‹ Notice sur la fabrication des eaux minérales artificiellesChapitre 9 sur 22 · SYSTÈME DE GENÈVE · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE GENÈVE

Le système de Genève est aujourd’hui le moins usité de tous; c’est par lui cependant que je commencerai

l’histoire de la fabrication des eaux minérales, parce que son étude présente plus nets et plus indépendants les uns des autres les phénomènes avec lesquels le fabricant d’eaux minérales doit se familiariser. 11 est aux autres appareils de fabrication ce que la machine de Watt est aux machines à vapeur, le moyen le plus simple de préluder à l’étude de systèmes plus difficiles.

Le système de Genève consiste, avons-nous dit . à refouler dans un récipient plein d’eau du gaz acide carbonique qui s’y comprime , se dissout dans l’eau, et la rend mousseuse et pétillante. Pour bien faire concevoir ce genre de phénomènes , quelques explications sont indispensables.

L’air , ou le gaz carbonique , ou tout autre gaz renfermé dans un vase , presse en tous sens la paroi de ce vase ; cette pression n’est pas toujours la même ; elle peut aller jusqu’à rompre les parois du vase , si celles-ci ne sont pas assez résistantes. La pression ainsi exercée par l’air dans les circonstances ordinaires, équivaut à 1 kilogramme par centimètre cube de surface. On la dit égale à 76 centimètres de mercure, parce qu’en effet elle suffirait à soutenir une colonne de mercure de cette hauteur ; on l’appelle assez souvent une atmosphère de pression , parce qu’elle est précisément la pression habituelle de l’atmosphère terrestre. Un gaz est dit avoir une pression de 76 centimètres, ou 1 atmosphère de pression, quand il fait sur les parois des vases un

effort égal à l'effort ordinaire de l’air atmosphérique.

Or , quand un gaz est renfermé dans un vase et y exerce cette pression de 76 centimètres , si , par un moyen quelconque, on vient à en introduire une nouvelle quantité, la pression augmente. Un volume de gaz ajouté à un même volume de gaz donne une pression double, deux volumes une pression triple, etc., la pression augmentant toujours proportionnellement au gaz contenu dans le même espace. L’espace restant le même, on a les rapports dépréssion suivants :

1 volume de gaz.

Pression 76 c.

ou 1 atmosphère.

Le volume de gaz contenu dans une enveloppe étant connu , on peut donc calculer ce que doit être la pression , mais inversement ; la pression étant connue , on peut calculer quel est le volume du gaz. C’est la base sur laquelle s’appuie la construction des instruments propres à mesurer la pression des gaz , et qui ont reçu le nom de Manomètres.

Un physicien français , Mariotte, a découvert que

EAUX MINERALES.

lorsque l’on comprime un gaz , son volume change en raison inverse de la pression. Un tube fermé à l’une de ses extrémités , étant plongé dans l'eau par son extrémité ouverte, le liquide ne s’y élève pas , parce que l’air contenu dans le tube a une force élastique pareille à celle de l’air extérieur , et qu’il presse sur la surface du liquide dans le tube autant que l’atmosphère pèse sur la surface de ce liquide en dehors ; l’air intérieur fait équilibre à la pression de l’atmosphère; en d’autres termes, il est soumis à une pression d’une atmosphère. Si la pression extérieure venait à augmenter ( effet qu’il serait facile de produire si l’eau, au lieu d’être en contact avec l’air extérieur , se trouvait en communication avec un vase dans lequel on comprimerait du gaz carbonique ), alors l’eau monterait dans le tube jusqu’à ce c[ue le gaz enfermé dans ce tube ( diminuant de volume à mesure qu’il est comprimé , et augmentant de ressort à mesure que son volume est diminué ) fasse équilibre à la pression extérieure ; à ce moment, si la pression extérieure avait doublé , triplé , quadruplé , la pression du gaz intérieur serait également doublée , triplée , quadruplée : or , suivant la loi de Mariotte , le volume d’un gaz diminuant en raison inverse de la pression, on peut juger de la pression par le volume que le gaz occupe , et comme la pression intérieure et la pression extérieure sont semblables , on jugera sûrement par ce changement de volume dans le tube du changement survenu dans la

