Notice sur la monnaie
MONNAIE.!. DtmnTiONS. — DaosuDUiu général, on |WDt définir la monnaie la ntesurâ des valeurs. Suivant que les èconomisles tmglobeDl ou non dans celte expression la monnaie mélallique, la monnaie fiduciaire, la monoaie représentative ou conventionnelle, ils en donnent des définitions plus ou moins étroites ou étendues. Au iiv* aiède, Nicolas Oresme (f 1382) déliait la monnaie : < Un instrument artificiellement inventé pour faciliter l'échange des richesses natarelles. > Avec plus de précision. J. Boizard et fiouteroue, au xvii* siècle, s'expriment ainsi : .« Pour donner i la monnoye une définition dsnsles régies, on peut dire ijue c'est une portion de matière i. laquelle l'autorité pubhqun a donné une valear tt an poids certains, ponr servirdeprii et égaler, dans le commerce, l'iM^lilé de tootcs choses. > Mirabean, en 1790, dans son célèbre discours sur la monnaie, la définit : < Un objet revêtu de la confiance publique, qui sert de mesure à tout ce qui se vend. > Michel Chevaber dit : < La monnaie est un instrument qui, dans les échanges, sert de mesure, et par lui-même est un éi^uivalent. >Th. Kommsen : < La montaaie proprement dite, avant une valeur intrinsèque, eet
uae matière précieuse dont la valeur et le poids sont garantis pjr le poini;on de l'Etat, et la monnaie fidudaire est le signe créé par l'Etat pour représenter one valeur quelconque. » E. de LavelejB : * La monnaie est l'objet ou les objets que l'usage ou la loi fait employer comme moyen de paiement, instrument d'échange et commune mesure des Taleurs. > H. A. Aniauné : « La monnaie est une murebapdise i. laauelle le <»:|imuq consenlemeot deshommes assigpe U tondiori de sepir d 'intermédiaire dan» |es Échanges, siius la forme de prix de vente et d'achat. > M. Adolphe Houdard : *. On désigne babituellemeot, sons le nom de monnaie, dans un pays déterminé, l'ensemble des instruments de paiement, pièces d'or, d'argent, de cuivre, de nickel, billets de banque, assignats, etc.. qni servent couramment i faire des achats et à éteindre ries dettes et sont réunis dans un même système, dit système monétaire. > Dans le langage courant, le terme de monnaie est apphqné surtout, sinon exclusivement, k la monnaie métallique. < Dans les pays civilisés, dit le Dictionnaire de Léon Say et Cbailley, la monnaie est un lingot de métal précieux, de forme et de dimensions variables, dont l'autorité publique garantit le poids et le (itre. > f ilops encore la dèflnitioQ de Littré : < Pi«ee d4 ipéUl serrapt ai» écfaqa^es. ffappée par une qulorité souveraine, et niai^iuèe au eoih de celte autorité ; en d'uulres termes, lingot jont lé poids el le titre sont eerlifiés. » 4" pnint de ^llé juridit^e, la monnaie est |e moyen légal d'enupc^q «jé^^tive des detlet et det obligations.
IL £timo[.ogie. — Le mot monnaie en ilérivéï^p latjp
moneta, et ce dernier vient, croit-on, de ce !qu'ii Roine
l'atelier monétaire officiel pour la frappe de U monnaie
d'wgeni était prîmitivemani installé dans unu cjépendapcé
A,, t.^»)., dg Junon nonela au Çgpilole. L'épithèle de
< l'averusseuse *, avait élà^onné^ k ja déesse
son temple se trouvait éjevé i l'endpit ntéme
liuS avait averti les ilomaiqs de |a pfésence ijes
herchant a s'emparer du Capitule par surprise.
' d'srgani de la République romaipe, fraplic au
^^ Cari^us vers Tan 48 av. J.-C, rappelle ces
par des types qui pops monfrénl, sur une face,
i' JuDOR avec wtp surnom Vûri|i)'J'A> ^F 'H^
par les termes jsénériques de aes, • — „ disaient ;ttpYijpioï,iid(i.[an»,
l'autre face les instrnineiits du tnoanayqge : ]% cqjit xfmitaife, [es tenailles, l'ènclanie et je marteau [%, j). Les monelarii é^eDl,ù^ome, les magistrats chargés ((e la si|rvnii|ance ^es épiissions qionétaires. (, afelier D)opc|i|ire dnteiîiple^eïu- " non Tijt 3ppe|^.
parabréïialion, tnotutq, et ce nom p^a,dan^ ■ja sujte, aux produits <jU| en BOrtaiepi. Anl^rjeuttiiient ou mêfte ■ cpqcurremment, les
(tajnàjp dési-
gnajeqt aussi 'a . ,
pecTfnio.nuiftntas," lès Qi
m. PRIGCIfS ËCONOMIflDE ET NATDHELtE. — Considérée
dap^ ^ôp accepitqa la pl^is |arge, la oionn»)? e^t aifssi UDciêqtiè que l'Imin^nite, et ses nrigiGes se pcn|ent dans |à nuïf des temps ; elle revèl d'abord la forpie du trot pijr et ^iii'ple et se trouvé ainsi [trèsjder aux relations cotiimérciajes les p)us rudîmenlaires. gclian^er, acheter, veridre, cominereer,^)} upiflOl, sont des opérations qu'oi) trouve praiiiju'èes dans tPUt^ 1^ sociétés primitjve^ ^ qui sup[H>sent nécessaire m eiit \'estmation de ce que l'on échange, de ce (]He l'oii adjête ou de ce que Ton vend. fWT esljnier un oi>jet (juelcopque, il fauf le coinpler, le peser, te corqparer, lé ipe^nrér, et quj dit mesure dît upité conventionnelle ; la mesure p(tr éi{Uivalcnce est là rpnpn^îe, quelqqe forme flu'elle revête. Je siijs labo"[;eur; Pierre, le pàlfc, ni 'achète un s^c de blé et me donne en paieinent |ip de ses moulons; c^ mouton est, pour uioi, Vé/uivalenl 4p uion sac de t!é. four up autre sac de n^ême contenance, j'achèterai ^ Jean, |e cb^sseur. une' fourrure i|ui ii|e njiraitra valoir apssi ce sacrifice. Ainsi, celle ipesure de l(|é, surtout 'si je possède dii blé en surabondance, deviendra |a basé i^^JDaire de mes calculs et de mes opérations de trafic, rH§ monnaie^' Pierre ei Jean feront respectivement le
mune raisoBDement pour les moutons et pour les fourrures. Dans cet état primitif, la pratique des échanges devait èpronver des embarras quolidlens. Combiea de mesares de Mé valent ces bestiaun t Combien de fourrures vaut eeti« [uèce de toile? Combien de mes poissons puis-je écbuDjier contre ces légumes, contre ces produits de l'industrie des rivées maniimes? Toutes questions bien aléaloires et anxquelles la réponse est très \ariab1e, suivant te temps, le lieu et mille circonstances occasionnelles. Les difficultés du troc, les problèmes constants que soulevait sa mise en |iratique, amenèrent les hommes à choisir ane denrée particulière dont la valeur, généralement consentie, servit d'échelle comparative, d'équivalent universel à la valeur de toutes les choses qu'ils avaient communément â troquer entre eux. Chaque tribu, chaque peuple adopta pour étalon . et intermédiaire des échanges la marchandise le plus généralement recherchée chez lui, i cause de ses avantages, et qu'il pouvait tenir, pour absi dire, toujours sous sa main. Chez les peuples pasteurs, tout s'apprécia en bœufs et en moutons ; chez les peuples pécheurs, les poissons, et chez les peuples chasseurs, les fourrures ou les peaux de bètes remplirent le même office ; ce fut le blé, le maïs et l'orge chez les agriculteurs ; les ustensiles, les armes, les trépieds, les marmites ou chaudrons chez les guerriers et les métailoi^stes ; les bracelets et 1rs autres objets de parure, des coquillages même, dont !a race frivole des sauvages se fait un ornement, eurenL chez eux, le privilège de servir de commune mesure A l'évaluation de tout ce qui pouvait être la matière d'un tra6c.
L ^oqoe moderne, aussi bien que l'antiquité la plus reculée, est féconde en exemples du rdle monétaire oue peuvent iouer cortains objets usueb chez les peuples simples. Ce que les voyageurs dans les pays nouveaux emportent le plus avec eux, ce ne sont pas des pièces d'or et d'argent, mais des produits divers de l'industrie européenne, capables de séduira les populations qu'ils doivent visiter ei de les amener à céder en retour les productions naturelles de leurs pajs. Dans le règlement des pêcheries de Terre-Neuve du 18 août 1823, c'est le poisson qui joue officiellement le raie de monnaie ; chez les l^apons et les Estboniens, les peaux de castor et les fourrures remplissent le même office, etj dans la langue de ces peuplades
des riions glacées, le même mot rafta signée â la fois peav et monnaie.
Les Indiens des Elats-Unis et da Caaada se servaient, naguère encore, m guise de monnaie, d'un bijou appelé urampum, Tabriquè à l'aide de deui eoquillagi^s marins, blanc et violet (le frucci'num et la venus mercatoria). qu'on reeneille en quantité snr les rives du golfe du Mexique. Des fragments de ces coi^uitlages, d'une couleur lustrée, étaient taillés en petits cylindres d'environ 10 millim.de longueur sur 8 de circonféreacé, puis évidés et enfilés en cnapelets. Dans le commerce, on les livrait â la mesure : les noirs et les violets avaient le double de la valeur des blancs. En Chine, en Indo-Chine et dans certaines régions de l'Inde, on s'est longtemps servi de coquillages blancs, ex porté s surtout des Iles Maldives et Laquedives, et généralement désignés sous le nom de cavris (ta cyprœa moneta des naturalistes). Cet usage primiiif des cauris, qu'on retrouve aussi couramment en Afrique, comme mojen d'échange, a laissé des traces dans la langue chinoise, on le caractère j>ei, < coquille », est resté le radical de tous les mots qui se rattachent aux idées <le lichesse, d'achat ou de vente. En Corée, la denrée la plus usaelle, le riz, a servi longtemps de monnaie. Dans l'Annam. c'est le paddy ; chez les Tarlares Mongols, ce sont des gâteaux de Ihé compressés sons forme de briques ; en Ethiopie et d'autres régions africaines, c'est le sel moulé en barres. Chez les Buhnars de l'Indo-Chine, les voyageurs signalent dos usages qne nous retrouverons ideniiqnesdans la Grèce homérique : les paiements en bœufs, en chaudrons, en petites haches. < Une tête, c.~ù-d. un esclave mile, dit H. E. Navelle (dans la Cochinchine française. Xlil. 1887, p. S96), vaut selon sa force, son Age. son habileté, cinq, six ou sept buffles, ou le même nombre de marmites. Le buffle et la marmite ont la même valeur, qui varie naturellement avec la grosseur ou l'âge de l'animal, avec la grandeur et la qualité do la marmite. Un buffle ■iduhe ou une grande marmite vaut sept jarres en terre de grès vernissée, de la forme des jarres chinoises et de la contenance de 10 à 15 litres. La jarre vaut quatre miik, nom d'une monnaie de compte valant dix mat, c.-â-d. dix de ces piochelles que forgent les Cédans el que tous les sauvage) de ces contrées emploient comme instru-
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ments aratoires. U mat est la plus petite valeur employée chez les Uahnars. * D'autres fois, ce sont des ttcstjau): qui serrent 4e paiemeDt.
AQirnier l'existence, i^ans l'antiquité, de coutumes pareilles à celles <]^ae nous voyons s'étaler sous nos jenx, chez des populations demeurées ou retombées dans l'eqfance, c'est exprimer une vérité reconnue par tous les hîs- ^riens. Ed Egypte, de nomlireux bas-rehefs ou peintures, accompagnés parfois d'inscripiioas explicatives, nous montrent le trafic par échange dans les bazars ou sur lés marchés, oii pécheurs, chasseurs, laboureurs et béliers viennent troquer leurs produits contre des étoQes, des parfums, des bijoux et j'autres objets manufacturés (|ue des artisans exposent compjaisampent à leurs regards. [1 en était de même en Assyrie et en ChaHée. Des contrats 4'inlérét privé, rédigés en éciîture canéiforme, qientionneni la vente de champs dont le prix est énnméréen objets divers : liogots d'argent appréciés au poids, ânes, taureaux, chariots, étolfes. fruits, poutres de bois, etc. )>e commerce des Elgyptiens et des Pliénicicns n'a jamais revêtu d'autre {orme que celle du simple troc ; on voit leurs navigateurs insiallani sur les cAtes des marcbés volants, déballant sur la grève toute espèce de marchandises, surtout des éloges de pourpre, des verroteries et des bijoux, rembarquant en échange |^ esclaves et les produits naturels que leur livrent les indigènes. Les Carthaginois, eux aussi, n'entendaient pas le commerce autrement avec les populations de TÀfrique (Hérodote, IV, iflS).
IHèmes usages dans iq Grèce boniérii|oe : ]e troc »niple, avec l'usage de la balaape et des autres mesures, lor^ue l'établissement de l'équivalence des marc|iandises êc|iangee$ l'exige. Sons les murs de Troie, les Grecs achètent du vin
aui leur est envoyé de l-emnos : |es uns le payent avec ij cuivre ou avec du fer, d'au|res avec des jieaiiï de bmuf ou des bœufs vivants; i| en est même qui donnent en échange leurs femmes esclaves, tjais le plus sauvent, c'est |e bétail ^ui leur sert de monnaie, comme i Ions les peuples qui mènent la vie pastorale et agricole. Un grand trépied de bronze vaut douze hceufs;on paie nuatre bœufs une femme esclave sachant bien (ravailler. Laerte livre vin^ bœufs pour posséder ^uryclée ; les franges d'or de l'égide de Pallas valent cent hœufs, et une hécatombe est
qussi |e prii de la rançon de I'YCsod. Comparant les armes de Glaucos à celles de Diomédê, Humère (iit que (es unes valaient cent iKEufs, et tes autres neuF seulement- Àiileura, on éctianoe un bœuÇ contre un chaudron. Ias parents ijui vendent feurs filles i des époux reçoivent de ceux-ci uq certain pomttre de têtes de bétaij, suivant les cas, d'oU
ÊeipreKsion hopièmue, TïxpUvot aijfialio-ju, « les jeunes llea qui rapporlent des vaches » Uliade, XVlU, 593). Suivant une tradition conservée par Pausanias, la maiso)) de l'olydore, fi|s d'À|camène, roi de Sparte, è^il surnommée ^ulvTjTa, parce qu'elle avait été payée en bœufs- Pncore, vers la fin du vii' siècle, les lois de Bracan fiient en bœufa le tarif des amendes ou des récompenses ; pour avoir tué un Joup, on recevait en pajeniepf untoinfouun mouton.
L'ba blinde de considérer le gros ))élai1 comme monnaie og étalon de la valeur de toutes choses était devenue si universelle parmi les Grecs, que des vestiges en persistèrent longtemps après l'invention du numéraire méliulique : c'est de la, sans doule, que les plus anciennes monnaies de l'Etibée, de la Ptiocide, de Corcyre, de l'Italie centrale ont pour type une vache, un b^uf ou une {été de bceuî*- Le mol @oC; resta un terme populaire et conventionnel pour désigner la munnaiemétal|ique,etau temps d'H)scby|e on dinit d'un homme dont le silence avait e(é acheté à prii d'argent, qu'il avait < un bn^uf sur la langue », ^où; tJà fXiiatsri ; le mot xtijvo;. enfin, a je doup|e sens de
< bétail » et de < richesse >.
{i'hîstoire piimitive dea aotreg peuples <]e ]a grande famille ipdo-evropéenae est parsemée de phénomènes semb|abt«s.<"est ainsi que le mot sanscrit roupa, qui signifie
< troupeau », a formé le nom da l'unité monélaire de l'Inde, la roupie (roupya). Dans la Perse ancienne, les
faiemenis en \)aofs et eo moutons étaient constants ii origipe; on en alapreuveparrAvesla.ofiijs sont encore admis, coneurremmeat avec les paiements en espèces sonnantes.
Chez les premiers habitants de l'Italie, tout s'eslimail et se payait en lètes de bétail. A Rome, un \«raî équivalait i dix brebis, d'après Festus; le même auteur nous apprend que, pour les délita de peu d'importance, on payait deux moutnoR, tandis que, dansles cas graves, l'amende pouvait
ii E. UABBlrtN
être portée jusqu'à trente bœufs. Comme chei les Grecs, un souvenir traditionnel de cet usage a persisté fort longtemps i Rome, car les lois Ateraia-Tarpeia et Heuenia- Sestia, votées en 454 et 452 av. J.-C, fiient encore, comme celles de Dracon, «o bœufs et eu moutoas, le prix des amendes, coacurreuiment avec l'estimalioD en métal moDuayé. Le gros et le petit bétail étant ainsi, à l'origine, la principale richesse et formant l'étalon du paiement des marchandises, il est veaudelïque le mot ;?ecu(,* bétail >, a formé le mot pecunia, qui fiait par s'appliquer exclusivement à la monnaie métallique, quand cette dernière fut seule employée dans les transactions. Le péculat fut un vol de troupeaux avant de devenir la concusdon ; le mot ( pécule > [pecuUwn) a signifié un < petit troupeau > avani d'èlre synonjine de petit trésor d'ar^enl. C'est encore l'habitude de compter le bétail par têtes, capita, qui a donné naissance au mot < capii^il >, terme qui désire ' exclusivement, dans notre langue, la richesse en numéraire.
Dans le N. de l'Europe et en Germanie, où la vie pastorale et accole a persisté jusqu'à l'aurore du moyeu fi£e, c'est aussi le bétail qui servait de monnaie. Les lois des Barbares lïxent les compositions et les amendes en têtes de bétail aussi bien qu'en métal monnayé. Le mot qui signifie * troupeau » (en allemand Vieh) a formé le mot anglo-saxon fee, feoli, qui a le sens de < rétribution, salaire * ; on rapproche de même le mot Schatt., < trésor », du mot gothique skalts, (fui signifie à la fois < trésor > et « troupeau ». Le bétail-mtmnaie, qui est un progrès sur le troc pur et nmple, se trouve encore en usage dans les recueils juridiques de l'ancienne Irlande, de même qu'aujourd'hui chez les Ossètesdu Caucase, en tndo^Chbe, eu Abyssinie et dans toutes les contrées asiatiques ou africaines, où les bestiaux et les troupeaux sont le principal élément de la richesse des tribus ou des familles.
