Mastodon Simorrense. Lart. Cat. M
Mastodon angustidens (pars) Cuv . Blainv. Ost. Fasc. 16.
Animal de Simorre des anciens Naturalistes.
Espèce dont les ossements sont très-abondants aux environs de Simorre et dans toute la formation marno-sabloneuse de cette partie du bassin de la Garonne.
Cetlo espèce a été longtemps confondue avec le Mastodon angustidens dont la mâchoire trouvée par le comte Breuner, et figurée par Cuvier (Oss. Foss. pl. 2.) , peut être considérée comme le type le plus véritablement caractéristique.
Le M. de Simorre avait quatre incisives :
Deux supérieures développées en défenses, légèrement courbes, à coupe ovale dans la partie qui se rapproche de l’alvéole et sub-triangulaire vers la pointe. Ces défenses sont toujours recouvertes d’une bande d’émail sur leur lace concave. Leur structure interne a beaucoup de rapport avec celle de l’éléphant, et l’on distingue aussi sur leur coupe transversc ces stries entrecroisées qui forment le guilloché de l’ivoire.
Les incisives inférieures moins grosses et moins longues aussi que les supérieures, sont presque droites. On les trouve le plus souvent aiguisées en biseau à leur extrémité antérieure , quelquefois sensiblement aplaties et creusées d’une dépression longitudinale sur l’un des côtés de leur face supérieure. Elles n’ont point de bande d’émail comme les supérieures, mais elles sont recouvertes en entier d’une enveloppe mince d’une sorte d’ivoire à fibres convergentes et à texture différente de celle du noyau de la dent- Leur structure parait différer un peu de celle des supérieures ; cependant on distingue encore sur leur coupe des traces de ce guilloché qui est caractéristique de l’ivoire des éléphants. Ces incisives sortent très-loin en avant des molaires d’un prolongement excessif de la mandibule qui constitue la particularité la plus distinctive de l’espèce.
J’avais déjà signalé ces incisives inférieures dès les premières années des fouilles faites à Sansan (C. R. Ac. Sc. 1837), sans cependant avoir la certitude qu’elles se retrouvassent dans tous les individus de l’espèce. Des observations nouvelles et souvent répétées me portent à penser aujourd’hui que l’existence de ces incisives est constante dans l’espèce de Simorre et indépendante de l’âge aussi bien que du sexe. Il est même vraisemblable qu’elles étaient, comme les supérieures , sujettes à remplacement, ainsi que cela a lieu dans la plupart des mammifères , mais peut-être dans des phases vitales un peu différentes.
Quant aux dents molaires que AI. de Blainville (Ost. Faso. 10) a confondues avec celles du M. angustidens, elles se montrent évidemment en plus grand nombre que ne l’avait pensé ce savant Zoologiste, et les plus caractéristiques d’entr’elles offrent aussi des différences précises et invariables.
A1. Kaup et après lui Ai. de Blainville ont fixé à 24 le nombre total et successif des molaires du mastodonte, c’est-à-dire, C de chaque côté de l’une et de l’autre mâchoire, dont 3 molaires de lait successivement chassées en avant par 3 arrière-molaires se développant à la suite l’une de l’autre dans la partie postérieure de la mâchoire. ' *
Des observations récentes et d’une précision concluante m’ont fourni la preuve directe qu’indépendamment de ces deux phases de dentition caractérisées à chaque côté de mâchoire par 3 molaires de lait et 3 arrière-molaires, il se développe sous les dents de lait de véritables molaires de remplacement qui font leur évolution de haut en bas et de bas en haut, et dont une au moins , composée de quatre mamelons , prend rang sur la barre dentaire immédiatement avant la première des trois arrière-molaires.
J’ai observé cette molaire de remplacement à quatre mamelons , fonctionnant simultanément avec les deux premières arrière-molaires et moins usée que celles-ci, dans un morceau où la dernière molaire, c’est-à-dire la 6 e de AI Af . Kaup et de Blainville, se montre déjà en germe développé dans l’arrière de la mâchoire.
Sur deux autres morceaux provenant de jeunes individus j’ai trouvé cette môme molaire de remplacement à quatre mamelons à l’état de germe cl placée directement sous la dernière molaire de lait qu’elle était prête à remplacer. Celte 3 e ou dernière molaire de lait qui a six mamelons en trois rangées est donc remplacée par une dent plus simple et qui ne porte que quatre mamelons sur deux rangées ; ce qui est bien dans l’analogie de ce qui se passe chez la plupart des mammifères où la molaire de lait la plus compliquée est toujours remplacée par une dent plus simple (*).
