‹ Notice sur la GuyaneChapitre 30 sur 35 · PRODUITS D’ORIGINE VÉGÉTALE · texte numérisé non relu

PRODUITS D’ORIGINE VÉGÉTALE

Cacao. — Cette denrée s’exporte à la Guyane sous deux formes: le cacao en fèves et le cacao broyé, en pâte ou en bâtons. Les grains ou fèves sont de couleur brun-rougeâtre de forme ovale, un peu aplatis aux extrémités, recouverts d’une pellicule grisâtre, moins gros que les caraques, plus amers et donnant une pâte plus onctueuse, ce qui les fait rechercher pour les mélanges. De plus, ils sont durs, ayant passé à la boucane pour éviter la germination et les piqûres d’insectes, ont une chair brune, d’une saveur âpre, mais dégageantune odeur de fumée, qui constitue leur principal défaut. La cacao broyé est d’un brun foncé, ordinairement sans sucre, amer, onctueux, d’un grain fin et sans résidu à la dissolution. On en exportait autrefois de grandes quantités. Ainsi, en 1842, la Colonie en a expédié 17.553 kilos, dont 3.248 kilos pour la France et 14.305 kilos pour les Etats-Unis; en 1854, 19.796 kil . dont 123 kilos seulement pour la France et 19.673 kilos poulies Etats-Unis ; en 1871, 32,929 kilos; en 1891, 10.400 kilos, et en 1897, 2,059 kilos seulement .

— Le cacao en grains s’expédie en sacs-toile ou en barils de contenance variable, la pâte en caisse-zinc et les bâtons en caisse-bois. Cette denrée était dirigée autrefois presque exclusivement sur les Etats-Unis ; depuis quelque temps le commerce français absorbe tous nos envois. La France im-

porte annuellement environ 28 millions de kilogrammes de cacao, au commerce général, sur lesquels elle consomme à peu près la moitié, soit 13 à 14 millions. Elle en reçoit principalement du Venezuela, du Brésil, de la Guadeloupe, de la Martinique et d’Haïti. Les bonnes sortes y trouvent acheteurs à raison de 100 à 120 fr. les 50 kilos (cacao en fèves). Le cacao sert à fabriquer le chocolat, les cacaos en poudre des épiciers, des bonbons et le beurre de cacao. La graine munie de son enveloppe renferme 44 0/0 de son poids de beurre de cacao, et 2 0/0 de théobromine. Elle contient plus de matières grasses que les farines de céréales et est également plus riche en matières azotées.

C’est donc une substance nutritive d’une valeur exceptionnelle. A l’état de pureté, le beurre de cacao se conserve très longtemps, à l’abri de l’air ; il a de nombreux usages en pharmacie et est souvent falsifié avec de la cire, de la moelle de bœuf, du suif de veau, de faxonge, etc... La tare légale pour le cacao est de 12 0/0 pour les caisses ou futailles et 2 0/0 pour les sacs ou balles.

Café. — La Guyane a exporté autrefois de fortes quantités de café. Ainsi, en 1842, elle en a expédié, rien que pour la France, 10.987 kilos valant 21.737 francs. Mais depuis cette époque, cette exportation suivant la décroissance des cultures, a constamment diminué, jusqu’en 1897, où elle n’est que de 289 kilos valant 433 fr. 50.

Les cafés de la Guyane sont bien cotés en Europe. Ils ont été reconnus, a l’exposition de 1862 « parfaits à tous égards » Les grains sont plats et larges, avec une pellicule argentée d un vert un peu terne. L’arôme rappelle celui du pseudomoka du Brésil.