Ainsi le choix de la marchandise-étalon faisant fonction de monnaie, dans les civilisations primitives de l'antiquité ou de DOS jours, varie suivant les lieux et le mode d'existence ; il n'est dicté que par des considérations de convenance et de facilité d'emploi. Dés qu'à corè de la vie pastorale et agricole l'industrie se fut assez développée pour qu'on stlt travailler les métaux et les utiliser dans la fabricatiot) des ustensiles, des instruments de labourage,
des armes et ornements variés, od remarqua bien vile les avantages (|u'offraient ces métaux, ouvrés ou non, comme intermédiaires des transactions, et leur commodité comme marchandise-étalon. Les métaux sont moins altérables qu« la plupart des autres marchandises ou denrées ; il est, par coQsé^ent, plus aité de les uarder longtemps en magasin, sans risquer de les voir se détériorer; on peut les accumuler racilemenl, les transporter, les fragmenter sans qu'ils perdent rien de leur valeur. Ilssont utiles à tout le monde, étant les indispensables auxiliaires de l'art du labourage, de la chasse, de la pèche, de la défense sociale, du luxe privé et pubUc. Etant par cela même l'une des principales matières du troc, ils furent employés d'abord concurremmentavee le bétail-monnaie dans l'évaluation du prix de toute chose; puis, leur adaptation àcet usage étant reconnue plos parfaite, ils finirent par prendre toute la place. ne laissant plus au bétail que le souvenir traditionnel de son ancienne prépondérance.
Dans leur utilisation monétaire primitive, les métaux nous apparaissent, suivant les lieux, sous les formes les plus diverses : pépites, poudre, lingots plus on moins allon-
êès et aplatis, pastilles globuleuses, ustensiles tels que éches, haches, marmites, hameçons, couteaux, bijoux, brac«lets, anneaux de toutes dimensions. De nos jours, les Chinois se servent, pour remplacer la monnaie, de plaques ou de bri<|ues d'or et d'argent qu'on pèse et qu'on livre pour les paiements, comme nouslivrons le fer ou le cuivre pour les usages de l'industrie. Pour la coigmodité desopèralions commerciales, les banquiers et les riches marchands donnent généralement i leurs lingots des poidsexacts, suivant une échelle régulière de 1/2 à 10 laëls pour l'or, de 1/2 à 100 taéls pour l'areent. 11 est de ces lingots qui sont aussi ténus que des tils de laiton, ce qui permet d eu rogner facilement la plus petite portion. Dès qu'un Chinois achète quelque chose d'un priï trop élevé pour Être soldé en sapèques, il se munit d'un instrument destiné ï couper dans un lingot d'or ou d'argent ce qu'il lui faut pour parfaire le paiement, car il arrive bien rarement que les morceaux qu'il a avec lui concordent exactement avec le poids dont il a besoin. I« tai'l qui pèse environ .'iS çt. désigne l'unité de poids, mais il n'est pas une monnaie ; comme il varie de ville i ville, et que le laH de Pekiiig, par
41 G. BAUELON
exeuiile, est de 4 "/, moindre que cdui de Tien-tsin, et dépasse de 7 'jo celui de Ch!in&-iiaï, il importe, à i^haque IraQuctioD, de désigner le taël dont on entead se servir. Bu outre, des discussioDs s'engageni presque tcaijoura entre l'acheteur et le vendeur, sur le litre du métal rloot l'alliage ' it à riuflqi. C'est pour éviter eu partie i
par leursUiaiiis. Quelquefois, ce -poincouneinent individuel, simple marque d'origine ou de fabrique, inspire asses de coQliaDce pour dispenser de vérifier i la pierm de toiiciie le litre de l'alliage. La facililé avec Laquelle le public ou tel marchand accepte, sans coDtrAle, les lingots qui provietiDent d'un établissement de banque ou de ramuieru déterminé tient i h notoriété honorable de cette tnaison, mais nul n'est obligé d'avoir confiance. L'autorité publique u'iniervieat jamais, soil pour forcer un parliculieri accepter en paiement un lingot quelconque, soit pour en garantir le poids ou Taloi.
Tout' l'extrême Orient nous donne, aussi bien que la Chine, i'eiemple des lingots de nélal précieux aîrculanl au poidt en guise de. monnaie. Le fameux trésor de Hué, pris par les Français, lors de la conquête de cette ville en 1886, et déposé actuellement ft l'hûtel des Monnaies, il Paris, se compose de lourdes briques rectangulaires d'or et d'ai^ ont, sur lesquelles sont estampillés les noms des princes auxquels ont appartenu ces lingots. De telles tuiles, qui rap- Mllmt celles que GVgès et Crésus oBrireotau tem|^ de Itelphes, ont des poids qui s'é«belonneot depuis 10 tacis (369 gr.) jusqu'à un dixième de taêl. En liirmam'e, dans le Siam, au Laos et les régions voisines, les Imgots métalliquee qui servtnt de monnaie goal généralement des barres allonge ; partais ils atTecteot la forme de coquillages marins qui rappellenl les caurâ et sont un souvenir du tetBps 011 ces coquillages étaient le seul signe des échouges. Chez les Balinars, c'est la manUite de culsiae qui est l'étalon des valeurs, nomme chez les tirées d'Homcrc. Farmi les tribus de pécheurs échelonnées te long des cOtes de l'Arabie et de l'Inde, ainsi qu'il Ceyien et daos les lies Maldives et Liquedives, l'hameçon de fer servit longtemps de mi^naie principale. Cette monnaie de pécheurs s'appelait laràt ou Jart, dunuiudela viUede Lan, sur le golfe Per-
D,<,n.=dnvG00gIe
sii]ue ; les larina, en argent et en cuitre, étaient eocore eo usi^e au commencement du dernier siècle, et ii «n est qui portent des insci'if>tiDns arabes. Le poids des larins d'argent se rapproche souvebC de celui de la roupie indienne 01ii',65). Dans les lies Maldives, un larin d'ai^ent était eslimé 12.000 cauris.
En Amérique, les Hexicatas paydeni toutes choses avec l'or en poudre, en le gardant dans des tuyaux de plumes; ils avaient aussi pour monnaie de larges plaques d'étaiu qui affectent la forme d'une ancre ou de la lettre T- En Afrique, partout des usages analogues : barres de métal, bêches, hachettes, paquets de fils de cuivre assemblés, bracelets servent de monnaie, concurremment avec lecaurtou le troc pur et simple.
Dans l'antiquité orientale et classique on constate des usages analogues a ceux que nous i^vèlent les sociétés contemporaines peu ouvertes â la civilisalioQ. Les monumonts ^ptiens nous montrent tous les métaux, l'or, l'électrnm, I argent, le cuivre, le plomb, le fer employés comme signe d'ècnange. On les voiten monceaux de pépites brutes, en bourses on petits sacs contenant de la pudre ou des paillettes d'or, en briques ou tuiles, enbarresou en plaques, eo aaneauidedifférentes dimensions. On les pèse à chique transaction. Des peintures égyptiennes représentent l'opération du pesage des lingots monétaires que les textes hiéroglyphiques appellent tabmm (lig. S). Dans le but de se soustraire, autant que possible, à l'obligation de rogner sans cesW les tabTious pour ajuster le poids et les paiements, l'usage slntroduisit de tailler, comme nous l'avons constaté chez les Chibois, des anneaux ouverts de poids variables, mais gradués d'une manière fixe et en rapport avec les échelons du système pondéral; le tûhtwn vaut, suivant la contrée et les époques, de 90 à 98 gr. Sa principale division est le kile ou kate, la dixième purtie du - tabnou. On évalue et on paye toutes choses en tabnous : salaires des soldats ou des ouvriers, objets mobiliers, cbalnps, maisons, céréales, esclaves, amendes judiciaires. Chez les Chaldèens. les Assyriens, les Juifs, les fliéniciens, les métaux dans leur i-âie monétaire affectent la forme de briques ou tablettes plates, de lingots coniques on pyramidaux, de poudre placée dans des cassolettes ou mise dans des aacs. lonjours il faut, comme eu I^pte, avoir recours
.GoO'^lc
i la balance, et on ne les évalue qu'au poids; de ii vient qo'eD assyrien et dans les autres laogues sémitiques le mot saqal sigoifle  la fois peser et payer; et de ce mot dérive le Dom de l'unité pondérale et monétaire, le sicle.
Kig. 2.~ Égyptien pesant lea ttbnou».
La première transaction commerciale que mentionne la Genèse est l'acquisition par Abraham de la caverne de Hafcpela dont il voulait Taire son tombeau. Le patriarche la paie * 400 sicles d'argeat, tels qu'ils ont cours entre les marchands >. II est fait, par ces mots, allusion au poids et au titre des sicles. il faut de mémo reconnaître des évaluations pndérales dans les nombreux passages bibliques oii il est parlé de paiements eu sicles. Dans les transactions qui avaient lieu sur la place publique, au marché, vendeur et acheteur se servent de balances qu'ils portent toujours à la ceinture avec une série de poids en pierre ou en plomb.
Les Grecs d'Homère pèsent l'or avec un soin minutieux et l'évaluent en talents. Le talent d'or homérique était un poids très faible qui équivalait, suivant une hypothèse vraisemblable, au pnx d'un bn^uf, et se reliait par li ù l'ancien étal de choses ou le bœuf était l'étalon monétaire. L'argent servait aux mêmes usages que l'or ; on l'échange le plus souvent sous la forme de lingots ou de coupes dont
NOTICE Sun t.\ MONNAIE 17
les parois sont garnies de scènes décoratives. Quant au bronie, lorsqu'il ne circule pas en lingots ou instruments divers, c'est sous forme de trépieds, de haches, de chaudrons {lébétes) qu'on le fait servir i évaluer les transac* lions. La valeurdes chaudrons etd«s trépieds varie suivant les dimensions de ces objets et le ^travail d'ornementation qui les rend plus ou moins précieux. Un chaudron {lébés) est estimé un bœuf; un trépied de grandes dimensions et très orné est l'équivalent de douze bœufs. Dans l'évaluation des amendes édictées par les lois, un individu peut être condamné à payer 25, 50 et jusqu'à 100 chaudrons,
Longtemps après que l'usage de la monnaie eut été partout répandu dans le monde hellénique, Sparte continuait, par tradition, i se servir de lingots de Fer comme intermédiaires des échanges. Ces lingots étaient désignés sons le nom de pélanor; ils pesaient chacun une mme éginétique, et pour en transporter six seulement, c.-ù-d. environ i.â3& kilogi'., il fallait un cliariot allelè de deux bœufs. Chez les peuples de l'Italie centrale et chez les Etrusques, le cuivre, étant très abondant, fut dioisi pour étalon commercial à cAtè des bestiaui. Dans son application monétaire, les historiens latins l'appellent aes ntde, c.-à-d. enivre brut. Les lingots étaient fractionnés en blocs plus ou moins considérables qui ne pouvaient être estimés (de aes) qu'à l'aide de la balance. Un grand nombre de ces hlocs sont parienus jusqu'à nous : leurs poids s'échelonnent suivant les divisions des divers systèmes pondéraux en usage dans l'Italie centrale.
k ces morceaux de cuivre brut ont succédé, dans la circulation commerciale, comme étalons de valeur, des tiges ou barres allongées, parlant en saillie, sur l'une de leurs faces, des lignes parallèles, régulièrement espacées, séparées parfois par des points ou globules ; d'autres fois, ces saumons de cuivre sont ornés d'une ligne qui en parcourt toute la langueur et à laquelle viennent se souder, comme à un axe central, des lignes transversales et plus petites : l'ensemble de cette décoration ressemble assez bien à une arête de poisson. Ces emblèmes rudimentaires dispensaient, dans la j)lupart des cas, de recourir à la balance ; on se contentait de compter les points ou les lipes en saillie sur la surface des lingots.
18 t. BAPcmN
Des Qsases analogues ont été signalés chez des peuples modernes. Longtemps, en Russie, le rouble primitif circula au poids, sons ta forme d'un lingot d'argent allongé ; cbez d'autres peuples du N. de l'Europe, on s'est servi, jusque dans le moyen âge avaucÉ, de colliers, de braceleis, d'anneaux d'or, d argent, de cuivre, de fer, en guise de
Cbcz les Sannates des rives de l'Hypanis et du Borysthène, les Hilésiens avaient installé, vers l'an 600 avant DOlre ère, une puissante colonie, Olbia, dont le principal commerce consistait dans les pkheries de thon et d'autres paissons qui abondaient dans l'estuaire des deux fleuves. N'est'il ps curieux de constater ((ue les habilants d'Olbia se servaient, en guise de monnaie, de lingots de cuivre auxquels on donnait la forme même de poissons? II nous ea est parvenu des spécimens sur lesquels on lit 6T, initiales du mot ^unnos (thon) et APIXO, forme barbare de tarkhos (poisson salé).
IV. Période he la monnaie fiiivée. — Nous veoûBS de constater que tous les peuples, anciens et moderoes, en arrivèrent, à la suite de (âtannements et d'essais prolongés, à choisir les métaux pour être l'équivalent universel et la commune mesure de toutes choses. Ce lent progrés s'est partout manifesté sans l'intervention directe de l'autorité publique, sans que i'Ëtal soit intervenu pour imposer les bestiaux comme monnaie à la place du simple troc, puis les métaux A la place des bestiaux. Et ^uand on eut l'idée de graver certames marqnes sur les hngots mélalliques ipour dispenser de recourir continuellement à la haWca, ce nouveau progrès fut encore l'œuvre de l'initiative privée. Marchands, banquiers, orfèvres, chacun pouvait imprimer une marque quelconque sur les lingols . devenus sa propriété, en présumant que cette marque était susceptible d'inspirer contiance au public par rapport au poids et au titre des lingots. C'est la garantie individuelle et privée, signe précurseur de la garantie de l'btat, et qui l'a précédée partout dans l'évolution historique et naturelle de l'invention monétaire. Dans l'état social, qui fut celui de tous les peuples avant l'apparilion de la monnaie d'Etat, nulle mesure législative ne vient empêcher qui que ce soit d'avoir sou estampille monétaire ; la lai n'intervient
nvGooj^lL'
paa davantage pour donner le conrs forcé à tes Ymgoia ainsi poiD<;oQnés. C'est la bonne renommée d'un riche négociant qui donue, sur le marché, du crédit aux lingots portant son nom ou Bon emblème. C'est ainsi que, tout naturellement, à cdtè du principe de convenance et de facilité d'emploi, le seul (file nous ayons vu jusquici appliqué dans la recherche de l'étalon des valeurs, il s'en introduit un autre, grâce au développement de la drculattoa métallique : c'est la confiance (jue doit inspirer tout lingot monétau'e dans son rOle d'équivalent universel, et cette confiance, c'est l'e^ tampiUe qui tend i la garantir an public.
La monnaie privée, c-à-d. non garantie par l'Etat, a eiisté dans des civilisations rapproclièea de nous. En Chine, les pitdi'an ou béch es-monnaie, les pu-tnonnate ou couleau;:, étaient jadis fabriqués et lanôés dans la circulation au nom et sous la garantie de marchands ou de corporations de marchands : il est de ces anciennes sapèques qui Crtent, d'un cùlé, l'indicatioD de leur valeur, et de l'autre nom du banquier ou du commerfani qui les a émises. L'Inde a passé, comme la Chine, par la période du monnayage libre et individuel. Les lingots d'or et d'argent qui, i cOté des bourses, sont mentionnés dans les Vedas et dans les lois de Hanou, étaient non seulement étalonnés suivant des poids fixes, mais ils portaient, la plupart du temps, des contremarqnes appliquées par des marchands. Il existe dans les collections un assez grand nombre de ces monnaies privées de l'Inde qui a^ctent les formes les plus diverses : ùmples morceaui de métal aux contours informes, arrondis ou anguleux, ovoïdes, aplatis, allongés, rectangulaires, coupés à ! 'emporte-pièce ; jiastilles ou boutons de mêlai fondu, toujours ajustés suivant un poids régulier. Ce qui fait, i nos yeux, le principal intérêt de ces grossiers lingots, ce sont les contremarqnes multiples dont leur surface est couverte, et qui ont été parfois apposées successivement par plusieurs générations de marchands ; aussi sont-elles des plus variées : lettres ou monogrammes en écriture devanagari, astres, éléphant, roue, serpent, palmier, vases, etc. (6g. 3).
Les lingots primitifs de la Russie, au poids d'un rouble, de ses multiples ou de ses divisions, que nous avons sknalés comme le principal inlennédiaire du commerce à luev, i Novgorod et dans d'autres villes, au moyen Age, étaient
1(1 t. IIAUELON
èmU ftar des manieurs de ntélaux précieux, marchands, banquiers ou orfèvres; ils étaient donc, sous leur forme mdimentaire, une monnaie privée, et ils sont souvent revêtus des contremarques des marchands ou des banquiers qui en garantissaieut le poids et l'aloi vis-à-vis du
l/bistoire de l'oi^anisalioD des premières colonies enropéennes en Amérique ou dan; l'extrême Orient offre'aussi de nombreux exemples de monnaies ou de lingots estampillés par des particuliers ou d<^s associations quelconques.
- Lingots de t'Indi
les contre nnarques
sans l'intervention de l'anloritè souveraine. Au début de la colonisation anglaise des Flals-Unis, les immigrants du Massachusetts Bay (ancienne Plymonth) émettent, en 160(j, des monnaies en "dehors de l'aulorité du roi d'Angleterre et malgré les protestatioDsde la mère patrie. Les premières
rièces frappées dans le Mar^land, après 1632, le furent à effigie de Calverl, comte de Baltimore. Un orfèvre d'Annapolis (Maryland), appelé Cbahners, frappa, en 4783, des pièces comnl«^^iales eu argent qui sont connues sous le nom de Chalmers shillings. De 1S34 à 18it, de Dom-
breux induainels et spéculateurs se mirent à frap[ter des monnaies, comme aussi â fahrii^uer du papier-monnaie qui, plus lard, reçut le nom méprisant de «Atn plasler {emplilre pour les jambes) ; les monnaies de ces particuliers sont connues des collectionneurs sous le nom de pièces laractiqves {rapoxxaài, globuleux): une manufaclore de boDloas, de Waterbourg (Connecticul) en fabriqua une énorme quantité. Lors de la découverte des mines d'or de la Californie, les entrepreneurs ou les comp^ies émirent aussi des monnaies privées. Citons les pièces d'or de Betcbler, dont l'atelier, situé à ftulherfordtou (Caroline du Nord), frappait encore en 185i ; dans une période de dix ans (de 463 1 à 1840), Belcbler frappa pour 44 .2(l9.i00 fr. de pièces d'or, portant comme légende le nom et la résïdNice du banquier, ainsi que l'indication du poids et de la valeur. Il y eut aussi les monnaies de la Compaenie des changeuraïle l'Orégon, au ivpedu castor; celles deHoflat et C" de San Francisco ; (telles de la banque des mineurs de San Francisco; celles des Mormons; celles d'Auguste Humbert, à San Francisco, émises en 48^7 ; celles de la (k>nipagniedesniLnesdeCincinnati(Ohio);de6aldwiiietC°; de Dubosq et C" ; de Schulli et C°, etc.
