‹ Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste ComteChapitre 7 sur 65 · I.A HELIGION DE l'hUMANITÉ · texte numérisé non relu

I.A HELIGION DE l'hUMANITÉ

matériels de riliimanité; le second les prépare et les renouvelle perpétuellement. Quant à la classe contemplative, elle a pour fonction normale de conserver, d'accroître et de transmettre les acquisitions intellectuelles. Son principal office est donc l'enseignement, par lequel elle s'efforce de systématiser les résultats de la raison abstraite, de manière à la tenir constamment en harmonie avec la raison concrète , à laquelle elle doit servir de guide. C'est alors seulement que la science atteint sa véritable destination , qui est de fournir le prolongement systématique du bon sens vulgaire, et qu'il existe un accord suffisant entre la pensée populaire et la raison théorique. Enfin, au sexe affectif revient nécessairement, d'après l'excellence et la supériorité spontanée de son organisation, l'influence morale. La femme est naturellement, surtout comme épouse et comme mère, l'institutrice de l'homme : elle suscite et développe son altruisme languissant ; elle neutralise sans cesse, par sa douce influence affective, son égoïsme prépondérant, et sa brutalité native.

La combinaison la plus générale des quatre éléments fondamentaux de l'ordre social que nous venons d'indiquer et que l'on peut classer ainsi, d'après leur dignité croissante et leur prépondérance décroissante, patriciat, prolétariat, sacerdoce et sexe affectif, consiste dans la réunion des trois derniers , en un pouvoir modérateur, dont les femmes représentent l'élément moral, le sacerdoce , l'élément intellectuel et le prolétariat l'élément acLif , la puissance effective. Ce pouvoir général , qui n'est autre que l'opinion publique inspirée par la morale, systématisée par une foi commune et assistée par l'action populaire, a surtout pour destination de modifier sans cesse, d'adoucir, d'éclairer et de contre- balancer la puissance pratique, la force matérielle, résultées de la richesse et appartenant au patiiciat. D'après cette combinaison des quatre éléments sociaux, l'existence collective norniale consiste dans l'cx-

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ploitation altruiste de la planète humaine par le donhie

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dotale et d après 1 mspnvation féminine. Le patriciat, le prolétariat, le sacerdoce et le sexe aimant, associent leurs efforts pour accroître l'héritage matériel , intellectuel et moral, qu ils ont reçu du passé, afin de le transmettre religieusement à la postérité. Dans cet état normal de civilisation ou de sociabilité, leur action combinée substitue naturellement à la pourvoyance fictive du théologisme la seule Providence réelle de notre Terre, celle de THumanité, a Ja fois matérielle , sociale, intellectuelle et morale , suivant qu'elle émane des patriciens, des prolétaires', des prêtres ou des femmes.

Enfin , l'analyse sociologique nous montre que les éléments fondamentaux de l'existence collective forment trois autres combinaisons essentielles, moins abstraites, dont la complication croissante prépare et assure la constitution morale de l'Humanité. La première de ces associations est la Famille, combinaison intime et élémentaire qui constitue le degré fondamental de l'existence sociale où s'élaborent toutes les dispositions nécessaires à la vie publique. La seconde est la Cité, réunion politique suscitée par la nécessité du concours indispensable à l'exploitation matérielle et limitée par les conditions même d'une telle opération. Elle fournit, avec ses dépendances territoriales, le type réel de la Patrie, et constitue le deuxième degré de la vie collective. Enfin vient l'Église, ou association refigieuse, seule susceptible d'universalité, puisqu'elle rattache par un lien spirituel général, les agrégations secondaires et primaires résultées des nécessités civiques et domestiques.

Tel est l'ensemble des dispositions fondamentales de l'organisme social, ou des lois de l'ordre humain, révélées par l'étude statique de la sociologie. Voyons quelles sont, au point de vue dynamique , les principaux résultats de cette .science, c'est-à-dire quelles sont les conditions du mou-

LA nËLKMON DE l'iUuMANITK. <>!

vement collectif, les lois du progrès humain, les degrés essentiels del'évolution qui caractérise lesdestinées successives du Grand-Être. Ces mutations fondamentales se résument, pour l'intelligence (qui est l'élément prépondérant d'une telle progression , comme pouvant seule reconnaître la marche qui convient à une situation donnée) , dans son passage constant et universel par trois états successifs : théologique , métaphysique et positif. Et pour l'activité (second élément de l'action dynamique) , dans sa progression, également permanente et générale , par trois degrés correspondants : la conquête, la défense et le travail. Quant au sentiment , il manifeste aussi une succession réelle , mais elle est indirecte, et résulte de la réaction de l'intelligence et de l'activité sur la sociabilité qui , sous leur influence , passe successivement par les phases domestique , civique et religieuse. De sorte que la sociologie dynamique ou philosophie de l'histoire , nous présente le mouvement humain comme parti du fétichisme initial et spontané , seul univeisel,pour aboutir à la sociocratie finale, par l'intermédiaire théologico - métaphysique , essentiellement révolutionnaire et nécessairement transitoire. Une telle ascension confirme donc pleinement le principe le plus général de la sociologie positive : le progrès n'est que le développement de V ordre, puisque cette immense évolution aboutit à développer chacun des éléments essentiels de l'état social pour assurer définitivement , dans le régime normal ou positif qui caractérise la maturité du Grand-Être , leur harmonie générale et leur complet avènement.

Quant à la morale, dont le but est de connaître la nature humaine, afin d'instituer son perfectionnement systématique, elle est naturellement la seule science complète, puisque seule elle n'écarte de son investigation aucun point de vue essentiel et qu'elle ne néglige aucun ordre de phénomènes, comme le font nécessairement les sciences qui lui servent de base. Chacune d'elles, en eiïet, ne parvient à

œuvRE d'auguste comte.

établir les lois qui la concernent qu'en écartant volontairement toutes les propriétés supérieures à son domaine particulier, ou elle n'incorpore que les attributs inférieurs. « La « cosmologie établit d'abord les lois de la simple matéria- « lité ; pms la biologie construit sur cette base la théorie « de la vitalité; enfin la sociologie subordonne à ce double « fondement l'étude propre de l'existence collective. Mais, « quoique cette dernière science préliminaire soit nécessai- « rement plus complète que les précédentes, elle n'embrasse « pomt encore tout ce qui constitue la nature humaine, « car nos principaux attributs ne s'y trouvent point assez « appréciés. Elle considère essentiellement dans l'homme « 1 intelligence et l'activité, combinées avec toutes nos pro- « priétés inférieures, mais sans être directement subordon- « nées aux sentiments qui les dominent. Ce développement « collectif fait surtout ressortir notre essor théorique et « pratique. Nos sentiments ne figurent en sociologie, même «. statique, que pour les impulsions qu'ils exercent sur la « vie commune ou les modifications qu'ils en reçoivent. « Leurs lois propres ne peuvent être convenablement étu- « diées que par la morale, où elles acquièrent la prépon- « dérance due à leur dignité supérieure dans l'ensemble « de la nature humaine (1). » C'est la plénitude synthétique de cette science finale, qui ne peut rester étrangère à aucun aspect du savoir réel, qui lui confère, dans le système des conceptions positives, la prépondérance nécessaire, et qui lui subordonne, dans l'ordre que nous avons indiqué, tous les différents domaines scientifiques.

Au point de vue objectif, la morale suppose également la sociologie, puisque l'homme qui est l'objet de son étude dépend intimement de l'I-Iumanité, et qu'il est nécessairement moins général et plus compliqué que la société dont

(I) Auguste Comte, Catéchisme posilivisle, pages 122-123,

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