11 s’exporte en sacs de toile grossière ou en baril de toutes dimensions. Le prix à Cayenne est de 1 fr. 50 le kilogramme. On côte sur les marchés français : les produits de la Nouvelle-

Calédonie de 90 à 120 francs les 50 kilos, ceux de la Réunion, de'160 à 170 francs les 50 kilos et les sortes de la Guadeloupe, de 140 à 160 francs. Nos cafés (surtout ceux de la Montagned’ Argent) tiennent une place très honorable parmi les meilleurs. La France importe annuellement au commerce général, environ 122 millions de kilogrammes de café brut ou torréfié, et en consomme à peu près 70 millions d’une valeur de 160 millions de francs. Ses colonies ne lui en fournissent qu’environ 1 million de kilogrammes, tout le reste de ses importations étant tiré des pays étrangers. Le Brésil est le plus grand producteur de café du monde entier. Il en a exporté en 1890 près de 500.000 tonnes! Rappelons que le premier plant de café qui y fut planté en 1727, à Belem, provenait de Cayenne, dont les plantations commençaient déjà à s’étendre.

Rocou. ■ — Le commerce guyanais a exporté à diverses époques, trois types distincts de rocou: la bixine , la demibixine et la pâte de Rocou. Cette dernière sorte était et est encore exportée sous forme de pains ou gâteaux de 5 à 8 kilos, enveloppés de feuilles de bananier, de balisier ou de cacbibou, entassés dans les fûts à vin de 200 à 250 kilos. C’est une pâte de couleur rouge-vermillon, qui ternit un peu à la surface, au contact de l’air, plus ou moins homogène, de consistance butyreuse, grasse et onctueuse au toucher, d’une odeur agréable et légère de violette, quand elle est de première qualité ; la qualité inférieure dégage une odeur désagréable d’urine putréfiée et présente une couleur rouge-brun. Cette pâte contient en moyenne de 5 à 6 0/0 de matière colorante pure, laquelle est composée de deux substance, l’une rouge, la bixine , l’autre jaune, Vorelline (celle-ci pour une faible proportion). Ces deux colorants sont employés par l’industrie teinturière, soit séparément, soit mélangés. La demi-bixine qui fut exportée autrefois, vers 1850-1860, dans des boites de fer blanc soudées, contient environ 12 0/0 de matière tincto-

riale pure. C’est un produit plus soigné et plus pur que la pâte ordinaire du commerce, bien que contenant encore quelques parties de graines macérées. Enfin la bixine du commerce qui est un mélange presque pur des deux éléments colorants du rocou, n’a été exportée qu’à titre de produit d’étude, mais elle aurait peut-être avantage à être produite en grand, de prêté-1 rence à la pâte, à cause des frais de transport infiniment moindres et du placement plus sûr, la cote étant du reste à peu près proportionnelle à la pureté du produit, La colonie a autrefois exporté de fortes quantités de rocou : en 1836, nous en avons expédié 313.000 kilos ; en 1856, 455.457 kilos, en 1866, 272,315 kilos, en 1871, 411.277 kilos, en 1875, 567.000 kilos, en 1885, 75,065 kilos, en 1895 2,033 kilos et en 1897, 1.912 kilos seulement. Or l’industrie du monde en consomme annuellement une moyenne de 400.000 kilos. On voit donc que la1 Guyane à elle seule a pu, à certaines époques, fournir toute la quantité consommable. Aujourd’hui la Guadeloupe et le Brésil 1 ont atteinte et dépassée dans cette production, dont elle a gardé si longtemps le véritable monopole, sur le total de la consommation universelle , la France absorbe annuellement pour environ 200.000 francs de rocou représentant la valeur de 150.000 francs à peu près. C’est elle qui détient en quelque sorte le monopole de ce commerce.