Remontons à t'aniiquiié. Les tabnout égyptiens, les barres d'or, d'argent, de bronze, de fer souvent marquées d'incisions régulières ou de globules espacés avec calcul, De sont autre chose que de la monnaie privée. Les banquiers grecs (tpaKEÏiTai) dont les comptoirs, aun vin" et ïii" siècles avant notre ère, étaient le reudez-vous des gens d'affaires, la bourse, — qui tenaient le commerce et I exploitaliou des mines, estampillaient les lingots qui sortaient de leurs caisses; pour éviter l' intervention de la balance et de la pierre d^ touche, ils en garautissaient ainsi le poids et l'alot  leurs clients; ces lingots estampillés étaient leur monnaie.
Les premières pièces grecques en or, en électrum et en argent que les numismates fassent Apurer dans les médailliers. De sont autre chose que de petits lingots globuleux, poinçonnés parles banquiers ouïes manieurs d'or, tels que Sadyatte, Tbéocharidès, Pamphaès, Pylhès, dont les noms sont ciiés par Hérodote et quelques autres historiens, dans le siècle de Crésus. Il en est en or, dont les poids s'échelonnent depuis Tk'',42 jusqu'à O^'i^O, qu'on a recueillis dans la
a E. BABELON
région thraco-macédonienQe qui s'élend depaig Siloni<^e jusqu'à Cavalï, et qu'il faut considérer comme les nronnaies des plus anciens proprièlaires des célèbres et ricbes mines d'or de cette contrée.
En Asie Mineure, où des mines d'électnim étaient eiploilées dans les gorges du TidoIus et du Sipyle, et oli l'on passait au crible les sables aurifères du Pactole, les ban-
Juiers ou entrepreneurs ont coamencé de même à émettre es monnaies d'électnim sur lesquelles sonl, d'abord, des marques grossières et indétinissabies, eu relief d'un c4té, en creux sur l'autre face du lingot globuleux. Bientdt arrive le rooment oti, tandis que h revers continue toujours à recevoir des empreintes creuses, mnltiples, le droit est orné d'un s^bole ou image en relief; c'est le type moahiaire. Les lingots cessent d'être de simples ^oISe; estampillés, comme ceux de l'Inde ; ils deviennent de véritables monnaies, et ce progrès, chez les Grecs des bords de la mer Esée, se manifeste au vu* siècle. Le type monétaire variable est, néanmoins, fort simple: un Qeuron. une tête de lion ou un lion entier, un bœuf, uoe lête de cheval, un bélier, un poisson, un sanglier, un cerf, un oiseau, une roue. Ce sont là, au moins pour la plujiarl, les emblèmes des villes diverses dans lesquelles les pièces élaient émises et devaient circuler. Il en est même qui sont des armes parlantes, comme le choque sur les premières monnaies frappées* Phocée, Mais les empreintes creuses du revers, si nombreuses et si variées, sont les marques des banquiers et des marchands; rien ne dénote en elles l'intervention de i'autorilé pnWiwe. Voici deux spécimens de ces curieuses pièces priinilives :
1° Surface striée, sans empreinte de coin monétaire : K, Empreinte creuse formée par trois poinçons, dont un rectangulaire et allongé, placé entre lesdeux autres de forme carrée et plus petits; dans l'empreinte centrale allongée, ou voit en relief, au fond du creux, un renard courant; dans le petit carré
nvGoogk
da haut, uoe têle de cheval ou de cerf ; dans celui du bas, noe fleur à qualre pétales. — Liagal ovale et clobuleax (14>%19) (fig. 4).
2' Le second spécimen porte le nom du banquier Pbanès ; cerf marchant à droite, en baisaantia tète pour brouter; au-deasus ta légende rétrograde,eo caractères arctiai- I unea : ^ivvoi y ((11 oiijia {je suis la marque de Pha- Fig. 6, — Monnaie du banquier Phanèa. nês).tl. Em- Etectram.
preinle creuse
formée par trois poinçons, l'un rectangulaire et allongé placé entre les deux autres, carrés et plus petits. — Statèred'électrum (14^,06) (fig. 5).
La monnaie privée ne fait pas seulement son apparition dans les sociétés en vme de formation comme celles que nous avons citées jusqu'ici; on la voit circuler encore dans les sociètéa désagrégées et ou l'autorité publique est imouissanle à faire sentir son action. Aucune période de 1 histoire ne nons fournit mieux que l'époque mérovingienne une éclatante application de cette théorie. Après la chute de l'empire romain, au milieu du grand bouleversement causé en Ocddent par les invasions barbares, le droit souverain de battre monnaie, qui s'exerçait en Gaule dans trois ateliers impériaux, cessa d'être respecté. Quiconque avait de l'or en sa possession s'arrogea le droit de le convertir eu monnaie, imitant, pour donner du crédit à ces espèces nouvelles, les types ne la monnaie impériale, mais substituant, comme garantie, son propre nom à celui de l'empereur. Aussi, depuisle milieu du vi'sièclejusqu'aprés l'avènement de Pépin le Bref qui restaura i son profit le droit régalien, on trouve en Gaule trois catégoriesde monnaies; les monnaies' royales, les monnaies des églises, et enfin les monnaies des manieurs d'or et des orfèvres qui prennent le nom de monelarii. Ces dernières portent généralement, sur une face, lenomdelalocalitéoûellesont été frappées, et sur l'autre face, le nom du monélaire. Telle aété leur abondance que l'onconnalt les noms de douze cents monétaires mérovin-
^ens frappant dans plus de huit cents localilés différentes.
Ainsi, dans la Gaule mérovingienne, comme en Cbine et dans rinde, comme en Amérique et dans la Grèce du vu' siècle, tout le monde peut ballre monnaie, depuis le souverain et les corporations ou associations quelconques, jasqu'ao propriélaira rural, au marchand, au banquier et méaie jusqu'au plus petit manieur d'or ou orfèvre de village. L'esiampille ou type inspire contianceaux uns, comme elle peut provoquer la défiance des autres; il n'y a point de cours forcé. L'orfèvre qui monnoye devait être teolé souvent d'altérer le titre des espèces pour grossir ses bénëtices ou pour paraître frapper à meilleur marché que ses concurr^ls. C'est pour ce motif que les textes contemporains tiennent eo si grand honneur la probité des orfèvres: saint Eloi devint ministre parce que le roi put constater qu'il n'avait pas altéré l'or qui lui avait été confié comme orfèvre. C'est pour cela aussi qu'on stipule avec soin, dans les contrats de vente, que les paiements s'effectueront en solidos ^obos et bene pensantes. En effet, le titre des monnaies mérovingiennes, comme celui des pièces primitives en éleclrum d'Asie Mineure est des plus incertains ; les monétaires ne se sont pas fait faute d'abuser de la confiance du public.
En résumé, dans l'histoire, la pratique du monnayage privé s'est manifestée chez les peuples qui n'avaient pas encore achevé leur formation sociale, soit que cette formation fût l'œuvre lentement progressive du temps, soit qu'elle fût en quelque sorte accidentelle et brusque comme celle des eolouies anglaises en Amérique, celle des colonies grecques échelonnées le long de la cAte d'Asie Mineure, ou celle des Fraucs méroviagiens. Dans les deux cas, c'est l'aclivité commerciale qui fait éclore ce moyen d'échange imparfait, sans doute, mais déjà bien supérieur au sysième de l'essayage des lingots sur les plateaux d'une balance. Cependant, il avait lui-même encore de graves imperfections. Partout il donna lieu aux abus les plus criants, surtout au point de vue du litre des espèces lancées dans la circulation; le public était impudemment trompé, sans èlra, le plus souvent, à même de reconnaître ou de faire punir la fraude. En oaire, les pièces estampillées par les marchands, les orfèvres ou les banquiers ne pouvaient nécessairement être reçues, avec leur caractère fiduciaire,
3ue dans une aire gcograpbiqae assez restreinte : celle ans laquelle les signataires des pièces étaient connus. La garantie de Jeur nom ne comptait pour rien dans les pays oli ils étaient ignorés; leurs pièces n'y circulaient pas, ou elles n'étaient, comme les monnaies étrangères dans les sociétés modernes, admises que comme des lingols bruts dont il fallait expertiser le litre et le poids. Le développement du commerce extérieur fut donc une des causes qui provoquèrent la création d'une monnaie dont la garantie eût une portée plus étendue. D'où il suit que la monnaie privée répond à un éiat social moins avancé que la monnaie garantie par l'Etat ; elle représente une phase de la vie des peuples oii lu fonctionnement de tous les rouages sodaui n'est pas encore bien assuré.
On voit par lik combien est erronée l'opinion deséconombles qui proposent aciuellemeot de retourner au système du monnayage libre et individuel. Herbert Spencer soutient dans sa Social Stalia que le monnayage doit être abai^ donné à la libre concurrence du commerce. * De même, dit-il en substance, que nous nous tions à l'épicier pour nous fournir dutht^, etau boulanger pour nous fournir du pain, nous pourrious nous fier ii la maison Heaton et fils, ou de même à quelque autre maison entreprenante de Birmingham, qui nous fournirait les souverains et les shetlings,i ses risques et périls. » Herbert Spencer s'imagine que, de même que chacun Je nous s'adresse de préférence au fournisseur gui lui vend des denrées de qualité supérieure, nous jnons frapper à la porte du monnayeur qui aurai! la répulalion d'ètrele plus honnête et de fabriquer la meilleure monnaie. On saisira tout k l'heure mieux encore pour quelles raisons de pareilles conceptions théoriques méritent i peine d'être discutées.
V. La garantie de l'Etat. — Les origines historiques de h monnaie, telles que nous venons de les exposer, démontrent jusqu'à l'évidence que l'instrument des échanges est essentielletnent un éjuivalent. et que c'est i ce titre seulement qu'il a pu conquérir la conlîance du publie. L'individu oui achète veut naturellement recevoir une valeur é^ale i celle de la marchandise qu'il vend : do ut det, disent les jurisconsultes romains. Lorsque, progressivement, par le libre développement des relations coumer-
ciales, le métal s'est substitué, comme étalon de la valeur
de toutes choses, aux bestiaux, au blé, au poisson, aux juins de thé de la HoJi(!olie, aux giteaui de sel des Abyssins, aux fourrures des Moscovites, au cacao des Meiicams, il était considéré comme un équivalent. Si les lingots sans estampille étaient vérifiés i fa pierre de touche et à la balance, n'était-ce pas tjue celui qui les recevait avait lieu de craindre qu'ils fussent des équivalents Insuffisants 1 Quand des banquiers ou des orfèvres jugèrent i propos de les estampiller à leurs armes ou à leurs noms, n'était-ce pas encore pour en garantir l'éauivalence? Et si l'autorité publique enfin s'arroge, dans l'intérêt de tous, le droit d'estampiller seule les linfEOts, c'est parce qu'elle prétend être mieux que les particuliers en mesure de garantir le poids et l'aloi, c.'ï-d. l'équivalence des lingots, intermédiaires de toute opération commerciale.
A rencontre des étalons des autres mesures, comme le mètre, le litre, le gramme, qui sont des mesures abstraites, l'étalon des valeurs est iniriosèquement une valeur luimême : le bétail, le blé, les pelleteries, les métaux inférieurs ont une valeur commerciale ; il en est de même de l'or et de l'argent oui ont toujours été très rechercbés, même chez les populations prébis toriques ou sauvages. Ils ont par eux-mêmes une valeur, et nous pouvons, dès maintenant, formuler le principe suivant qui découle de tout ce qui précède : La monnaie métalliqtie, instrument ordinaire des échanges, ne vaut que par la quantité de métal précieux qu'elle contient. Lingot et monnaie, c'est tout un. L'estampille ou le type monétaire ne sont que des eipèdienls commodes et pratiques qui dispensent de recourir i la balance ou i la pierre de toucbe pour s'assurer si la valeur métalL'que d'un lingot ou d'une pièce est adéquate à sa valeur nominale. L'histoire du développement naturel et spontané de l'étalon des valeurs proteste donc contre la thèoriedes économistes qui voudraient considérer la monnaie seulement comme le signe représentatif de la valeur des choses échangées, prétendant nue c'est la loi seule qui décrète la valeur de l'or et de 1 argent. Ils commettent une erreur historique contre laquelle ne saurait prévaloir l'autorité même d'Aristote {Politique, I, 6) sur laquelle ils aiment â s'appuyer. Isidore de Sétîlle, à la fin des temps antiques, résume la
vnie et stine doctrine quand il dit : In numismate tria quœrunlur : meUttlum, figura et pondus; si ex iis aliquid defuerit, numisma non erit.
J.-B. Say, Uidiel Chevalier, Stanley Jevons et d'autres encore ont également, à l'époque moderne, proclamé le caraclêre d'équivalent de la monnaie. « Là monnaie, dit J,-B. Say, n'est pas le signe (représentatif) ; elle est la chose signiBée. Elle ne représente pas une valeur, elle est une valeur. Celui qui vend ne la reçoit que dans U convictiOD que la valear qui OBt eu elle égale la valeur de la marchandise qu'il fournit. > Michel Cbevalier, parlant des abus auxquels la doctrine contraire a donné lieu dans les sociétés modernes, en provoquant l'extension immodérée de la monnaie fiduciaire doot nous définirons plus loin le caractère et le role, s'eiprime ainsi : < Une fois qu'il était admis que la monnaie cessait d'être un équivalent, ainsi que les hommes l'avaient conçue et instituée, pour n'être plus qu'un signe, il devait arriver qu'on allAl bien au-delà du changement qui avait consisté à diminuer la quantité de métal ûa contenu dans chaque pièce de monnaie. On était sur une pente qui devait conduire i substituer é l'or et i l'argent d'autres métaux moins appréciés, et même d'autres substances plus dépourvues de valeur intrinsèque, finalement de simples inscriptions sur le papier. C'est ainsi, en effet, que les choses se sont passées ; il est peu de pays qui n'aient eu leur papier-monnaie. Le papier-monnaie est la formule extrême de celte idée que la monnaie est un signe. L'idée étant donnée, l'émission du papier-monnaie en découle tout naturellement. Sous cette forme nouvelle, la notion de la momt^e-signe, substituée à celle de la moniaie-marchaTidise, a attiré des désastres sur les nations, et particulièrement sur la France. Ce fut notamment la base de l'échafaudage aue dressa Law et qui, en s'écroulant, couvrit la France de ruines et de honte. » (Michel Chevalier, la Monnaie, 2= éd., p. 52.)
Si la monnaie métallique est, par son essence même et son origine, un équivalent, il en résulte que sa valeur intrinsèque doit être rigoureusement égale a sa valeur nominale. Celui qui la fabrique et qui l'émet n'a pas le droit de l'altérer. Lorsque, par son estampille, unmarchand, un banquier, un orfèvre atteste que le lingot qu'il me livre vaut un slalère d'or, s'il s'est avisé d'altérer le titre de c«
lingot et da remplacer par une matière vile une partie de l'or nècesiaire pour représenter la valeur commerciale d'un véritable slatère d'or, & me trompe et il lance dans la circufalion commerciale une fausse monnaie- Lorsque je lis la meniioD 30 francs sur uo napoléon, avec le nom et les armes de l'Etat, cela sigoiËe que l'Elat uie garantit que la pièce a réellement une valeur de ^0 l'r. d'or. Et cette valeur n'est conférée ù la pièce ni par son nom, ni par soii type; elle résulte de la nature intrinsèque du métal et de sou poids. L'Etat n'a fait que la constater par son estampille. Si je [lorie à l'Hatel dos monnaies, i Caris, un lingot d'or valant SO fr. au poids, l'Etat, qui se charge de la frappe et en prend la monopole, doit me rendre une pièce de zO fr. S'il altère le métal, s'il n'y laisse, par exemple, de l'or que pour 10 fr., remnlatani le surplus par du cuivre ou roule autre matière vile, il ne me rend réellement que 10 francs sur 20 que j'ai déposés à son officine monétaire : il abuse de ma confiance, il me vole, il se constitue à l'élat de faux monna^eur. De le les troubles profonds occasionnés par l'allèraiioa des monnaies lorsque des gouvernements peu scrupuleni ou DialérUirés. et croyant conjurer par là des crises Snaocières, ont cru pouvoir recourir à ce procédé déloyal. L'expérience de tous les siècles est lit pour attester que la fausse monnaie est l'une des plus grandes calamités qui puisse accabler un peuple, ("est ce uue proclame, dès 1370, dans son Traité des monnaies, Nicolas Oresme, le sage conseiller du roi Charles V ; c'est ce que dit non moins nettement Copernic, au commencement du xvi' siècle : « Quelque innombrables
Sue' soient les fléaux qui d'ordinaire amènent la décadence es royaumes, des principautés et des républiques, les quatre suivants sont, i mon avis, les plus redoutables : la discorde, la peste, la stérilité delà terre et la détérioration de la monnaie. Pour les trois premiers, l'évidence Tait que personne ne les ignore. Pour le quatrième, peu de gens s'en occupent. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas d'un seul coup, mats petit à petit, par une action presque latente, qu'il ruine l'Etat. »
On conçoit ainsi le cAté odieux et méprisable qui s'allacbe à la profession de faux monnayeur,et l'obligation qui s'impose auK gouvernements de frapper les individus qui s'y livrent des cbiliments les plus rigoureux. Leur indus-
D,<,n.=dnvG00«^lc
trie coupable, si elle se développail, n'aboutirait à rien
moips qu'à ruiner à la fois l'Etat et les particuliers et à jeter la défiance et le trouble le plus profond dans les relations commerciales (V. plus bas Fausse monnaie).
