LA IIELIGION DE L'HUMANITÉ
dès que la discorde s'établit entre ses organes objectifs ou directs, c'est-à-dire entre les vivants. Cette nécessité fondamentale de l'harmonie sociale, consacre donc essentiellement la prépondérance universelle et continue du cœur sur l'intelligence et l'activité, de la sociabilité sur la personnalité, de la vénération sur l'orgueil et l'insubordination, et présente l'amour comme la condition première de sa permanence et de son perfectionnement.
En résumé, l'Humanité est un être bien réel, dont la nature composée fit longtemps méconnaître l'existence, aujourd'hui scientifiquement établie : c'est le seul vrai Grand- Etre, le seul véritable Être-suprême ! immense , puisqu'il couvre le monde; éternel, puisqu'il embrasse à la fois le passé, l'avenir et le présent; tout-puissant, parce qu'aucune action intelligente ne peut se comparer àla sienne. C'est de l'Humanité surtout que dépendent nos destinées : c'est elle qui nous protège contre les fatalités extérieures ou intérieures, qui nous défend contre le mal physique, qui nous fortifie contre le mal moral. C'est elle qui diminue pour nous le poids des imperfections naturelles et qui en adoucit l'amertume; c'est elle dont l'action tutélaire, seule providence de notre terre, nous éleva graduellement des misères de l'animalité aux charmes et à la grandeur de la vie sociale. En elle est notre appui, en elle est notre force, en elle notre consolation, notre espérance et notre dignité! Elle est la raison de notre devoir, la condition de notre bonheur, et le salut du monde dépend de son avènement immédiat.
OECVRE D'AIGUSTE COMTE.
Après avoir expliqué la nature abstraite de la synthèse positive et le caractère subjectif de son principe essentiel, nous devons rappeler comment il sert à instituer la systématisation de nos opinions réelles sur l'ordre universel, social, vital et cosmologique, c'est-à-dire exposer la construction de l'édifice abstrait, qui constitue le dogme positif.
Cette vaste coordination, qui a pour but définitif et pour règle permanente la connaissance systématique de l'Humanité, n'élabore et ne perfectionne la science universelle que pour développer davantage la notion, le service et le culte du Grand-Être, qu'elle regarde comme l'objet prépondérant de notre amour et de notre foi. En un mot, elle ne constate l'ordre général, résumé par cet Être-suprême, que pour déterminer la nature et l'étendue des relations ou des devoirs qui nous rattachent à lui. C'est pourquoi la systématisation positive place la morale en tête de la hiérarchie des sciences abstraites qui constituent le dogme de la religion démontrée. Cette science qui, dans sa partie théorique , institue la connaissance systématique de la nature humaine, tandis que dans sa partie pratique elle formule les règles destinées à la perfectionner, les préceptes de l'art humain, cette science, dis -je, est à la fois la plus complète, la plus compliquée et la plus directement utile de toutes celles qui composent la série fondamentale des connaissances humaines. Outre les éléments des autres sciences qui influent sur sa constitution, et s'incorporent à son objet, elle considère, en effet, les réactions
LA RELIGION RE L'hl'JIAN(TÉ.
intimes du moral et du physique de l'homme, écartées en sociologie, comme trop spéciales et trop indirectes. Par exemple, en étudiant la loi d'évolation de l'activité humaine, on ne tient aucun compte des réactions morales, qui deviennent prépondérantes si, au lieu du cas sociologique, on passe à une question de morale individuelle.
Mais le positivisme ne recherchant jamais qUe la loi, pour mieax diriger une activité essentiellement sociale, fait reposer la science morale sur l'étude de l'existence collective, ce qui implique la nécessité de connaître la société avant d'étudier l'individu qui doit la servir, OU de posséder la Éociologie avant d'aborder là niorale. De même, l'étude systématique de la science sociale suppose la connaissance des lois vitales; car les peuples sont des êtres vivants, et si les conditions essentielles de la vitalité venaient à changer, les phénomènes sociaux en seraient profondément modifiés. La sociologie suppose donc et institue au-dessous d'elle la Molorjie. Mais tous les êtres vivants sont des Corps, et, comme tels, ils sont soumis aUx lôiâ les plus générales de l'ordre matériel, sans que leur spontanéité en soit annulée ; d'où la subordination de la biologie envers la cosmologie qui étudie la planète humaine sous l'aspect physique, et comme théâtte des plus hautes fonctions vitales, sociales et morales.
