CHAPITRE III
Ethnographie.
D d\ a j)as plus d'unité de races que d'unité de langue dans 1 empire chinois; généralement, le Chinois est de taille moyenne, plutôt petite, aux membres souvent grêles, aux extrémités fines; sa maipeur est extrême comme dans le cas des fumeurs d'opmm et fait contraste avec Tobésité d'un certain nombre d'individus. La couleur de la peau varie depuis un jaune presque blanc jusqu'au brun-noirâtre; le nez, le plus souvent écrasé, est quel- ({ueiois aquilin chez les mahométans et toujours chez les juifs chinois; les poils, noirs et grossiers, ne poussent que fort tard, la barbe est peu fréquente et les longues moustaches sont le privilège des gens âgés ou des hauts fonctionnaires, par conséquent mûrs ; toute la force des cheveux se porte chez les hommes presque sur un seul point, pour former la longue natte caractéristique ; ils ne laissent pousser toute leur chevelure qu'en cas de deuil ; chez les femmes, la chevelure soigneusement peignée est également rude, mais la calvitie est fréquente dans l'un et l'autre sexe par suite de la fermentation qu'amène l'emploi des huiles et des graisses dans des coiffures qui ne sont pas faites tous les jours. L'écrasement du nez, l'élévation des os maxillaires, la saillie des pommettes, donnent à l'œil cette obliquité qui n'existe pas cependant dans un grand nombre cfe cas. Malgré une nourriture en général peu substantielle, les coohes et les bateliers chinois atteignent quelquefois un développement musculaire considérable, et ce sont d'excellents travailleurs pour les docks, oh, à l'aide d'un grand bambou passé sur l'épaule, et aux extrémités duquel pendent deux cordes, ils portent des fardeaux considérables. Ce qui frappe surtout les étrangers chez les
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Chinois, c'est cette longue natte qui part de Tocciput et
les deux bras relevés avec les index en Tair, des yeux obliques, une natte et un chapeau pointu, souvent couvert de grelots. La coutume de porter les cheveux longs est cependant d'origine récente ; elle a été imposée aux Cninois par les conquérants tartares-mandchous lors de leurs premières incursions au commencement du xvu® siècle. Beaucoup de Chinois se réfugièrent au Japon plutôt que de se raser la tète, et lorsque les rebelles Taï-ping se révoltèrent contre la dynastie actuelle, renouant la tradition des Ming, ils laissèrent pousser tous leurs cheveux. Quand cet appendice caudal n*est pas suffisamment épais, les indigènes le complètent avec de ta sole noire en temps ordi« . naire, blanche pour les deuils de famille et bleue pour le deuil impérial. Les ongles longs sont plutôt Tapanage des scribes et des lettrés, c'est le signe que Ton n'est pas employé à des travaux manuels; quelquefois ces ongles atteignent des dimensions extraordinaires et pour les protéger, on les revêt d'un étui en métal. Cette coutume est fort ancienne, elle est déjà signalée au commencement du XIV* siècle par le moine Odoric de Pordenone. L'usage qu'ont un grand nombre de femmes de déformer leurs pieds est purement chinois et d'une origine ancienne qui remonte, dit-on, à la dynastie des Tehin, vi^ siècle de notre ère, époque à laquelle l'empereur Heou-tchou ordonna à l'impératrice Yao, sa femme, de lier ses pieds de façon à leur donner l'apparence d'une nouvelle lune; quoi qu'il en soit, de très bonne heure les doigts sont ramenés sous la plante du pied et le gros orteil qui les surmonte sert en quelque sorte de point d'attache ; il en résulte un développement considérable du calcaneum, qui supporte entièrement les os de la jambe, et une déformation des os du tarse et du métatarse. Cette coutume, qui appartient aussi bien aux pauvres qu'aux riches, offre cependant de nom-breuses exceptions en Chine ; outre les Mandchoues qui ne l'ont pas adoptée (les femmes de la famille impériade ont de grands pieds) un grand nombre de fenunes, particulièrement dans le Midi, ont des pieds ordinaires. Comme nous l'avons dit plus haut, la population de la Chine est loin d'être homogène ; peu à peu, les Chinois ont repoussé devant eux les premiers occupants du sol, qui, tout en se réfugiant dans les provinces frontières de l'Ouest et du Sud, ont laissé derrière eux de petites agglomérations. D'une façon générale, les Chinois désignent ces tribus sous le nom de man ou de i; ce nom de i était même appliqué autrefois aux étrangers et par l'art. 51 du traité de Tien-tsin (26 juin 4858), il a été stipulé que ce terme injurieux ne
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serait plus employé à Tégard de sujets britanniques. Le nom même de Man-tseu^ dont on a fait au moyen âge man-%i pour désigner la Chine méridionale, est aujourd'hui plus particulièrement réservé à certaines tribus du Se-tchouan, visitées en 1871 par Tabbé Armand David. On trouve plus spécialement dans le Kouang-si et le Koueitcheou les Miao-tseu, les lao-jen^ et les Chan-jen; les Miao-tseu, dont M. Boume nous a rapporté un spécimen de l'écriture, s'étendent même jusqu'au Tche-Kiang. Ils ont donné assez d'inquiétudes à l'empereur Kien-loung pour donner lieu à une expédition en 1775. Les Chan ou Pan-y paraissent être venus du Sud, des Indes peut-être, par la Birmanie, et ils occupent plutôt le massif montagneux qui sépare ce pays du Yun-nan, où ils se sont répandus. Le Yun-nan est plus particulièrement le pays d'origine des peuplades Lolos qut s'étendent jusqu'au Se-tchouan, avec les Si- fan. Ces Lolos, qui sont désignés par les Chinois sous le nom de man ou de z, suivant qu'ils sont indépendants ou soumis, ont une écriture hiéroglyphique qui existé encore, qui a été déchiffrée par MM. de la Couperie et Baber, et plus complètement encore par le P. Paul Vial des missions étrangères (1890). Nous ne pouvons passer non plus sous silence les Uak-kas, répandus dans la province de Canton, qui ont leur religion, des chants populaires, un dialecte spécial. Depuis ([uelques années, de nombreux documents relatifs à ces tribus primitives arrivent en Europe et, qu'ils soient lolo, mosso ou miao-tseu, leur déchiffrement jettera un jour absolument nouveau sur des questions ethnographiques à peine entrevues jusqu'à ce jour.