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LA COLONISATION

Après la lecture des chapitres qui précèdent, un fait, nous l’espérons, apparaîtra indubitable aux esprits non prévenus : c'est que, si la Guyane s'attarde encore, après trois siècles d’occupation française, dans les toutes premières phases du développement évolutif des colonies, la faute en est plutôt aux hommes qu’aux choses; et qu’en tous cas elle est susceptible, pour peu que la France le veuille, de sortir enfin d’une situation qui n’est digne, ni de ses incalculables richesses naturelles, ni du grand peuple à la destinée duquel elle se trouve volontairement et indissolublement liée.

Par quel moyen serait-il possible d’atteindre ce résultat ? C’est ce que nous essaierons de rechercher en terminant.

La main-d'œuvre. — En parcourant l’histoire de la colonie, nous avons vu que la cause première, unique de son peu de développement réside dans ce fait : absence de main-d’œuvre agricole, due tant à la brusque émancipation des esclaves, qu’à la découverte de l’or. Certaines mesures d’ordre et de prévoyance, une attitude plus conciliante de la part des colons jiossesseurs d’esclaves, auraient pu éviter ou atténuer considérablement les effets de ce brusque affranchissement des travailleurs ; d’autre part, si, au moment de la découverte de l'or, notre population n’avait pas été aussi réduite, cette seule circonstance n’eût certes pas suffi pour ruiner l’agriculture. Et ainsi logiquement la situation présente trouve son origine

dans les fautes sans nombre qui se succédèrent dans les premiers essais de colonisation.

Quoi qu’il en soit, à l’heure actuelle, l'industrie aurifère accapare toute la main-d’œuvre disponible, et au delà, puisqu’elle est obligée, pour compléter son contingent, de s’adresser aux travailleurs des Antilles françaises et anglaises. Cette industrie de haute production peut en effet supporter facilement une somme énorme de frais généraux et payer des salaires très élevés. Alors qu’une exploitation agricole ne peut guère payer la journée d.’un ouvrier plus de 1 fr. 50 à 2 fr. 50 au maximum, les placers la paient aisément 4, 5, 6 francs et davantage. De plus, les travailleurs sont nourris, logés, hospitalisés, aux frais de l’entreprise, avantage que ne peuvent qu’exceptionnellement offrir les exploitations agricoles. Au placer la besogne est plus dure, la vie plus exposée. Mais qu’importe? Après huit, dix mois, un an de travail consécutif et de privations, mais aussi d’économies forcées, l’ouvrier sait qu’en rentrant au chef-lieu, il se trouvera à la tête d’une somme assez ronde (1500 à 2.000 francs en moyenne), — et cela lui suffit. — On comprend dans ces conditions, que les travailleurs abandonnent la culture pour les placers. Mais il est évident que le jour où le nombre des travailleurs disponibles deviendrait assez élevé pour faire baisser les salaires, les ateliers agricoles s’empliraient de nouveau.

L' Immigration. — Le seul moyen d’amener cette situation si désirable, c’est sans contredit V Immigration. Si, déjà, nous avons usé de ce moyen, sans résultats appréciables, c’est que nous n’avons jamais su organiser un recrutement convenable, ni retenir sur notre sol cette population de travaileurs. Ce qu’il nous faut, ce sont d’abord des travailleurs sains et vigoureux, d’un acclimatement facile, qui se fixent au sol et y fassent souche, — car le but de l’immigration ne doit pas être seulement de fournir à l’industrie locale une source éphémère

de bras. Elle doit aussi accroître progressivement, la population ouvrière, normale et stable.

Pour réaliser Je premier de ces desiderata l’expérience a montré que les immigrants de race noire doivent être préférés a tous les autres. Seule cette race parait apte à s'acclimater facilement dans la Colonie, à y former des travailleurs sains et robustes, attachés définitivement au pays. Malheureusement, à peine en 1853 et 1858, en avions-nous reçu quelques convois importants, que l’Angleterre, sous prétexte d'éviter le retour de la traite, même sous une forme déguisée, s’opposait à cette immigration et obtenait de la France la Convention de 1880. A cette époque, le total des immigrants de cette origine s'élevait dans la colonie à 1.520 individus. Aucune autre race n'est parvenue à faire oublier le,s services importants qu’ils rendirent à la colonisation agricole.