Voilà comment la notion systématique de l'Humanité permet d'instituer subjectivement, c'est-à-dire par rapport à elle -même, les degrés fondamentaux du savoir réel, la coordination générale de nos conceptions sur l'ordre universel, d'abord humain, puis vital et cosmologique. Lés termes successifs de cette hiérarchie essentielle sont, d'après leurs connexions décroissantes avec le principe qui l'institue, d'après leurs rapports de moins en moins directs avec l'étude de l'Humanité : la morale, la sociologie ou science sociale, la biologie ou science de la vie, enfin ht cosmologie, qui comprend là chimie, la physique, fas-
*° CEDVRE- d'auguste COMTE.
tronomie et la mathématique. Cette échelle spéculative permet du reste une autre marche, et peut conduire, par une ascension également systématique, de la mathématique à la morale. On peut donc descendre ou monter ses degrés successifs, suivant qu'on se place au point de vue subjectif ou objectif, c'est-à-dire selon qu'on rapporte la série fondamentale à nos conceptions, à nos constructions abstraites, ou bien aux phénomènes qui leur servent de base. De plus, la complication des événements qui sont l'objet de ces constructions, correspondant à celle des êtres où on les étudie, la hiérarchie théorique coïncide avec celle de ces êtres eux-mêmes, ou tout au moins avec celle des propriétés qu'ils manifestent, c'est-à-dire des existences. Ainsi, la filiation logique des conceptions positives, d'après leur degré de généralité décroissante et de complication croissante, correspond parfaitement à la série des divers degrés de l'existence réelle, d'abord physique, puis vitale et sociale, et même à celle des êtres où elle est observée, puisque les phénomènes les plus compliqués sont partout subordonnés aux plus simples, et que chaque existence particulière peut être étudiée chez des êtres distincts, de moins en moins généraux et indépendants, à mesure qu'ils sont plus développés et plus élevés. Par exemple, l'existence mathématique, quoique universelle, peut être considérée surtout dans les astres qui ne nous présentent que cette manière d'être. L'existence physique, bien que propre à tous les corps terrestres, s'offre seule, avec l'existence mathématique, chez ceux que nous appelons inorgaganiques; l'existence biologique, dont sont doués tous les êtres vivants, est la plus élevée que le plus grand nombre d'entre eux présente; enfin l'existence sociale, plus compliquée que les précédentes, est le degré de vie le plus développé qu'offrent les peuples; tandis que l'existence morale, qui renferme un élément de plus que toutes celles préalablement envisagées, ne se rencontre réellement que chez
LA UKLIGION UE LUUiMANnÉ.
les individus humains. La hiérarchie théorique comporte donc véritablement un double aspect, et concerne également nos conceptions et les existences qu'elles considèrent , de manière à démontrer pleinement l'harmonie réelle qui existe entre le monde et l'homme, entre l'objet et le sujet.
Que l'on monte ou que l'on descende cette vaste échelle, la morale apparaît toujours comme la science par excellence, la plus élevée, la plus complète, et qui rattache directement, par sa destination principale (qui est d'améliorer l'agent humain), l'ensemble de nos connaissances réelles, au principe essentiel de leur coordination. C'est ce point de vue moral, cette prépondérance générale et permanente de la science qui lui correspond, qui introduit dans le nouveau domaine théorique la discipline et l'unité nécessaires àsa constitution, en prescrivant de restreindre chaque phase encyclopédique au développement qu'exige l'institution du degré suivant, et réservant au génie pratique toutes les études de détail indispensables à l'action concrète. Chacun des deux procédés spéculatifs (objectif et subjectif) que nous venons d'indiquer, offre en elfet des inconvénients que doit écarter leur direction systématique : le danger de la marche ascendante, ou objective, consiste précisément dans la spécialité dispersive inhérente au caractère analytique qu'elle possède, surtout à son début, et qui mène à l'athéisme, au matérialisme, à la sécheresse du cœur et à l'orgueil. C'est pourquoi la prépondérance du but social et moral doit être sans cesse rappelée et maintenue dans un tel mode d'investigation. Au contraire, la science morale, d'après sa position encyclopédique, ne se trouvant guidée et limitée par aucune autre science préalable, serait exposée à des divagations arbitraires et au mysticisme, si elle n'était directement réglée et contenue par sa relation immédiate avec la conception coordinatrice, la notion du Grand-Être, dont elle doit assurer le service continu. Tel est, sous l'aspect moral, le principal attribut
M^fVRE D AUGUSTE COMTE.
de la hiérarchie encyclopédique, toujours dominée par le point de vue social.
