OU SYSTÈME AVEC LE GAZ COMPRIMÉ PAR LUI-MÊME
Le système dont nous allons nous occuper diffère du précédent par une modification importante qui consiste dans la suppression de la pompe de compression. La partie de l’appareil dans laquelle on produit le gaz est en communication avec le vase
dans lequel l’eau gazeuse doit être faite. Une nouvelle quantité de gaz s’ajoute à chaque instant a celui quia déjà été produit, et la pression intérieure se trouve ainsi augmentée; ici c’est le gaz qui , se comprimant lui-même, facilite sa dissolution dans l’eau. Un manomètre adapté à l’appareil indique à chaque instant la pression intérieure. Tout l’appareil ne différant de celui de Genève que par la manière dont la compression du gaz est exercée , nous n’aurons besoin de nous occuper ici que d’établir la différence entre les deux systèmes.
L’ensemble de l’appareil , tel qu’il a été exécuté par M. Barruel , se compose des pièces suivantes :
A est un vase en cuivre fort épais, dans lequel le gaz doit être produit. Il est traversé par un agitateur ; il porte a sa partie inférieure une ouverture qui sert à le vider; à sa partie supérieure se trouvent : P une tubulure a sur laquelle s’adapte un manomètre; 2° une ouverture plus grande b par laquelle on in-
K ALIX MINERALES.
troduit la craie délayée ; 3° un tube c qui va porter le gaz dans les laveurs ; 4" une ouverture sur laquelle s’adapte exactement un vase en cuivre épais B doublé en plomb , et qui est destiné à recevoir l’acide sulfurique. Entre A et B est un robinet r en argent qui sert à introduire l’acide ; B porte en outre deux ouvertures: l’une a , par laquelle on introduit l’acide sulfurique ; l’autre e d’où part un tube en plomb qui communique avec le premier vase laveur. Ce dernier est destiné à établir à la surface de l’acide une pression égale à celle 'du vase inférieur.
CG’ compose le système de lavage de gaz ; la ligure suffit pour en donner une idée exacte.
D est le vase où l’eau gazeuse doit se faire : c’est un long cylindre de cuivre étamé, d’une capacité de 120 litres environ. Il porte dans la direction de son axe transversal deux tourillons T qui posent sur la partie supérieure d’une sorte de tréteau , de manière qu’en saisissant le cylindre D par la poignée P, on peut aisément lui imprimer un mouvement de bascule qui agite fortement le mélange d’eau et de gaz contenu dans le cylindre : c’est un excellent moyen de faciliter la dissolution du gaz carbonique dans l’eau. D communique avec les laveurs par un tube en plomb t , dont les deux extrémités sont munies d’un tuyau de caoutchouc flexible, de manière à ce que le tube obéisse facilement au mouvement que lui communique l’agitation de D. D porte deux tubulures : l’une E par laquelle on remplit d’eau ce
EAUX MINERALES.
cylindre, l’autre qui est fermée par un robinet v qui porte le tube plongeant intérieur t’. Quand le récipient est plein d’eau gazeuse et qu’on ouvre le robinet v , la pression supérieure exercée par le gaz refoule le liquide et le fait passer dans le robinet. On adapte à celui-ci un tube T qui va porter l’eau gazeuse dans fe robinet d’embouteillage. En O est un robinet qui sert à volonté à vider le cylindre. Il y a en outre en s s deux robinets qui servent à établir ou à empêcher la communication du cylindre avec le vase producteur du gaz.
Voici maintenant la manière dont on conduit l’opération. La craie délayée dans l’eau est introduite en A et l’acide sulfurique concentré en li : la communication de D avec les laveurs étant interrompue en dévissant le tube t on fait couler un peu d’acide et on laisse un peu de gaz se perdre pour remplir l’appareil d’acide carbonique en expulsant l’air. Alors on adapte t et on tient fermés les robinets s s du tube l. On continue à faire couler de l’acide et à remuer l’agitateur jusqu’à ce que le manomètre indique six atmosphères de pression. Alors on ouvre les robinets s s et o et on laisse couler environ 10 litres du liquide du cylindre l). Cela fait, on ferme l’ouverture o, et saisissant la poignée P, on imprime au cylindre un mouvement de bascule qui agite l’eau avec le gaz ; on voit instantanément baisser le manomètre; mais on ouvre le robinet a l’acide sulfurique de manière à produire du gaz à mesure que
K AUX MINIMALES.