Le rocou de Cayenne n’est jamais vendu dans la colonie. Il est expédié directement, soit en France, soit aux Etats-Unis,1 soit en Angleterre, et consigné pour la vente à des négociants^ des ports réceptionnaires. Cinq marques locales jouissaient d’une universelle réputation : M.-S. (Mont-Sinery) ; M.-S.-J Mont-Saint-Jacques), à MM. Quesnel frères, du Havre ; Y. J. (veuve Jannoltz) ; D. F, (Dételle frères) et R. M. (au docteur Virgile). Aujourd’hui les négociants exportateurs de cette denrée sont bien moins nombreux, mais leurs produits ne sont pas moins recherchés. Les ports français destinataires de

nos rocous étaient, par ordre décroissant d’importance : Marseille, Bordeaux, Nantes, le Havre. — Aujourd’hui, c’est principalement Nantes, par Sain t-Nazoire. — La valeur du rocou est une de celles, de toutes nos denrées coloniales, qui ont le plus varié. Quand la production ne s’élevait pas audessus de la consommation, le prix du rocou se maintenait, entre 4 et 4 fr. 50 le kilogramme à Cayenne et entre 5 et 6 fr. en France, prix qui représentait pour le producteur un bénéfice de 3 fr. 50 à 4 francs par kilo. Dans ces conditions, plusieurs fortunes locales ont pu être édifiées ou restaurées. Mais dès que la quantité offerte au commerce, sous l’influence des gains réalisés, dépassait la quantum de la consommation et s’élevait à 500 et 600.000 kilos, immédiatement le prix descendait à 45 et 50 centimes le kilo, à Cayenne, c’est-à-dire 0,75 et 0,95 en France.

A ce taux, non seulement le bénéfice disparaissait, mais les frais d’exploitation n’étaient quelque fois pas couverts. Depuis quelques années le rocou est mercurialisé à Cayenne, à raison 1 fr. le kilo. Nos envois trouvent facilement acheteurs au Havre, à Bordeaux, à raison de 1 fr. 40 à 1 fr. 60, tandis que les provenances de la Guadeloupe n’obtiennent que 0 fr. 50 à 0 fr. 70. — Le rocou a de nombreux usages dans l’industrie : il sert à teindre les bois, les vernis, le beurre, le fromage, la cire, la soie, la laine et le coton, en : rouge, amaranthe, rouge de sang, jaune-orange, jaune-mordoré, vert-bleu, et souvent aussi pour obtenir des teintes d’attente. 11 s’utilise également en vue de donner du brillant à des teintures plus tenaces, mais moins brillantes. D’après M. Dumonteil,labixine aurait la propriété de rendre 'es bois imputrescibles. Ajoutons que le rocou passe pour être un antidote des empoisonnements par le suc vénéneux du Manioc.

Coton. — Cette denrée n’est plus exportée de la Guyane depuis un assez grand nombre d’années. Elle ne l’a, du reste,

jamais été en quantités importantes. Cependant, la moyenne annuelle du produit a été, de 1832 à 1836, de 219,600 kilos, et de 1837 à 1841, de 166,392 kilos. Quoi qu’il en soit, en 1853, notre exportation n'était que de 590 kilos, de 2,658 kilos en 1854, de 4,116 kilos en 1856 et de 7,469’ kilos en 1871. La Colonie en produisait deux sortes : la longue soie , d’une nuance brillante, coton fin, fort et régulier, et la courte soie , coton moins fin, plus dur et inégal. Ces cotons ont été très appréciés à Londres et au Havre, où ils étaient regardés comme propres au mélange avec la laine pour la fabrication du drap. Les longues soies ont été cotées, à l’Exposition de 1862, à raison de 3 fr. 80 à 4 fr. 50, et les courtes soies à raison de 2 fr. 70. Les longues soies se rapprochent, par leur finesse, des espèces de Géorgie. On ne leur reprochait qu'un mauvais égrenage, donnant à la filature beaucoup de déchet. — Les États-Unis consomment annuellement plus de 150 millions de kilogrammes (1882), et la France, en 1896, en a importé 168 millions de kilos.