Sous l'aspect logique, celui de la méthode, elle indique la marche nécessaire de l'éducation théorique, et l'essor graduel du vrai raisonnement, qui doit s'exercer toujours sur des objets réels et qui développe successivement, en mathématique, l'aptitude déductive ; en physique, l'induction, d'après l'observation et l'expérimentation ; la comparaison en biologie , et la filiation en sociologie. L'ensemble de ces divers procédés intellectuels compose la méthode objective ; comme la combinaison de la logique des sentiments, des images et des signes, constitue la méthode subjective ; et de ces deux méthodes générales, respectivement affectées à l'analyse et à la synthèse, résulte la logique positive, instrument complet seul propre cà instituer et perfectionner la systématisation universelle. Enfin, la marche rationnelle de l'initiation positive est naturellement tracée par ce double classement de nos conceptions et de nos observations, et doit se faire d'après leur degré de généralité décroissante et de comphcation croissante, ce qui prépare et fortifie le sujet, à mesure que l'objet se développe et présente plus de difficulté.
Sous l'aspect scientifique, celui de la doctrine, la série encyclopédique représente l'ensemble de l'ordre universel, où chaque degré. se superpose au précédent d'après cette loi objective, seule véritablement générale, que les plus nobles phénomènes sont partout subordonnés aux plus grossiers, mais sans jamais en résulter cependant. Tout en restant impuissante à constituer l'unité extérieure vainement poursuivie depuis Thalès jusqu'à Descartes, et dont le positivisme démontre l'impossibilité comme l'inanité, cette grande loi établit donc entre nos doctrines abstraites, un lien objectif insépnrable de leur coordination subjective ; ce qui conserve intact le caractère pitremcnt logique de la synthèse positive, tout en faisant ressortir, en ce qui la
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concerne, la suffisante harmonie du concret et de l'abstrait, des lois physiques et des lois logiques, qui doit caractériser l'état normal de la raison humaine.
Ajoutons, pour terminer ce qui a rapport aux propriétés générales de la hiérarchie des sciences abstraites, qu'au point de vue pratique, elle montre l'ordre réel comme étant de plus en plus modifiable, à mesure qu'il présente des phénomènes plus compliqués. D'où il résulte que l'art moral, qui a pour objet les phénomènes les plus complexes, est aussi celui qui peut le plus modifier. En même temps l'échelle théorique fournit le principe de la subordination encyclopédique des arls, qui coïncide essentiellement avec celle des sciences.
Après cet exposé sommaire des principes logiques et scientifiques qui concourent à la formation de la série fondamentale des sciences abstraites, ou à la construction du dogme positif, il convient de présenter rapidement les aspects essentiels de cette immense systématisation, afin de donner de la foi démontrable une idée suffisante, quoique générale. Pour cela, nous suivrons la marche objective, où l'esprit s'élève, par une ascension continue, des choses lés plus simples aux plus compliquées.
Dans ce cas, la malhématique, parce qu'elle étudie l'existence la plus simple, constitue le premier degré de la science universelle. Elle repose, en effet, sur la notion la plus abstraite qu'il nous soit possible de retirer de l'observation des êtres et des phénomènes, celle de nombre, qui, de toutes les idées positives, est certainement la plus générale et la plus simple. L'étude mathématique ne suppose donc aucune autre science, elle ne dépend d'aucune investigation abstraite plus élémentaire, et par conséquent préliminaire ; elle aborde directement le domaine réel. Par la connaissance des lois de VélendKe et du mouvemenl, qui CQnstituent avec celles des nombres le domaine naturel de ses recherches, et qui sont successivement moins géiié-
OEUVUE d'auguste COMTE.
raies et plus compliquées, d'après l'élévation de leur objet respectif, la mathématique institue la notion positive de 1 existence universelle, dans son degré le plus élémentaire, celui que tous les êtres possèdent nécessairement, que quelques-uns offrent seul, et en dehors duquel rien ne peut se manifester à nous. Tout ce qui ne comporte pas la triple appréciation du nombre, de l'étendue et du mouvement, n'existe que dans l'entendement humain. Voilà comment la loi du classement objectif des phénomènes d'après leur généralité décroissante et leur complication croissante, établit la mathématique comme terme fondamental de la hiérarchie scientifique, en même temps qu'elle détermine sa coordination intérieure d'après l'étude distincte et successive du calcul, delà géométrie et de la mécanique, correspondant au nombre, à l'étendue et au mouvement qui forment leur objet respectif.
