R. PRINC-SOVV-DE-DOMBES
Écu aux armes d'Orléans. Dans le champ , 16-67.
[Argent. Pièce de cinq sols. Notre collection. V. planche X, /i° 4.) La même pièce, 1668.
[Duby. Planche XLFII.)
Ces pièces de cinq sols n'étaient qu'en petit nombre exposées en France. On les transportait en grande partie dans les Échelles du Levant , où
leui' belle fabrication leur avait acquis une telle laveur, qu'elles y devinrent un objet de toilette; les femmes et les hommes eux-mêmes en couvraient leurs habits. Elles s'y répandirent à l'infini , et plusieurs marchands en tirèrent des bénéfices énormes. L'émission en fut si considérable que les revenus de l'hôtel de Trévoux s'élevèrent à plus de cent mille livres par année .
Mais bientôt leur bonne renommée leur attira des contrefacteurs. Le prince d'Orange, le marquis de Fos-di-Novo, les Doria de Gênes, et plusieurs autres princes d'Italie et d'Allemagne , en fabriquèrent de semblables ; et on vit apparaître de toutes parts des pièces a l'effigie de Mademoiselle, de coins et de titres divers; les unes d'argent fin et d'un dessin très-pur, les autres mêlées d'alliage et d'une confection grossière ; celles-ci portant les armes d'Orléans et la devise des princes de Bombes , celles-là des écus de fantaisie chargés de cornes d'abondance, d'aiglons, ou de fieurs de lis naturelles imitant plus ou moins l'écusson de France ou de Bourbon.
Mais, à la différence de la fausse monnaie, qui est une copie parfaite , ces contrefaçons ne portaient pas habituellement le nom du prince dont on empruntait les types. Possesseurs, pour la plupart, du droit de monnoyage , les contrefacteurs , en s' emparant de l'effigie du souverain de Bombes, ne faisaient que la transporter sur leur propre monnaie, a côté de leur nom qu'ils avaient soin d'y maintenir. C'est ainsi que les princes
iVOrange , iniitateiirs d'abord de la monnaie de Gaston, avaient toujours aecompai^né ses armes et son eifigie, soit celle de Louis Xlll, (jue Gaston imitait lui-même, des mots Fredericus-llenricus (1640 h 1647), Guillelnius 1647 à 1650), et Guilklmus'lfenricus, en 1652(1).
Par là, le contrefacteur, tout en profitant des avantages de l'imitation, conservait le droit d'exposer ouvertement, et se ménageait un prétexte pour le cas de réclamation ; il diîmeurait fondé à prétendre qu'il avait monnoyé en son propre nom. Mais, lorsqu'à l'avènement de Mademoiselle, l'hôtel de Trévoux se fut mis à frapper l'effigie de cette princesse, les plagiaires furent embarrassés, tous n'avaient pas une légende féminine à leur disposition.
Les oiïiciers ou fermiers de la monnaie d'Orange, profitant d\i bas âge de Guillaume-Hem'i, composèrent une effigie adolescente qui rappelait la souveraine de Dombes , et cependant [)ouvait passer pour celle dece prince (2). Ailleurs, les conditions d'âge ne permettant pas rem[)loi de cette ruse , on copia exactement la tète de Mademoiselle , et dans la légende on substitua le nom de la femme à celui du mari. De là des pièces bizarres frappées au nom de princesses mariées et ne pos-
(1) V. dans Duby deux pièces à celte date (planches XXVU et VII du Supplément), portant la tête d'un adulte, entourée du nom de Guillaume-Henri, (pii n'avait pas deux ans.
(2) V. dans Duby (planche XXVII), quatre pièces des années 1659, 1660 et1G6t.