Toutefois, il arrive que le public ne se rend pas compte toat de sniie que ta fausse monnaie est fabriquée à son dètritneni ; le titre des espèces ou leur poids semblent lui être indifférents : il ne s'aper^it pas que la monnaie n'est plus un équivalent parce qu'elle conserve toujours la seconde de ses fonctions, celle de vébicule ou de signe des Changes. [^ principale raison qui fait accepter, pendant quelque temps an moins, la monnaie altérée aussi bien
Sue la bonne, est désignée par lei économistes sous le nom 6 loi de Greskam, le ministre anglais qui la formula le premier, sous le règne dBisabeih. Klle s'énonce ainsi; La bonne monnaie ne peut chasser la mauvaise; c'est, au contraire, Ut mauvaise monnaie qui chasse la bonne. Ce principe vrai, qui va droit à rencontre de la théorie d'Ifertiert Spencer répudiée plus haut, est fondé sur l'observation etia pratique. En effet, la monnaie est bien une marchandise, mais, ï la diSerence des autres, on ne l'achète pas pour la consommer, la garder, la détruire. Si j'acbétedes aliments, des vétements,un animal, un champ, c'est pour en user directement, et suivant mes besoins les altérer, les améliorer ou les détruire. Mais la monnaie, je ne puis la consommer ou la perfectionner ; elle n'est que temporairement entre mes mains, et qaand je la transmets à d'autres, elle n'est ni pins ni moins bonne que quand je l'ai refue. Cet înelrument, intermédiaire de tout commerce, a, concurremment avec sa valeur intrinsèque, une valeur fiduciaire qui peut se soutenir un certain temps, alors que la valeur mlnnsêque a subi une dépréciation. De la vient que ce i|ui m'importe, en pareille occurrence, ce n'est pas tant d'avoir une bonne monnaie, que d'être certain qa on la recevra, lorsque je la livrerai en paiement, avec autant de facilité que j'en ai mis moi-même a l'accepter. Nos pièces d'argent actuelles sont une mauvaise monnaie, puisque le Imgut métallique qui représente la pièce de 5 fr. se VRud a peine i fr, 30 dans le commerce. Mais je n'en ai cnre tant que je pourrai l'aire passer pour S Ir. la pièce qui a cette valeur nominale et que j'ai reçue pour cette
Soivant cet ordre d'idées, le banquier, l'orfivre, le monélaire qui fabrique la nanoaifi, a intérêt à ea altérer le titre : son bénéfice est plus Rrand. Celui qui va acheter de la monnaie chez le Tabricant trouve également son intérêt à avoir une monnaie de moins bon aloi, car elle lui coûte maJDi cher : le tout est, pour lui, de la l'aire accepter dans les paiements qu'il a à eSecluer. « On a t>esoiD de monnaie, non pour la garder dans sa poche, mais pour la faire Rsser daas la poche da voisin; et moins la monnaie que D fait accepter au voisin est bonne, plus grand est le profit au'on fait soi-même. Ainsi il y a une tendance naturelle â l'avilissement de la monnaie métallique dans sa fabrication, tendance qui ne peut être combattue que par la surveillance constanie du gouvernement. * (Stanley Jevous, la Monnaie, p. 68.)
Dans la période du monnayage privé, cette surveillance faisait défout et nulle autorité ne venait contrôler le titre et le poids des pièces. Le client étant trompé, mais paraissant s'accommoder de la fraude commise i son détriment, c'est en vain qu'on aurait fait appel aui senliments de dignité et de droiture du fabricant, et qu'on, anrait mis en relief la honte qui rejaillit sur les faon monnayeurs démasqués. Enhardis par le succès et l'appâtdu ^ain, banquiers, orfèvres ou monétaires lotlèrent à l'envi, altérant sans cesse davantage leura monnaies, à chaqae nouvelle émission. Nous constatons ce phénomène dans les espèces frappées par les Compagnies minières de la Californie aussi bien que dans les tiers-de-son mérovingiens. Pour les mêmes raisons, les monnaies d'électrum primitives frappées en Asie Mineure présentent des variétés d'aloi qui varient depuis 60 "/o d'or par contre 40 "!„ d'argont jusqu'à 2 °/o d'or pur contre 98 7» d'argent. En Chine et dans l'Indo- Cbine, l'altération des lingots de métal précieux lancés par les banquiers dans la circulation commerciale fit qoe les gouvernements indigènes durent créer l'emploi de c sonneurs de piastres *, c.-à-d. de vérificateurs chargés de s'assurer de l'aloi du métal. L'altération des béches-monnaie et des couteaux -monnaie s'est faite, non seulement dans la composition du métal, mais dans le poids et dans la forme ; tout d'abord le manche des bêches et des couteaux fut supprimé, et il ne resta que la lame directement sondée à l'anneau de suspension. Plus tard, on At dispa-
raltre la lame «lle-mème, si bien qae l'aDneau de suspeniioD fat seul conserTé. Cei anncaa plat cnnlmua i passer pour UD couteau «alier. A force de voir les couleaux renrésenlés seulement par leur aonean, on finît ^ ar ne plus fondre que des anneaux sans lame ni manche, l'elle est l'origine de la sapèque chinoise, plate, circulaire, avec un large trou carré au centre; sa forme est ainsi le résultat d'un abus, d'une détérioration. DientM, m altéra stis«i le métal dont elle était faite ; après avoir été en cuivre et en fer, elle finit par être en zinc, si bien que sa valeur intrinsèque n'égalait plus même le tiers d'un centime de notre
Quelles que soient les particularités que présentent, suivant les temps et les lieux, ces altérations graduelles do la monnaie, elles procèdent partout du même principe, et ce sont des motifs de même ordre qui ont rendu le publie insensible i la fraude dont il finissait par être victime. Une monnaie sans valeur ne peut circuler au dehors, ètra échangée, t poids égal, contre on lingot ou une monnaie de bon aloi ; elle ne saurait, en un mot, servir d'intermédiaire pour le commerce extérieur, parce que là elle ne bénéficie pas de sa qualité de signe, la seule qu'elle ait conservée, n'étant plus un Équivalent réel. On comprend par là pourquoi, ici encore, le développement dn commerce fut un des agents essentiels qui contribuèrent i discréditer dans l'opinion, k décrier la monnaie privée ainsi altérée. Entre eui, les Francs mérovingiens pouvaient se contenter . d'échanger la monnaie fiduciaire dont nous avons parlé et lai recoDQaltre, par une sorte de convention tacite, une valeur bien supérieure i celle qu'elle avait réellement. Hais il ne leur était guère possible de faire accepter un semblable numéraire par les étrangers, par exemple les Lombards et les Wisigoths avec lesquels ils commerçaient.
De même, il nous est loisible, entre nous Francis, en 1898, de continuer à accepter pour 5 fr. notre grosse pièce d'argent, bien que nous sachions que le lingot métalliqae qui sert i la fabriquer ne vaut pas S fr. SU dans le commerce. Mais il n'est au pouvoir d'aucune loi de la faire accepter par l'étranger pour cette même valeur de 5 fr. Hors des frontières, la valeur nominale d'une monnaie ne compte plus ; ou ne l'accepte qu'au poids et pour sa valeur métallique. En 1876, on a dû suspendre la
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frappe delà pièce de cinq francs ï canse de rabaissement du prix comnierdal de l'argenl, parce que, si la frappe de l'argent fût restée libre, tous les manieurs de inélaux précieux easseot perte leur argent à l'HAiel des monnaies; d'un lingot acheté par eux 3 fr. SO ils eussent tiré une pièce de SFr.: lejen en aurait vain la peine, et c'est d'ailleurs ce qui commençait à se produire lorsque la suspension de la frappe fut ordonnée. Si l'on n'avait mis un frein à ce monnayage' légal, nous serions inondés de pikesd'argent ; tous les spéculateurs en métaux, étrangers et nationaux, auraient voulu profiter de la plus-value imposée actuellement par la loi à l'aident monnayé. De plus, comme nos pièces d'argent ne circulent à l'élranzer qu'au poids et non pour leur valeur nominale, les spéculateurs se seraient bien gardés de faire passer la frontière i aucune d'elles : ils les auraient écliangées, suivant le droit strict de chacun, contre nos pièces d'or qui. elles, ont une valeur nominale égale i leur valeur réelle ; ils nous auraient laissé quatre pièces de S fr. en argent, c.-ii-d. en réalité 10 fr. seulement contre une pièce d'or valant réellement et partout 30 fr. ; iU auraient drainé bien vite et empoiié notre bon or en échange de leur argent déprécié, et nous aurions vu. i notre grand détriment, l'application du théorème de Gresham : < La mauvaise monnaie fait èmierer la bcmne à l'étranger. ■ Cette situation eût entraîné fatalement nue crise économique.
Dans la période du monnayage privé, l'aulorilé n'intervenant pas pour entraver l'émission des monnaies à bas litre, c.-à-d. des monnaies dont !a valeur nominale était bien supérieure à la valeur réelle, il fallut, pour remédier au mal, attendre que le public apprit, a ses défteuset par sa propre expérience, i se rendre compte du grave préjudice qui lui était causé. Lorsque les marchands constatèrent qu'ils avaient à subir une perte plus ou moins forte dans leurs relations avec les pajs étrangers, leur intérêt se trouvant en jeu. ils firent des difficultés pour recevoir désormais les pièces de mauvais aloi ; ils les refusèrent de même que l'État refusait naturellement de les accepter pour le paiement det impôts. Le public désabusé comprit alors que la monnaie qu'on lui donnait en échange de ses marchandises n'en était plus l'équivalent, et qu'il se trouvait en réalité frustré du prix réel qu'il comptait recevoir;
à son tour il cessa d'avoir eonfiance dans cette monnaie de maDTais aloi. Les citoyens cherchèrent d'abord à se défendre comme ils purent contre cène duperie dont ils étaient victimes à diacnne de leurs traosactions ; dans leurs contrats, ils stipolèrent que les sommes qui leur étaieut dues seraient, comme le «usent si souvent les textes mérovingiens, acquittées en monnaie d'or, pure, éprouvée et de j)on poids. Toutes ces précautions furent vaines ; le désordre ne Et que s'accroître chaque jour davantage, les relations sociales d'individu i individu étaient devenues aussi troublées, aussi difficiles que lorsqu'un Ëtat a lancé, à profusion, dans la circulation, un papier-monnaie qui cesse d'avoir la conSance du pablic. La société tout entière se trouva livrée sans merci aux mains des agioteurs. Bref, le système dn monnayage libre ou privé, par l'altération graduelle des espèces qu'il émettait, faisait maudire la monnaie et rendait impraticable cet instrument des échanges et étalon de toutes les valeurs. Il devint urgent de mettre un terme â lafrande. Chaque citoyen ruiné, démoralisé, appelait de tons ses vi£ux l'intervention de l'autorité publique.
Partout l'Etat se montra d'autant plus empressé i intervenir qu'il y avait profit pour lui. Il prit à sa charge d'estampiller tous les lingots : sa marque seule et exclusive fut admise sur le marclié. Défense fut faite à tout citoyen de conlremarquer au d'estampiller lui-mime les métaux qu'il pouvait avoir en sa possession ; il fut coatraiitt de les porter à l'oBicine publique ; lï on vérifia et uniformisa leur titre et on les laQIa suivant une règle commune et mvariable, puis on Us paioconoa, comme garantie, du symbole ou du nom de l'Etat ou de son représentant. En retour du service qu'il rendait ainsi au public, l'Etat préleva sur les lingols apportés i son officine un droit de fabrication ou de monnayage qu'on appelait, dans les siècles passés, le seigneuriage et le brassage. Tout le monde avait donc intérêt au nouveau régime, le public et l'Etat ; ïoib pourquoi les choses se passèrent de k sorte dans tous les pays et i toutes les époques de l'histoire.
Nous arrivons ainsi, par un développement graduel et normal, k la conception de la monnaie telle que les civilisations perfectionnées l'ont admise. Dans le système de la monnaie garantie par l'État, tout citoyen jouit de la fa-
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culte de se prûcurér des lingots d'or et d'argent et de les faire translarmer en monnaie, eous la seule condition de s'adresser, pour la main-d'œuvre, à l'établissement que la loi désigne pour gérer le monopole de cette CabricatioD. Montrons dans l' h isioire quelques exemples de cette substitution de la monnaie d'Etat i celle des particuliers. Aux Ëlais-Unis, dans le cours des xvii* et xvui" siècles, les lois se suceédèreat dans le but de faire fermer les ateliers monétaires privés et de créer use monnaie d'Ëtat destinée â < opposer une digue au débordement des pièces i bas titre* (Alex. Valtemare). Le mauvais aloi des pièces frappées par les particuliers avait rendu les échanges coœmerciaui presque impossibles. Après divers essais, la première mon Daie fédérale des Élais-Iiais futéiniseléaaleinent en 1792. L'article 10 de la Couslitmion inlerditd'une manière absolue le monnayage privé, ce qui n'empêcha pas, pour longtemps encore, nous l'avons vu, des particuliers d'émettre des monnaies dans certaines circonstances, surtout lorsqu'ils se sentaient loin de l'action du gouvernement central.
Chez les Francs, ce fut Pépin le Bref, par un acte du concile de Vemon-sur-Seine en 753, puis surtout Cbarlemagne, qui mirent an frein au désordre du monnayage privé. Les capiiulaires disent : « Qu'il ne soit frappé de monnaie qu'à noire cour, et que les deuiers du palais [denarii poiatini) aient cours partout. * La démonétisât ion de l'or et le changement du poids des monnaies d'argent furent les mesures prises par Pépia et Cbarlemagne pour restaurer le droit régalien de monnayage tombé en désué' tudeen Gaule depuis lachute de l'empire romain.
Dans la Grèce des vu' et vi'' siècles avant notre ère, l'autorité publique, devenue assez forte pour imposer ses lois, ne procéda pas d'une autre façon. En Asie Miueure, pour mettre fin aux abus du monnayage de l'éleclrum, Crésus (361 â 346] démonétisa ce métal et le remplai^ par la monnaie d'or pur et d'argent pur. C'est ce que veut dire Hérodote dans ce passage fameux : < Les Lydiens, dit-il, sont les premiers des hommes qui, à notre connaissance, ont &it frapper pour leur usage de la monnaie d'or et d'argent. » Celte assertion se trouve absolument concorder avec les monuments, car les monnaies de Crésus sont bien, si l'on enexcepled'informes essais de mon-.
nayage priTé, hs plus anciennes moDDaies d'or pur et d'argent pur qui eiistent. Nous en reproduisons UD spé- -■-en. On ïoit.
les cornes et les pattes avancées. Au revers, ce sont deux carrés creux juxtaposés cAte à cAte (lig. 6).
Ce que Gi Crésos en Lydie. Pbidon, roi d'Argos, l'exâcuta dans le Péloponnèse : aux vieux lingots de fer, il substitua de beaux staières d'argent, de litre et de poids réguliers, à type immobilisé, qu'il &t frapper i Egine, alors le marcbé le plus important de la Grèce d'blurope, sur la mer V^ét. 11 en fut de même eniiu dans l'Italie ceutnle, oâ l'iatervention de l'autorité publique, se substi- . tuant i l'action individuelle dans l'émission des grands lingots de bronze, se révêle surtout par la régularité de la (aille et l'immobilisation des types.
Tout ce qui précède démontre jusqu'à l'évidence que l'iaveution de la monnaie n'a été, dans aucun pays, l'œuvre d'oQ jour ni le résultat de la conceplion d'nn homme de géaie. La monnaie est un rouage social qui s'est développé, généralisé et perfectionné de lui-même, de génération en génération, sous toutes les latitudes et dans les civilisations d'origines les plus diverses, par le seul fait de l'extension des relations commerciales. A proprement parler, il n'y a donc pas eu d'invention monétaire. En Grèce, les pastilles et les lingots, ipDofSi;, ôSeM, ôâ^faxoi, le;uAavop lacédémonien, nousoDl conduitsinsensiblement et sans secousse aux monnaies estampillées par des marchands, puis exclusivement par l'autorité publique. De même .dans l'Italie centrale, les lingots de cuivre de la série primitive ou aes rude, ceux, déjà estampillés de types divers, de la série de Vaes signatum, et ceux, enfin, de Vas tibrat, dérivent les uds des autres, t tel point qu'il n'est pas possible de fixer, d'une manière rigoureuse, les frontières de ces systèmes théoriquement successifs. Tons ces monuments numitmitiqnes se tiennent comme dn
anncaui mi de faire pla pour qu'elle
naie ».
Les hctv compte exai:
géitératioi] 1
Îue dans $< volniioa fij ce précieux ils se sont terminé, dq discuté les i daient faire noua, la qui on le chef i quité, fut. Il
Silie privée u moDDay!
centralisée»
tage, les en A Rome, an milieu i d'après Tim primer une monniie, el une brebis.
lignalum i attribuent k poids et me
nilne, il fall le caractère
on poids en d.tBOgr.ei
NOrm'. SUR L* RONNikIR B7
de bronze : 3 nous est parreDu des moitiés, des quarts, des hoitièmesde quincussù ou de quadrussùobteaaayar ce procédé barbare. Telle fut la monnaie de Servius Tullins, ou dn moins «elle qui peut remonter ïers le temps où vÎTail ce prince. Les DéceiaTirs. vers 4S0 av. J.-C, réformèrent la monnaie de cuivre et inangnrèrent le svslème de l'aes grave libral, c.-â-d. le système dans lequel l'unité monétaire {as, assis, asmrius) pèse une livre (as tibralis), environ 397 gr.
Les Grecs éprouvaient plusde difficultés que les Romains à mettre d'accord leurs traditions nationales : « Ce serait, dit Pollux, un beau sujet d'étude eue de rechercher si la monnaie a été inventée par Phiaon d'Argos; ou par f>émodice, RUe du roi de Cymè, Agamemnon, et femme du roi de Phrygie, Hidas; ou parles Athéniens, Erichthonios et Lycos; ou par les Lydiens, comme le raconte Xénophane; ou par les Naxiens, ainsi que le pense Aglostbènes. * L'étude des monnaies elles-mêmes ne nous lire pas d'embarras : les premières émissions d'Ëgine et de l'Eubée; celles des lies de Naxos, de Céos, de Paros, de Siphnos, de Samos; celles qu'on classe, avec plus ou moins de certilade, à Cyzique, à Lesbos, à Phocée, ï Milet, à Ephèse ; d'autres, dont la patrie est encore plus douleose, paraissent, par leur style, à peu près contemporaines les unes des autres.
Avec la tradition lydienne, celle qui était la plus répandue se rapporte i Phidon, roi d'Argos, qui vivait vraisemblablement dans le cours du vii° siècle et qui passe, comme Servius TuUius à Rome, pour avoir inventé la monnaie et introduit en même temps les poids et mesures dans le Péloponnèse. Arisiote nous informe que, de son temps, on voyait encore dans le temple de Réra, â Argos, des lingots ou des broches de fer {ô5ik<axoi) que le roi Phidon, tout en les démonétisant, avait jadis consacrées
!t Giée de même que le litre du métal (Sg. 7). La I pelite divbion dp systèmt» re;iit le nom A'aboli, ,
Xot ou iSMiMi de fer.
