‹ Notice sur la lithographieChapitre 4 sur 40 · LITHOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

LITHOGRAPHIQUES

Choix des Fierres*

On doit clierclier une pierre calcaire à grain fin , compacte et resserrée, d’une nuance égale /susceptible de s’imbiber d’eau , sans cependant qu’elle pénètre trop « avant.

Taille de la Pierre,

On commence par faire une face bien droite et san s défaut \ ensu i te on fait les cpiatre joints , puis on la met à deux pouces environ d’épaisseur, le parement doit être bouchardé

très-fin. Ayant plusieurs pierres ainsi taillées, on les mouline deux à deux avec du sable de Saône et de l’eau , afin de les dresser et de faire disparaître les coups de bou~ cliarde.

Lorsqu’elles sont bien droites et sans trous , on continue de les mouliner au grès fin , et ensuite à la pierre ponce , toujours à l’eau, La pierre ainsi polie se prépare selon le genre de dessin qu’on se propose de faire.

Préparation dé la Pierre pour dessiner au pinceau et à la plume.

On polit de nouveau la pierre avec de l’eau ^ un polissoir de toile, de la pierre ponce passée dans un

tamis fin. Etant ainsi polie , iLfant avoir soin de la bien laver et de la laisser sécher. Lorsqu’elle est sèche, on passe dessus une légère couche d’essence de térébenthine ( * ) que l’on frotte à l’instant avec un lin se blanc pour la laisser sécher aussi.

Ces préparations étant faites, on peut écrire et dessiner sur la pierre.

CompositioTt de V Encre lithogra* phique propre à dessiner ou écrire sur la PiejTe,

Pour composer cette encre, on fait fondre dans un vase vernissé ,

( * ) On peut remplacer avec beaucoup d’avantage l’essence de térébenthine , par de l’eau de savon que l’on étend sur la pierre et que l’on frotte vivement avec un linge propre pour qu’elle ïi’y séjourne pas.

deux parties en poids de gommelaque plate , ayant soin de toujours remuer. Quand elles sont bien fondues , on ajoute quatre parties de cire vierge , trois parties de savon de suif ("*")> deux parties de suif et une partie de potasse. On doit faire ce mélange à grand feu. Lorsque toutes ces parties sont bien dissoutes, on y incorpore une quantité suffisante de noir de fumée pour les colorier , en ayant soin de bien mêler le tout en le remuant avec une spatule. Quand le mélange du noir est bien fait et que la cuisson est achevée ( ** ) , on verse la

( * ) Ce savon se fabrique à Paris , rue Culture- Ste. -Catherine , fauxbourg St. -Antoine.

( ** ) On reconnaît le degré de cuisson, lorsque le feu prend dans les iugrédiens. On les éteint

matière dans des moules ou sur un marbre pour en former des tablettes ou bâtons semblables à Pencre de la Chine, et que l’on conserve pour dessiner à la plume ou au pinceau.

Encre liquide également bonne.

On fait fondre dans un vase vernissé une partie de savon de suif, autant de mastic en larmes, en les mélangeant soigneusement. Alors on y incorpore cinq parties en poids de laque en tablettes ou gommelaque, on continue de remuer pour bien mêler le tout et on y verse peu à peu une dissolution d’une partie

en couvrant d’un linge mouillé le vase rjui les contient; cette opération doit se faire en plein air crainte du feu.

de soude caustique dans cinq ou six parties de son volume d’eau ; ou fait cette addition avec précaution, parce que si on y ajoutait toute la lessive à la fois, la liqueur se gonflerait et s’élèverait au-dessus du vase. Lorsque le mélange est fait, on modère le feu ; on ajoute, pour colorier, du noir de fumée que l’on agite avec une spatule , et immédiatement après , la quantité d’eau suffisante, pour rendre cette encre liquide et propre à l’écriture et au dessin.

On s’en sert sur la pierre comme sur le papier, avec les moyens ordinaires, soit à la plume, soit au pinceau.

Cette encre offre plus de facilité que la précédente pour écrire sur

la pierre ; mais elle sèche moins vite, et exige plus de soins pour ] impression.

F réparation de la Pierre pour dessiner au crayon,

La pierre étant bien sèche, on passe dessus un sable très-fin , auquel on fait parcourir toute la surface avec un autre petit morceau de pierre, pour former un grain très-fin semblable à celui du papier.

