SOCIOLOGIE
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\ main. f individuel
4° Sociologie (proprement dite).
Morale.
Nota. Suivant que l'on contracte l'étude de l'existence physique en un seul terme, ou qu'on la décompose en ses trois éléments naturels, l'astronomie, la physique proprement die et la chimie, on retrouve notre échelle encyclopédique à cinq ou sept degrés que l'on peut à volonté descendre subjectivement, ou monter objectivement. De même, f u n'y considérant que les deux divisions générales du domaine théorique, on a les deux termes t'ondamenUuix du dualisme philosophique, la cosmologie et la sociologie, le monde et l'homme-
normal et ne conviendrait nullement à une initiation systématique. Je ne l'ai suivi qu'en vue des esprits entièrement étrangers au positivisme, auxquels est destinée cette introduction, et qu'il était indispensable d'éclairer tout d'abord sur sa nature fondamentale. Dansl'état normal, c'est le culte qui doit ouvrir renseignement religieux, pour le positivisme surtout, dont le principe essentiel, d'après sa réalité caractéristique, peut être spontanément senti et directement vénéré, avant l'explication dogmatique indispensable aux divers cultes préliminaires, qui s'adressaient à des êtres fictifs. Outre que le jeune positiviste aura appris à connaître et à aimer l'Humanité, pendant la période empirique de l'éducation accomplie sous la direction maternelle, son initiation religieuse, pendant la période systématique conduite par le sacerdoce, commencera par l'exposition dogmatique d'un culte qui lui est depuis longtemps familier. Ainsi, possédant sur la Grand-Ètre les notions concrètes préliminaires indispensables à toute investigation abstraite, il pourra aborder avec les connaissances synthétiques et les dispositions sympathiques convenables à un tel sujetj'étude analytique de ce domaine sacré. L'appréciation du culte, nécessairement basée sur la théorie positive de l'existence collective ou du nouvel Étre-suprême, prépare, en effet, admirablement, celle du dogme et du régime, en lui fournissant les vues d'ensemble et les inspirations affectives qui doivent sans cesse la diriger, et en posant d'avance le terme où chacun d'eux doit aboutir.
Ce simple aperçu caractérise donc pleinement l'homogénéité de la religion finale, où l'amour conduit à la foi, et où la foi vient à son tour régler l'amour, pour mieux inspirer et diriger la conduite. C'est ainsi que le dogme devient le lien systématique entre le culte et le régime, comme le sacerdoce entre le sexe aimant et la force pratique, d'après l'aptitude des lois intellectuelles, ou logiques, à lier les lois morales avec les lois physiques, de manière à instituer
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une pleine unité entre le domaine religieux et l'existence sociale. Toutefois, malgré cet office essentiel du dogme, le culte n'en reste pas moins, par sa destination morale, le principal élément de la religion, et qui suffirait seul à la représenter réellement, comme pouvant instituer directement l'unité humaine par la culture de l'altruisme, si les conditions matérielles de notre existence n'exigeaient toujours l'intervention systématique du dogme, soit pour régler l'amour lui-même, soit afin de conduire notre activité. C'est pourquoi, malgré son importance morale, la prépondérance du culte sur le reste du domaine religieux ne peut être instituée définitivement envers ses autres parties, qu'en vue d'améliorer la conception du dogme et la pratique du régime, qui ont dès lors pour office principal d'éclairer le sentiment et d'assurer son action. Le culte de l'Humanité n'est donc qu'une préparation sympathique à la vie sociale révélée par la foi démontrable, et instituée par le régime positif. Il a pour but essentiel de nous faire mieux comprendre les conceptions philosophiques de la première, et de nous aider à mieux accomplir les obligations pratiques résultées du second. C'est à ce point de vue que l'on voit aisément comment il est à la fois l'idéalisation du dogme et du régime, puisqu'il consiste, dans son degré le plus élevé, à condenser sous une forme esthétique et concrète, facilement accessible, les abstractions philosophiques qui constituent la foi démontrée; et à réaliser, par la culture affective, une existence subjective qui développe et perfectionne les meilleures tendances et les plus hautes obligations de la vie réelle.