Ainsi, le nombre des molaires du Alastodontc serait, au moins dans l’espèce de Simorre, plus considérable que ne l’avait pensé AI. de Blainville. Quant à la forme, nous allons la rappeler succinctement.
La l re molaire de lait est toujours un peu plus compliquée à la mâchoire supérieure qu’à l’inférieure où on la trouve quelquefois réduite à unseul lobe ou mamelon, tandis qu’on en distingue jusques à quatre d’inégale grosseur dans la t>-<*de lait supérieure.
La 2« de lait a quatre mamelons ou tubercules principaux en deux rangées transverses à l’une et à l’autre mâchoire.
La 3 P de lait a six mamelons rangés en trois paires transverses avec un talon tuberculeux quelquefois si développé à la mâchoire inférieure qu’il équivaut à une quatrième colline ou rangée transverse.
(*) Je me rappelle avoir vu dans la belle collection formée à Condom par les soins éclairés de M. l’abbé Uoussard, un morceau où j’avais cru distinguer imparfaitement cette coexistence des dents de lait et de remplacement en superposition directe.
M. Laurillord m’écrit que M. Owen a également observé des dents de remplacement chez les Mastodontes, et que le savant paléontologiste anglais pense que ces dents sont quelquefois ubsorbect dans la mâchoire avant d’avoir pu effectuer leur évolution.
Toutes ccs molaires de lait se distinguent aisément au premier coup-d’œil, soit des molaires de remplacement, soit des arrière-molaires, par les stries verticales ou rides nombreuses imprimés sur leur émail ; leurs collines sont plus crénelées et plus compliquées aussi de tubercules accessoires.
La dent de remplacement proprement dite, la seule que j’aie observée, soit en germe sous la dernière molaire de lait, soit en exercice immédiatement avant la l rc des arrière-molaires, est réduite à quatre mamelons en deux rangées ou collines transverses. Lette dent, comme chez la plupart des mammifères, se montre d’abord moins usée que la l re arrière-molaire qui a dût fonctionner avant la chute de la dernière de lait. Il parait même que la molaire de remplacement est le plus souvent chassée de la mâchoire avant que sa couronne soit notablement entamée par la détrition.
La l re des arrière-molaires qui vient ici en 5 e rang, tandis qu’elle est la de la série recomposée par M. de Blainvillc, a six mamelons sur trois rangées ou collines.
La suivante, qui pour moi comme pour M. de Blainville , est l’avant-dernièrede la série totale, est la dent importante et caractéristique de l'espèce. Cette dent n’a jamais aux deux mâchoires du M. Simorrense que 6 mamelons en trois rangées transverses,<fandjs que dans le véritable M. angusti- ^éns\omme dans,le Mastodonte de Ï Ohto p cette même dent est toujours composée de Slhamelons disposés en quatre paires ou rangées transverses, à l’une et à l’autre mâchoire.
La dernière molaire (la 6 e suivant M. de Blainville, la 7 e selon moi) du M. Simorrense n’a jamais non plus & la mâchoire supérieure que 8 mamelons en quatre rangées, plus un talon tuberculeux terminal plus ou moins développé (*). A la mâchoire inférieure, la dernière molaire n’a jamais plus de 10 mamelons en cinq rangées , plus le talon terminal.
Dans le Mastodon ongustidens proprement dit , les dernières molaires tant supérieures qu’inférieures portent toujours une paire de mamelons de plus; voilà sans doute pourquoi M. de Blainvillc, qui tenait beaucoup à l’assimilation spécifique de ces deux mastodontes, prétend que dans le très-grand nombre de dents de Simorre envoyées au Muséum, il ne se trouve pas une seule dernière molaire. On voit dans les planches de son Ostéographie qu il a presque toujours confondu les dernières molaires de notre Mastodon Simorrense avec les avant-dernières du M. angu&tidens. — Sansan. C. Simorre. C. C. C. C. C. — Sauveterrc et environs de Lombez. C. C. C. — Par fragments isolés dans un grand nombre d’autres localités.
(*) Il arrive quelquefois que cette dernière molairo n’a point de talon terminal. D autrefois aussi la quatrième colline se transforme en talon tuberculeux, et il ne reste plus alors que trois rangées de mamelons suivies de ce talon. Ccs variations individuelles .sont très-fréquentes dans cette dent cl elles se reproduisent à un degré équivalent dans In molaire correspondante de la mâchoire inférieure, tandis que la composition et la forme de I uvanttlernière molaire ne varient jamais. Voilà poutl'ioi nous la considérons comme la plus caractéristique.