‹ Notice sur la GuyaneChapitre 1 sur 35 · M- GACHET · texte numérisé non relu

M- GACHET

Comissairc honoraire.

M. Maurice GOURBEIL

Commissaire.

M. E. BASSIÈRES

Commissaire-adjoint.

M. SCELLIER de GISORS

Architecte.

PR EFACE

Mon compatriote et ami, M. Eugene Bassières, m’a demandé d'écrire quelques lignes pour servir d’entrée en matière à sa notice. C'est le titre modeste qu'il a donné à l’intéressant travail qu’on va lire. J’ai accepté son offre avec joie, heureux de pouvoir dire une fois de plus mon sentiment sur la Guyane, mon pays natal, que j’aime profondément, que j’aime d’autant plus qu'on s'est montré injuste a son égard. Que n’a-t-on pas dit, par exemple, de son insalubrité ? X'est-on pas allé jusqu’à la représenter comme le tombeau des Européens, parce que. au début, des expéditions mal conçues et mal dirigées ont donné de funestes résultats, qu’il eût été plus juste d’attribuer à l’imprévoyance, à l'incurie ou à l’incapacité des chefs ! Mais la vérité finit toujours par triompher et déjà bien des erreurs ont été redressées.

Je désire que le travail si consciencieux de M. Bassières attire l’attention sur cette belle colonie tant calomniée, que je crois appelée, par la fertilité de son sol. la fécondité de ses mines d'or et ses richesses variée^, a un merveilleux développement. L heure paraît bien choisie pour faire connaître la f ruyane sous son véritable jour . détruire les préventions injustes qui existent contre elle, montrer

qu’elle vaut mieux que sa réputation et qu’elle a raison de ne pas vouloir borner sa destinée à servir de bagne à la Métropole.

Au moment où l’opinion publique est tournée vers les entreprises coloniales, où, sur tous les points du globe, les nations, rivalisant d’activité et d’émulation, se préparent a la grande fête de la paix et du travail à laquelle la France les a conviées, où chaque pays se met en frais pour représenter, avec le plus d’éclat possible, ses produits naturels et fabriqués les plus variés et les plus appréciés, la Guyane a bien fait, elle aussi, de chercher à se signaler à l’attention en donnant un aperçu de ses richesses qui ne sont encore que soupçonnées.

La notice si documentée, si riche de détails de M. Bassiéres, écrite avec une sincérité qui en augmente l’attrait et fait le plus grand honneur à son auteur, sera la source précieuse à laquelle viendront puiser tous ceux qui voudront se renseigner sur cette colonie, qui oftre un vaste champ à l’activité de l’homme et gagnerait à être mieux connue.

Un mauvais génie semble avoir présidé jusqu’ici aux destinées de la Guyane qui sont encore à réaliser. Les insuccès qui ont marqué presque toutes les entreprises qui y ont été tentées ont tous des causes qui lui sont exté^ rieures et dont, par conséquent, on ne saurait sans injustice la rendre responsable. Quoiqu’il en soit, après bientôt trois siècles de colonisation, la Guyane présente encore dans son ensemble l’aspect désolé de vastes solitudes où 1 homme, s il y a pénétré, n’a laissé aucune trace de son passage .

MI

.V 1 exception de Cayenne qui, avec sa population de 12.000 âmes, ses rues spacieuses et régulières et son admirable place des Palmistes — une vraie merveille — ne manque pas d’une certaine originalité, et des treize communes rurales, à peine habitées, qui se trouvent disséminées, de l’Oyopock au .Maroni, sur un littoral d’environ 500 kilomètres, le territoire de la colonie n’est qu’une

immense lorêt vierge, un désert de végétation.

A côté, et comme pour mieux faire ressortir sa désolation, ses deux voisines, les Guyanes hollandaise et anglaise, offrent le contraste, humiliant pour notre amour-propre national, de leur prospérité et de leur splendeur. Toutes ces contrées cependant dépendent d'un même continent, sont soumises aux mêmes influences climatériques et présentent une constitution géologique identique. 11 ne faut pas trop se hâter de conclure de cet état d’infériorité marqué, en apparence inexplicable, que le Français ne sait pas coloniser. On commettrait une injustice, en même temps qu’une grossière erreur, en portant un pareil jugement sur nos aptitudes colonisatrices.

En réalité, ce qui a toujours manqué à la Guyane pour prospérer, c’est la main-d’œuvre. Que peut-on attendre d’un pays, si riche soit-il, dont la population ne représente pas un habitant par 4 kilomètres carrés ? N’oublions pas que la Guyane hollandaise compte près de 100.000 âmes et la Guyane anglaise environ qoo-ooo, tandis que pour un territoire sensiblement égal, la population de la Guyane française n’atteint pas 30.000 habitants. Cette différence, tout à notre désavantage, s’explique par la facilité qu’ont l’Angleterre et la Hollande de recruter les travailleurs dont

elles ont besoin, la première clans ses possessions de l'Inde, la seconde dans ses possessions de la Malaisie. La France, au contraire, n’a pas de colonies de peuplement et se trouve tributaire de l’Angleterre et de la Hollande pour la maind'œuvre necessaire à certaines de ses possessions.

Mais ce n’est pas là une difficulté insurmontable, et le problème pourra être résolu lorsque les capitaux français prendront le chemin de notre colonie de la Guyane, c’està-dire lorsqu’on sera convaincu en France des richesses de notre possession sud-américaine. C’est donc à ce résultat que doivent tendre les efforts de tous ceux qui s'intéressent à la prospérité et à l'avenir de cette colonie. A ce point de vue. ce livre sera d’une grande utilité, et c’est pourquoi je souhaite sympathiquement à M. Eugène Bassières tout le succès qu'il mérite pour le service qu’il aura rendu à la cause coloniale, en aidant à dissiper d’injustes préventions contre une de nos plus belles possessions.

Neuilly-sur-Seine , le 31 janvier 1900.

H. FIrsleur.

cDépulé de la Guyane

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