Le culte positif, d'après la nature même des deux principaux éléments de la population humaine auxquels s'adressent ses hommages et ses vœux, la Priorité, et la Postérité, comme d'après l'éloignement ou l'absence habituels de l'ensemble du Public, doit être essentiellement subjectif. C'està-dire que, par la nature des choses, nous sommes obligés,
dans une telle adoration, de nous représenter intérieurement des ancêtres, des descendants, et même des contemporains, que nous ne pouvons contempler extérieurement, ou bien des attributs abstraits que nous associons entre eux par la pensée, pour concevoir la suprême existence dans toute son unité. Le culte positif repose donc sur l'essor journalier, privé et public, de la vie subjective, dont la pratique universelle est indispensable à la religion finale. Cette nécessité intellectuelle est loin de se trouver opposée, du reste, à nos dispositions originelles, ce qui la rendrait très-difficile à satisfaire; elle est, au contraire, si naturelle à notre espèce, que tous les cultes antérieurs, surtout les plus éloignés de nous, et par conséquent les plus spontanés, en l'appliquant à des êtres fictifs, l'ont bien autrement développée que le positivisme, qui ne fait que la restreindre et la systématiser. La différence essentielle entre l'ancienne et la nouvelle subjectivité, c'est que la dernière est toujours sentie, reconnue, réglée, et qu'elle doit renoncer entièrement à toute réalité objective : on voit volontairement en soi les objets de l'adoration subjective, au lieu de s'efforcer inutilement de voir au dehors, des êtres qui n'y existent point. C'est donc parla contemplation intérieure, par l'imagination aidée du souvenir et stimulée par le sentiment, que nous reproduisons en nous, dans notre cerveau, l'image des êtres absents, passés, présents ou futurs, et que nous obtenons la représentation subjective des types, privés ou publics, restés, ou devenus chers à notre cœur, malgré l'éloignement ou la mort. Mais jamais nous ne croyons voir au dehors, objectivement, corporellement, les êtres absents ou ravis, ni, à plus forte raison, ceux (nécessairement fictifs), dont personne n'a jamais directement constaté l'existence. Dans le nouveau culte, le vie subjective est donc toujours subordonnée à la vie objective, la contemplation intérieure, à la réalité extérieure ; c'est-à-dire que le souvenir doit toujours rester suffisamment conforme à la vérité.
Sous cette condition permanente, l'institution systématique de l'existence subjective peut négliger volontairement, en ce qui concerne les types vénérés, les influences inférieures, physiques et même vitales, pour laisser mieux prévaloir les lois supérieures, intellectuelles, et surtout morales, sans manquer aucunement à la réalité. C'est ainsi que les morts nous apparaissent toujours comme affranchis des nécessités matérielles, que nous ne songeons plus aux besoins qui les affectaient pendant leur existence, et qu'ils gardent toujours le même âge dans nos souvenirs. Si loin que se prolongent les regrets d'une mère, l'enfant qu'elle a perdu ne vieillit point avec elle, et reste, dans sa mémoire, ce qu'il était au moment de sa mort. De plus, l'institution de la vie subjective permet, sous le rapport moral , l'idéalisation par soustraction. C'est-à-dire que, sans exagérer jamais les qualités du type considéré, et surtout sans lui en accorder de nouvelles, on doit en négliger les imperfections C'est la systématisation légitime de notre tendance spontanée, irrécusable et générale, à oublier les défauts des morts, pour ne nous rappeler que leurs vertus et leurs bienfaits. De même que, dans le cours empirique des choses humaines, on ne voit survivre à l'oubli, que les mémoires clignes d'être conservées : demêmele culte positif n'incorpore à l'Humanité que des types d'élite, purgés des imperfections inséparables de la nature humaine. Ladurée subjective de l'homme, ou son immortalité, n'est donc que le prolongement perfectionné, quoique réel, de sa vie objective, quand elle fut digne d'une telle transformation. D'après cette noble perpétuité, nos morts sont affranchis des nécessités physiques et vitales, dont le souvenir ne sert plus qu'à nous les mieux représenter. Mais ils ne sont point dépouillés de leurs qualités morales, de l'ascendant intellectuel ou sympathique résulté de leur vie spirituelle. Leurs œuvres et leurs bienfaits subsistent, nous éclairent, nous améliorent, nous servent et nous lient: ceux à qui nous les devons ne cessent point, par conséquent,
d'aimer, ni même de penser en nous, et par nous. Ils ne sont donc point anéantis par la mort, mais continuent, sous un mode peut-être plus efficace, de vivre parmi nous : car le doux échange de sentiments et d'idées que nous entretenions avec eux pendant leur vie corporelle, devient à la fois plus intime et plus continu, d'après le caractère idéal et sacré que leur confère la transformation subjective, et que leur assure le culte funèbre. Leur action se trouve sans cesse et profondément mêlée à la nôtre: nous agissons sous leur inspiration, nous leur devons nos meilleures démarches, nous développons notre esprit pour les y mieux retenir, nous épurons notre cœur pour les y conserver plus saintement. Ils nous défendent donc contre le mal, nous poussent au bien et au vrai ; et dirigent réellement notre conduite^ privée ou publique, suivant le caractère domestique ou social qu'eut leur existence objective , et que revêt leur immortalité. On peut comprendre alors, comment la conception positive de la vie future, outre qu'elle est la seule vraie, devient éminemment féconde et bienfaisante, puisqu'elle peut servir de récompense aux morts, et de consolation aux survivants, mieux que ne fit jamais la croyance théologique, nécessairement égoïste et chimérique.