Les Hindous, de constitution faible et maladive, généralement recrutés dans les bas-fonds de la société et dans la classe la plus misérable, s’acclimatent mal et surtout s’accomodent mal d'un régime de travail un peu rude. De 1858 à 1878, la Colonie en reçut 8.471, en 19 convois consécutifs. C'est à peine si aujourd'hui il en reste le quart. « Beaucoup de ces malheureux, dit M. F. Htie, vivant dans leur patrie au sein d'une misère profonde, arrivent en Guyane malades et tellement affaiblis, que dès les premiers jours qui suivent le débarquement, ils succombent aux suites du voyage. Quelques-uns, ajoute l'auteur, sont l’exacte reproduction de ces squelettes ambulants qu’on voit aux Indes, spectres vivants de l'éternelle famine qui désole cette vaste contrée. » Que pouvait-on attendre d’une pareille main-d’œuvre? Un palliatif, peut-être; mais un moyen propre à transformer la situation économique de la Colonie, un remède, point.

Cependant les Anglais s’aperçurent un beau jour que ces coolies subissaient dans nos Colonies des « traitements

inhumains », et, sous ce prétexte interdirent désormais cette immigration, qui avait sa source dans les possessions anglaises* de l’Hindoustan. Quelques personnes croient qu’il serait possible d’extraire directement de nos comptoirs indiens de Pondichéry et de Chandernagor les travailleurs qui nous sont nécessaires. Nous ne pensons pas que la population restreinte de ces territoires puisse constituer une ressource importante.

L'immigration Chinoise date de 1860, époque à laquelle la Colonie reçut en cession de la Martinique 100 travailleurs de cette origine. Le résultat de cet essai fut assez satisfaisant, tant au point de vue sanitaire que sous le rapport du travail fourni. Malheureusement le prix d’introduction très élevé (809 fr. 60 par engagé) el les salaires excessifs firent bientôt renoncer à l'immigration chinoise.

A un certain moment, on basa de grandes espérances sur l’introduction d'immigrants Madériens. Mais il n'a guère été possible de se rendre compte de la valeur de ces travailleurs dont 300 à peine débarquèrent à la Guyane.

Plus récemment a été agitée la question de l'immigration Javanaise. Ce projet n'a jamais reçu même un commencement d’exécution.

Enfin, tout dernièrement, un projet d’immigration et de colonisation Sénégalaise a été proposé, qui semblait destiné à un plein succès. Les exigences excessives des futurs Colons ne permirent pas encore la réalisation complète de cette entreprise, qui, à notre avis, a cependant indiqué la seule source d’immigration qui puisse donner, à la Guyane, des résultats utiles.

En résumé, l’on peut dire que depuis cinquante ans, un nombre relativement considérable de projets ou d’essais d’immigration ont été tour à tour étudiés ou tentés, sans succès. Toujours les difficultés et les obstacles les plus inattendus surgissent et les projets avortent, les essais échouent.

Après tant de peines et d'argent dépensés, nous sommes encore au point de départ. En face de ces faits, on peut se demander si dans l’état actuel de nos institutions économiques et politiques, le problème n’est p»as décidément insoluble et s’il ne vaudrait pas mieux renoncer une fois pour toutes à l'immigration réglementée, pour s’en tenir à l’immigration libre.

L’immigration libre. — Si l’on considère le courant d’immigration qui depuis trente ans s’est créé des Antilles vers la Guyane, la réponse semble tout indiquée. Ces îles sont en etiet très peuplées, certaines d’entre elles et notamment, la, Martinique, la Guadeloupe, la Barbade, la Dominique, ont une population des plus denses. La Guyane, au contraire, est presque déserte. Tandis que la Martinique ne contient pas moins de 172 habitants par kilomètre Carré et la Guadeloupe U6, c’est à peine si la Guyane compte un habitant pour i kilomètres carrés. Le surplus de la population des Antilles pourrait donc se répandre sur notre vaste Colonie, au grand avantage des unes et de l'autre.

