‹ Notice sur la lithographieChapitre 27 sur 40 · DORURE SUR TRANCHES · texte numérisé non relu

DORURE SUR TRANCHES

Tranche unie.

La dorure sur tranches demande de grands soins et une extrême propreté^ pour dorer on commence par la gouttière, puis la tête et ensuite la queue ^ la première opération se fait en rognant le volume, avant de le sortir de la presse on donne à la tranche avec un pinceau une bonne couche de décoction de safran ( * ) : cette couleur se

( * ) On fait bouillir dans la quantité d’un

met sur cliacun des cotés du livre â mesure qu’on le rogne et avant de desserrer la presse , afin que la couleur ne pénétre pas trop avant ^ ce qui pourrait tacher les marges du livre. Quand la tranche est bien sèche, on la serre entre deux ais étroits dans la presse à endosser, en ayant soin que la gouttière penche un peu du côté de la queue et les bouts du côté du dos^ cette précaution est nécessaire afin que la composition qu’on met sur la tranche ait son écoulement dans un sens à ne pouvoir rien gâter ^ la tranche

verre d’eau,* une bonne pincée de safran gatinois; quand il a bouilli quatre à cinq t ours , on retire du feu, puis on y ajoute gros comme une noisette, d’alun de roche pulvérisé , et de la crème de tartre gros comme un pois : cette décoction s’employe médiocrement chaude.

étant dans cet état, on la gratte ( * ) pour la dresser et Punir parfaitement de manière à ce qu’on n’apperçoive aucune inégalité ( ** ).

La tranche étant ainsi grattée, on la brunit parfaitement à l’agate , puis on lui donne successivement trois: ou quatre couclies*de jus d’oignons( ) qu’on frotte de suite for-

( * ) Le grattoir dont on se sert est une lame d’acie'r d’un quart de ligne d’épaisseur , d’un pouce dé large et de trois à quatre pouces de long 5 il doit avoir une de ses extrémités ronde et l’autre carrée : pour que ce grattoir coupe bien il faut le repasser très-vif aux deux extrémités , afin de pouvoir lui retourner le fil avec une pointe d’acier.

( ** ) Lorsque la tranche est grattée , il faut soigneusement éviter de la toucher avec les doigts, ce qui la graisserait et empêcherait l’or de tenir.

( *** ) On pile dans un vase plusieurs oignons blancs, .et pour en exprimer le jus on les tord ensuite dans un linge de grosse toile.

tement et jusqu’à siccité avec une poignée de rognures bien douces, on reconnaît qu’elle est assez frottée quand elle fait bien glace partout et qu’elle est d’un beau brillant, c’est alors que la tranche est prête à recevoir la mixtion ( * ) pour faire attacher l’or. Cette mixtion se pose avec un blaireau plat de poils de rat ou en cheveux, on donne d’abord une première cou-

Mixtion. On bat un blanc d’œuf dans deux fois son volume d’eau où l’on a mis préalablement sept à huit gouttes d’esprit de vin; il faut que ce mélange soit battu avec une fourchette de bois , jusqu’à consistance d’œufs à la neige : on le laisse reposer , puis on passe au travers d’un linge très-^ fin la liqueur qui s’est précipitée au fond du vase.

Cette mixtion peut se garder quelques jours, mais il faut la passer au travers d’un linge chaque fois qu’on veut s’en servir.

elle qu’on laisse sécher, puis on la frotte légèrement avec des rognures douces, ensuite ùn souffle sur la tranche afin, qu’il n’y reste aucune ordure; après cela on donne une seconde couche de manière à ce que la mixtion couvre toute la surface de la tranche et fasse glace partout, puis on pose à l’instant l’or avec une bande de papier ou de carton.

Il faut surtout en posant la mixtion éviter de passer plusieurs fois le pinceau sur la même place , cela ferait faire des bulles et l’or ne s’attacherait pas dans ces endroits : la tranche dans cet état doit sécher environ cinq à six heures pour être brunie à l’agate ; on connaît que la tranche est assez sèche quand l’or a pris une teinte uniforme et

qu’i] brille partout également ; alors on pose à nud et sur toute la surface de la tranche le gras de Pavantbras pour amortir Tor , afin que le brunissoir glisse plus facilement.

Pour brunir , il faut passer Fagate en travers de la tranche , appuyer très-légèrement et suivre bien également afin de ne pas nuancer ni écorcher l’or } quand l’agate a parcouru ainsi toute la surface, on passe très-légèrement sur la tranche un linge très-fin et légèrement enduit de cire vierge, après on recommence à brunir en travers et d’un bout à l’autre en appuyant un peu plus fort, et ainsi de suite plusieurs fois. jusqu’à ce que la tranche soit bien claire et qu’on n’apperçoive aucune onde faite par l’a-

gâte , ensuite on retire le livre de la presse pour en faire autant en tête et en queue.

Dorure sur tranches antiquées ,

Cette dorure est la même que la précédente. Quand la dorure est brunie, avant que de sortir de presse le volume, on donne lestement une couche de mixtion, en évitant de passer deux fois sur le même endroit, ce qui détacherait l’or : on laisse sécher puis on passe sur la dorure un linge fin légèrement imbibé d’huile d’olive pour pouvoir appliquer de l’or d’une autre couleur que celui qui a servi à faire la dorure du fond, puis on pousse à chaud des fers qui représentent divers sujets.

T> or lire sur tranches damassées.

On suit pour cette dorure les mêmes procèdes que pour la première , seulement on ne la brunit pas 5 la tranche étant dorée , on la marbre au baquet à deux couleurs seulement. On jette du bleu beaucoup plus collé au fiel que pour les tranches ordinaires^ 2.^.

le même bleu, mais encore plus collé et dans lequel on a mis une goutte d’essence de térébenthine. Ces deux couleurs doivent être imperceptibles sur l’or 5 quand les trois cotés de la tranche sont marbrés, on laisse sécher et l’on brunit en y apportant les mêmes précautions que pour la tranche dorée unie.

Dorure sur tranches à paysages transparens.

Quand le livre est rogné, sans avoir mis de safran, on gratte parfaitement la tranclie, on donne plusieurs couches de jus d’oignons qu’on laisse sécher et l’on frotte avec des rognures douces , on retire le livre de la presse , puis on le lie fortement entre deux planches de même grandeur que le volume et de manière à ce que la tranche soit à découvert du côté de la gouttière 5 alors on dessine à la mine de plomb sur la tranche un sujet quelconque, on le peint ensuite avec des couleurs liquides ( * ) afin qu’il n’y ait pas d’épaisseur.

( * ) Les encres de couleur, excepté la gommegutte, sont bonnes pour ce genre.

Comme la peinture est recouverte par la dorure on ne Tapperçoit qu’en courbant les feuillets, aussi doit-on avoir soin de dessiner les objets un peu courts afin qu’ils aient toute leur extension par la courbure de la tranche ; lorsque les sujets sont peints, on détache le volume et on le laisse sécher pour le remettre en presse entre deux ais afin de pouvoir le dorer : quand la tranche est bien serrée on la brunit, puis on donne la couche de mixtion, et on prend pour le reste les précautions indiquées pour la première dorure.

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