L'existence physique étant moins élémentaire et moins universelle que la précédente , mais plus simple et plus générale que l'existence biologique, et surtout que l'existence sociale, son étude est nécessairement intermédiaire entre la mathématique et les autres degrés de l'ordre universel. C'est pourquoi les sciences qui ont sa connaissance pour objet précèdent l'étude systématique de l'ordre vital. Elles ont pour but commun l'investigation de la planète qui sert de théâtre à l'existence vitale et sociale, et se partagent ce domaine d'après ses différents degrés de complication. Par exemple, l'astronomie n'étudie la terre que sous son aspect le plus général et le plus simple, c'est-àdire dans ses relations géométrico-mécaniques avec le milieu céleste, taudis que la physique proprement dite et la chimie la considèrent en elle-même, et y recherchent des propriétés de plus en plus spéciales. Ainsi se trouve constitué l'édifice complet de la cosmologie, par la superposition graduée de l'astronomie à la mathématique, de la physique à l'astronomie, et de la chimie à la physique.
LA nrLiGioN DE l'iiumanitk
L'asironomie, en tant que consistant essentiellement dans la connaissance du double mouvement de la terre et dans celle de la gravitation planétaire, vient immédiatement après la mathématique. Elle s'unit à cette science par sa base mécanique, et reçoit d'elle son véritable essor, puisque, sans l'assistance continue du calcul, de la géométrie et de la dynamique, elle ne pourrait faire aucun pas. A ce point de vue, elle n'est, en quelque sorte, que l'application de la science préliminaire à l'étude d'êtres qui ne comportent réellement que la triple appréciation du nombre, de l'étendue et du mouvement, à savoir les astres. Cependant, outre qu'elle aborde directement l'étude de l'ordre matériel, l'astronomie donne déjà plus d'importance au raisonnement inductif qui était à peine sensible en mathématique, où la déduction est presque exclusivement employée.
Quant à \a physique, qui se lie à l'astronomie par l'étude de la pesanteur, ou gravitation terrestre, laquelle n'est qu'une extension de la gravitation planétaire, elle a pour objet des phénomènes évidemment plus compliqués et moins généraux, puisqu'on astronomie, on n'étudie que la gravitation considérée dans les cas célestes, en négligeant les considérations qui font l'objet des investigations de la physique, savoir : les effets de la pesanteur à la surface de la terre, la chaleur, l'électricité, le magnétisme, la lumière, le son, etc. Au contraire, son domaine est moins spécial que celui de la chimie qui, au lieu de considérer les propriétés extérieures de la matière, procède à son analyse intime, à la recherche de sa composition moléculaire, et consiste essentiellement dans la découverte des relations constantes qu'affectent entre eux les phénomènes de combinaison et de décomposition.
Au point de vue logique, l'accroissement n'est pas moins évident: la mathématique a surtout développé le raisonnement déductif, qui permet l'essor astronomique, d'après une base inductive encore très-faible mais en physique,
œuvRE d'auguste comte.
l'induction reçoit un plein développement, et cette science tout en se servant de l'instrument déductif, fonde en outre l'expérimentation,
La chimie n'ajoute à l'appareil logique qu'un procédé secondaire, la nomenclature ; mais son importance est surtout scientifique, puisqu'elle permet de concevoir l'économie fondamentale de la nature en constatant chez tous les êtres réels, vivants ou inertes, organiques ou inorganiques, l'identité finale de composition matérielle.
De cette homogénéité de substance, et de l'étude de la composition matérielle, résulte le lien qui unit, par l'intermédiaire de la chimie, la cosmologie à la biologie, ou l'étude de la matérialité à celle de la vitalité, la nature morte au monde vivant. La base essentielle de l'étude des êtres vivants, c'est-à-dire l'ensemble des lois relatives à la vie végétative, repose, en effet, sur la connaissance des phénomènes chimiques; et la subordination des fonctions de l'animalité proprement dite, envers celles de la végétahté fon^ damentale, achève d'établir la coordination des objets de la science biologique, d'après leur complication croissante et leur généraUté décroissante.