EAUX MINERALES.

pression extérieure. Soit 100 le volume occupé par le gaz sous une pression d’une atmosphère, les volumes

et les pressions seront dans les rapports suivants :

Pression de 1 atmosphère.

volume 100

La forme que l’on donne le plus habituellement au manomètre est celle-ci :

L’extrémité ouverte de l’appareil est en communication avec le tonneau de fabrication ; si la pression augmente , le mercure est refoulé dans la branche fermée; on juge de la pression par la diminution du volume de gaz qui s’y trouve renfermé.

Le manomètre dont nous venons de donner la description a l’inconvénient d’être cassant; il a en outre le désavantage de n’indiquer les différences dans les hautes pressions que par une différence trop petite dans la hauteur du niveau.

EAUX MINERALES.

M. Savaresse a évité cet inconvénient dans le manomètre qu’il a fait établir.

L’instrument n’a guère plus de A pouces de hauteur : quand on veut le mettre en action , on le plonge dans un petit vase qui contient de l’eau.

Soit la capacité totale de l’instrument, ou le volume de l’air y contenu sous la pression atmosphérique 100

Soit la capacité de la grosse boule 80 Soit la capacité de la petite boule 10 ' Soit la capacité de la branche étroite du tube 10

l’instrument ne commencera à donner d’indication exacte que lorsque le mercure montera à la naissance de la partie étroite du tube , ou lorsque le volume du gaz sera réduit à 20 ; la pression sera alors de 5 atmosphères.

On concevra très bien que les indications du manomètre n’étant nécessaires pour les fabrications des eaux minérales que pour les pressions égales au moins à 5 atmosphères , on a pu, en formant un réservoir inférieur pour le mercure , raccourcir le tube manométrique , et rendre l’appareil moins cassant.

La pression vient-elle k augmenter encore , le mercure montera dans

EAUX MINERALES.

la partie supérieure de l’instrument; or, comme celle-ci est elle-même divisée en deux, de manière à ce que la boule puisse contenir autant d’air que le tube , il en résulte que les écarts indiqués par la colonne de mercure sont plus grands, et par cela même plus sensibles, comme on peut en juger en jetant un coup d’œil sur les deux tubes ci-contre :

Le tube qui forme le manomètre de Savaresse est scellé dans une garniture en cuivre C et encadré dans une lame de cuivre l sur laquelle sont portées les divisions. La garniture en cuivre forme la continuation du tube ; elle est percée d’une petite ouverture à son extrémité e. Cette première partie de l'appareil s’adapte à vis dans un godet en cuivre G dans lequel on met de l’eau de manière à ce que l’extrémité de C y soit plongée. G est muni d’un petit tube en cuivre tt qui sert à établir la communication entre le manomètre et l’appareil sur lequel celui-ci est adapté au moyen de la

Le tube du manomètre est plongé dans la cuvette à eau G au moment même où l’on va s’en servir; la température de l’air qui s’y trouve enfermé est la même que celle de l’air ambiant, ce qui est une garantie de plus de l’exactitude des indications. M. Sa-

EAUX MINERALES.

varesse a préféré l’eau au mercure , parce qu’elle a l’avantage de ne pas salir le tube ; on l’aperçoit facilement. On la renouvelle à chaque opération.

Nous pouvons maintenant aborder l’étude spéciale de la fabrication de l’eau gazeuse dans l’appareil de Genève. .