Six ô6oW rormèrent la drachme, Spayf,'^ (6b'',;{0), mol dont le sens étymologique est « poignée * ; la drachme représente donc la valeur d'un petit faisceau ou poignée de six barres de
Fis. T. — Monnaie ]>riniitive f«T. On saisit par lf< de
d'Egine en argent, ayani en- quelle manière étroite et
hS™u ' u'u^^côtÊ ïl wriio" Hgoureuse le système de
au révère, carré creux. ' la monnaie primitive
d'Eaine se ratUche à
l'ancieD étal de choses dans lequel les broches de fer
étaient l'étalon des valeurs.
VI. Qualités des métaux HONËTiiaEs. — Dans toules les civilisations anciennes et modernes, l'or et l'aident furent, parmi les métaux, ceux que l'on monnaya de préférence, lorsque l'invenliou monétaire eut atteint son dernier degré de perfectionnement. Cela tient à ce que l'or et l'argent sont tes substances que la nature a douées, au plus haut de|^é, des qualités dont serait bvesli l'étalon idéal et parfait, s'il était réalisable. En effet, pour être un étalon parfait, réquivalent devrait réunir au suprême degré les conditions suivantes, déjà indiquées par Nicolas Oresme et d'autres anciens économistes et que Michel Chevalier a nettement précisées :
1° Etre inaltérable, pour que celui qui le reçoit en paiement d'une marchandise qu'il a livrée ne soit pas exposé i le voir diminuer de valeor entre ses mains et cesser d'être un équivalent complet, ce qui serait une perle sèche:
2> Etre facile i transporter, il emmagasiner, a conserver, sans exigerdes soins incessants et onéreux;
3° Etre divisible, de fai;on à scnir dans les transactions commerciales les plus minimes.
4* Etre homogène, c.-i-d. avoir toutes ses parties semblables les unes aux antres, pour qu'elles s'équivalent entre elles ;
5° Etre assez eornman et répaadu pnur qae chacun puisse s'en procurer ; être en oiëme temps assez rare pour que personne n'en puisse avoir i satiété ;
6° Avoir une valeur Rxe et immuable, car, s'il est exposé fréquemmentel brusquement à la baisse que peut entraîner. par exemple, une surproduction, ou à la bausse qui est la eonsèqueuce d'une raréfaction, les prix de tontes choses Boroni incessamment bouleversés.
Aucune substance, dans la nature, m possède cet ensemble de qualités d'une manière complète et ne fournil, par conséquent, une mesure et un équivalent parfaits. Hais, si cet idéal ne saurait être atteint, l'humanité a une propension naturelle et un intérêt manifeste è chercher ce qui s'en rapproche le plus. Or, de toutes les denrées ou marchandises qui exislenl, il n'en est pas qui satisfasse cet intérêt et cette tendance aussi complètement que les métaux en général, et parmi les métaux, l'or et l'argent. Le blé, les troupeaux, les pelleteries, les ustensiles métalliques ne sauraient être de bons étalons, parce que leur valeur ou leur prix est variable, aléatoire, incerlam pour des raisons multiples. Certains économistes, k la recherdie d'une mesure idéale des valeurs, aussi stable et précise que le mètre, le ^mme, le litre, pour les longueurs, les poids, les capacités, ont cru trouver dans la journée de travail de l'ouvrier cet ètalnn universel. < Le travail, dît Adam Smith, est la seule mesure universelle, la seule «xacie, le seul étalon par lequel nous puissions comparer les valeurs des différentes marchandises à toutes les époques et dans tous les lieux. » Et Germain Garnier, le traducteur d'Adam Smith, ajoute : < Le travail humain considéré en lui-même e^t invariable... Ce que donne l'ouvrier qui travaille, le sacrifice qu'il fait d'une portion de son temps, de ses forces, de sa liberté, est le même dans toutes les circonstances. C'est là une qualité certaine et constante, détenninée par des lois naturelles, comme le cours des astres et la marche des saisons... Dans ce sens, le travail est la mesure delà valeur. Si nous savonsquelle quantité de travail une chose a pu payer ou commander à une époque donnée et à une autre époque, nous savons quelle est la
valeur relative de cet objet aux deux époques différentes. » ^ Cette théorie, inspirée peut-être par une sympathie généreuse pour l'homme qui travaille de sea mains, a reçu QD essai d'applicaljon en Angleterre, vers 1830. Le réforinal«ar fiobert Owen entreprit de monnayer le travail humain. « £d retour d'une paire de boites, raconte Louis itayband, on donnait un certain nombre d'heures de travail de boulanger ou de tisserand. Un papier-monnaie très enrieux, énonçant cette valeur, fut fabriqué il cette occasion et pour cet usage. » L'avortement presaue immédiat ' ' "' ' ' ■ . .- dispense d'in-
sister sur les incDovéoients de ce système dont Michel Qievalier n'a pas eu de peine, au nom du bon sens, à faire prompte justice. Non, dirons-nous avec lui, le travail mnsculaire de l'homme n'est point invariable ; il ne so ressemble pas plus que les hommes ne se ressemblent ; il varie suivant la [orc« physique ou l'intelligence, suivant les régions et les saisons, et ce n'est pas par des statistiques et en prenant des movenues qu'on pourrait lever les difficultés qni naîtraient de l'application quotidienne de la ioumée de travail à l'évaluation de toutes les marchandbes. Plus logique oue tous les systèmes a priori, le tKin sens populaire a, oans toutes les sociétés, choisi les métaux comme se rapprochant le plus des conditions idéales. Mais les métaux, à leur tour, ne possèdent qu'à des deerés divers les qualités essentielles de l'étalon parfait. Le platine, par exemple, est trop rare et d'une valeur trop variable pour qu'on puisse en faire un métal monétaire, bien qn'ou s'en serve, il cause de sa non-dilatabilité, pour fabriquer les étalons des mesures légales. Le fer, l'ètain, le plomb, le cuivre sont, au contraire, trop répandus ; ils sont, les uns trop durs, les autres trop mous, exposés à l'oxydation et à la destruction. Leur abondance fait qu'ils ont peu de valeur, de sorte que les paiements exigeraient le plus souvent Su'ils soient accumulés en quantités énormes. Lenr prouciioD varie brusquement et l'application qu'on en fait dans la métallurgie expose leur prix à des fluctuations incessantes, suivant l'offre et la demande. Le choix des métaux vils comme étalon de la valeur des choses procurerait donc ( une mesure élastique qui s'allonge et se raccourcit, suivant les circonstances, qui ne sera pas la même aujourd'hui qu'hier et qui peut snoir en même temps
sar les marchés voisiDS des variatioDS eo sens iaverae » {Th. Hommsen). Ed dd mol, en emplojaot ces mélaux dans ses transactions, un mardiand ne recevrait pas un éqnÎTalent durable de ses marchandises.
. Seuls, les métaux précieux, c.-i-d. l'or et l'argent, satisfont presque complètement aux conditions que la nature des choses réclame de l'étalon des valeurs.
Si tout le monde peut s'en procurer assez facilement par la vente d'un objet de quelque valeur, ils sont assez rares pour que chacun en soit avare et qoe les pins opulents n'en aient jamais assez. Ils sont l'objet et le bat d'une passion inassouvissable de l'âme humaine, l'avarice, auri sacra famés. Chacun de nous ressent cette passion comme toutes les autres et veille sur ses trésors avec un soin jaloux.
Les mélaux précieux sont inallérables et indestructibles; l'oxydation n'agit pas sur l'or et n'entame l'argent qu'à la surface. Us sont d'un transport facile parce qui! en faut relativement une petite ouantité pour représenter une grande valeur : 100 gr. d or environ représentent le prix d'un bœuf de 400 kilogr. Ils sont homogènes : toutes les
Parties d'un lingot se valent, à égalité de poids ; l'or de Australie et de la Transylvanie a la même valeur que celui de la Californie et du Transvaal.
Us sont divisibles presque à l'infini, et chaque parcelle, quels qu'en soient la ténuité et le poids, conserve sa valeur proportionnelle.
Ils offrent à la fois assez de malléabilité et de dureté pour recevoir et conserver toujours l'empreinte d'un type monétaire, pour ne pouvoir être usés que par un frottement incessant et prolongé.
De Ions les métaux ils sont ceux qu'il est le plus facile de reconnaître du premier coup, à la vue, au son, au poids ou à l'expérience chimiaue ; avec d'autres matières, on pourrait plus aisément abuser de la confiance du public.
11 n'est aucun autre métal ni aucune autre marchandise dont la valeur soit aussi stable que la leur sur le marcbé. Le blé est d'une cherté excessive ou d'un bon marché suivant la production annuelle. Sans doute, l'or et l'argent sont soumis, comme toute autre denrée, A cette loi de la production. La remarque en a déjà été faite par Xénopbon : «Lorsque l'or abonde sur le marché, son pnx baisse, tandis que celui de l'argent monte; * mais cette variation agit len-
a E. BABELOM
lemest et dans des proportions moindres que pour tonte aatre denrée. Celle slabililé relative du prii des métanï précieux est due surtout i ce privilège que leur confère la nature de ne pouvoir être répandus à profusion et de n'être pas d'une absolue nécessité, d'arriver sur le marché en quantité modérée et suffisante. A peu prés impropres b la grande industrie comme aux usages domestiques, leur ntuité se restreignant an bie individuel, ils sont, moins que les autres métaux, exposés aux i-cnups de l'ofire et de la demande. La Torme de paiements individuels au'ils revêtent, pour entrer dans la circulation commerciale, fait que la part dont dispose chaque individu ne subit que de loin et d'une manière peu sensible, au moins immédiatement, le contre-coup de la production courante des mines. Le flot monte ou Jimiaue, mais si lentement, que chacun de nous ne s'apen^it <^u'il a changé de niveau qu'en faisant un retour comparatif sur une période de temps assez longue.
VQ. Le rapport de valeur des hïtaux honëtathes. — A partir du jour oli une société commeoi^a à employer les métaux concurremmenr, comme équivalent et commune mesure des choses, il fallut se demander quelle était la valeur respective de ces métaux, les uns par rapport aux antres. J'achète un cheval, une maison, un champ, pour un poids d'or déteminé : mais l'or vient à me faire défaut; à sa place, mon créancier consent à accepter de t'ar^t, du fer ou du cuivre. Qatl poids de l'un ou de l'antre de ces métaux dois-je considérer comme l'équivalent en valeur du poids d'or dont je suis dèbileur? Et, quand l'expérience eut réduite deux les véritables métaux monétaires, l'or et l'argent, il fallut se demander quel était le rapport
indifféremment avec l'un ou avec l'autre.
Combien faut-il de grammes d'argent pour contre-halancer la valeur d'un gramme d'or? Le problème comporte une solution dont l'essence même est d'être mobileet changeante, en dépit des multiples efforts tentés par les lois pour en assurer la stabilité, et malgré même les qualités qui donnent aux métaux précieux nue fixité de valeur plus grande que celle d'aucun autre produit naturel ou manufacturé. Sans douie, l'ur et l'aident ne sont pas sujets ï subir brusquement une dépréciation Inquiétante ou mie
plus-value considérable. Néanmoins leur prix n'est pas d'une immobilité absolue ; en temps normal, il gravite autour d'un point central généralement pris pour base de l'étalon monétaire. £a comparant des années éloignées, vous remarquerez que l'amplitude des oscillations est assez sensible e[ ijue, (our à tour, un métal renchérit quand l'autre s'avilil, si bien que l'équivalence admise une première fois entre les deux mélaus n'est plus ciacte et demande à être rectifiée. Les causes de ces variations sont multiples ; il suffira d'en signaler une : l'inégalité de la production des deux métaux monétaires. Ils n'augmentent pas parallèlement et simultanément d'une somme équivalente chaque année. Une production ou un raleatissement dans les mines d'or n'est pas contre-balancée toujours par un mouvemeot similaire dans les mines d'argent. Dés lors, le rapport de valeur des deux métaux sur le marché tend i subir le contre-coup de celle inégalité. 11 est bien difficile de dire de quelles manières les civilisations de l'antiquité ont résolu leproblèmede l'équation des deux métaux, et surtout de déterminer avec précision, vu la pauvreté de nos éléments d'information, les variations multiples subies par ce rapport de valeur à travers les siècles.
Pour les grands empires de l'Egypte et de la Hésopolamie, le rapport de l'or i l'argent paraît avoir oscillé entre 1 i 12 et 1 i 13 1/3. Lorsque Crésus fit sa réforme et créa ses monnaies d'or pur et d argent pur. il procéda comme nous le fîmes en l'an XI (-1803) pour l'établissement du bimétallisme français. Il prit pour base de sa réforme le rapport de valeur des métaux sur le marché, c.-ii-d. considérés i l'élat de lingots, à seule fin de donner à sa monnaie un rapport légal conforme an rapport marchand et réel, et de faciliter TaHoption des nouvelles espèces dans hi transactions cptotidiennes. Selon toute vraisemblance, ce rapport était alors en Lydie comme 1 est à 13 1/3. En eiïet. [es premières crésëides comprennent tin siaière d'or de 8ii',n et un slaière d'argent de 10b', 89, avec des divisions parallèlement échelonnées dans les deux métaux. En admettant lerapport 13 1/3à 1, le slatère, l'hèmi-statère, l'obole d'or valent respectivement Kl statères, hémi-slatèreg, oboles d'argent. Cette admirable coordination, répondant: avec tant de simplicité à tonslesbesoins, ces nombres ronds, si faciles à graver dans la mémoire et à introduire
dans Us calculs couranls de toute opëralion commerciale,
auloriseot à considérer comme certaine la ratio i'6 1/3
qtti les produit.
Plus tard, Darius (5:24-485 av. J.-G.) créa la darique
d'or et la darique d'ai^Dt, cette Jornière appelée plus communément sicUmédique. La darique d'or pèse 8»',-H (fig.S); te sielemédiqueeud rachme perse pèse Ss^GO. La darique valait 20 sicles, de la mémo façon qne la
FiK- 8. — Dari(]De. Le roi de créséîde d'or de B«',il Perae tient un arc et une valait 20 héml-StalèreS
pur. poids sont chaneés.mais
le rapport reste le même, c.-à-d. conime 1 à 13 1/3, pendant toute la durée de l'empire des Perses Achéméuides.
Dans la Grèce d'Europe, avant la réforme de PbidoQ, l'or était plus rare qu'en Asie ; il devait y être plus cher. Il paraît certain, en effet, qu'au momeut ae la création de la monnaie d'Egine au typede la tortue, le rapport de l'or à l'argent était comme 1 est il 15. Le poids du slatère d'argent phidonieo étant de 12!''.60, on voit que le statère d'or asiatique ou darique, de 8b',41, équivalait à 10 statères d'argent. La diffusion de l'or asiatique daus la Grèce propre, la découverte de nouvelles mines, l'eiiension des relations commerciales, la fondation par les Miiésiens de Panticapée qui, dès la fin du vi° siècle, devint la capitale grecque du bassin septentrional du Pout-Euxiu, et l'entrepAt du commerce de l'or de l'Oural : telles sont lesraisouB principales qui firent baisser le prix de l'or sur les marchés de l'Eubée, d'Egine, d'Athènes ou de Corinthe. Xéno- Ehon en fait la remarque avant la fin du v° siècle. Aussi I ratio 1 il 1 5 Oèchit graduellement pour descendre à la [voporlion de 1 à 14. que nous trouvons en pleine possession du marché d'Athènes au temps de Phidias et de Pé-
La guerre du Péloponnèse (431 à 404) parait avoir provoqué en Grèce une crise économique â la faveur de laquelle h valeur de l'or baissa rapidement, à tel pomt
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NOTICE SUH LA IIONNAIE iÈ
qne la ratio orientale de 1 à 1 3 1/3 ae trouva atteinte et même dépassée ï AlbèneB. Cela tint à ce que, au coors de cette longue guerre, les Perses s'immiscèrent de pins en plus dans les affaires intérieures de la Grèce. Le ennd roi Bcbetait à prix ri'ar et sans compter l'alliance de Sparte on de telle autre ville ; il prodiguait b«s dariijues aux généraux grecs; lesmercenaires^recs qui formaient la majeure partie de ses armées rentraient chez eux chargés de l'or achéméuide. Devenu de plus eo plus commun, le métal jaune se trouva, par là même, déprécié, au bénéfice deaon concurrent. Après le siège d'Athènes, en 407, la disette de l'argent amenée par la fermeture momentanée desmines
ttoineexploitèes outrance par Philippe, le père d'Aleiandre, fil eut encore baisser i'or. Les monnaies d'Alexandre sont taillées snivant le rapport 4 àlO. Le statéred'or pèse Ss' ,60; la drachme d'argent en est la moitié, c.-à-d. i»',30; le tétradrachme est de 1Tk'',20; c'est le svsième attîque tel qu'il existait à Athènes même, au moment oh parot le conquérant macédonien. Il fallait 30 drachmes ou s tètradrachmes pour équivaloir à 1 stalère d'or, de la même façon que dans l'empiro perse il fallait iiO sicles médiques pour correspondre k la ifarique d'or. Le rapport 1 à 10 persista après Alexandre en Grèce et en Asie Mineure; il se trwivait encore en vigueur dana cescontréesau moment de l'arrivée des Romains.
A Rome, avant le commencement des guerres puniques, l'or était si rare uu'il était évalué, par rapport à l'aident, comme i à 17. Un passage de Pline, qui se rapporte à l'an 317, atteste qu'un scrupule d'or(1^,14)Talait iO sesterces d'ai^ent (19^'' ,45), équation qui, encore i cette époqne, conduit au rapport 1 à 17 environ. Vers l'an 150 avant notre ère, la découverte des mines d'or du Norique jeta sur le marché une telle niasse de ce métal, que sod prix baissa soudain d'un tiers. A partir de cette époque, nous voyons s'établir à Rome la rapport 1 i 11,91 entre l'or et 1 argent. Au temps de la dictature de Sylla, époque oji furent frappées les premières monnaies d'ordans l'atelier du Capitoie, le rapport 1 à 11 était encore la règle officielle BUT le marché de Rome ; mais sons Jules César, la quantité d'or rapportée de la Qaaie, après la conquête
de celte proTince, fut lelleqne la proportion des deux métaux tomliBà 8,33. Mais cette dépression fut momenlanée. Sous Néron et sous Trnian, le rapport monétaire était de 9,37; sous Cafacalla, il fut liié comme 1 i 10,4 ; sous Aurèlien, comme 1 à 11,3; sous Dioclétieii, comme I à 12,30 (Ë.Lepaulle, IiemenumUmatique,i898,p.S99).