I eau en absorbe et a maintenir le manomètre a six atmosphères. On continue ainsi jusqu’à ce que, malgré l’agitation , le manomètre reste lixe. Alors on met l’eau en bouteilles, et pendant tout le temps que dure cette opération, on entretient la même pression à la surface du liquide, en faisant couler de temps en temps de l’acide sulfurique sur la craie. Le manomètre doit marquer six atmosphères pendant tout le temps que dure la mise en bouteilles. On conçoit que lorsque 1 opération est terminée , l’appareil se trouve rempli par 5 à 600 litres d’acide carbonique qui sont perdus. On peut en profiter en partie en ayant un second cylindre D que l’on remplit d’eau et que l’on met en communication avec le premier. Cette perte de gaz est compensée du reste par la simplicité de l’appareil, qui n’est formé que de pièces peu altérables et toujours faciles à réparer, circonstance d’une haute importance pour les personnes qui n’habitent pas les grandes villes.
Un désavantage de l’appareil précédent est la présence du robinet qui verse l’acide sur la craie et qui est bientôt mis hors de service ; il a été remplacé par un obturateur en verre porté sur une tige , qui glisse dans une boite en cuir, et qui peut aisément être mis en mouvement, sans établir de communication de l’air avec l’intérieur. Un autre inconvénient plus grave est latorte pression exercée dans le vase qui contient l’acide sulfurique concentré. Si la rupture de ce vase venait à se faire, l’acide, lancé dans toutes les direc-
eaux minérales.
tions, pourrait produire les accidents les plus graves. On ne saurait prendre trop de précautions pour éviter ces accidents.
M. Savaresse a simplifié et modifié l’appareil précédent. A est le vase dans lequel le gaz est produit. On y met de l’eau acidulée; la craie est employée, enveloppée dans du papier, sous la forme d’une longue cartouche que l’on introduit dans le col A’. Elle est soutenue par une tige transversale, et ne peut avoir le contact de l’acide qu’ autant que l’agitateur mis en mouvement vient à briser l’extrémité de la cartouche et à faire tomber une partie du car-» bonate de chaux dans l’acide; le dégagement de gaz est ainsi conduit facilement et réglé à volonté. C est le manomètre, U est le laveur, contenant de la braise de boulanger bien lavée et une dissolution de bicarbonate de soude; K K est le tonneau qui contient l’eau et qui reçoit le gaz. Une soupape, placée à l’extrémité du tube T, livre passage au gaz et met obstacle à la sortie de l’eau. E est le robinet qui ouvre et ferme la communication entre la première et la seconde partie de l’appareil. En I est une portion étroite -de tube qui ralentit le mouvement du gaz; en J est une boîte tournante qui suit le mouvement imprimé au tonneau K sans permettre la sortie du gaz. K est un robinet pour mettre en bouteilles. Ainsi le gaz formé dans le vase A est amené dans le laveur U et de la dans le récipient, où il doit se dissoudre. Le manumètre indique à chaque instant quelle est la pression,
et sert de règle pour hâter ou relentir le dégagement du gaz. Veut-on mettre cet appareil en exercice . on remplit avec de l’eau le tonneau K ; on introduit l’eau acide dans le vase A et la cartouche de
craie dans le col A’0 On (tait dégager un peu de gaz pourchasser l’air de l’appareil, puis l'on pose le
EAUX MINERALES.
manomètre et la pièce qui ferme le vase à dégagement ; alors on adapte et l’on serre la virole placée en J, et le gaz commence à entrer dans le tonneau K, où il vient occuper la partie supérieure : en même temps , on ouvre le robinet R pour laisser couler un peu de liquide et faire un vide suffisant. On continue à faire dégager du gaz, et de temps en temps on donne au cylindre K un mouvement de bascule qui facilite singulièrement la dissolution du gaz. Lorsque, malgré quelques chutes répétées , le manomètre ne baisse plus et marque 6 atmosphères , on met en bouteilles, en tenant le tuyau incliné dans la position où la fi gure le représente.
Pour la mise en bouteilles on adapte au robinet R le tuyau en étain e e qui amène l’eau dans le robinet d’embouteillage B’. On peut à volonté boucher
KAliX MI.NKKALïS.
à la main et à la mécanique ; on peut aussi , à l'aide du tuyau en étain a a , établir une communication entre la bouteille et la partie supérieure du récipient K K, suivant ie système dont j’ai déjà parlé. Ce système s’applique heureusement à la préparation des vins mousseux, avec des bouteilles que l’on a eu soin de remplir préalablement d’acide carbonique.
Dans l’appareil de M. Savaresse, comme dans celui de MM. Barruel et Yernaut, le récipient reste plein d’acide carbonique à plusieurs atmosphères de pression. Maintenant, M. Savaresse adapte à ses appareils une petite pompe au moyen de laquelle il refoule de l’eau dans le récipient pour absorber l’acide carbonique. Ce perfectionnement est d’un haut intérêt pour les personnes qui habitent des localités où l’on ne se procure facilement ni la craie ni les acides.