, toutes les âmes d'élite se rallieront graduellement autour du positivisme, pour dominer le xix' siècle, comme les esprits forts conduisirent le xviii" siècle d'après l'encyclopédisme. Une semblable coopération peut seule les dégager de l'oppression exceptionnelle où les plonge une anarchie exclusivement favorable aux médiocrités de tous genres. Or la première condition d'un tel résultat consiste a toujours mériter, par nos sentiments et notre conduite, personnelle, domestique, ou civique, la prépondérance a laquelle notre doctrine nous appelle ouvertement. Le régime final est destiné surtout à régler convenablement toutes les forces humaines, tant privées que publiques, assez développées dans l'évolution préparatoire. Il exige donc que ses dignes promoteurs prouvent d'abord sur eux-mêmes l'efficacité générale de la discipline positive.
Déjà la foi démontrable a partout prévalu mentalement sur les croyances chimériques, qui ne sont plus recommandées en vertu de leur réalité, mais seulement au nom de leur utilité. Pour compléter son ascendant, le principe positif doit donc constater, par une expérience continue, que son efficacité morale et sociale est en pleine harmonie avec son aptitude intellectuelle. C'est ainsi que les vrais positivistes peuvent tous concourir a l'avénement graduel de leur religion, en remplissant mieux que les di-
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vers théologistcs, d'abord leurs fonctions spéciales, puis leur sage participation à l'économie générale.
Une telle supériorité leur procurera partout un respect habituel, sans qu'ils soient jamais forcés d'altérer une morale qui leur prescrit surtout de vivre au grand jour. Le caractère toujours relatif de leur doctrine doit d'ailleurs les préserver de toute hostilité déplacée envers les croyances dont ils sont irrévocablement afl'ranchis, quoiqu'ils ne puissent attendre la même justice d'adversaires dirigés par des opinions absolues.
Outre qu'une telle attitude constitue le meilleur privilège du positivisme, elle devient indispensable aux régénérateurs occidentaux, qui, devant également guérir les anarchistes et les rétrogrades, ne sauraient pourtant hésiter désormais a préférer ceux-ci. Depuis que la crise française a spontanément posé la question organique , les révolutionnaires ont irrévocablement perdu leur office passager, surtout chez le peuple central, où leur intervention ne fait plus qu'entraver, à tous égards, l'élaboration décisive. Au contraire, les conservateurs, tandis qu'ils maintiennent l'ordre matériel, préservent d'une entière indiscipline des âmes chez lesquelles les convictions les plus arriérées sont très-préférables, même mentalement, au pur scepticisme. Sans accorder jamais aux croyances surnaturelles une prépondérance incompatible avec la solution occidentale, le positivisme ne peut succéder au théologisme qu'en glorifiant toujours ses services antérieurs et respectant son efficacité présente, malgré son insuffisance radicale. Il faut donc transformer le système d'hypocrisie en un système de ménagement, en préférant l'état rétrograde a l'état négatif, dans une génération dont les directeurs peuvent seuls atteindre déjà l'état normal.
Cette attitude des positivistes envers les partis actuels se trouva caractérisée dès 1826, quand je publiai, sur le pouvoir spirituel, un opuscule décisif, suscitant aussitôt les reproches des déistes et les éloges des catholiques. Suspendue, en apparence, pendant que j'élaborais ma fondation philosophique, elle s'est développée, avec une énergie croissante, à mesure qu'a surgi ma construction religieuse, surtout depuis l'abolition du régime parlementaire en France. Mon récent volume sur la philosophie de l'histoire consacre irrévocablement une telle disposition, comme devant habituellement distinguer notre siècle du précédent. Je dois la motiver spécialement quand je vais caractériser l'avenir humain et la transition extrême, dans le tome final qui sera publié vers le milieu de la présente année. Les posili-
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visites sont tellement appelés à gouverner l'Occident, qu'ils doivent déjà préparer leur dictature systématique en secondant, a leur manière, une empirique concentration, provisoirement indispensable il l'ordre matériel. Une telle assistance peut seule garantir la liberté d'exposition qu'exige l'élaboration occidentale, en ti'ansl'éranl l'active défense des principes sociaux ;i l'unique docLrine qui puisse dissiper les utopies subversives. En faisant perdre aux révolutionnaires le prestige de la persécution, le posilivisme représentera ce parti comme le plus arriéré de tous, dans un siècle voué nécessairement à la reconstruction.
Inspirées par l'accroissement décisif du subside sacerdotal, ces réflexions sont pleinement conformes a la vraie nature de mes circulaires annuelles, où je dois désormais adresser des conseils opportuns aux meilleurs adhérents de la religion de l'Humanité. Mes explications spéciales de l'an dernier me dispenseront toujours de revenir sur mes besoins personnels, auprès de quitconque sent combien l'économie des forces l'emporte sur celle des matériaux, et même du temps. L'augmentation du subside ayant assez ratifié ce préambule Nécessaire, je puis maintenant consacrer cette communication périodique à sa destination sociale, sans y mêler aucun éclaircissement privé.