Sous Constantin et ses successeurs immédials, l'or déviai plus commun : son rapport avec Taisent parati avoir Ootté entre lOà 8 1/3. Les commotions politiques du dernier siècle de l'empire jetèrent de nouveau une grande perturba lion dans la valeur propartionoelle des deui mé- (aux. D'après le texte de cerlams èdits impériaux, sous Julien l'Apostat et Théodose le Jeune, elle aurait alors été fixée tanlAi comme 1 i 15, lantAt même comme 1 à 18 ; mais il faut prendre garde que ces édils comparent des monnaies d'or pur avec des monnaies de bas argent, de sorte que l'équation indiquée ne saurait servir d'indication pour connaître la valeur respective et réelle des deux métaux ft égalité d'aloi (L. Blancard. dans la Revue numismatùiti^, 1888, p. 428). La code Justinien fixe la ratio 1 : 14,40 qui parait avoirété la règleordinaire de l'empire byzantin.
Chez les Francs mérovingiens, le sou d'or {soUdus anrevsj valait douze deniers du même poids; c'est donc la relation 1 : 12. Sous les Carolineieis, au moins d'après un passage de l'édit de Pitres en 864. le rapport de l'or à l'agent parait avoir été comme 1 : 10. Des rechercbes récentes de HM.de Harchéville, H. de Vienne, L. Blancard, Desimoni.Pappadopoii, il ressort qu'au milieu du xiii'siècle, c.-à-d. au temps de saint Ixiuis, ta proportion commerciale et légale entre l'or et l'argent variait entre 1 ; 9 el 1 : 10,75, suivant les différents pays. Hais, dès avant 1 270, cette proportion commencée s'élever rapidement en faveur de l'or. A Venise, dès 1284, on trouve la proportion légale 10,84; en 1324, elle atteint 13,99, tandis qu'ï Florence elle est de 11,10 en 1296; de 10,88 en 1305; de 13,6i en1324 (V. le tableau de W.-A. Sbaw, Hùt. de la monnaie, p. 2!:)). En France, en 131o, sous Louis le Hutio, le rapport desdeux métaux paraît avoir été cemme 1 : 12 1/2. < A Florence, par le règlement de 1324, le rapport était de 13,62, tandis qu'en France il était enviroude 12,6, et vingt ans plus lard (1344) i peine plus
NOTICE SUB U MOBSAIE 47
de 11, en France et eo Aa^eterre. L'effet sur Floreace Tnl immédiat et l'ai^at ,disparut de la circulation. En 1345, dit l'bistorien Vilhoi, il ; en avait grande rareié. On ne trouvait pas de monnaie d'argent, sauf les quitt~ trini. L'ai^eiit de l'alliage de 11 onces 1/2 de fin valait hors de Florence plus de 12 lire le (lorin ; il en résulta un grand mècon lentement parmi les marchands de laine qui craignaient que le florin d'or dans lequel ils étaient payés à rétrangernelumbàt trop. Comme ils étaient un facteur puissant oanste petit Elat, ils s'agitèrent et la refrappe de 134-"> en fui la conséquence. > (W.-A. Shaw, Hisl.ae la monnaie, p. U.) On voit, par cet exemple, l'application de rinéluctable ihéorème de Cresham,aQ bénéfice des changeurs etdesmani surtout les Juifs et les Lombards, n gouvernements des rapports internationaux de la vaieurdes métaux précieux, et surtout mieux organisés pour en profiler.
Philippe le Bel ayant voulu réaliser de plus grands bénéfices sur le monnayage de l'or éleva imprudemment le rapport légal des deux métaux au-delà des proportions admises dans le commerce international. Suivant le principe de Gresbam, sa monnaie d'argent, c.-ii-d. sa monnaie véritablement Dtile, émigra it l'étranger ; de là des réductions du titre et des mesures despotiques pour la retenir, les plaintes qu'elles provoquèrent et enfin les abus de pouvoir qui firent donner à Philippe le Bell 'épilh été Aefauxmonnayeur, d'ailleurs imméritée dans le sens que l'on attache vulgairement à cette expression. « En France, le rapport de lor à l'argent fut changé dans un seul siècle, plus décent cinquante l'oi^, et avec une brutalité que l'esprit moderne comprend â peine. Pour prendre une période de dix ans par exemple le rapport était:
< Celui qui se li\Te à l'étude de la monnaie rencontre les plus grandes difQcultés en France pr suite de ces modiScalions violentes et arbitraires. L'exlrftme diversité des pièces, le changement jierpétuel de la composition ou alliage, rendent presque impossible d'estimer les fluctuBtîoQS
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48 E. FABEION
de la valeur des monnajes relativement aux marchandises, ou del'or pr rapport à l'argeut. En dehors de la lutte internationale pour lesmétaux précieux, la France fut dècbtrée et ruinée par les invasions anglaises; altération après alténtion de la moDaaie fut emplovée comme expédient pour se créer des ressources a6n ne conliauer la lutte. Cela distingue le règue de Philippe le Bel (128^-1 3U) et de chacunde ses successeurs... * (W.-A. Sbaw, Hist. de la montuiie,p, 24.)
L'Allemagne plus encore que la France nous présente, dans l'inextricable enchevêtrement de son histoire monétaire au moyen Age, dos exemples incessants d'allératioDS, de refontes, de modificatious de9 espèces, dans chacune des innombrables seigneuries qui frappent monnaie. Dans le but de porter quelque remède i la confusion générale, nous voyons les quatre princes électeurs du Rhin contracter une alliance monétaire, te 8 juin 1386, pour la frappe des florins d'or. Us décident de frapper 66 florins au marc de (ktlogne. l'alliage devant être de Si carats 6 grains. Hais sept ans plus tard, ils sont obligés, par un nouveau traité, de réduire l'alliage de leur florin k ïi carats seulement. En 1419, Frédéric, électeur de Brandebourg, Trappe des florins à 64 1/4 dans le marc de Cologne, et à iS carats de fin ; en 143'2, l'empereur Sigismond fait fabriquer 66 1/3 florins au titre Je 33 carats 6 grains dans le même marc; le même empereur, quelques années plus lard, fait tailler dans le marc de Cologne 68 florins dont le titre est réduite 19 carats. En 1443, Frédéric IV propose de tailler 79 florins à 19 carats de lia dans le même poids de métal : enfin, à la diète de Worms en 1495-9T, on décide que le marc de Cologne donnera 69 1 /3 florins dont le degré de fin est abaissé â 1 8 carats 1 grains (W.-A. Sbaw, Hist, de la monnaie, p. 20.)
On voit par cet exemple appliqué à une seule espèce de monnaie, le florin, dans le même pavs, que de cbangements on lui a fait subirdaos l'espace d'un siècle; et, si ces différences de valeur étaient, pour les contemporains, une source inépuisable de mécomptes et de difljcultés, à plus forte raison en cst-ii de même pour nous, lorsque nous voulons chercher à nous rendre compte de la valeur relative des monnaies anciennes.
L'histoire de chaenn des Etats de l'Europe, sous le ri-
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gime bimétallique qai règne depuis le milieuduiiu' siècle, o'flit que le tableau de modifications incessantes daos le p«ids et l'aloi de la monnaie d'or et d'argent, de pétitions de marcbands pour amener ces changements ou protester contre eux, d'ordoQuances royales b« succédant sans uombre pour modifier la mouDaîe au gré des intérêts locaux du moment, pour la rappeler de rétranger ou l'empêcher d'énùgrer, pour s'enrichir aux dépens des pays voisins ou pour éviter la banqueroute. On ne s'expliquait pas alors les causes du flux et du reflux perpétuel de la monnaie. « En dépit des eBorts frénéliijues de la part d'un souverain après l'autre, il se produisitdes accidents, et ils expliquent suSisamioent l'angoisse des gouvernements et la hame universellecoDtreiesjuifsaumojenage. Les mesures qui furent adoptées par les différents Etats pour contrecarrer cette maladie invisible et ruineuse sont empreintes du caractère brutal et peu scientifique du temps. L'exporlaiioD de l'or et de l'argent fut défendue sous peine de mort, et ce n'était pas une menace sur le papier, car des néjgociants éminenta de Loodres furent écartelés pour ce crune. Le taux des changes pour les piéc«s étrangères était fixé par ordonnance royale, et l'office du changeur limité à une place spéciale. Lorsque tout cela se fui trouvé inefficace, on réduisit la valeur nomioale des monnaies, et des changements violents et soudains dans le rapport furent décrétés. Ce qui rendait les chocs et la friction de sem* blables mesures pires, c'est que ces mesures n'étaient pas seulement défensives, elles éialeni intentionnellement oBensives. Le dèsîr des souverains, aux xiv* et iv° siècles,, n'était pas seulement de défendre le stock d'or qu'ils possédaient, mais encore d'attirer à eux le stock de leurs voisins, par quelque m^en que ce Sût, les souverains s'étaat convaincus de l'insuflisance de la production de ces métaux pour les besoins de l'Europe. Il y avait une lutte générale pour la possession de l'or, et les méthodes de cette lutte étaieut presque barbares par leur rudesse, leur viokuce, leur ruse et leur manque d'honnêteté. » [Shaw, Hist. de la tiumncie,pp. J2-13.)* Les gouvemenienls d'autrefois croyaient, dit justement, ï son tour, M.G. d'Avenel {Hist. économ. de la propriété, t. 1, p. 65), qu'il existait eotre l'or et l'argent un juste rapport. On n'ose trop leur jeter la pierre, à cet égard, les gouvernements mo-
80 £. UAUÏUiH
dénies ronl cra très longtemps, et il exût« peat-èlre des hommes d'Ëiat qui le croient encore. Partant, les plus bonnètes estimaient avoir le droit et mémo le devoir de maintenir ce rapport puisi^u'îl était juste. Quand l'un des deux métaux renchérissait, bien vite des édits, ordonnances ou déclarations sûleonelles commen^ient par lui ordonner de reprendre son ancien prix ; à quoi naturellement il n'availgarded'ûbCempérer. Désespérant de vaincre celle résistance et de Taire rentrer dans 1 ordre celte marchandise rebelle, impuissant contre ce ctmrs a^i/", comme il le nommait, le pouvoir essayait souvenl de rétablir le rapport auquel il tenait, en élevant le prix du métal qui resUit sialionnaire. Mais l'élévation i^^a/e de ce dernier était immé' diatement suivie d'une élévation corn m^ciafe correspondante de l'autre. La lutte s'engageait entre i'Elal qui courait après son juste ra])port, avec une persévérance tout i fait bouffonne, elle publicquivoulaitprécisément changer ce rappori; les priidumarcd'or et du marcd'argent montaient alternativement jusqu'à ce que le souverain et ses ministres, vaincus parla Force des choses, battissfoten retraite. *
De plus, ce qui compliquait les choses, c'est que, comme nous l'avons vu, non seulement le rapport commercial des deux métaux variait dans un même pays, mais il n'obéissait pas i des oscillations simultanées pour tous les pays i la fois. En 1494, ce rapport était de: 11, OS dans les Eiats du duc de Savoie; de 11,15 en Angleterre; de 11,13 en Allemagne; de 11 en France; de 10,98 en Italie; de 9,82 en Espagne (V. le tableau du rapport des deux métaux, de 1300 i lti60, année par année, dans les divers Etats de l'Europe; Shav, Hist. de la monnaie, pp. 51-52). Nous savons comment les manieurs d'or menaient i proiit cette mobilité discordante, en drainant l'un ou l'autre métal ; nous savons les embarras perpétuels dans lesquels ne cessent de se débattre les gouvernements pour éviter des crises économiques que ne firent souvent qu'aggraver les mesures maladroites prises pour les conjurer.
A la lin du xv° siècle, le monde civilisé était devenu très pauvre en métaux précieux ; les économistes estimentqu'il en restait à peine pour 1 milliard de fr. (or et argent compris). La découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, en 1492, ne devait pas tarder à changer les condiliona économiques de l'Europe en jetant sur le marché le pro-
NOTICE SUR LA HONNAIË Si
duit des miaes d'or etd'argeat du nouveau monde. Le résultat ne se St pas attendre, tout rencliéril : < A Paris, par eiemple, un hectolitre de blé, auparavant, s'obtenait en échange de 14 à 16 gr. d'argent; pour se le procurer, il Tallut donner successivement en argent le double, puis le tiiple et avec le temps, plus encore. Toutes les denrées éprouvèrent de mène une hausse analogue dans leurs prix, puisque le prix d'un objet est la quantité d'or ou d'ai^ent contre laquelle il s'ècliange... Par l'effet de celte baisse de l'argent et de l'or, toute personne dont le revenu consistait en une redevance fixe d'argent ou d'or fut appauvrie... Il faut lire dans les récits contemporains le désappointe' ment des uns, la satisfaction des autres, la stupéfaction de tous, car on ne distinguait pas la cause du changement dont on était, selon la position qu'on occupait, la victime ou le bénéficiaire. » (M. Chevalier, la Monnaie, p. 'ili .)
En comparant l'accroissement de la production des deux métaux, on voit que les mines ne les font pas pn^resaer d'une manière proportionnelle et parallèle : le stock de l'or n'auemente pas aussi vite que le stock de l'argent, si bien \at le rapport des deux métaux se modifie graduellement et assez vite. En outre ces nlttaux affluent en abondance pins ou moins grande dans chacun des pays de l'Iilurope, suivant le dèveroppement des affaires commerciales avec le nouveau monde.
Laquestion monétaire se renouvelle donc perpétuellement dans chaque pays, et i moins d'une entente internationale le régime bitaëtallîqne la rend inéluctable. Voici l'aspect qu'elle revêtait en hrance en 1575, sous Henri III, quand la cour des Monnaies adressa ao roi la pétitioo qui provoqua l'ordonnance célèbre de 1577. Les termes de la pétition sont à rapporter :
4 Nous tirons, en temps de paix, deux fois autant d'argent du dehors que les étrangers en tirent de France., ^ntre noasell6sFaj[s-Bas et l'Allemagne où nous commerçons généralement, iljy a cette différence que ti écus, an trix auquel on les expose ici, n'en représentent que 5 dans isditB pays, ce qui a amené une cherté soudaine, énorme, des marchandises que nous impartons, et ce qui nous a causé en outre an grand désordre, A savoir que les marchands ont transportétousnosdouiains et antres monnaies de billions, pour s'épai^ner la perte qu'ils auraient encou-
T.Gooj^lc
rue en piyant en èeus ou ea espèces étraDgères d'oroa d'ai^ent sur lesqueb, aui prix amquels Ds circuleni,
prix réglés par le caprice des gens, il y aonut une perle de IS, 30 et 25 V»- l^ cauw du renchérissement des prit provient de la todiee de ceux qni transforment en lingots les meilleures de nos monnaies, en vae de remplir le royaume avec d'autres moins bonnes, s'eDrichissanl aux.mêmes avec le sang et les misères du jieuple.
« Le remède, c'est d'abaisser le tarif des monnaies. Les écas devraient descendre à 50 sols ; mais, pour le présent, uous consentirions qu'ils se leol mis à 60 en attendant une nouvelle réduction. La circulatian de toutes les pièces étrangères devrait être prohibée, comme la câuse principale de tous ces manx, car, bien que les pièces étrangères aient élé évaluées par vos ordonnances en rapport avec le prix de l'écu, cependant les gens les ont toujours augmentées plus qu'ils n'ont fait pour vos propres monnaies, si bien que l'écu en ce mi»nent, ponr être d'accord, devrait passer pour 78 sob. Cela provient de l'babileté de l'étranger et la seule exception importante, te sont les réaux et pis- [oles d'Espagne qui sont de bonté connue et profitent aux fondeurs: ils ne nous ont jamais fait de mal. Mais, d'aulre
fart, on les fond dans toute la France, et au tarif actuel étranger obtient un ;)rofit d'environ 7 livres par marc, si bien que nous conseillons d'en défendre la circulation.
L'ordonnance du 1 3 nev. ItiTT mit en partie ces cooseils i exécution. Sous Henri IV, lea mêmes maux se renouvelèrent sous une autre forme, et le roi, suivant l'usage, convoqua des conférences monétaires pour preodre l'avis des hommes compétents. Il en fui de même sons Louis XUI.
En 4601, le rapport des deux métaux était en France de il,88 ; en Aoi^eterre, de 10,90 ; dans les Pajs-Bas, de 11,40; eu Allemagne, de 11,86. Dix ans plus lard, ce mime rapport était en France de près de 13; en Angleterre, de 13,92; en Espagne, del3,5S; dans les Pa^ Bas, de 12,54; en Allemagne, de 12,30; ï Venise, de 11,04. Vers 1640, nous constatons les rapports suivants: en France, 14,49 ; en Angleterre, environ 14 ; dans les '
Pa;g-Bas, 43,39; en Allemagne, 15,10 ;ïVenise,14,38. C'êfSl en vaio que, poar la Prance; en particuliu', des
ordonnances royales essayèrent d'entraver ce mouvemeot ascenaioiuiel dans la cbertè du métal jaune et de ramener le rapport commercial à l'équation admise dans la frappe des monnaies. Rien n'y fit, et une Doavelle fois, poar conjurer la crise, on dut procéder à la reronto générale des moDnaies, décrèlée par l'ordomiance du 46 mai 4640 qui créa le nouveau louis d'or.
Sous Louis XIV, mêmes embarras. Vera 4668, par oiMnpIe, le rapport des métaux est, en France, de 44,90 ; eu Angleterre, de 44,48; en Espagne, de 46,47; en Allemagne, de 45,43; à Venise, de 44,39. Et tandis qu'en France les ordonnances royales succèdent aux ordoaoances, en Hollande les jilakkaats on proclamations dn tarif nouveau des monnaies succèdent aux plakkaats ; en Allemagne, on multiplie vainement les èdits impériaux, les diètes et conférences, et, en Angleterre, le Long Parlement discute non moins vainement sur la situation des bvllionistes ou cbaogeurs. En 4693, le rapport de l'or ï l'areent est de 4S,02 ; en 4T06, il atteint 45,27 ; en ifâO, il redescend à 15,04; en 1730, à 44,81 ; #u473S, il remonte à 15,41; en 1751, il est de 44,39. En 1785, en France, on Hxa oKciellement ce rapport à 45 4/2 pour la frappa du louis de 24 livres, et c'est ce rapport qui, maintenu en 1803, est encore actuellemeot la base du système monétaire français.
Vni. La ovestiok honëtaiile contehfobaine. — L'instabilité de valeur des deux métaux monétaires n'a pas moins embarrassé les sociétés modernes que celles des temps passés. La recberche de la péréquation de l'or et de l'aident est un problème qui a toujours été posé et le sera proSabiemcDt toujours : il faut le ranger au nombre des étemelles utopies qui agitent l'bumanile et noua contenter d'enregistrer les efforts plus ou moins beureux ou funestes, prudents ou maladroits qui ont été proposés par les gouvernements pour atténuer ou conjurer les effets, souvent désastreux, des crises monétaires. A l'époque contemporaine, on a créé deux expressions pour désigner les deux syslimes préconisés par les économistes pour remédier, dans la mesure du pcssible, aux inconvénients du jeu de
bascale à« la valeur de l'or et de l'argaot : ce bodI les mois de bimétallisme et de monométaltitme, que nous alloDG expliquer sans entrer dans les discoBsious saos fin auiqaelles le» deux systèmes qu'ils représentent ont donné lien.