Cannelle. — La culture de cette denrée a été abandonnée peu de temps après l’abolition de l'esclavage. Antérieurement, l’exportation annuelle se chiffrait entre 400 et 500 kilos en moyenne. La cannelle de Cayenne provient, comme celle de Ceylan, du laurus cinnamomum; leurs propriétés sont presques identiques. La cannelle de Cayenne, riche en huile essentielle, d’une odeur fine et suave, et d’une couleur jaune rosé, est cependant plus épaisse, d’une saveur moins marquée que celle de Ceylan, et aussi d’une teinte un peu plus pâle.

Le commerce en exportait deux sortes : la première se rapprochait beaucoup de la cannelle fine de Ceylan, mais avait un parfum un peu moins délicat; la seconde avait une couleur rougeâtre, une texture fibreuse, un goût très piquant et renfer mait une forte proportion de mucilage.

La cannelle de Ceylan et celle de Cayenne sont les seules

cannelles vraies , qu’il faut distinguer des cannelles fausses (C. de Chine, etc.). Toutes nos cannelles étaient expédiées en France. Elles se vendaient dans la Colonie, vers 1824, à raison de 2 francs le kilo. Aujourd’kui, les prix varient de 3 à 6 francs, suivant les qualités. La cannelle de Chine ne vaut que 3 francs en moyenne.

L’écorce est très employée en pharmacie et dans la confiserie. Elle sert également, avec les déchets et les feuilles, à l’extraction, par distillation, d'une huile essentielle, tandis que les racines donnent du camphre. L'huile essentielle, d’une odeur suave, est très recherchée en Europe, où elle atteint un prix élevé. L’écorce en rend environ 4 0/0 en poids. L'huile des feuilles est très inférieure à l’huile d’écorces. La première ressemble à l'huile extraite du girolle et se vendait, en 1820, 150 francs le kilo; l’huile d’écorces se vendait de 5 à 0,000 francs. Celle-ci vaut aujourd’hui de 80 à 100 francs le kilo.

Muscade. — Le commerce local de la muscade n’a jamais été très florissant, et a disparu avec l’esclavage. Cependant, il peut prendre de l'importance, ainsi, du reste, que le commerce de toutes les épices, auxquelles le climat et le sol de certaines parties de la Colonie conviennent tout particulièrement. La Guyane expédiait deux sortes de muscades : la M. longue (Myristicatomentosa)e t la M. ronde (Myristica f ragans), dont la qualité était un peu inférieure à celles de Banda (Moluques) et de Bourbon. Elles arrivaient en France (seul marché réceptionnaire) revêtues de leur coque, qui est d’un brun noirâtre, lustrée et comme vernie. L'intérieur de la coque est grisâtre et l'amande ne présente point cet enduit pulvérulent et blanchâtre qui distingue les muscades mondées de Banda, Amboine, Bourbon, etc..

Elles sont aussi plus petites, moins huileuses et un peu moins aromatiques. Le macis , arille du fruit desséchée, faisait

aussi l'objet d’un certain commerce. Les noix sont employées directement, comme aromate, par la pharmacie et la confiserie.

Elles servent aussi, dans les Colonies anglaises, à préparer certaines boissons apéritives, très prisées dans tous les pays chauds (Sangris, Cok-tail, Cup, etc.). Elles contiennent 32 0/0 d'huile grasse, concrète, et environ G 0/0 d’une huile essentielle hydrogénée appelée Macène , qui bout à 160° et dont l’odeur rappelle celle du thym. L’arille ou macis donne une huile essentielle oxygénée très aromatique.

Le macis vaut de 6 a 8 francs le kilogramme et les noix de 4 à 6 francs en moyenne.