Dans l’appareil de Genève , le tonneau qui reçoit

l’eau et le gaz est en cuivre très épais et parfaitement étamé. Sa capacité, qui peut varier, s’élève le plus ordinairement à cent litres. Il est muni à sa partie supérieure d’une ouverture assez grande B, qui

EAUX MINERALES.

se ferme à vis au moyen d’un couvercle que l’on n’ouvre que de temps en temps quand on veut nettoyer à fond l’appareil. Le couvercle de cette ouverture est percé d’une autre ouverture d’environ 6 centimètres de large , qui se ferme par un bouchon en métal qui y entre à vis, dont la tête est carrée, et qui peut être serré facilement à l’aide d’une clef. C’est par cette ouverture , pratiquée au couvercle , que l’on remplit ordinairement le tonneau. Ce tonneau porte en T une tubulure à laquelle vient s’adapter le tube qui amène le gaz carbonique refoulé par la pompe , et qui se ferme à volonté au moyen d’un robinet.

R est un robinet placé à la partie la plus basse du tonneau , et sur la construction duquel nous reviendrons plus tard. Enfin , M est un agitateur à manivelle qui sert à mettre l’eau en mouvement et à faciliter l’absorption du gaz.

Les pièces qui composent l’appareil à Genève sont ainsi disposées: 1° le vase où se produit l’acide carbonique (pag. 79); 2° le tonneau de lavage (pag. 80); 3° le gazomètre (pag. 81 ) ; 4° une pompe qui puise le gaz dans le gazomètre et le refoule dans le tonneau ; 5° le récipient ou tonneau de fabrication avec son robinet , la pédale B qui sert à maintenir la bouteille, et l’armature Aqui garantit l’opérateur. Le mieux est de faire mouvoir la pompe par une roue à volant qui mette en même temps en mouvement l’agitateur. En ce cas, il faut pouvoir rendre indépen-

EAUX MINERALES.

dants l’un de l’autre le mouvement de la pompe et celui de l’agitateur. J’en donnerai plus tardun moyen très simple.

On remplit complètement le tonneau avec de l’eau pure , et l’on ferme toutes les ouvertures, à l’exception du robinet du tube T ; alors , au moyen de la pompe , on commence à refouler de l’acide carbonique sans agiter en laissant le robinet de décharge R entrouvert; on déplace ainsi cinq litres d’eau qui se trouvent remplacés à la surface du tonneau par du gaz carbonique. Cette manipulation a pour objet: 1° de laisser un vide qui permette de donner à l’eau un mouvement plus tumultueux lors de l’agitation brusque et instantanée exercée en des sens différents ; 2° de former à la surface de l’eau un réservoir plein de gaz sur lequel l’eau puisse constamment agir ; 3° d’enlever autant que possible l’air atmosphérique que l’eau n’absorberait que très imparfaitement, qui augmenterait sans utilité la pression superficielle et qui rendrait le jeu des pompes plus difficile. Cette expulsion de l’air est une chose fort utile dans la pratique, et il faut toujours, quand on monte l’appareil à neuf, se débarrasser par un premier courant de gaz de tout l’air contenu dans les vases de lavage et de dégagement et dans les tubes de communication . J’indiquerai encore, comme précaution générale , de placer l’appareil dans un lieu frais , favorable à l’absorption du gaz et qui con- . serve, été comme hiver, une température moyenne.

EAUX MINERALES.

A mesure que l’on introduit le gaz carbonique dans le tonneau, il s’accumule à la surface de l’eau, et il se dissout ensuite facilement à l’aide du mouvement imprimé par l’agitateur. C’est une bonne pratique d’entretenir l’agitation pendant tout le temps que dure l’introduction du gaz ; le jeu des pompes en devient plus facile.

J’ai observé que la quantité de gaz reste toujours plus grande à la surface de l’eau que dans l’eau ellemême. L’eau dissout un volume égal au sien d’acide carbonique ; pour lui en faire dissoudre davantage , il faut que le gaz qui se trouve à la surface du liquide exerce sur celui-ci une pression forte ; aussitôt qu’elle cesse , l’acide carbonique contenu dans l’eau se dégage avec effervescence. On pouvait croire que l’équilibre devait avoir lieu quand le gaz carbonique est partagé uniformément dans l’eau et dans l’atmosphère du récipient ; il n’en est rien.