Néanmoins, de sérieuses précautions devraient être prises pour éviter les effets désastreux qui pourraient résulter d’un tel exode, s'il n'était ni organisé, ni dirigé, ni policé. Le but visé ne serait, nullement atteint, s'il ne s’écoulait vers la Guyane que cette écume des villes qui, vivant plutôt d’expédients que de travail, ne lui apporterait, sans compter les éléments dangereux pour sa sécurité et sa tranquillité intérieures, que des consommateurs improductifs. Loin de taciliter l'introduction de pareils sujets, l'autorité locale ne devrait pas hésiter à prendre contre eux des mesures de police énergiquement prohibitives. Au contraire tous les moyens devraient être employés pour favoriser l’affluence de travailleurs ruraux et d’ouvriers d’industrie qui joindraient à des garanties sérieuses de moralité des, aptitudes professionnelles réelles. Cette catégorie d’individus n'est certes pas, dans nos

possessions antillaises, moins nombreuse que l’autre; mais elle émigre peut-être moins facilement, et- il serait indispensable, pour l'y décider, d'organiser dans ces îles mêmes des services spéciaux de recrutement.

Le recrutement assuré, le problème ne serait pas encore résolu. -Resterait à trouver le moyen de nous assimiler en quelque sorte et de iixer sur notre sol, d'une manière définitive, cette population de travailleurs, afin de réaliser du même coup le peuplement de notre colonie et la mise en valeur de ses ressources naturelles.

Enfin, en dehors des difficultés matérielles d'exéculion, la réalisation d'un projet quelconque d'immigration spontanée ou non, ne sera jamais sans soulever plus d’un problème d'ordre social. Il faudrait éviter, notamment, de compromettre, dans un avenir plus ou moins rapproché, l’originalité de la population indigène. Cette question, quoiqu'on en puisse dire, n'est pas sans intérêt, — • nous n'en voulons pour preuve que la singulière situation faite aujourd'hui, aux Etats-Unis, aux nationaux américains, pressés entre l'immigration chinoise et l'immigration allemande, et subissant à chaque instant, chez eux, l'assaut des aspirations d’une population étrangère, presque hostile, et dont le nombre est au moins égal au leur.

Main-d'œuvre pénale. — Les essais de culture, dus à l’initiative de l’ Administration pénitentiaire 11e semblent pas avoir donné au point de vue pratique, des résultats bien positifs. Depuis que le mouvement qui s’est produit vers les centres aurifères a enlevé à l'agriculture les quelques bras qui lui restaient, encore, la cession aux habitants de rares corvées de condamnés, avait seule permis de poursuivre les tentatives de culture entreprises sur divers points de la Colonie. O11 s'était efforcé de tirer le meilleur parti possible d'anciennes plantations, laissées longtemps à l'abandon et même d’en créer de nouvelles.

L’activité, la persévérance de ces colons, dont rien n'abattait le courage, s'étaient vu récompenser déjà par quelques récoltes, vraiment pleines de promesses pour l'avenir ; et à ne considérer que les résultats qui avaient pu être obtenus dans des conditions aussi défavorables, et seulement avec l’aide de la main-d’œuvre pénale, il paraissait permis de croire que, du jour où des entreprises agricoles .seraient conduites à la

L lie du Diable (Iles du Salut)

Guyane d'une façon normale et rationnelle, la colonie ne tarderait’pas à offrir le spectacle d'une véritable prospérité. Mais laVession de la main-d’œuvre pénale vient d'être supprimée.