A l'origine da système du Mmétallism^ tel qu'il fut organisé en FraniM, sur la proposition de Gandin, par la loi du 7 germinal an X( (ISOfI), les pièces de S tr. en or et de S fr. en argent étaient équivalenles, aussi bien comme valeur intrinsèque que comme valeur légale. Eu eSet, à l'époque où fut établi ce système, le kilogramme d'argent valait 200 fr.; 5 fr. reprèsentaienl donc eiacietnent la valeur de iS er., poids qui fut donné à la pièce de S fr. en argent. 1) un autre fine, ï la même date, le kilogramme d'or valait 3.100 fr.; pour S fr. on achetait ainsi isr.SlS, poids qui fut donné à la pièce de 5 fr. en or (on tailla 13.^ pièces de 90 fr. dans 4 kilogr. d'or).La pièce d'argent pesant 23 gr, et la pièce d'or iffitd, il tant quinze pièces d'or et one demie pour faire équilibre il une pièce d'ai^enc dans les plateaux d'une balance. Si ce rapport 1.^ 1/2 fixé par la loi française pouvait rester stable et fixe, le système serait donc parfait ; mais nous avons vu et nons constaterons encore qu'il ne saurait en être ainsi.
A la suite de la terrible crise Rnaocièreque les guerres de Napoléon firent subir ï l'Auj^leterre, les ècenomistes de ce pays, frappés de l'impossibilité de fixer entre les denx métaux précieux un rapport qui pût durer, en ont conclu que le mieux était d'en adopter un seul comme métal monétaire, le sei^oud devant, comme le cuivre, servir seulement pour fabriquer la monnaie d'appoint. Depuis Ifiiti, l'Angleterre est sous ce régime qu'on appelle monométallUme ; l'unité mouétaire est le souverain ou livre sterling, au titre de H douzièmes de fin, et pesant Tï',9SS. Tout individu peut faire frapper autant de monnaies d'or qu'il lui convient. H.iis l'argent, monnaie d'appoint, n'est Irappè qu'en une quantité légalement restreinte, comme le cuivre ; il n'a pas le pouvoir libératoire et il peut être refusé par tout créancier au-dessus de 2 livres sterlias. Soiisi^es réserves fondamentales, la loi a décidé que To souverain d'or vaudrait toujours 20 shellings.
On voit, par ces deux exemples, ce qu'il faut entendre
IWnCE SUR U HONNAII! 5S
(ttf bimélailitme ou monométallisme, syslèmes tjue, dapULs plus d'un demi-siècle, discutent les écoDomistes sans pouvoir s'entendre, parce que cbacuae des deux couibinaisoDs offre à la fois des avantages et des iacouvénieals.
Parmi le* icrivains qui se sont faits les champions du double étalon, nousdterona: Wolowski, Courcelle-Seneuil, Seyd, Prince-Smith, Cernuschi, E. de l^aveleye, J. Bryan, Lmnard Darwin; on trouvera, au contraire, la cause du inoDon^talUsme-or plaidée dans les écrits de Michel Chevalier, de Parieu, Hendriks, Frère-Orban, Levasseur, Feer- Henog, Juglar, Stanley Jevons.W.-H. Shaw, etc.
En Ihéorie, dans le système du bimétallisme, on devrait, quand l'or est en baisse, ajouter un peu d'or il chaque piècedece métal, pour réparer sa dépréciation proportionnelle. Quand c'est l'ar^eol, l'opération contraire serait nécessaire : il faudrait fabriquerdes pièces de ce métal plus lourdes ; si la pièce actuelle de 5 fr. ne vaut que 2 fr. 50 d'or, donnez-lui le poids d'argert de deux pièces de 5 fr., et ainsi l'èquivaleoce parfaite sera rétablie. Mais, en pratique, de pareilles réformes ne sont pas réalisables dans les Etats modernes : il n'est pas possible k un grand pays de refondre constamment la moftié de son numéraire circulant, tantôt les pièces d'or, tantôt les pièces d'argent. Outre les frais énormes que de pareilles opérations entraîneraient, puisqu'il faudrait que l'Etat fournit ce qui maaquerait ii la valeur réelle des pièces, le plus grand désarroi en résulterait pour le public dans les affaires commerciales journalières, si bien que le remède risquerait d'être pire que le mal. El pourtant, dans les temps antiques, surtout chei les républiques grecques, c'est i celte mesure radicale qu'on a eu recours pour rendre aux espèces le caractère de monnate (frnilâ, c.-à-d. de monnaie équivalente à sa valeur nominale. El était possible à ces petits Etats, dont les espèces, relativement pea abondantes, ne circulaient guère en dehors du territoire delà capitale, de changer souvent le ; oids de ces pièces, d'abandonner pour leur taille im système pondéral et d'en adopter un autre, dans le but de donner oui pièces l'équivalence nécessaire entre leur valeur légale et leur valeur métallique. Hais il n'en est plus de même dans les grands lilats modernes. Les fluctuations dans la valeur des deux métaux depuis
56 E. BABEIJtK
EoiuDM-oDq ans sont résumées dans le lableao auïtant : 1831-40.... 15,61 1861-65.. 15.40
1856-60. . . . 15,30 1873-D4. . de 16 jusqu'43l
La première secousse un peu vtalenteque refut la relatkm officielle française 151/9 remonte à 1S4S-31, époque ail les mines d'or découvertes en Australie et en Californie jetèrent sur la marché bmsquemenl une telle quantité de ce métal, — 200.000 kilogr. par an au lieu de 53.000, — que sa valeur pr rapport à l'argent se trouva déprédée. Dès lors, pour acheter 1 kiloer. d'or, il n'était plas nécessaire de payer 15 kilogr. 1/3 irargent, suivant l'équivalence axée pour la monnaie française; on pouvait l'obtenir pour 15 et mémo 14 kilogr. Notre monnaie d'or avait donc baissé par rapport à notre moQuaie d'argent, et sa valeur nominale, en dépit de la loi, était devenue supérieure à sa valeur réelle ou intrinsèmie; l'équilibre était rompu entre la pièce de 3 fr. en or el la pièce de S fr. en argent : celle-ci laisait prime et bénéRciait d'une plusvalue dans le commerce extérienr; aussi, par application du thèorèmedeGresham, elle émigra en masse à l'étranger.
Ce fut l'Inde, dont le commerce se développait alors et était monomélalliste-argent, qui absorba une grande partie de notre argent, et voici comment se pratiquait cette transfusion métallique. Le banquier qui voulait envoyer de l'argent à Calcutta, à Madras oui Bombay, se gardait bien d'acheter ce métal à Londres, ou avec 1 kilogr. d'or il n'aurait pu se procurer que 14 kilogr. d'aroent ; il venait s'approvisionner i Paris où, de par la loi française, pour 1 kilogr. d'or il recevail[13 kilogr. 1/3 d'argent. Et c'est ainsi que plus de deui milliards de nos pièces d'argent furent transportées dans l'Inde où on les convertit en roupies. D'autre part, ou avait intérêt en France ù faire monnayer l'or plutôt que l'aident, puisque l'or coûtait moins cher. < Aujourd'hui, écrivait le duc de Blacas en 1863, l'argent fait prime, c.-â-d. que quatre pièces de 3 fr. valent un peu plus qu'une pièce de 20 fr. en or. Il en rèsulleqne le gouvernement irouveavantageui d'émettre beaucoup d'or et peu d'ai^ent, et que les spéculaleurs indigènes el étrangers accaparent les pièces de 3 fr., qui
ont, «n effet, prewjue disparu de noa msTcbès. » Tel «st le véritable secret des beaui napoléons d'or sous le second Em])ire; de 1853 à 1878, la Monnaie de Paris frappa S milliards 746 mUlions en or, et seulement 368 millions eD aident.
Pour omoicher la monnaie d'argeot d'émigrer — elle était alors la bonne, — on en al^iissa le titre el oo la rendit moins avantageuse. Par une convention conclue entre la France, la Belgioue, la Suisse et l'Ilalie, le S3 déc. 186S, le titre des pièces d'argent, hormis la pièce de S fr., fut abaissé de 900/1000 i 835/1000, ce qui enlevait à ces pièces plus de 7 °/o de leur valeur intrinsèque. Il n'y avait plus dès lors grand intérêt pour les spéculateurs à exporter les nouvelles espèces, la convention du 23 déc. 186S, & laquelle adhéra la Grèce en 4868, porte le nom d'Union latine; conclue d'abord pour treize ans, elle a été renouvelée successivement en 1878,1886, 1891 et 1894: on doit la considérer comme le premier pas important fait dans la voie de l'uniâcalbn des systèmes monétaires du monde civilisé.
Les mesures prises en 1863 conjurèrent la crise monétaire pendant quelque temps; maij voilà qu'en 1872 et dans les années suivantes on découvrit dans les États- Unis et ailleurs des mines d'argent d'une abondance extrême. Tandis que, d'après les slaiisliques de Soetbeer et de Shaw, la production de l'argent était, en 186g, de 1.100.000 kilogr.. elle atteignait 2.861.000 kilogr. en 1881, et elle dépassait S.OOO.OOO de kilogr. enl893. La production de l'or, loin de progresser dans des proportions semblables, diminua même pendant cette période, puisque, de 1851 à 1855, elle était annuellement de 300.000 kilogr. el que, de 1881 à 1885, elle tamLaA149.000 kilogr. De U, il advint que l'or reconquit la place qu'il avait perdue dans la période précédente ; pour acheter 1 kilogr. d'or, ce ne fut plus 15 kilogr. d'argent qu'il fallut payer sur le marché, mais successivement 16, 18, 30, Si et jusqu'à 30 kilogr. d'argent. L'équilibre se trouva rompu de nouveau, mais cette fois, en sens inverse, l'or At prime et l'argent fut déprécié il sou tour.
On vit alors des spéculateurs acheter des masses énormes de ce métal, i 130 fr. le kilogr., puis meilleur marché encore; et ils portérenlcet aident à la Honnaîede Paris, oit,
S8 t. tKtKum
de par la loi tnnqùu, on était lena da le convertir en monnaie ï titre légal, ou, ce qui est tout un, de leur donner l'èquivalept en monnaie d'or, sur la base de la proportion légale, 1 à 15 1/3. Le stock qui lear avait coûté 130 fr. ou moins leur rendut 200 îr. en monnaie; la différence était leur bènéRce net et représentait la perle de l'Ëlal. Répétée sor une grande écbelle, celle opération pouvait entraîner pour notre pays une vériUble catastrophe: c'est pour la prévenir (ju'oD prit le parti, en 1876. de suspendre la frappe det pièces d'araent, lauf pour la monnaie d'appoint, dont la quantité est Végalement limitée et le titre inférienr.
Une autre mesure préservatrice consista à fermer notre frontière aui pi&ces d'argent étrangères, même à celles
Ïiii, comme les monnaies du Venezuela, du Chili, du Ërou ou de la République Argentine, ont le même titre, le même poids et le même module que notre pièce de 6 fr. Le public, sans doule. aurait continué sans répugnance i les accepter, puistgu'etles sont semblables aux nétres et qu'il ne s'aperçoit pas du préjudice qu'elles pourraient lui (anser, mais cette inadvertance lui aurait coûté cher. Un' arriverai l-il, en effet, si les pièces de 5 Ir. «D af^eol de l'Amérique du Sud jouissaient chez nous du privilège de noire pièce de 5 fr. ensilent, c.-â-d. si la loi du cours forcé leur attribuait une plus-value factice égale à 5 fr. d'or ï Ou frapperait au Venezuela, au Chili, dans la République Argcntipe et au Pérou, d'énormes quantités de ces pièces qui fie coûteraient au fabricant que 3 fr. 50 et même moins encore, et ou les eiporlerait en France pour les échanger contre noire pièce d'or de 5 fr. ou ses multiples. Nos beljes monnaies d'or, suivant ta loi de Gresham. s'envoleraient en Amérique, et nous """•■"ins, en retour, de l'argent déprécié. Un jour it oji nous nous apercevnous, mais trop lard, que ons été dupes, que nous avonsreçu 3 fr. 50 en re- ; a fr.d'or que nous avons donnés, et qu'il ne nous lus qu'une monnaie fiduciaire et appauvrie dont :er ne veut pas, car une monnaie qui a cessé d'être vnlent réel ne peut être reçue que pour son poids il fin et sa valeur marchande, hors du pajs où elle nise et où elle a cours forcé. Au point de vue inipal et extérieur, la monnaie métallique ne Talanl
rpoor son mitai fin ne Baorait franchir les fronlières pa^s où elle dreule, de par la bi du cours forcé, ponr ■me valeur surfaite. C'est le cas de notre monnaie d'arlient et noDS sommes contraints de payer en or toutes les marchandises que nous achetons è l'étranger. Ou va voir combien notre commerce extérieur souffre de cet état de
fVenons un pays qui exporte ou exportait, durant ces d^mières années, du blé chez nous, la République Ai^entine, où l'or fait prime de 350 »/„, ce qui veut dire que ce qu'on appelle iOO fr. d'or à Paris vaut 350 fr. d'argent i La Plata. Quand les Ai^eniins nous vendent du blé i 10 fr. l'hectol., c'est pour eui comme s'ils nous le vendaient en réalité 35 fr., puisque les 10 fr. que nous leur donnons en paiement équivalent i 33 fr. chez eum. Pour pouvoir lutter contre l'aSIuence du blé américain, il faudrait donc que l'agriculteur fraufais livrât, lui aussi, son blé à 10 fr. rheclol., ce qui lui est impossible, car il ne jieut profiter, comme son concurrent, de la prime de l'or. Aussi pour protéger notre agriculture, il a fallu recourir â d'autres moyens et mettre des droits d'entrée sur les blés étrangers.
Autre exemple : Un Argentin veut se faire expédier de Paris, je suppose, des livres |>our 100 fr. : comme le libraire iraoçais ne peut recevoir en paiement la monnaie argentine qui n'a |es cours chez nous, l'acheteur amértcainsera obligé de sê procurer de l'or, et pour faire 100 fr. d'or il devra débourser 3.^0 fr. d'argent. Il lui faudra donc, en réalité, payer ses livres 330 fr., ce qui lui paraîtra un prix exorbitant, , et il s'abstiendra. Ëtâ supposer qu'il achète quand méme,>ce ne sera pas le libraire français qui bénéficiera de la flus-value del'or, mais le changeur de La Plala qui, pour 101) fr. d'or aura reçu 3.^0 fr. d'argent ayant cours forcé snr place. Aujourd'hui, après vingt-deux ans, la frappe lie notre pièce de 5 fr. en argent continue a être suspendue parce que la valeur de l'argent par rapport à t'or ne s'est pas rapprochée de la proportion 15 1/3 qui est la base de notre système légal : nous sommes donc, en fait, actuellement, puisque notre . monnaie d'ai^nl est ï frappe restreinte, sous un régime mixte que nous appellerons monométallisme or argenté. Mais cette situation se prolongera-t-elle longtemps? Qui
pourrait le dira ? Depuis quelques années, de nooTelles mines d'or ont été découvertes au Transvaal, en Aostralie, en Amérique. De nombreuses compagnies de recherches
et d'exploitalion de nouveaux gisements se sont formées ; la quantité d'or et d'argent jetée sur le marché a progressé dans d'énormes proportions. Que résultera-t-il de cette surproduction pour l'équilibre des deux métaux î Doivent-ils reprendre dans quelque temps, quand la fièvre d'aujourd'hui sera passée, ane équivalence normale et Taire triompher la thèse bimétalliste, ou bien, suivant les apparences actuelles, l'un des deux métaux, l'argent, esl-il définitivement condamné et l'humanité est-elle désormais destinée à vivre sous le régime monométallist«^r? On n
répo] pelle
idre il dépareilles questions, surtout ouandon se rapjosqa'a quel point se sont trompés les savants qui.
le jasqa'a quel point se sont trompés les savants qui, statistiques en main, il y a quelque soixante ans, préconisaient le triomphe de l'argent.
Si le bimétaUisme a ses difficultés que nous venons de faire ressortir sommairement, le manométallisme présente desinconvéaienls non moins graves.
En 1850, c.-à-d. dans la période o<i tous les ècononristes prévo]>aient nne granne baisse dans la valeur de l'or, la Hollande adopta l'argent comme étalon unique ds sa monnaie. Tout alla pour le mieux, tant que l'argent fit prime, majs depuis une vingtaine d'années, c'est 1 or, au contraire, qui fait prime, de sorte que la Hollande a dû, en 4878, sous la menace de catastrophes imminentes, changer son système monétaire et adopter l'étalon unique d'or. L'Inde anglaise dut faire de même plus récemment. Or, ce qui s'est produit pour les pays monomètallisteS' argent peut se renouveler pour les pays monométallistes-or. Actuellement, les pays monométallistes-or, comme l'Angleterre, rAUemagne (loi du 4 déc, 1871), les pays Scandinaves (convenUons des 18 oct. 1879 et 27 mai 1873), la Hollande (loi du 6 juin 1875), les Indes anglaises (1893), le Japon (depuis 1897). se trouvent bien de ce régime, à cause de la plus-value de l'or ; mais que cet état de choses vienne i changer; que l'argent reprenoelc dessus, devienne moins abondant, comOie cela s'est produit il n'y a pas cinquante ans, et la dépréciation de l'or pourra être fatale i ces mêmes pays. Pour leurs dettes exlérienras, ils devront se procurer de l'argent et ils ne pourront le faire
reDcbérinit dans des proportions inquiétantes; on risquerait mente de provoquer daos sa valeur une véritable révolution qui romprait l'Équilibre de tous les contrats. La dette de tout débiteur. Etat on particulier, serait accrue dans la preporliou du renchérissement du métal libérateur.
Le Btock de méUl jaune dont dispose l'humanité est trop restrebt pour pouvour, i lui seul, suffire à la drculation monélaire du monde entier ; il faudrait donc, si tous les
nous verrons tout à
P , jgendrerait le déve-
loppemenl de cette monnaie d'appoint dont la valeur nominale est supérieure i la valeur utrinsèone.
