RELIGIONS NATIONALES
On désiffne par le nom de San kiao les trois religions officielles de la Chine : le jau-kiao^ relipon des lettrés, confucianisme; tao-kiao^ religion des disciples de Lao-tse, taoisme ou taosséisme ; Fo-kiao, religion de Fo ou Bouddha, bouddhisme. Le jou-kiao est la religion enseignée par les maximes et les préceptes reniermés dans les ouvrages de Gonfucius, de ses disciples et de ses commentateurs ; c'est moins une religion qu une morale, mais le côte religion se traduit d'une façon tansible par le culte rendu officiellement par l'empereur au Uel et à la Terre. Nous aurons d'ailleurs occasion d'y revenir à l'art. Confucius.
Le taoisme a été inventé par les disciples de Lao-tse. Lao-tse s'élève à des hauteurs inaccessibles à Confucius et son spiritualisme est incompréhensible pour ce dernier. Confucius est humain, vivant, pratique ; Lao-tse se perd dans de profondes méditations sur les besoins de l'âme : il ramène la création à un premier principe existant par lui-même, se développant lui-même, source de toutes choses ; il faut se débarrasser de tous soucis du monde, se renfermer en soi-même. Sa doctrine est renfermée dans le lao Te king, le livre de la Voie et do la Vertu, et le Kan
ifing pien^ le livre des récompenses et des peines. Mais orsque les idées de Lao-tse doivent être mises en pratique, sa philosophie pure, élevée, se perd, ses disciples, se livrant à l'alchimie et à lastrologie, tombent dans la superstition et l'idolâtrie, et inventent un panthéon.
Le bouddhisme a été déji\ traité dans un article spécial, nous n'avons ici à en parler qu'au point de vue de son histoire en Chine. Dès le m® siècle avant notre ère, des pèlerins l^ouddhistes pénètrent en Chine, mais ils n'y font
heugioas et hoedbs
que peu de progrès et leurs partisans semblent préférer ta masse des superstitions du taosséisme au système de morale créé par Confucius. Cependant, l'an 6t de notre ère, l'empereur Hing-li reconnaît officiellement le bouddhisme comme
troisième religion de l'empire et envoie aux Indes une ambassade qui revient en 75 avec un prêtre bouddhiste, une statue de Douddlia et un livre sacré. A partir de cette tpoquc des pèlerinages, des ambassades, des expéditions ont lieu en grand nombre pour obtenir les livres sacrés du bouddhisme, miùs malgré ces efforts, ce n'est qu'en 14i0 que les Ôiinois obtiennent enfin une collection complète des livres bouddhistes. Le bouddhisme s'étendit de la Chine en Corée (i)7-2), puis au Japon, ou il ne
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pénétra qu*en 552. La MoDffolie et la Mandchourie reçurent leur religion du Tibet. Le bouddhisme a pénétré maintenant dans toutes les sphères de la société chinoise: il a déteint sur le conhicianisme et 8*est mélangé au taoisme qui, suivant une expression heureuse du D' Eitel, n'est plus que le bouddhisme en costume indigène ; partout on le retrouve. Ses préires sont malheureusement recrutés parmi les classes les plus basses : ils sont profondément dégradés, sales et ignorants ; ils ne savent que fort peu de chose de l'histoire de leur religion et ne comprennent pas plus le sanscrit que les Juifs de Kai-foung-ibu Thébreu, et les musulmans chinois Tarabe. Un point de l'histoire du bouddhisme en Chine, qui ne nous parait pas avoir été étudié, a trait à l'influence qu'a eue le christianisme sur le bouddhisme par l'intermédiaire des nestoriens, influence que nous avons constatée à l'ile sacrée de Poutou et dont les prêtres ne font point mystère. La partie la plus intéressante de l'étude du bouddhisme chinois est le récit des voyages des pèlerins en quête de livres sacrés et la traduction des versions chinoises de ces ouvrages. L'examen de ces livres a fourni parfois de précieux renseignements. Ainsi la version chinoise du Dhammapada, oui comprend trente-neuf chapitres, complète la version pâli, composée de vingt-six chapitres ou sections. Abel Hémusat a, le premier, compris l'importance des voyages des pèlerins bouddhistes et traduit le Fo-kouo ki (Paris, 1836); c'est le récit fait par le bouddhiste Fa-Hian de ses pérégrinations en Tartane, dans l'Afghanistan et dans l'Inde, à h fin du IV® siècle. Stanislas Julien s'enpgea dans cette voie à la suite de Rémusat; après avoir étudié le sanscrit pour comprendre les mots en cette langue défigurés par une transcription phonétique dans les textes diinois, il pubha V Histoire de la vie de Hùmenr-lhsang (Paris, d853) et les Métnoires sur les contrées occidentales (Paris, 1856-i858) par ce même pèlerin, point de départ de recherches intéressantes sur la géographie de l'inde (vu*' siècle). Un autre pèlerin bouddhiste, Hoei-chin, au V" siècle de notre ère, aurait, suivant quelques auteurs, découvert l'Amérique, sous le nom de Fou-sang. Pour résumer en quelques lignes notre impression, oui est aussi celle du D' Ëdkins, sur la religion de la (jiine, nous dirons que le confucianisme, dont le chef a été comparé à Aristote, en est la morale; que le taoïsme, dans lequel l'âme n'est qu'une forme plus pure de la matière, est une doctrine matérialiste ; son célèbre fondateur, Lao-tseu, qui a beaucoup de traits de ressemblance avec Pythagore et Platon, n'est nullement responsable des superstitions grossières de ses soi-disant disciples ; et enfin que le bouddhisme représente la métaphysique dans ce grand ensemble. Cependant la croyance religieuse d'un Chinois pris en