Il n'en demeure pas moins certain que, .pour des entreprises agricoles importantes, il ne peut être fait que peu de fonds sur l'emploi d'une main-d’œuvre à laquelle il manque, pour devenir productive, la condition essentielle d’être libre. Sa nature même ne saurait, d’ailleurs, répondre aux besoins de l’industrie privée. Les seuls services que les forçats paraissent

Capables de rendre à la Colonie sont relatifs aux divers travaux d’utilité publique et de colonisation (défrichements, canalisation, grande voirie, etc.). Encore faut-il que la main-d’œuvre pénale se trouve alors sous la direction immédiate des surveillants militaires et qu’elle soit encadrée d'agents techniques ou spéciaux.

Transportés libérés . — L’expérience a démontré qu’il est impossible de compter sur les transportés libérés pour augmenter le contingent de la population ouvrière libre. Tel était pourtant l'un des buts que visait la loi de 1854. 11 n'a pu être atteint jusqu’à ce jour. Sauf de rares exceptions, les idées de relèvement moral par le travail, l'ordre et la probité n’ont pas encore pénétré dans cette fraction de la population, qui, semble-t-il, ne pourrait même être mêlée à la population libre, dans quelque proportion que ce fût, sans inconvénients graves pour celle-ci.

Plan de colonisation. — Quelle que soit la source à laquelle on emprunte les éléments propres au peuplement de la Guyane et à l’exploitation de ses ressources naturelles, il importe, en premier lieu, d’élaborer, d'établir un plan général de colonisation.

« Un coup d’œil jeté sur l'histoire de la Guyane, dit M. Th. Le Blond dans une brochure que nous avons citée, nous met à même de constater un fait capital, qui est celui-ci : Dès l'origine, la colonisation a été mal comprise, ou plutôt n'a pas été comprise du tout; et, chose extraordinaire, les erreurs initiales se sont reproduites par la suite; de nos jours encore elles se reproduisent.

« Au hasard, on a laissé le soin de tout prévoir, à la routine et à l’ignorance celui de tout exécuter. L’expérience des premières tentatives n'a servi en rien aux tentatives ultérieures; l’absence de tout plan, dé toute méthode, a dominé dans le passé; elle domine dans le présent. ~

(( Près de trois siècles nous séparent des premières expéditions qui jetèrent les fondements de notre Colonie, et l’on se demande quels progrès ont été accomplis dans notre mode de coloniser, quelles règles ont été tracées, quel système a été énoncé, préconisé...

« ...Tous les esprits sérieux qui'ont écrit sur la Guyane, non du fond d’un cabinet à 6,000 kilomètres de distance, mais sur les lieux, après avoir parcouru ce pays, après s’être renseignés aux sources mêmes . sont ' 1 [d’accord pour reconnaître que la cause principale qui a enrayé le développement de notre pays, c’est l’isolement, la dissémination des forces, partant l’insalubrité, la faiblesse. Il fallait s'établir près de la mer, de proche en proche, faire en quelque sorte la tache d’huile, pour facili— Type de forçat ter l’installation des voies

de communication, et l’exécution des travaux de dessèchement et de défrichement, pour réduire aussi au minimum les frais d’administration. Tout au contraire, on s’est jeté, sans point de rattachement, dans les terres hautes, loin- du littoral, ou on s’est livré a l’exploitation du sol. à la manière indienne. Les relations s’en sont considérablement ressenties,;

les travaux d'assainissement n'ont pu être exécutés, et la Colonie s'esl débattue, impuissante, dans une atonie complète.

« Quand on étudie les diverses tentatives do colonisation faites en Guyane jusqu'à ce jour, une chose frappe surtout l’attention, c'est le mauvais choix des localités, par rapporta la direction générale des vents régnants, qui oscillent durant huit mois de l'année entre l’Est-Nord-Est et l’Est-Sud-Est. De cette simple constatation et en tenant compte- des particularités topographiques du pays, il résulte que les centres de colonisation doivent être installés sur le littoral, là où l'air de la mer circule librement, et que l’on ne doit songer à étendre ces centres dans l'intérieur qu'en laissant entre eux et la mer des terrains assainis par le dessèchement, le défrichement et la culture, de telle sorte. que les brises du large ne puissent plus se charger de miasmes paludéens en passant sur ces terres. ■

« Ces principes s'appliquent rigoureusement a tous les points de la. Guyane. Aussi ceux qui s’imaginent qu’il suffit de s’.é.laldir dans les parties montagneuses à 60 ou 80 kilomètres de la côte, pour éviter les fièvres, commettent-ils une grande erreur. La salubrité des régions accidentées dépend entièrement de l’assainissement des plaines qui sont au vent de ces régions... »

On ne saurait mieux dire.