Girofle. — La Guyane a fait autrefois un important commerce de girolle. Ainsi, elle en exportait, en 1836, 99,208 kilos; en 1854, 61,754 kilos; en 1871, 1,588 kilos, et en 1885, date de la dernière expédition, 101 kilos seulement. Il y a lieu de distinguer les clous et les griffes , les premiers bien plus recherchés, plus riches en essence que les dernières. Les girofles de Cayenne (clous), bien que de qualité un peu inférieure aux girofles des Moluques, plus allongés, plus secs et moins aromatiques, se sont exportés, autrefois, sur une grande échelle. Ils provenaient principalement du quartier de Roura, des habitations jésuites de la Comté et de la plantation domaniale de la Gabrielle, qui a fourni, à elle seule, en 1841, une récolte de 25,000 kilos. Les clous sont les fleurs du giroflier, recueillies avant l’épanouissement des boutons floraux, tandis que les griffes sont les pédoncules floraux, brisés [et séparés du bouton. Ces premiers, sous forme de brins grisâtres, étaient expédiés à part. D’une saveur encore assez marquée, les griffes contiennent cependant beaucoup moins d’huile essentielle que les têtes et se vendent à un prix inférieur. Elles étaient fréquemment mêlées en fraude, dans une proportion allant jusqu’à 5 0/0, dans les expéditions des Antilles. Les clous de Cayenne étaient souvent mélangés avec

ceux de Sainte-Lucie, qui leur ressemblent beaucoup. Ils occupaient le deuxième rang, immédiatement après ceux des Moluques; puis venaient les sortes des Antilles , Hollande , Batavia , Sainte-Lucie. Les girofles s’expédiaient en barils de 100 à 150 kilos ou en fûts-plus petits de 60 kilos au maximum. Ils étaient tous dirigés sur la France. — Ils sont cotés à Cayenne à raison de 1 franc le kilogramme pour les clous et de 0 fr. 50 pour les griffes. Mais ces valeurs sont absolument fictives, puisque cette denrée ne s’exporte plus depuis dix ans faute de main-d’œuvre pour la culture. des plantations. — Les prix, en Europe, ont subi de grandes fluctuations. Les girofles de Cayenne étaient cotés en France, en 1850, par exemple, à raison de 4 fr. 50 le kilo, et ne valaient plus, en 1859, que 1 fr. 65. A d’autres époques antérieures, ils ont valu jusqu’à 9 et 10 francs. — Aujourd’hui, leur valeur varie, à Bordeaux, de 90 à 150 francs les 100 kilos, suivant l’importance des stocks, tenant toujours de très près les sortes de Bourbon, qui sont les plus cotées. — En 1850, la France a importé 1 million de kilogrammes de clous de girofle, dont 70,428 kilos provenaient de Cayenne. En 1856, elle en a introduit 900,000 kilos, dont 30,836 kilos de Cayenne, et, en 1857, 379,000 kilos, dont 21,000 provenant de Cayenne. Cayenne ainsi, fournissait alors de 4 à 7 0/0 de la consommation annuelle de la France. — Les clous sont employés en nature dans la cuisine et la confiserie, mais ils servent surtout, en Europe, à l’extraction de l’huile essentielle de girofle, qui est très aromatique et dont les usages sont très nombreux dans la confiserie, la parfumerie et la pharmacie. Elle est d’une couleur d’abord brun doré, mais elle rougit en vieillissant. Son odeur est forte, sa saveur Acre et brûlante.

Poivre. ■ — • Cette épice a fait également autrefois l'objet d’un commerce d’une certaine importance à la Guyane, qui en a exporté, en 1836, 24.177 kilos et dont la production

moyenne annuelle était, de 1832 à 1836, de 15.652 kilos et de 1837 à 1841, de 3. 165 kilos.

La France en consomme annuellement de 2 à 3 millions de kilogrammes (poivre et piment) valant de 2 à 4 millions (poivre seul), et l'Angleterre environ 4 à 5 millions de livres soit 1.800.000, à 2.500.000 kilos. On exportait cette denrée en sacs de grosse toile pesant de 50 à 60 kilos. Les poivres des meilleures sortes (Saïgon) trouvent acheteur sur les marchés français à raison de 80 à 100 francs les 50 kilos. Ceux de Guyane peuvent facilement prétendre à des cotes aussi élevées. L’usage dupoivre s’est aujourd’hui généralisé dans le monde entier’; ce condiment est devenu presque aussi indispensable que le sel dans les cuisines. Il donne par distillation une essence hydrogénée incolore, de densité 0,864, qui donne un camphre solide.