Lorsque ce grain est formé , on lave la pierre que l’on fait sécher de nouveau , puis on la frotte avec un linge blanc : elle est prête à recevoir le dessin.

Composition du Crayon pour dessiner sur la pierre.

On fait fondre dans un vase vernissé :

6 parties de savon de suif,

4 parties de suif,

4 parties de cire vierge,

4 parties de gomme-laque.

Lorsque toutes ces matières sont bien fondues et mêlées, on ajoute du noir de lampe suffisammentpour leur donner un beau noir ; on fait cuire le tout à grand feu , jusqu’à ce qu’il s’enllamme. Alors, il faut retirer le vase du feu pour laisser brûler la composition que l’on a soin de remuer pendant qu’elle est enflammée. C’est par la cuisson que les

crayons acquièrent la solidité nécessaire. Dix minutes d’inflarnmatlon suffisent ordinairement ( * ) ; après ce temps on couvre le vase de son couvercle et d’un linge mouillé pour en éteindre le feu. Une à deux minutes après, on le découvre pour verser cette composition dans des nioules et en former des crayons que l’on renferme dans des bocaux, crainte que l’air ne les ranciollisse. Ces crayons se] conservent parfaitement par ce moyen.

( * ) Si ces crayons n’étaient pas assez durs, il faudrait les faire recuire pour leur donner plus de consistance.

V réparation de la Pierre pour dessiner à la pointe,

La pierre doit être préparée comme pour dessiner à la plume.

Ensuite on passe dessus une couche d’acide nitrique , étendu de soixante parties de son volume d’eau ; puis on lave la pierre avec de l’eau fraîche pour y passer de suite une dissolution de gomme arabique peu forte ( * ) et bien unie, qu’on laisse sécher pour y dessiner.

( * ) On peut remplacer la dissolution de gomme arabique , avec avantage , par du jus d’oignons, qu’on obtient en les pressurant, et que l’on mêle avec du noir de charbon quand on ^ eut s’en servir. Pour le conserver , il suffit d’y mêler un verre d’eau-de-vie sur une pinte : ce jus d’oignons offre l’avantage de pouvoir tracer avec plus de netteté.

Précautions à prendre en dessi-nant sur la pierre.

Comme Fimpression iFa lieu que par ropposition d’un corps gras et de Teau , il est important d’éviter avec le plus grand soin , de touclier la surface d’une pierre préparée pour un dessin , avec un corps gras ou gommeux : le souffle est même nuisible. Les impressions qui en résultent, quoi qu’invisibles dans le moment, font souvent des taches noires, difficiles à enlever sans attaquer le dessin. 11 est donc prudent de tenir continuellement un papier blanc sous la main ; le meilleur est d’avoir un châssis qui emboîte la I pierre et qui déborde sa surface de

trois à quatre lignes, avec nne petite planche bien mince sur laquelle repose la main.

Cette planche étant posée , par ses extrémités , sur les bords du châssis, ne touche point la pierre, et donne la faculté de pouvoir la promener en tous sens sans altérer aucunement le dessin.

Comme il est inévitable de toucher les bords de la pierre avec les doigts , et quhl s’y forme toujours des taches à l’impression , il faut laisser tout au tour du dessin une marge blanche au moins de dixhuit lignes : ce qu’il y a mieux encore, c’est de laisser sur la pierre toute la marge que l’on veut conserver à la gravure J cette marge est

•encore nécessaire pour la manipulation et l’impression.

La salive tenant toujours quelques mucilages en dissolution , il est naturel que s’il en tombe sur la pierre et qu’elle s’y sèche, elle y déposera un petit sédiment qui se dissout à l’eau. Il faut donc éviter avec soin , en parlant ou en soufflant, qu’il n’y tombe aucune goutte de salive^ car il est évident que le tracé qu’on aurait fait dessus , venant à se séparer de la pierre par la dissolution du sédiment mucilagiueux formé par la salive, il s’y formerait des taches blanches dans tous les endroits où il en serait tombé 5 par la même raison on doit éviter toutes les éclaboussures d’eau gommée et autres liqueurs conte-

ïiant du mucilage. On peut parer à cet inconvénient par un rond de carton , de quatre pouces environ , percé au milieu et traversé d’un petit bâton que Ton tient à la bouche 5 par ce moyen , Ton peut respirer sans craindre que l’humidité du nez ou de la bouche frappe sur la pierre.