Quelque précaution que j’aie prise, je n’ai pu arriver à faire absorber à l’eau une quantité d’acide carbonique égale en volume à celle qui forme l’atmosphère supérieur^ du tonneau. Lorsque l’eau contient cinq fois son volume de gaz , que , par conséquent, un espace d’un litre en renferme cinq litres, le même espace, dans l’atmosphère gazéiforme, qui est à la surface de l’eau , s’est trouvé presque constamment en contenir six litres. La différence serait bien plus grande si l’on n’avait pas pris la précaution de débarrasser l’appareil de l’air atmo-

12 AUX MINERALES.

sphérique : celui-ci s’accumulant dans le tonneau pourrait exercer quelquefois une pression de 7 à 8 atmosphères sur de l’eau , qui ne serait elle-même chargée que de 3 à 4 volumes de gaz.

On reconnaît la quantité de gaz introduite dans le tonneau en mesurant, au moyen de la règle graduée du gazomètre, le volume de gaz qui a été soutiré ; on reconnaît la pression intérieure en adoptant un manomètre sur le tonneau. Le premier moyen est le plus sûr, parce que la pression n’est jamais en rapport direct avec la quantité de gaz que l’on a fournie à l’eau.

Le premier robinet dont on s’est servi pour tirer l’eau gazeuse, était un robinet garni d’un liège ou d’un morceau de buffle conique , de dimension telle qu’il pût s’adapter sur toutes les bouteilles , malgré les différences de diamètre de leur orifice. Il se prolongeait en une longue tige qui pénétrait jusqu'au fond de la bouteille, et il était muni d’une petite soupape qui livrait passage à l’air de la bouteille et au gaz qui ne pouvait être retenu. Cette longue tige, plongeant dans l’eau gazeuse, était un grave défaut, parce que l’eau , aussitôt qu’elle sort du tonneau , laisse dégager de nombreuses bulles de gaz qui traversent le liquide déjà introduit dans la bouteille, et qui le tiennent dans un état d’agitation qui occasionne la perte d’une fôrte proportion de gaz carbonique. Le robinet gagne beaucoup dans son emploi à se trouver diminué de toute la tige qui plongeait

EAUX MINERALES.

dans la bouteille ; mais le robinet décrit par Bramah, avec quelques modifications que je lui ai fait subir, est d’un emploi plus avantageux. C’est un robinet ordinaire ayant une douille peu allongée. Cette douille traverse une espèce de capsule renversée à fond plat, dont les bords descendent presque au même niveau que l’orifice du robinet. L’espace laissé entre la douille et les parois de la capsule est rempli avec des rondelles de caoutchouc superposées ; un anneau en cuivre qui se visse sur la capsule de cuivre , refoule les disques de caoutchouc , et s’oppose à ce qu’ils puissent tomber.

Au moyen d’une bascule B que le pied fait mouvoir et qui met en mouvement un support sur lequel la bouteille est posée (voyez la figure page 90), l’opérateur presse la bouteille contre le caoutchouc, et cette pression suffit pour s’opposer à toute issue de gaz. Il ouvre le robinet; mais aussitôt qu’il s’aperçoit que la pression dans la bouteille s’oppose à l’écoulement de l’eau, il cède avec intelligence pour livrer passage aux gaz intérieurs. Il renouvelle cette manœuvre à plusieurs reprises, jusqu’à ce que la bouteille soit remplie. Alors il ferme le robinet, il tire la bouteille sur le côté, et il y pose rapidement le bouchon. C’est là une manœuvre difficile qui demande une main adroite, et surtout exercée. La qualité de l’eau dépend en grande partie de l’habileté de celui qui la met en bouteilles: s’il n’est pas leste à boucher, une partie de l’eau et du gaz est je-

lée au-dehors , la bouteille est en partie vidée , et l’eau a perdu une grande partie de son gaz. L’opérateur doit saisir le bouchon par son bout le-plus gros, entre l’index et le médius de la main droite; il appuie le pouce sur le bord de la bouteille pour servir de régulateur, abaisse le bouchon sur l’orifice, et le fait entrer par un léger mouvement de rotation. Il l’enfonce d’abord avec la main, puis il achève de le faire entrer au moyen d’une tapette en bois. Il passe aussitôt la bouteille à un aide qui se hâte d’assujettir le bouchon au moyen d’une ficelle.