Le procédé usuel, le mode d'exercice habituel de la vie subjective qui constitue l'essence même du culte positif, comme de tout culte réel, c'est la Prière : non plus cet acte qui, dans l'ancienne religion, se réduit fatalement à une demande égoïste, inspirée par la peur et par des préoccupations exclusivement personnelles ; mais une élévation véritable de l'homme à l'Humanité, dans laquelle nous lui exprimons à elle-même, ou à ses meilleurs représentants, la reconnaissance et l'amour qu'ils nous inspirent. Le positivisme épure donc et développe cette précieuse institution pour en faire la principale idéalisation de notre vie. Car ici, prier, c'est à la fois aimer, penser et même agir, d'après l'expression indispensable au véritable exercice de
la prière ainsi régénérée. Jamais, en effet, les trois aspects essentiels de l'existence humaine , ne purent être aussi profondément unis que dans ces nobles épanchements de gratitude et de sympathie, dans ces effusions domestiques, civiques et sociales, dont aucun motif intéressé ne vient souiller la pureté. On ne peut demander au nouveau Grand- Être que de nobles progrès spirituels, sans aucun accroissement matériel de richesse ou de puissance, qu'il serait aussi absurde qu'immoral d'attendre de lui. Et, en souhaitant devant l'Humanité de devenir plus tendre, plus vénérant ou plus courageux, chaque croyant fait un pas efficace vers la réalisation d'un pareil désir, l'aveu sincère de son imperfection actuelle étant le premier degré de son amélioration prochaine. Tous les efforts et les vœux subjectifs que le positivisme exprime par la prière, se bornent donc au perfectionnement de l'ordre humain, le plus noble et le plus modifiable de tons; ils n'aspirent qu'à un progrès moral, qui devient le plus souvent réalisable. C'est ainsi que ce culte parvient à s'emparer finalement du domaine sacré réservé jusqu'ici à la grâce surnaturelle. Le dogme de la religion universelle enseigne que les sources réelles de cette moralisation suprême sont en nous ; et le culte de l'Humanité nous dispose à nous y abreuver sans cesse! La pratique assidue d'une telle adoration doit donc élever puissamment la nature humaine sans jamais l'amoindrir ou la dégrader. D'après la liaison cérébrale des organes de la pensée avec ceux de l'affection, ou d'après la réaction des sentiments sur les idées, elle développe notre esprit en même temps que notre cœur. Et, de plus, d'après la loi vitale du perfectionnement organique par l'exercice fonctionnel, on conçoit facilement combien la pratique journalière de la prière, du recueillement subjectif et de l'élévation religieuse, tend à améliorer finalement notre constitution cérébrale et nos facultés spirituelles, en développant, par l'action, ses organes altruistes, et atro-
phiant, par la désuétude, ses instruments égoïstes. Enfin, le culte positif peut aussi développer directement les attributs de notre intelligence, soit l'expression esthétique constamment utilisée pour son accomplissement privé ou public, soit même la conception scientifique, en perfectionnant la logique universelle, fondée sur l'association continue des signes, des images et des sentiments pour assister la méditation.