Le trait du dessin qu’on veut faire peut se tracer sur la pierre avec un crayon de mine de plomb ou sanguine , sans que les faux traits que l’on pourrait faire , n’étant point dessinés avec un corps gras , laissent la moindre marque à l’impression. Comme cependant il arrive souvent que, dans la confusion des lignes tracées à la mine de plomb, il s’en ti:ouve qu’on pourrait ou-

blier de suivre avec le crayon lîtliograpliique , il vaut mieux faire son trait sur du papier, et, lorsqu’il est bien arrêté, le calquer sur la pierre , en mettant dessous le papier sur lequel le trait est fait, un papier à calquer c[ui se fait de la manière suivante :

On prend une feuille de papier le plus mince possible, en y mettant de la sanguine en poudre que Ton.

étend avec un petit linge jusqu’à ce que tout le papier soit bien rouge.

On continue alors de frotter pour enlever le surplus de la poudre.

Jusqu’au moment où la face rougie du papier ne laisse point d’empreinte enfle pressant légèrement sur une fetiille blanche. Si f on voulait effacer quelque trait, il ne fau-

dralt se servir ni de gomme êlasticjue , ni de mie de pain.

Dessin au Crayon*

Quand le premier tracé est fait de la manière indiquée ci-dessus, on fait son dessin avec le crayon lithographique , de la même manière qu’on le ferait sur du papier , en observant que plus un dessin est fait franchement , .mieux il vient à l’impression. Comme les parties fortement ombrées s’empâtent facilement, il faut tâcher de faire le travail des ombres le plus net possible, et éviter de repasser trop souvent sur un même ton. Si l’on peut y arriver au premier coup, cela vaut infiniment mieux.

Comme le crayon attire Thumîdite de Pair et se ramollit par-là , on a pris la précaution de le renfermer dans un flacon. Il est essentiel de ne Pen sortir qu’au moment et à mesure que Pon veut s’en servir.

Dessin à t Encré,

On frotte, d’abord à sec, le bâton d’encre sur le fond d’une soucoupe , jusqu’à ce qu’il soit couvert de noir; ensuite on y met quelques gouttes d’eau distillée ou de pluie, et on continue de frotter jusqu’à ce qu’on ait une liqueur bien noire et un peu épaisse. On peut l’employer avec une plume ou un pinceau , en faisant cependant

toujours son dessin par hachures.

On ne doit absolument point s’en servir pour laver. Comme il ne peut y avoir aucuns tons gris à l’impression , un pareil dessin ne donnerait que des placards noirs si le ton lavé avait assez de matières grasses pour recevoir le noir d’impression, ou s’en irait tout- àfait, s’il n’en contenait pas assez.

Il faut observer de bien nourrir d’encre tous les traits qu’on trace sur la pierre. On peut les faire aussi fins que l’on veut ^ pourvu qu’ils soient noirs , on sera sûr de leur réussite ; s’ils étaient gris , on risquerait de les perdre par la préparation qui précède l’impression.

Si l’on voulait effacer quelques parties de son dessin , il n’y aurait

qn’à les gratter ou les enlever avec la pierre ponce. On pourra redessiner à Tencre sur les endroits grattés ( toutefois il ne faut pas en grattant creuser la pierre de manière à ce que Timpression ne puisse plus y faire d'effet ) ; mais, si Ton voulait détruire une partie d'un dessin au crayon, sur laquelle on voudrait redessiner, il faudrait y mettre à sec un peu de sable bien fin , et l'y frotter avec un petit morceau de pierre , jusqu'à ce que la partie fautive ait disparu. On enlève ensuite le sable avec un blaireau ou la barbe d'une plume , et' l’on peut y refaire le dessin.

Dessin à la pointe,

La gomme étant bien sèche , on

calque son dessin sur la pierre ^ après quoi on le trace avec une * pointe très - fine , et il suffit de blanchir la pierre dans lendroit du calque. Pour découvrir le trait que Pon vient de faire, on l'époussète avec un blaireau à mesure que Pon dessine : il faut éviter de souffler dessus , cela donnerait de P humidité à la gomme, qui recouvrirait les traits qu’on aurait formés. Le dessin étant ainsi fini , on passe par - dessus toute la surface de la pierre de Phuile de lin , qu’on laisse imbiber dans les traits une ou deux minutes, puis on l’essuie avec un linge très-doux. On lave la pierre au moment même où l’on veut tirer des épreuves.

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