Dans la méthode que je viens de décrire , l’eau s’écoule sous la forte pression qui existe dans l’intérieur du tonneau : elle est lancée avec violence dans la bouteille ; en outre , il faut ouvrir une issue au gaz de la bouteille tandis qu’elle se remplit, deux circonstances qui ont pour effet de faire perdre à l’eau acidulé une assez grande quantité du gaz qu’elle contient. J’ai trouvé le moyen de remédier à ces deux inconvénients , en faisant construire un robinet qui établit une communication entre l’intérieur delà bouteille qui s’emplit, et l’atmosphère intérieure du tonneau : dans ce système , à peine le robinet est-il ouvert que l’égalité de tension s’établit des deux côtés ; l’eau gazeuse s’écoule alors lentement, sans éprouver d’autre agitation que celle qui résulte de sa propre chute par un petit orifice , et sous la pression d’une seule atmosphère. Une longue pratique m’a confirmé tous les avantages que l’on retire de cette construction.

EAÜX MINERALES.

Le robinet qui amène à ce résultat est terminé comme celui de Bramah ; mais il a deux conduits intérieurs, l’un qui est destiné à l’écoulement du liquide, l’autre qui établit la communication entre l’atmosphère de la bouteille et celle du tonneau.

A est le ' corps du robinet qui s’adapte sur le tonneau par un pas de vis.

BB est un conduit en argent qui traverse le robinet dans toute sa longueur , et qui est destiné à conduire l’eau.

CC est un second conduit en cuivre qui enveloppe B dans une partie de sa longueur , puis se coude et va s’ouvrir en E. 11 est destiné à établir la communication entrela bouteille et l’atmosphère du tonneau.

DD est la clef du robinet. Elle est percée de deux ouvertures , l’une doublée en argent b correspond au conduit B; l’autre c correspond au canal C. Il en résulte qu’en tournant la clef du robinet , on ouvre ou l’on ferme en même temps les deux canaux BetC.

E est un tube de plomb qui s’adapte sur le robinet par une de ses extrémités , et dont l’autre va s’ouvrir a la partie supérieure du tonneau.

Un anneau en cuivre vissé retient les rondelles de caoutchouc.

j Comme M. Boissenot l’a remarqué , l’eau est comme opaque et laiteuse dans la bouteille au moment même où elle vient de couler, en raison dune infinité de bulles gazeuses qui se manifestent dans toute la masse. L’eau devient transparente par la disparition de ces bulles. Il faut laisser la bouteille appuyée contre le caoutchouc tant que cette transparence n’est pas établie; mais du moment qu’on s’aperçoit que les bulles qui rendaient l’eau laiteuse ont disparu, on enlève lestement la bouteille et on la bouche. Il s’échappe beaucoup moins de gaz de la bouteille que si elle était retirée avant le moment précité.

On ne peut éviter une certaine déperdition de gaz pendant le temps assez court nécessaire pour placer le bouchon sur les bouteilles. M. Selligue, le premier, je crois, a donné le moyen de boucher la bouteille sur place; mais il a tenu son procédé secret. Plusieurs dispositions pour arriver à ce résultat ont été adoptées depuis; elles évitent une grande déperdition de gaz, et elles mettent le premier venu à même de mettre en bouteilles , sans avoir besoin de faire aucun apprentissage. Cette modification réduit à une manipulation très facile la partie jusqu'à présent la plus difficile de la fabrication des eaux minérales. Il faut concevoir que le conduit qui amène l’eau vient s’ouvrir dans un cône en cuivre ouvert à ses deux bouts. La partie inférieure de ce cône est munie circulairement et en dehors d un