Le 'poivre de Cayenne , ( capsicum frutescens) n’est pas un poivre à proprement parler. C’est ce que nous appelons ici le Piment caca-rat. Cette épice a une odeur aromatique très âcre, une saveur insupportable par la sensation brûlante qu’elle occasionne, et qui dure très longtemps. Elle a été importée en quantités notables, autrefois, en France, et surtout en Angleterre. Ces fruits renferment une huile âcre (cap sine), dans la proportion de 1,9 0/0 environ et 6 0/0 de citrate de potasse. Les piments de la Jamaïque sont àcotés raison de 80 à 90 fr. les 100 kilos.

Gomme de balata. — La gomme de Balata n’a été exportée jusqu’ici qu’à titre d’échantillons, pour le commerce et l’industrie. Mais elle pourrait faire l’objet d’une importante exportation, si les demandes du commerce étaient suffisamment encourageantes. Elle se présente sous forme de galettes, plaques ou blocs d’une teinte brun-rosé ou gris-rougeâtre, avec alternance de veines claires et de veines obscures. Elle n'est pas mercurialisée à Cayenne. Mais elle a été cotée en France (le Havre) de 3 à 5 fr. lekilogramme,suivantles qualités:

Les usines françaises seules consomment annuellement environ 500.000 kilos de gutta-percha, et l’Angleterre en absorbe à peu près 5 fois autant. L’ensemble de la consommation totale s’évalue à 4 millions de kilogrammes environ par an. La gomme de balata, qui présente les mêmes propriétés physiques et chimiques que la gutta-percha ordinaire du commerce, offre des qualités industrielles de durée, d’élasticité, etc... supérieures à celles de la gutta malaise. Aussi, la Balata peut-elle espérer remplacer avantageusement dans le commerce la gutta-percha malaise, qui tend à disparaître. Mais, les prix élevés auxquels elle a d’abord été évaluée ne se maintiennent pas. Elle peut du moins compter sur une cote moyenne de 4 francs qui reste encore très largement rémunératrice. Les pricipaux emplois sont dans la fabrication de certains instruments de chirurgie et de chimie, certains vêtements ou objets d’habillement, etprincipalement dansla préparation des câbles télégraphiques sous-marins. Cette dernière industrie absorbe à elle seule chaque année des quantités énormes de gutta.

Caoutchouc. — Nous avons exporté, à diverses époques, certaines quantités de caoutchouc; dans ces dernières années, la moyenne annuelle de nos expéditions oscillait autour de 1.500 kilos. Le caoutchouc de Cayenne se présente sous forme de pains cubiques, de boules ou de poires, d’une couleur variant du blanc sal au noir. Il s’expédie en caisses-bois sous zinc. Mercurialisé à Cayenne à raison de 4 fr. le kilogramme, il a été récemment coté au Havre à 12 fr. le kilo pour la qualité classée parafin pur. La qualité moyenne atteint à Paris le prix de 8 à 9 francs. La France a importé, au commerce général, en 1886, 1.895.997 kilos de caoutchouc, dont 1.754,394 kilos provenaient des pays étrangers et 141.604 kilos seulement des colonies françaises. En 1896, elle aimporté 5.837.511 kilos dont 5.040*986 kilos des pays étrangers et seulement 787,525 kilos des

colonies françaises. On voit que pour ces dernières la marge est grande. On peut dire sans exagération qu'il n'y a aujourd'hui pas d'industrie où le caoutchouc 11e soit employé à un titre quelconque. 11 sert à fabriquer les tubes employés en chimie, des instruments de chirurgie, des étoffes imperméables pour vêtements, des chaussures, des bretelles, des tampons et rondelles de wagons, des marteaux de piano, des rouleaux de pressions et de contre-pression pour papeteries, des rouleaux-porte-couleurs pour l’impression des étoffes, des cylindres d'encrage pour la typographie et la lithographie, des tubes, desrobinets, des vasesportatifs, des jouets d’enfants, etc. etc. Il entre dans la composition de la glu marine (dissolution de caoutchouc dans l’huile essentielle de goudron, à laquelle on ajoute de la gomme laque) que l’on emploie à chaud (120°) pour la construction des mâts d’assemblage et la réparation en mer des cassures dans la mâture, les vergues etc...