Le culte positif se décompose en privé et public, suivant qu'il se rapporte à l'idéalisation de la vie domestique, ou de la vie sociale. Le premier s'adresse à la femme qui, d'après la prépondérance spontanée de son altruisme, peut fournir la plus digne personnification objective du Grand-Etre. Le second concerne exclusivement l'Humanité. Mais le culte privé est essentiel, fondamental : il prépare au culte public, comme la vie domestique conduit à la vie sociale, et la famille à l'Humanité : le cœur ne devant pas négliger davantage les degrés élémentaires de l'initiation affective, que l'esprit ne peut dédaigner les moindres échelons de la hiérarchie encyclopédique, pour atteindre aux plus élevés. Le culte est donc pour le cœur, ce que le dogme est à l'esprit, et le régime à l'activité.
Le culte privé se décompose lui-même en personnel et domestique, selon qu'il a pour but le perfectionnement individuel, ou l'idéalisation des principaux actes de la vie privée. Le premier degré, ou culte personnel, est caractérisé par l'institution positive des véritables anges gardiens ; cette adoration intime, aussi touchante que salutaire, est empruntée au théologisme, par le positivisme, qui la transforme en lui communiquant sa réalité propre, c'est-à-dire en lui fournissant des objets réels, au lieu de conserver les êtres chimériques dont l'ancienne foi se préoccupait. Le culte des anges gardiens consiste alors dans la glorification journalière des meilleures personnifications par lesquelles chacun peut se représenter familièrement l'Humanité : et
la femme, d'après la supériorité naturelle de son organisation morale, convient spontanément à un tel office. « Toute « l'existence de l'Être-suprême étant fondée sur l'amour, (( qui seul réunit volontairement ses éléments séparables, « le sexe affectif constitue naturellement son représentant « le plus parfait, en même temps que son principal mi- « nistre (1) . » Or c'est surtout au sein cle la famille que se produit son action bienfaisante, et c'est le milieu domestique qui doit fournir à l'homme ses véritables anges gardiens. La mère, l'épouse et la fille, excitant respectivement en lui, par une inévitable réciprocité d'affection, la vénération, l'attachement et la bonté, l'adoration intime de ces agents familiers de son perfectionnement et de son bonheur, devient la base légitime d'un culte secret, aussi inévitable qu'indispensable. Du reste, autour de ces types prépondérants qui, comme anges ou patrons, comme protecteurs et comme modèles, servent à diriger l'essor continu de notre amour, successivement attiré par eux vers le passé, le présent, et l'avenir, de manière à embrasser tous les aspects et tous les éléments de la vie sociale, peuvent se grouper tous les êtres dont le souvenir ne doit point s'effacer de nos cœurs. Au culte de la mère vient s'associer celui du père, ou du maître; au culte de l'épouse, celui du frère, de l'ami, du compagnon ; au culte de la fille, celui du fils, du disciple, ou du serviteur. En un mot, un souvenir sympathique peut concentrer respectivement tous les dignes objets de nos affections privées autour des trois types fondamentaux qui nous rattachent sans cesse au passé par la vénération, ou amour des supérieurs, au présent par l'attachement, ou amour entre égaux, et à l'avenir par la bonté, ou amour des supérieurs pour les inférieurs.
La prière est le mode essentiel par lequel s'effectue ce
(1) Catéchisme positiviste, page 184.
culte quotidien. Notre adoration exprimant toujours un amour motivé, et développé d'après une reconnaissance croissante, chaque prière, privée ou publique, offre nécessairement deux parties : Tune passive, qui consiste dans la commémoration des motifs d'affection et l'autre, nécessairement active, qui résulte de l'effusion que provoque en nous cette récapitulation intime, et de l'évocation finale de l'image chérie. La prière positiviste, toujours pratiquée dans l'attitude normale de la vénération, doit être renouvelée trois fois le jour, avec une durée variable : au lever, elle nous prépare par une digne invocation des types les plus propres à réveiller notre affection, au bon emploi de nos forces, à l'usage altruiste de notre travail journalier. Au coucher, elle exprime la gratitude que nous devons à cette secrète protection morale, et prolonge pendant le sommeil son influence salutaire, en écartant de nous les images perturbatrices. Dans le milieu du jour, la prière nous dégage momentanément des préoccupations théoriques ou pratiques, pour ranimer l'influence affective dont elles tendent à nous écarter. Tel est l'ensemble de pratiques religieuses élémentaires que le culte positif institue pour provoquer en nous l'essor sympathique initial le plus simple, mais le plus intense, et qui seul peut nous permettre d'éprouver réellement des sentiments sociaux plus élevés.