Afin de mieux apprécier une telle extension, il faut remarquer qu'elle est surtout due à des souscripteurs plus nombreux, puisque la moyenne générale n'a point changé sensiblement. Cette multiplicité de coopérateurs serait même plus prononcée si la rigueur numérique ne m'avait interdit d'y comprendre ceux qui, sans renoncer a leur participation, furent empêchés, par des obstacles passagers, de la réaliser en 1833. Mais un tel accroissement est surtout devenu décisif en s'accomplissant malgré l'irrévocable retraite de plusieurs souscripteurs qui furent toujours plus révolutionnaires que positivistes. D'après l'estime qui déjà s'attache a cette dernière qualification, on doit désormais la réserver soigneusement aux vrais adhérents de la religion universelle , où conduit notre philosophie et d'où procède notre politique. Si l'on continuait d'accorder ce titre aux âmes dont i'é\olulion est incomplète, il faudrait bicntèt le laisser prendre par les esprits voués aux spécialités positives. Car leur aveugle répuguiiince envers toute généralisation et systématisation n'offre que l'iuitier développement de l'empirique inconsé- ([uence des prétendus positivistes qui veulent empêcher la nouvelle philosophie d'aboutir k la vraie religion. Quiconque no s'élève point jusiiu'oi cette conclusion synthélicpie ne coniporle
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envers le positivisme que d'insuffisantes sympathies, incaimbles de résister, dans la vie réelle, au moindre ébranlement, public ou privé.
L'impuissance pratique, et même l'instabilité théorique, de ces convictions incomplètes sont devenues pleinement irrécusables d'après la crise dictatoriale de 1851, où les positivistes religieux surent seuls juger d'avance comme l'a postérité, malgré leurs émotions passagères. Je fus alors abandonné par tous mes autres prétendus adhérents, destinés, sans doute, a mourir- en regrettant le régime parlementaire. Gette épuration spontanée augmente la consistance du vrai parti positiviste, et l'on voit qu'elle n'a pas entravé son extension.
Rien n'est plus propre a dissiper les préventions empiriques qui, du moins en France, détournent l'a plupart des conservateurs de la seule doctrine qui consacre et systématise leurs aspirations. Faute d'une telle base, ceux qui, depuis soixante ans, veulent sincèrement concilier l'ordre et le progrès, n'aboutissent qu'à perpétuer simultanément l'anarchie et la rétrogradation afin de pouvoir toujours opposer l'une a l'autre.
Voilà comment le positivisme, également dégagé des sympathies vicieuses et des aveugles antipathies qu'il dut d'abord susciter, tend désormais à régénérer directement la politique actuelle, en devenant la doctrine propre aux conservateurs systématiques. Ses dignes adeptes pourront ainsi, les uns par le conseil, les autres par le commandement, prévenir de nouvelles catastrophes dans le centre occidental , et préserver les peuples adjacents d'une agitation naturellement propre à la nation investie de l'initiative moderne.
Mon appréciation du subside de 1853 resterait incomplète si j'y laissais ignorer que l'accroissement du nombre des souscripteurs n'aurait pas suffi pour réaliser le minimum normal sans le zèle eixceptionnel de plusieurs coopérateurs. Un digne appel, suscité par une détresse imprévue, produisit, dans le dernier trimestre, un admirable élan, qui permit d'atteindre ce taux déeisif, mais d'après un surcroît d'efforts sur lequel je ne saurais habituellement compter. Néanmoins, te plénitude dù subside- niff semble désormais assurée, parce que l'accroissement continu du nombre des souscripteurs doit déjà dispenser d(! tout supplément. Les coopérateurs par grâce 6u capriice s'étant heureusement retirés, je n'ai plus que des patrons qui regardent leur intervention comme un véritable devoir, toujours développablo avec leurs moyens effectifs. Je ne signale donc cette généreuse
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anomalie qu'afin d'en témoigner publiquement nia juste reconnaissance, et surtout pour constater l'aptitude de la foi positive a susciter déjà les sentiments qu'exige sa destination sociale.