^ En outre, la biologie, qui, scientifiquement, constitue l'intermédiaire indispensable pour her la cosmologie à la sociologie, l'ordre extérieur à l'ordre humain, enrichit la logique positive d'un procédé très-important, la comparaison. De plus, elle accomplit une élaboration véritablement décisive par l'institution de la série animale, qui permet de relier entre eux tous les êtresvivants, depuis les plus infimes jusqu'à l'homme, qui est le type suprême de l'étude biologique. Cette immense hiérarchie ne peut, du reste, être que subjective, et ne comporte pas une pleine réalité extérieure, puisque, sans parler d'autres obstacles, la fixité des espèces démontre l'impossibilité déformer une série objective des êtres vivants, procédant les uns des autres sans aucune interruption. Or, comme leur connaissance réelle
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exige leur classement suffisant, la méthode lève seule cette difficulté, en établissant la nécessité logique et le caractère subjectif d'une telle construction, ce qui permet en même temps de l'eflectuer par soustraction des types rebelles, et par addition hypothétique des termes qui manquent. C'est ainsi que la biologie, philosophiquement cultivée, établit une transition graduelle entre le monde extérieur et l'Humanité, entre la science profane, qui comprend la cosmologie ou l'élude de la terre, et la science sacrée, qui embrasse l'existence sociale et morale avec les lois de la vitalité pour préambule.
La sociologie se trouve subordonnée à la biologie par I9, nature même des êtres qu'elle considère, à savoir les peuples, dont la vitalité et les nécessités animales dépendent intimement des lois communes à tous les êtres vivants. Elle reçoit donc, j^ar cet intermédiaire, tout le poids des lois de l'ordre extérieur, et dépend par là, scientifiquement et logiquement, de toutes les sciences qui la j)récèdent; tout comme les êtres qui manifestent l'existence sociale, sont subordonnés aux fatalités biologiques et cosmologiques.
La sociologie étudie l'existence sociale sousl'aspect intellectuel et pratique surtout. L'intelligence et l'activité sont, en effet, les éléments déterminants, les agents caractéristiques d'une telle existence, où l'influence du sentiment, quoique réelle, est trop indirecte pour être considérée comme efficiente. Outre que le sentiment ne produit pas, comme l'intelligence et l'activité, de résultats extérieurs capables de s'accumuler et de donner lieu à une succession appréciable, ses impulsions diverses, opposées chez les individus, se détruisent essentiellement envers les peuples, comme nous l'avons déjà remarqué : c'est pourquoi ses réactions intimes ne peuvent être convenablement appréciées que par rapport à l'homme, et non point dans la société 5 c'est pourquoi la morale qui les prend pour objet de
ftuvnK d'auguste coiwTr:.
ses spéculations, est une science encore plus compliquée et moins générale que la sociologie.
L'étude sociale, comme toute autre étude positive, se décompose en statique et dynamique, suivant qu'elle considère les conditions d'existence , la constitution fondamentale de la vie collective, ou bien l'évolution essentielle de ses principaux éléments.
Au point de vue statique, la sociologie considère le Grand-Être, l'Humanité, comme étant, à l'instar de tout homme quelconque, mais à un degré bien supérieur, poussée par le sentiment , éclairée par l'intelligence et soutenue par l'activité. D'oii trois éléments fondamentaux de l'ordre social : le sexe affectif, ou les femmes; la classe contemplative, ou le sacerdoce; et la force pratique, ou les hommes actifs. Ce dernier élément constitue la base nécessaire de toute économie sociale : car les besoins permanents, résultés de la constitution corporelle de ses agents directs, imposent à l'Humanité une activité matérielle qui domine tout l'ensemble de son existence et qui devient le principal stimulant de l'intelligence ou de l'activité , puisqu'elle ne peut se développer réellement que par une coopération croissante, où les résultats, surtout matériels, dépendent plus du concours des générations successives que de celui de familles coexistantes. Cette nécessité pratique devient donc finalement la règle essentielle de la continuité et de la solidarité qui sont les plus décisifs, comme les plus nobles , des attributs du Grand-Être.
Pour concevoir assez la nature et la constitution de la force pratique, dont l'activité est nécessaii-ement égoïste à l'origine, et que l'essor collectif parvient seul à rendre altruiste , il faut reconnaître sa décomposition habituelle en deux éléments principaux, lepatriciat et le prolêlariat, qui exercent la grande fonction de l'entretien matériel, avec la personnalité et la sociabilité respectives qu'exige sa principale énergie. Le premier conserve et répartit les trésors