Quant au culte domestique, il consiste essentiellement dans la consécration que la religion finale établit pour chacune des phases successives de l'existence privée, afin de la rattacher à la vie publique. Il offre donc autant de confirmations spirituelles que cette existence présente d'actes fondamentaux : d'où l'institution de neuf sacrements sociaux. Le sacerdoce positif, comme tous ceux qui l'ont précédé, consacre d'abord, mais au nom de l'Humanité, la naissance de chaque enfant présenté par les sectateurs du nouveau culte. Il reçoit des parents, naturels et artificiels ou supplémentaires (parrain et marraine) , l'engagement
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solennel de préparer convenablement le rejeton naissant au service du Grand-Être, et fixe leur promesse par un contrat religieux ; c'est le sacrement de la présentation. Viennent ensuite ceux de l'initiation et de Y admission qui, à un intervalle de sept années chacun, consacrent respectivement, pour le jeune positiviste, le passage de l'éducation spontanée donnée par la mère à l'éducation systématique fournie par le sacerdoce , et plus tard, sa participation réelle à la vie pratique, au service de l'Humanité, d'après la préparation générale et professionnelle qu'il a précédemment reçue. Le quatrième sacrement est celui delà destination, qui fixe religieusement, vers l'âge de vingt-huit ans, le choix définitif de la profession, théorique ou pratique, qu'embrasse chaque citoyen : « Le culte ancien n'en offrait l'ébauche qu'envers les plus hautes fonctions, par l'ordination des prêtres et le sacre des rois. Mais la religion positive doit toujours instituer socialement toutes les professions utiles, sans distinction de publiques ou privées (1). » Enfin, le principal sacrement social, celui du mariage, qui ne peut être conféré avant l'âge indiqué pour le précédent, ni avant ce sacrement lui-même, en rattachant fortement cette institution domestique à la vie publique, dont elle forme la base essentielle, lui confère son dernier perfectionnement. Non -seulement le culte positif consacre à jamais la monogamie catholique, mais il la complète par l'institution vraiment auguste du veuvage éternel, qui épure et consolide directement le lien conjugal, en satisfaisant aux aspirations spontanées des meilleurs époux de tous les temps, quant à la perpétuité de cette association fondamentale. Chaque couple positiviste, pour obtenir la consécration religieuse de son union civile, toujours obligatoire, indépendante, et préalable, doit prendre librement l'engagement moral de
(1) Catéchisme positiviste, page i96ô
ne former aucun autre lien postérieur. L'époux, ou l'épouse, devenu veuf après un tel serment, doit le rester absolument et volontairement toute sa vie, sans qu'aucune puissance temporelle vienne l'y contraindre. On comprend la supériorité morale d'une telle institution, son efficacité domestique et même civique, son heureuse influence personnelle, pour développer clans toute sa pureté et son étendue le culte subjectif dont dépend le progrès moral, pour chacun de nous. Les autres sacrements sociaux, qui suivent ordinairement le mariage, comme les précédents y préparent, sont successivement : le sacrement de la maturité, qui confirme l'homme, à quarante-deux ans, dans la plénitude de son développement organique et social, et qui lui rappelle que le temps est venu de sa plus grande efficacité publique, comme de son entière responsabilité personnelle ; celui de la retraite, après lequel chaque agent humain, en cessant, à soixante ans, sa participation active au service commun, pour ne plus exercer dans la société que l'influence consultative, inaugure cette importante action, en indiquant publiquement le choix de son successeur, dès lors soumis au contrôle sacerdotal et populaire ; celui de la transformation, par lequel le sacerdoce associant, au lit des mourants, les regrets de la société aux larmes de la famille, cherche à obtenir d'eux les réparations désirables et possibles, et adoucit le moment suprême en faisant espérer, sans jamais ^promettre cependant, la perpétuité subjective qui est la récompense finale de toute carrière honorable. Enfin, le dernier sacrement social est celui de Y incorporation : « Sept a ans après la mort, quand toutes les passions perturba- <( trices sont assez éteintes, sans que les meilleurs docu- (( ments spéciaux soient déjà perdus, un jugement solen- « nel, dont la sociocratie emprunte le germe à la théocratie, u vient irrévocablement fixer le sort de chacun. Le sacer- « doce ayant prononcé Y incorporation, il préside au pom- « peux transport des restes sanctifiés, qui, jusqu'alors dé-
a posés au champ civique , viennent occuper leur place « éternelle dans le bois sacré qui entoure le temple de « l'Humanité. Chaque tombe s'y trouve ornée d'une simple « inscription, d'un buste, ou d'une statue, suivant le de- « gré de la glorification obtenue.