On doit finalement regarder un tel symptôme comme concourant avec tous les indices qui, dans cette même année, viennent de manifester spontanément l'efficacité morale du positivisme. Une épreuve décisive a spécialement montré la puissance de la vraie religion envers le perfectionnement des devoirs privés, en appliquant dignement la loi du veuvage et la régie qui prescrit a l'homme de nourrir la femme. En même temps, l'élimination des révolutionnaires a permis un développement général de la vénération et de la fraternité, jusqu'alors entravées par la défiance et l'insubordination propres au négativisme. De nouvelles célébralions ont confirmé l'aptitude naturelle du culte positif a consacrer profondément tous les liens domestiques. Le progrés public de la doctrine régénératrice a correspondu dignement a son extension privée, surtout d'après le plein avènement d'un foyer irlandais déjà comparable au noble noyau qui se développe, depuis huit ans, en Hollande.
Tous les caractères , intellectuels et moraux, du mouvement positiviste se trouvent heureusement réunis dans le pas décisif qui termina l'année 1853. Un travail sans exemple, où la conscience et le talent sont toujours en harmonie, vient de procurer une nouvelle vie à mon ouvrage fondamental, qui devra désormais, chez la plupart des lecteurs, être étudié, de préférence, d'après cette traduction exceptionnelle. Quoique destinée surtout a la population britannique, cette précieuse publication deviendra bientôt conmiune a tout l'Occident, de manière a systématiser partout les tendances spontanées vers le positivisme. L'efficacité naturelle d'une telle opération doit d'ailleurs augmenter d'après les nobles dispositions qui l'ont préparée et complétée. Dès son début, un digne patronage, maintenant brisé par la mort, pourvut généreusement a tous les frais qu'elle exigeait. Après sa réalisation, mon éminente collègue, ignorant mon irrévocable renonciation aux profits quelconques de mes ouvrages, m'a, par un admirable scrupule, réservé spontanément un bénéfice égal au sien; de manière a fournir un nouvel exemple de la supériorité des mœurs positivistes.
Quelle que soit l'importance directe de cet événement, son juode d'accomplissement doit donc le rendre plus décisif, surtout comme émané d'une femme. Un tel concours dissipera bientôt les préjugés pédantesqucs contre l'aptitude philosophique du sexe
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le mieux disposé pour le seul point de vue vraiment universel. Ainsi surgit spontanément l'allianec fondamentale entre le sexe affectif et la classe contemplative, afin de diriger convenablement la réorganisation occidentale. Ma construction religieuse commença sous une angélique impulsion, dont l'inaltérable efficacité, consolidée et développée par la mort, est de plus en plus appréciée. Je vais maintenant l'achever après avoir acquis l'active assistance d'une femme vraiment supérieure, dont la noble initiative déterminera bientôt de dignes imitations, qu'annonce déjà le concours naissant du sexe affectif à ma protection collective.
Suivant l'ensemble des indications précédentes, la marche du positivisme tend désormais à réaliser la généralisation que je proclamai, l'an dernier, dans la destination, d'abord personnelle, du subside que j'ai toujours qualifié de sacerdotal, afin d'en signaler l'extension normale. Ma propre subsistance étant maintenant assurée, la prochaine terminaison de mon principal traité me permettra de compléter dignement ma carrière par la paisible exécution de tous les ouvrages promis à la fin de mon livre fondamental. Pendant cette élaboration finale, je dois activement préparer le développement du sacerdoce pleinement institué dans la construction que j'achève. 11 faut, d'une part, garantir l'existence matérielle des jeunes théoriciens que j'ai déjà représentés comme sérieusement voués à la formation du clergé positif, depuis qu'ils combinent assez leur amélioration morale avec leur initiation encyclopédique. En même temps, il convient déjà d'organiser l'intervention du comité permanent auquel, dès 1842, je réservai, sous ma direction, la systématisation graduelle de la transition occidentale. Ce double besoin m'autorise pleinement à réclamer ici toute l'extension possible du subside sacerdotal. Mon insistance à cet égard se trouve d'autant mieux motivée que j'ai proclamé, l'an dernier, ma résolution de ne jamais dépasser personnellement le taux maintenant réalisé, comme le prouvera toujours la publicité de mes opérations quelconques. Salut et fraternité.
Auguste Comte,
(10, rue Monsicur-le-l'rince.) U il Monlpoiller le 19 jamier 1798.
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Résume général des souscriptions pour le subside sacerdotal en 1 853.
1 Minimum, 3 fr. 6o c.
Moyenne, 78 fr.
„ 3 , . JUximunj, 300 fr. o 1 . ".
> I £ Minimum, 25 fr.
^2 autres occidentales 2,850 fr. | Moyenne, 130 fr.
^ rMaximum, 500 fr.
( Minimum , 4 fr.
21 anonymes, do diverses nations. 830 fr. |'Moycnne, 40 fr.
( Maximum, 200 fr.
Total. 91 souscriptions 7,400 fr. | Moyenne, 82 fr. |
A'. B. Fondé le 12 novembre 4848,1e subside fournil 3,000 francs en 1849 3,300 en 1850, 4,200 en 1851, et 5,600 en 1852. '