Essence de bois de rose. — L’exportation de ce produit augmente presque régulièrement : elle était en 1889 de 325 kilos, en 1894 de 1.217 k. 500, en 1896 de 2.103 k. 050 et en 1897 de 2.372 kilos. Cette essence s’extrait, par distillation, du bois de rose mâle. Nous expédions toute notre production en France. Ce produit est mercurialisé â Cayenne â raison de 28 à 30 francs le kilogramme et vaut en France, au détail, de 50 à 60 francs. 11 est employé comme succédané de l’essence de roses.

Bois de rose. — S’est exporté à différentes époques en assez fortes quantités (en 1893 : 26.100 kilos) pour servir à l’extraction en Europe de l’essence précédente. L'arbre est très répandu dans nos forêts. Aujourd’hui ce bois est traité sur place et ne s’exporte presque plus. — Il était dirigé principalement sur Paris, Bordeaux et Marseille. Mercurialisé à Cayenne à raison de 80 francs le stère, il vaut à Marseille de 280 à 300 francsles 100 kilos.

Bois de construction et d'ébénisterie. — Cet article qui est destiné à faire l’objet d’un énorme commerce d’exportation, n’a été jusqu’ici expédié par la Colonie que d'une manière irrégulière et en quantités relativement faibles. Ainsi, en 1853, elle a exporté pour la France 893,000 kilos de bois d’ébénisterie valant 60.595 francs, en 1856 pour 107.348 francs, en 1863 elle a exporté 1.225 stères de bois de construction valant 95.771 francs et 498.096 kilos de bois d’ébénisterie valant 46.563 francs. Mais en 1871, elle n’expédie plus que 16.167 kilos de bois d’ébénisterie et 515 stères de bois de construction ; en 1889, 21 mètres cubes de bois d’ébénisterie et en 1897, 20 kilos de bois d’ébénisterie et 5 kilos de bois de construction. La production forestière, comme toutes les autres branches de l'activité industrielle de la Guyane, marque pas à pas la décadence économique de la Colonie. — Les bois d’ébénisterie qui ont joui de la plus grande vogue en France, sont : le bois de rose , ( 'Lie aria guianeuris ), le pa taira, qui s’expédiait en planches de 1 m. 30 de long sur 12 ou 15 centimètres de largeur et 3 ou 4 centimètres d’épaisseur, et dont on fait des cannes, des manches de parapluie et quelques petits meubles, - — le palissandre ou bois violet , qui a les mêmes qualités que le palissandre vrai, dont il ne diffère que par la couleur moiré brun-rouge sur fond jaune; on en fait des meubles, des ouvrages de marqueterie, de tour, etc. — le bois d'ébène , le courbaril , le bois-puant ou bois-caca , l’ acajou de Cayenne , etc... Citons parmi les bois de construction le plus avantageusement connus en Europe : Y angélique, le babata , le waeapou , le grignon , le cœur-dehors , etc., qui sont considérés comme supérieurs à tous les points de vue aux meilleurs bois d’Europe, y compris le chêne et le teck. — Les bois de construction sont mercurialisés à Cayenne à raison de 75 francs le stère, et les bois d’ébénisterie à raison de 90 francs. Ni les uns ni les autres n'ont en Europe un cours

établi. Rappelons seulement que le chêne de construction vaut à Paris de 70 à 130 francs le mètre cube.