EAUX MINERALES.

ajustage en cuivre garni de caoutchouc, pareil à celui du robinet ordinaire. C’est contre ce caoutchouc que le bord de la bouteille vient presser. Par la partie supérieure du cône, on introduit un bouchon de liège, et au moyen d’une tige refoulée par un moyen mécanique, on l’enfonce dans le cône de manière à ce qu’il forme le plafond supérieur de cette partie du robinet. Quand la bouteille est pleine, sans la bouger de place, on enfonce le bouchon pour le faire sortir en partie du cône et pénétrer dans le goulot .

Le dessin ci-contre suffira pour donner une idée suffisante d’une de ces machines à boucher. Elle a été construite par M. Stévenaux; c’est celle dont je me sers à la Pharmacie centrale.

S est une pièce en fer solide qui soutient tout l’appareil. Le robinet ordinaire est remplacé par un roninet qui n en diffère qu’en ce que la partie verticale de la douille a la forme d’un cône creux R. La bouteille est posée comme à l’ordinaire; l’on place à la partie supérieure du cône un bouchon b que l’on presse par le moyen de la tige T que fait mouvoir le levier L par l’intermédiaire d’une roue à engrenage. La paroi supérieure du robinet est alors formée par

EAUX MINERALES.

le bouchon. On remplit la bouteille à la manière ordinaire ; et , quand elle est pleine , on presse sur le bouchon; il s’amincit, traverse le cône et pénètre dans le col de la bouteille; on cède avec le pied quand le bouchon est entré d’une quantité suffisante; puis faisant mouvoir une dernière fois ce levier, on chasse tout-à-fait le bouchon du cône.

M. Viel Cazal a employé pour la machine à boucher un système de levier coudé très ingénieux dont la figure ci-contre donnera une idée suffisante.

Quand on se sert de la machine à boucher , on fait usage de bouchons plus gros que d’habitude; le refoulement qu’ils éprouvent en passant dans le cône les malaxe et y forme souvent des passages que le gaz traverserait si le bouchon pouvait revenir à son volume primitif. Il en résulte un autre inconvénient, c’est qu’une fois retiré par le consommateur, le bouchon ne peut plus servir à reboucher la bouteille ; cette circonstance , jointe à ce que le bouchage à la mécanique est un peu plus long, a empêché que la machine à boucher devienne d’un usage général. Cependant quelques fabricants l’ont aujourd’hui adopté exclusivement .

Avec de l’habitude et de la dextérité , on peut se passer de cette machine à boucher pour la prépara-

EAUX MINERALES.

tion des eaux minérales. Elle est indispensable quand on veut gazer des liqueurs visqueuses, comme les vins et les limonades.

h' Embouteillage des eaux gazeuses n’est pas sans danger: beaucoup de bouteilles ne résistent pas à la pression et volent en éclats. L’opérateur doit avoir la main , qui saisit la bouteille , armée d’un gant de buffle épais qui soit assez montant pour garantir également le bras. La bouteille , pendant quelle se remplit, reste entourée par un demi-cylindre en cuivre A qui tourne librement sur le robinet ; il est amené entre l’opérateur et la bouteille pendant que celle-ci se remplit. Un grillage en fil de laiton épais permet de suivre des yeux et sans danger l’ascension du liquide (voyez la figure page 90). Au moment de boucher, l’on détourne l’armure de cuivre en la faisant tourner sur elle-même ; on saisit la bouteille, on y adapte le bouchon, et l’on ficelle aussitôt.

Si l’on veut mastiquer la bouteille, on plonge le bouchon et la tête de la bouteille dans un vernis résineux. La qualité que l’on recherche dans ce mastic est qu’il soit adhérent et que, cependant, il se détache complètement par le choc. La recette suivante donne un bon produit.