Quant à l'exécution même du plan de colonisation, voici quelles étaient les idées de M. Etienne, alors sous-secrétaire d'Etat des colonies, aujourd’hui président du groupe colonial de la Chambre, et dont la parole fait autorité en matière coloniale.

« J'ai pensé, disait M. Etienne, que dans nos deux colonies pénitentiaires,, la main-d'œuvre pénale pourrait être utile-

ment employée à défricher et à ensemencer les terres, à ouvrir des voies de communication, et à construire des villages. L'émigrant qui arriverait n’aurait qu’à poursuivre l’œuvre commencée, et la vente des produits récoltés dès la première année de son séjour assurerait ses premiers besoins.

« 11 s'agirait donc de créer en Nouvelle-Calédonie, sur le domaine de l'état actuellement disponible, et en Guyane, au milieu de ces immenses espaces encore inoccupés, des centres agricoles, susceptibles de recevoir 5 à 600 individus et suffisamment étendus pour qu'on puisse accorder à chaque ménage des concessions de 35 hectaresau moins. Sur les terrains choisis, on établirait des camps de transportés, appelés a disparaître aussitôt que leur tâche serait accomplie. Sous la direction d'hommes compétents, on exécuterait, d’après un plan arrêté à l'avance, tous les travaux que peut nécessiter l'installation d’exploitations agricoles. L’Etat, d’une part, notamment au moyen du budget sur ressources spéciales, la colonie, d'autre part, pourvoiraient aux dépenses qu’il serait indispensable d’engager ; mais il ne s'agirait que d’avances à plus ou moinslongs termes. En effet, les terrains ainsi défrichés seraient cédésàdes prix qui varieraient suivant deur qualité etsuivant les sommes dépensées, à des cultivateurs qui s'engageraient à en rembourser la valeur par annuités plus ou moins espacées, et qui ne deviendraient propriétaires définitifs que lorsqu'ils auraient rempli toutes les obligations d’un cahier des charges dressé à cet effet.

Au centre des concessions serait placé le village, dans lequel on pourrait introduire des ouvriers d’états, indispensables à toute agglomération d’individus et lorsque ce village serait arrivé à son complet développement, la main-d'œuvre pénale construirait la mairie, l'école, la justice de paix et la gendarmerie, puis disparaîtrait afin d'aller plus loin poursuivre son

œuvre... »

Ajoutons que les centres déjà existants dans la Colonie pourraient être utilisés; les nouvelles concessions viendraient simplement se grouper autour d’eux, après l’exécution de travaux préparatoires.

Chacune de nos communes rurales serait ainsi, en commençant par les plus rapprochées du chef-lieu, revivifiée et comme dynamisée par cet apport de forces nouvelles. Dès que ces centres auraient été rendus normalement habitables et exploitables, par l’assainissement et l'ouverture des voies de communication, — il s’y produirait, avec le concours des autorités locales etmême spontanément, un courant d’immigration, de plus en plus important. Ainsi se trouverait enfin résolue, de la façon la plus naturelle et la plus pratique, la grande et importante question de la colonisation de la Guyane française.

Immigration assistée. — A la Guyane, il n'existe pas pour favoriser l’immigration libre, d’administration spéciale comme dans les différentes républiques Sud-Américaines, le Brésil, l'Uruguay, la république Argentine, etc.

Il est cependant parfaitement démontré que ces services présentent une réelle utilité en assurant un mouvement toujours croissant de travailleurs.