« Quant aux cas exceptionnels d'indignité caractérisée , « la flétrissure se manifeste en transportant convenable- « ment le funeste fardeau au désert des réprouvés , parmi « les suppliciés, les suicidés, et les duellistes (1) . »
Il convient de rappeler aussi que les sacrements sociaux, d'ailleurs subordonnés aux actes civils correspondants, doivent toujours demeurer légalement facultatifs, et qu'ils n'imposent jamais qu'un devoir moral, démontré par l'éducation et sanctionné par l'opinion, mais dépourvu de toute coercition temporelle.
Voilà comment le culte domestique , en rattachant noblement la vie privée à la vie publique , et en développant des sentiments civiques plus élevés et plus étendus que nos affections personnelles , nous prépare plus directement à l'adoration finale de l'Humanité.
L'objet de ce dernier culte , comme des deux précédents, est de nous faire mieux comprendre et mieux accomplir l'existence correspondante.
Cette idéalisation générale se trouve du reste préparée par l'institution du Calendrier positiviste (2), qui établit une sorte de culte concret du Grand-Être par la commémoration quotidienne des principaux types ayant concouru à l'évolution humaine et dont la glorification systématique nous dispose admirablement, d'esprit et de cœur, à concevoir enfin la suprême existence.
(1) Catéchisme positiviste, p. 201.
(2) Voir aux Pièces justificatives , n° 10, la 8e édition de ce calendrier.
Le culte public idéalise d'abord les liens fondamentaux qui constituent l'existence sociale, savoir : l'Humanité, le Mariage, la Paternité, la Filiation, la Fraternité et la Domesticité; puis, les préparations essentielles qu'elle exige : le Fétichisme, le Polythéisme et le Monothéisme ; enfin, les fonctions normales dont elle se compose : la Femme , ou la providence morale, le Sacerdoce, ou la providence intellectuelle, le Patriciat, ou la providence matérielle, le Prolétariat, ou la providence générale.
Le tableau sociolâtrique ci-contre (B), que nous empruntons au Système de politique positive, pourra, à défaut d'explications plus étendues qui nous sont interdites par les limites de cette notice, donner une idée de l'ensemble de cette adoration abstraite dont on trouvera tous les détails dans l'ouvrage que nous venons d'indiquer.
Toutefois , je dois ajouter qu'à ce degré le culte positif reste encore trop analytique. Pour devenir usuel, directement accessible et -entièrement conforme à sa destination synthétique, il devait condenser la conception. positive du Monde et de l'Homme dans une pensée assez vaste pour résumer l'ensemble de l'ordre universel.
Ce résultat essentiel , sans lequel la religion démontrable aurait manqué d'unité, a été définitivement obtenu par son fondateur, d'après deux institutions philosophiques de la plus haute portée : la combinaison systématique de l'esprit fétichique avec la raison positive , et l'emploi rationnel de l'utopie substituée au mystère, dans l'état définitif de la religion.
Si l'harmonie humaine exige une puissance extérieure et une affection intérieure capables de subordonner toute personnalité, cette puissance, pour être facilement reconnue, doit occuper un siège précis, tandis que l'affection qui prépare et maintient son empire, exige un objet unique, auquel elle puisse directement s'attacher. Pour atteindre à ce but,
L'Amour pour principe, (Bl l'Ordre pour base,
el le Progrès pour but.
TABLEAU SOCIOLATR1QUE