La Guyane exporte encore ou a exporté autrefois un certain nombre d'autres articles, tels que citrons en saumure , fèves de Tonha , écorces ou feuilles médicinales , graines olèagineuses , vanille , indigo , fibres textiles , etc., qui pourraient également figurer dans cette section. Leur peu d’importance, au point de vue commercial, nous dispensait de les étudier avec quelque développement.

Produits d’origine minérale

Or natif. — C’est, à l'heure actuelle, l’article de beaucoup le plus important de notre commerce d’exportation. Son exportation a été régulièrement croissante depuis l’époque de l'établissement des premiers placers, en 1856 (8 kilos) jusqu’à ce jour. Elle était, en effet, en 1871, de 725 k. 700; en 1885, de 1.953 k. 269 ; en 1888, de 2.032 k. 279 ; en 189-4, de 4.835 k. 870 et en 1897 de 2,298 k. 624. — L’or natif provenant des mines et placers de la Colonie s’exporte sous 3 formes différentes : à l'état de lingot, de poudre, ou de paillettes ou pépites. La couleur varie du jaune pâle au jaune foncé et la teneur en argent de 3 à 10 0/0 au maximum. — Tout l’or de la Colonie est dirigé sur le marché de Paris, où il obtient une moyenne de 3 fr. 10 à 3 fr. 15 le gramme. Il est mercurialisé à Cayenne à raison de 2 fr. 80 pour la poudre et les pépites et 2 fr. 90 pour les lingots, prix auxquels il se vend couramment sur notre place. — L'or s’expédiait jusqu’à ces derniers temps en colis postaux. Mais depuis quelques années, il ne s’exporte plus qu’en boites de valeurs déclarées, mode d’expédition sensiblement plus commode et plus économique.

Quartz aurifères. — 11 en a été exporté : en 1894, 140 kilos; en 1895, 346 kilos, et en 1897, 10.822 kilos. — C’est ordinairement du quartz laiteux ou résinite, quelquefois légèrement

nfumé, présentant le plus souvent des paillettes d’or visibles à l’œil, d’un beau jaune, — d’autres fois de l’or invisible, décelable seulement à l’analyse. — Cet article, produit de l’exploitation des filons aurifères delà Colonie, est mercurialisé à raison de 200 francs la tonne, à Cayenne. Il s’expédie uniquement en France (Paris). — - Broyés au pilon, puis traités pai le mercure (amalgamation) ils abandonnent une quantité d'or natif en poudre variant en moyenne de 70 à 80 grammes par tonne de minerai.

Roches phosphatées. — Ces roches sont extraites de l’île du

Grand Connétable par une société étrangère. Ce sont des yhôsphorites , très riches en phosphate de chaux et surtout d’alumine ; elles dosent en moyenne, d’après M. Kerbec, pharmacien, qui en a analysé un certain nombre d’échantillons : de 33 à 38 0/0 d’acide phosphorique et de 0.50 à 1.60 0/0 de chaux. On en exporte annuellement une moyenne de 4 à 5. 000. tonnes ; la Compagnie paie au service local une redevance annuelle, insignifiante eu égard à la valeur intrinsèque de la marchandise. Elle est mercurialisée à Cayenne à raison de 40, francs la tonne; mais elle n’est pas vendue dans la colonie. L intégralité de la production est exportée et dirigée pour un quart environ sur l’Angleterre, par Demerari, et pour trois quai ts sur les Etats-Unis. Ces phosphorites, ont une richesse

en acide phosphorique supérieure à celle des phosphates natuîeF du Lot et des Ardennes qui ne dosent que 18 0/0, et a peu près égale à celle des phosphates artificiels vendus en Europe sous le nom de phosphates précipités. Elles offriraient donc diiecteinent une grande valeur comme engrais, si elles conte¬

naient de la chaux en prédominance. Elles servent en terre et aux Etats-Unis à l’extraction de l’aluminium fabrication des phosphates de chaux artificiels.

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