Colophane, 6 parties; craie pulvérisée, 5 parties; essence de térébenthine, 1 partie; rocou, 1 /8 de partie. On fait d’abord fondre la colophane, on ajoute l’essence, puis la craie et le rocou.

On a remplacé les ficelles et le mastic par une petite calotte en plomb que l’on serre hermétiquement contre le col de la bouteille au moyen d’un tour de corde.

n- — La corde a environ 3 lignes

de diamètre ; elle est fixée solidement en l’air par l’un de ses bouts ; à l’autre bout est attachée une planchette sur laquelle on peut appuyer avec le pied pour tendre la corde ; on fait faire à celle-ci un tour autour de la capsule posée sur la bouteille î on appuie le pied pour tendre la corde; alors, en tournant la bouteille dans les mains ,• les bords de la calotte de plomb s’affaissent et viennent s’appliquer exactement contre le verre. Il n’est pas absolument nécessaire que la capsule ait exactement la grandeur de la bague de la bouteille ; fût-elle de 2 à 3 millimètres plus grande, elle s’adapterait encore très bien; si elle est un peu plus petite, on l’appuie sur la bague avec deux doigts comme si l’on tournait une vis jusqu’à ce que le fond de la capsule pose sur le bouchon.

Aujourd’hui on fait peu d’usage des capsules pour la consommation courante , parce qu’elles augmentent le prix de revient. On craint aussi, avec quelque raison , qu’il ne s’y fasse du carbonate de plomb qui pst vénéneux. Cependant les capsules sont très uti-

EAUX MINERALES.

les pour les eaux qui doivent être transportées au loin ; mais il est bon de les faire en étain pour se mettre à l’abri de toute crainte.

En adaptant un manomètre au vase de compression , j’ai étudié les phénomènes qui s’y produisent pendant que l’eau gazeuse est mise en bouteilles.

A mesure que l’on soutire de l’eau gazeuse ( avec le robinet à simple courant) , le vide qui se fait graduellement dans le récipient a pour effet de diminuer de plus en plus la pression à la surface du liquide, de permettre à l’eau déjà faite de laisser dégager une partie du gaz dont elle est chargée. A mesure que le gaz libre se dilate pour remplir le nouvel espace vide qui s’est formé, l’eau abandonne une partie d’acide carbonique qui compense en partie ce premier effet. De ces deux effets contraires résultent un décroissement de la pression lent et régulier qui se continue jusqu’à la fin de l’opération. Les résultats du calcul et ceux de l’expérience marchent assez d’accord dans le commencement de l’opération ; mais, à mesure qu’elle avance, les écarts deviennent toujours plus considérables. Les mouvements du manomètre signalent parfaitement le phénomène mixte qui nous occupe. Chaque fois que l’on remplit une bouteille, le manomètre descend, puis on le voit sensiblement remonter pendant l’intervalle nécessaire pour boucher la bouteille et en présenter une nouvelle au robinet.

La pression superficie] le s’accroît davantage quant}

l’opération est faite avec plus de lenteur; or, comme cet accroissement résulte de la déperdition d’acide carbonique qui est faite par l’eau, il faut en conclure que moins on emploie de temps pour mettre en bouteilles et plus les résultats sont avantageux.

Une conséquence de ce qui précède est que, dans la fabrication par le système de Genève , l’eau devient moins gazeuse à mesure que le tirage avance. On pourrait cependant se mettre à l 'abri de cet inconvénient en refoulant du gaz carbonique dans le tonneau à mesure qu’il se vide, de manière à entretenir une pression constante à la surface de l’eau ; il est vrai qu’alors le tonneau restera plein de 5 à 600 litres de gaz carbonique. On l’utilisera si , au lieu de déboucher le tonneau pour le remplir d’eau et faire une nouvelle opération , on fait aspirer cette eau par la pompe ; elle est refoulée dans le tonneau où elle absorbe le gaz. On peut aussi, par un, tube de communication, renvoyer le gaz dans le gazomètre.

SYSTÈME DE VERKTAUT ET BAHRÜEI ,

Page 1