Les républiques de l’Amérique du Sud disposent il est vrai de ressources financières inconnues à la Guyane. C’est ainsi que dans la seule province brésilienne de Saint-Paul, la. Société d’immigration est à la tête d’un capital de 500 contos de reis (soit 1,155,000 francs).

Cependant sans entrer dans des frais considérables, la Colonie pourrait prévoir chaque année à son budget une certaine somme destinée à l’entretien d'un service d'immigration, qui, bien que modeste, serait pour la colonisation d’une, utilité incontestable. Ce service serait chargé d’organiser le recrutement sur place des. travailleurs, .leur transport gratuit, puis dans la Colonie leur installation provisoire et leur

Une Vue du jardin d’essai de Baduel, près Cayenne :

entretien, en attendant leur établissement ou leur engagement.

Quoi qu'il en soit, l'Administration locale et les pouvoirs élus sont néanmoins toujours prêts à souteuir et à favoriser dans la plus large mesure, les travailleurs qui désirent venir s’installer dans la Colonie. Des concessions de terrains, même gratuites, peuvent leur être accordées. Ils trouveront facilement à acheter, dans n'importe quelle région, à raison de 25 à 150 francs l’hectare, des terres cultivables de bonne qualité, vierges pour laplupart et pouvant, par conséquent, fournir par le défrichement des quantités considérables de bois de feu ou de charbonnette.

L'hectolitre de charbon valant de 2 fr. 50 à 3 francs et le stère de bois a brûler de 8 à 12 francs, la vente de ces premiers produits constitue pour le nouveau colon un appoint sérieux. D autre part on trouve facilement à affermer de petites habitations , aux environs de la ville, dans d'excellentes conditions. Certains propriétaires de grandes habitations voisines du cliel— lien et desservies par des routes carrossables, louent volontiers des parcelles de terrain à raison de 5 francs par hectare el par mois.

Lutin, les ouvriers trouveraient facilement à s’employer soit dans le commerce, soit dans l'industrie, soit dans les exploitations agricoles, au prix minimum de 2 à 3 francs par jour. La main-d’œuvre pénale, qui vient d’être retirée du chef-lieu, laisse à la main-d’œuvre libre un champ aussi vaste que fécond. Et pour décider les efforts des travailleurs à se porter plus particulièrement vers l’agriculture, le Conseil général vient de décider qu’il sera payé désormais une prime de 100 francs par an à tout ouvrier pouvant justifier de 300 journées de travail sur une ou plusieurs exploitations rurales de la Colonie.

Organisation administrative de L'agriculture . — La

Colonie de la Guyane ne recule devant aucun sacrifice pour arriver au relèvement de ses cultures jadis si florissantes. Dans ce même ordre d'idées, une Chambre consultative d’agriculture a été instituée à Cayenne; son attribution essentielle consiste à renseigner, consulter et orienter les colons vers les cultures les plus sûres et les plus rémunératrices et à étudier d’une manière générale toutes les questions se rattachant a l’amélioration et au développement de l’agriculture dans la Colonie.

Cette institution se trouve utilement complétée par un jardin botanique et un jardin d’essais, dont les pépinières tiennent a la disposition des colons des plants d’arbres fruitiers et de végétaux divers; des champs d’expériences, un laboratoire d’analyses agricoles, un observatoire météorologique, en un mot, une station agronomique pourraient encore être établis, pour le plus grand profit de la colonisation guyanaise.

Enfin, pour bien montrer l'intérêt qu’elle attache au relèvement de l’agriculture, la Colonie vient d’établir des primes à la plantation, fixées à 1 franc par pied de cacaoyer, 0 fr. 50 par pied de caféier et 0 fr. 50 par pied de rocouyer en état de produire.

Que les agriculteurs se mettent donc à l’œuvre !...

Et puisse la Guyane, grâce à leur activité, sortir enfin du marasme où elle se débat depuis trop longtemps déjà, pour venir occuper, parmi les colonies européennes, la place prépondérante à laquelle lui donnent droit son étendue et ses innombrables richesses naturelles !

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