Enfin, au point de vue immédiat, le bas prix actuel de l'argent fait que la démonétisation de ce métal, dans les pays bimétallistes, ne peut se pratiquer qu'en entraînant des pertes énormes. Dans l'espace de vingt-deux ans, l'Allemagne, qui, pour èlablir sou régime monométallisme-or, a dû enb'eprendre cette déroonéiisation de l'argent, n'a pu l'accomplir entièrement, malgré la masse énorme d'or que la France loi livra en 187 1. < Jusqu'en 1879, l'ancienne monnaie d'argent fut vendue i Londres et i l'étranger. L'empire avait retiré de la circulation environ 1 milliard de marcs; il vendit 7.1UÎ.895 livres dH'i d'argentqui lui avaienteoûté633.621.128Œarcs89,auprixde567.139.992 marcs 98 ; il perdit donc 96./t81.13S marcs 91, dont 71 par la dépréciation du métal argent et 35 par le frai. Comme le prix de l'argent baissait toujours, on cessa les ventes en 1879. » (Paul Muller, l'Economiste français, a" du 4 juillet -1 S85.) Bien d'autres înconvénieDts que se sont wmplu i Faire ressortir certains partisans du bimétallisme, tels que MM. H. Cemuschi et E. rie Laveleye, sont inhérents au régime anglais et allemand et ne feraient qu'empirer s'il étaituniversellementet brusquement adopté. < L'effort général que l'on ferait de tous les c^tés à la fob pour se débarrasser du métal argent pourrait occasionner les plus graves désordres dans la situation économique et produire une crise plus désastreuse que toutes
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celles dont le mande commercial a gardé le souvenir. » [Procès-verbaux de la conférence internationale de 1818, 1. 1, p. 73.) En résumé, les monométallistes disent : la prétention de fixer un rapport invariable entre la valeur de l'or et celle de rargenl est irréalisable et coudamnée par l'histoire de tous les temps. L'eipérience est faite et il est temps d'y renoncer en adoptant un seul métal, l'or, comme élalon et mesure des valeurs. Les bimélallistes répondent : le maintien d'un rapport fixe entre la valeur de l'or et celle de l'aident est si bien réalisable, que la loi de l'an XI l'a réalisé par la proportion 15 ij'i, et que l'Amérique du Nord l'a aussi accompli par la proportion 16; ce régime est viable puisqu'il a duré pendant l'espace de quatre-vingts ans sans amener aucune perinrbalion grave, et cela en dépit des changements considérables survenus dans la prodociion des mètaui mrinétaires ; donc, pour mettre fin à la perturbation qui existe aujourd'hui, il suffirait d'une entente internationale pour que, dans-tous les pays, le même rapport étant établi, il n y eût plus intérêt ni possibilité de drainer nn métal au délrimenl de l'autre. Si lesécoQomiaies n'ont pu s'entendre jusqu'ici, au grand scandale de ceux qui suivent leurs débats, c'est que, à notre avis, les deux Ihéses apposées renferment, chacune, une part d'erreur à c/ité d'une part de vérité. Oui, dironsnous aux monométallistes, rhistaire et le bon sens démontrent que la piétention de fixer un rapport immuable entre la videur de l'or et celle de l'argent est irréalisable; néanmoins, lorsque le rapport commercial oscille, en plus ou en moins, dans le voismage immédiat du rapport fixé officiellement pour le système monétaire, il ne se produit pas de perturbations : la loi sert de régulateur efficace. Mais, et ceci est l'objection que nous ferons aux bimétal— listes, lorsque, parsuite d'une suroroduclion inouïe i l'avantage de l'un des deux métaux, le rapport commercial se trouve 1res éloigné du rapport légal fixé pour les monnaies; lorsque du rapport 15 1/S, par exemple, le commerce passe coup sur coup au rapport 18, 20, 30 et même au delà, comme en ces dernières années, c'est alors que toute mesure législative devient inefficace, dangereuse, ruineuse, despotique. Le rapportdes deux métaux fixé par la loi, s'il n'est pas absolument adéquat au rapport commercitl, doit toujonrs s'en approcher de très près, sans
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Suai il cessera d'être qd règuliiteur, et ceo'est plus autour e lui que graviteroDt les écarts. Les courtes oscillalioas peuvent être réglées par la loi, mais les oscillatioDs d'uoe grande ampliiude ne peuvent plus l'être ; le mécanisme «st alors Faussé, la balance devient folle et cesse de pouvoir servir; c'est à la loi i Déchirï son tour, à se rectifier el à prendre une base nouvelle. (J. Bertrand, daus le Journal des Savants. 1898.)
Les lotumineux procès-ierbaux des ccnférences monétaires inlerDstioDsies tenues, principalement à Paris, depuis iSGT, dans le but de régler celte question du double étalon ou de l'étalon unique, montrent que les deux thèses en présence ne manquent pas d'ai^umeuts solides, mais en même temps, et surtout, ils mettent es pleine lumière les avantages de toute nature qui résulteraient de l'établissenieut d'une monnaw internationale. L'avenir est là et n'est que là. que la monnaie soit monoméiailique ou bimétallique; \'Ùnion latine a donné le branle dès 1S6S, et, au point de vue de la civilisation générale, il est regrettable que l'empire d'Allema^e, en Ï8T1, sous l'influenre d'idées politiques, parti culartstes et étroites, ait Tait un pas en arrière et créé son marc d'or qui ne peut entrer en compte juste avec le système monétaire d'aucun autre pays.
Le il mars 1895, la ligue bimélalliste française, présidée par H. J. Héline, déposait sur le bureau de la Cbambre des députés un projet de résolution ainsi formulé : < La Cbambre des députés, considérant que l'établissement du bimétallisme international serait un grand bienfait pour les intérêts agricoles, industriels et commerciaux du pays, invite le gouvernement ii prendre les mesures Décessaires pour établir el assurer, par une entente internationale, un rapport fixe entre l'or et l'argeat. » Ce projet est resté jusqu'ici lettre morte; il en est de même d'une motiou anali^ue présentée i la Chambre des communes en Angleterre, à la (^atnbre des députés d'Autriche el au fteichstag de Berlin. Aux Etats- Unis, la question monétaire fut, en 1896, la principale plaie-forme ries partis en présence pour l'élection i la présidence de la République : on l'appelait la bataille des étalons (battle of standards). La candidature de M. Bryan (loQua aux partisans du bimétallisme l'occasion de
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formuler ainsi leur programme : < Recoonaissant i{ue la queslioD monétaire est aajourd'liui la plus importante de toutes, nous rappelons que la Conatitutiou désigne eu même temps l'or et l'argent comme étant les métaux monétaires des Etats-Unis et que la première loi de frappe votée par le Congrès, après l'établissement de la Constitution, fit du dollar d'ai^ent l'uDilé monétaire, et n'admet la libre frappe du dollar d'or ou'â ua laoi déterminé sur la base du dollar d'ai^ent. nous déclarons que l'acte de 1873, cpi a démonétisé l'argent sans que le peuple américain en ait en connaissance ni l'ait approuvé, a eu pour résallat le renchérissement de l'or et, comme conséquence, une baisse correspondante du prix des marchandises produites par le peuple; un lourd accroissement de la charge des impOtâet de toutes les dettes prifées et publiques; l'enrichissement de la classe des prêteurs, ici et au dehors, la décadence de l'industrie et l'appauvrissement du peuple. Nous sommes inaltérablemenl opposés an moaomélallisme, qui a paralysé la prospérité de toute la communauté industrielle. Le monométallisme-or est une politique anglaise : eu l'adoptant, d'autres nations sont devenues les esclaves financières de Londres. Elle D'est pas seulement non-améncaine, elle est antiaméricaine... Noos demandons la frappe libre et illimitée de l'argent et de l'or au rapport actuel de 16 à i, sans attendre l'aide ni le consentement d'aucune autre nation- Nous demandons que le dolUr d'argent étalon ait pleine force libératoire, à l'égal de l'or, pour toutes dettes publiques et privées. * Adoptant ces principes, le Sénat améncain vota une résolution invitant le gouvernement i provoqua' la réunion d'une conférence internationale ayant pour butde faire établir par tous les grands Etats un rapport flie entre les deux métaux monétaires (fiaphaël-G. Lévy, dans la Reviie des Deux Mondes, ISaoùtet 11) nov. 18913).
Ed dépit de ces solennelles démonstrations en faveur du sme inlernalinnal, une solution pratique parait ore d'intervenir, surtout parce que les pays qui s le régime moDométalliste-or, y trouvant actueliur avantage, sont en possession du meilleur des Is pour le maintien de leur système et ne sont it disposés à en changer, fdl-ce même pour le nd bien de l'humanité tout entière.
IX. Valeur de la monnaie. — Dans loute moaoaie, il faut distinguer la valeur métallique ou intriasêque, la valeur légale ou courante, eaflu la valeur relative ou te pouvoir de la monnaie.
La valeur mèlaliique d'une monnaie peut toujours èlre déterminée quand on en connaît le litre et te poids.
La valeur légale n'est pas toujours, comme elle devrait l'être pour constituer une monnaie dToite, conforme ii la valeur métallique : nous pouvons l'observer pour nos monnaies d'argent actuelles, dont ila fallu restremdre ou suspendre la fabrication à cause de la dépréciation subie par le métal. Le désaccord entre la valeur métallique el la valeur légale des monnaies a provoqué la plupart des crises monétaires dont l'histoire du monde est remplie ; nous en avons cité et nous en verrons encore des exemples. En général, c'est la variation des cours dans le prit des deuï métaui nobles sur le marché, qui cause cedésaecord. Hais il est arrivé parfois, surtout au moyen âge, que les pouvoirs publics oDl voulu, poussés par des nécessités financières, surélever la valeur légale de certaines moûnaies, c.-à-d. leur donner une valeur nominale supérieure à celle pour laquelle elles avaient eu cours jusque-là. Le roi déclarait, par exemple, qu'une monnaie qui avait cours ponr 10 deniers serait re(ue désormais pour 15 deniers. Philippe le Bel eut recours k ce procédé contraire au droit, comme à l'essence même de la monnaie, mais qui paraissait alors correct et légitime, car Montesquieu, au xviu» siècle, écrit encore ce qui suit: « L'aident a, comme monnaie, une valeur que le prince peut fixer ; il établit une proportion entre une quantité d'argent comme métal et la même quantité comme monnaie ; if fixe celle qui est entre les divers métaux employés à la monnaie;... enfin îi donne il chaque pièce une valeur idéale. > (Montesquieu, Esprit des tow, XXEI, 10.) De cette doctrine fausse il résultait que, si le prince a le droit de fixer comme il l'entend la valeur légale de la monnaie, il a aussi le droit de modifier cette valeur le jour ou cette réforme lui semble utile ou profitable.
La valeur relative de la monnaie a provoqué, dans ce ûècle, de nombreux travaui, tels que ceux de C. Leber (Essai sur Vajmrédation de la fortune privée au vwyen ûge, 1847, in-8), l'abbé Hanauer (Études ictmo-
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miquessuT l'AUace, 3 vol. in-S), G. d'Av«Det {Hùlotre économique de la propriété), et lant d'autres. J.-B. Say a qualifié la recbemie de cette valeur : la quadrature du cercle de récoDomie potiiiqae. Quelle somme d« richesses représentait le kili^ramme d'or ou d'argent du temps de Ci^us, de Périclès, d'Alexandre, d'Auguste, de Charlemagne de saint Louis, de I^uJsXIV? et quelle somme de richesses représeole aujourd'hui ee même Kilogramme d'or ou d'argent? Quel était le pouvoir de la drachme grecque, du dealer romain, du gros tournois par rapport i notre (ranc7 Chercher la solution de ces questions, établir en un mol le coQt de la vie i toutes les époques de l'histoire, n'y a-t-il pas là de quoi eiciter notre curiosité? Mais tous les calculs qu'on peut faire dans cet ordre d'idées — résipons-DOUs i en faire l'aveu — ne sauraient aboutir qu'i des approximations tout i fait incertaines et aléatoires.
Quelle commune mesure, en eflêt, pourrait-on adopter pour permettre, à ce point de vue, la comparaison entre notre époque et ane époque historique déterminée? Les uns ont choisi, par exemple, le prix du blé, i deux époques; parce que cette denrée est d'un usage commun, on en suppose la valeur à peu près invariable. Mais cette supposition est bien sujette i contradiction, et la moyenne que des économistes comme Dupré de Saint-Manr, Adam Smith, i.-B. Say, Cibrario, Germain Garnier, ont cherché à étatdir entre le prix des années d'abondance et le prix des années de disette ou des années ordinaires a été justement critiquée et considérée comme peu silre. D'autres savants ont voulu prendre pour base le prix de la maind'œuvre, et particulièrement des salaires ruraux, mais cette base est variable également et dépend en [lartie de la condition de l'ouvrier, des jouissances qu'il se procure, de la ridiesse ou de la pauvreté du maître qu'il sert ou du pays où il vit. Prendre les prix divers de toutes les choses nécesswres i la vie, comme l'ont tenté Leber, PierreClèment, d'Avenel; établir des moyennes budgétaires I des familles, sont des éléments de oins flottants. A la réflexion même, ne ous pas que, sous nos yeux, le pouvoir d'nn pays â l'autre, d une province à éme pays. Au fond de la Bretagne, eix
NOTICE Sun LA UONNAIË - 61
4896, le prix de l> vie est-il ttoDC le même qu'i Paris? le bodeel d'un ménage ouvrier ou boui^is est-il pareil, ici et là? Evidemment non. En ne tenant pas compte de l'alliage, nous pouvons bien établir que h drachme atti(|ne, dans la période oli elle pèse 4^'',30 , vaut iDtnnsèquement fr. 87 de notre monnaie, puisque i fr. pèse 5 gr. Hais il nous est i peu près impossible de dire si un homme qui possédait fr. 87, à Athènes au iv° siècle avant notre ère, était plus nche qu'un homme ayant la même somme à Paris, en 1898. PÔlybe iHiit., Il, ih) raconte que, de son temps, c.-ii-d. 150 ans av. J.-C., un étranger voyageant en Italie pouvait vivre dans les hôtelleries avec un demi-as par jour et qu'il dépensait rarement davantage, et il ajoute qu'il faut entendre par ce demi-as le qaart d'une obole. L'historien veut faire ressortir, cela est évident, la modicité du prix, mais qui oserait évaluer avec quelque précision celte somme minime, ce demi-as ou quart d'obole, par rapport au coût le plus inférieur des hôtels en Italie à notre époque. Cela est scientifiquement impossible, et Je ne puis, pwir ma part, qu'envisager avec la plus extrême réserve les résultats que certains savants se croient pourtant autorisés ï nous donner comme positifs, c L'argent du xiV siècle, dit C. Leber avec assurance, ayant su fois le pouvoir du notre, et le marc étant i 5 livres en 1347, il s'ensuivra
3u'un revenu de 50 livres de ce temps, égal en poids 'argent à ^50 de nos francs, représenterait, en valeur commerciale actuelle, six fob 530 on 3.300 fr. de rentes; en d'autres termes, que le possesseur de ce revenu de 50 livres vivait avec l'aisance que procareraient aujourd'hui 3.300 fr. de rentes. > Voili ce que l^ber affirmait en 1847 ; mais tes bases mêmes de cette assertion sont essentiellement incomplètes, aléatoires et sujettes à caution, puisque le pouvoir de la monnaie à une même époque, variant suivant les lieux et les circonstances, ne peut être exactement fixé ; à plus forte raison ne saurait-il l'élre quand il s'agit d'époques historiques plus ou moins éloignées de nous et pour lesquelles les éléments d'appréciation de celte nature nous font plus ou moins défaut.
X. La BOMBArE d'appoint. — L'appareil monétaire complet d'un pays, dans les sociétés compliquées de l'anli-
Juité ei dei temps modernes, se compose ordinairement e pièces frappées dans trois métiui, l'or, l'argent, le bronze, — on parfois, i la place de ce dernier métal, le une, le nickel, te plomb, l'étain ou le fer. Dans leur rAle monétaire, les trois mélaui se complètent I'dd l'autre ; iU BODt tous les trois indispensables pour rèpndre au caractère de commodité et ae facilité d'emploi qui doit distinguer tout bon système monétaire destiné i Toumir aussi biea le médium des grandes affaires commerciales, que le véhicule des petites transactions de chaqaejour. L'or constitue plus aisément que les autres métaui les grosses sommes, l'arf;ent sert surtoat pour les paiements moyens, et le bronze pour les menues dépenses. Au<^un de ces trois éléments ne saurait, sans inconvénient, éliminer ses deux auxiliaires et répondre, à lui seul et sans gène, aux exigences du commerce. L'or est trop peu aboodanl et trop cher pour qn'on en puisse fabriquer de petites monnaies divisionnaires. Notre pièce de S fr. en or est déji si incommode i cause de sa ténuité, qu'on ne la frappe plus guère i présent et qu'on a songé k la démonétiser; que serait-ce, i plus forle raison, iTaDe pièce de i fr. en or, pesant Oî',3226, ou de SO centimes enor(0î',161 3): une
Ediicule impalpable. Il faudrait, comme dans l'annquitè, «colligeraansdes bourses spéciales. L'aident et le cuivre présentent des inconvénients d'un autre ordre. Notre pièce de 5 fr. en argent, par exemple, est déjà fort lourde et encombrante. Uue serait-ce si nous n'avions plus de monnaie d'or et si les paiements élevés devaient être effectués en aident ! D'autre part, des pièces d'ai^nt au-dessous de 20 centimes seraient trop petites pour n'être pas d'une
Srande incommodité. Nous avons signalé les inconvénients e la monnaie de bronze ou de fer, dans les sociétés peu avancées oii l'on a employé ces métaux comme unique ou principal agent monétaire. Il faut ajouter que le prix du cuivre sur le marché est soumis à des variations si brusques et parfois d'une si grande amplitude, qu'il y aurait impossibilité de canstitner avec ce métal une monnaie -'"—''" ".-à-d. dont la valeur nominale fiit adéquate à sa trmsèque. Bref, de toute nécessité, il faut, pour le du système monétaire d'une société compliquée, laies d'or, des monnaies d'argent et des mnnnaies al vil. Pour cette demièresène le cuivre on bronze
it ilé préréré, ï cause de ses qualités iDlria- BniuBB, uussi bien dana les temps modenies que dans l'antiquité, et de nomhreuses monnaies remaiDes représentent les figures sjmboltgues des Trou monnaies, tenant chacune une corne d'abondance et une balance (lig. 9). On commence aujourd'hui à remplacer le bronze par le nickel dans divers pays, tels aue la Belgique, la Suisse, la Hollande, l'Amérique, l'AlIeniagne. Les Byzantins et sur-
cutr, au carton, au papiw, bien que ces diverses matières
fussent plus incommodes que les métaux. Enfin dans t'aatiqui té, notamment i Home, en Gaule, à Alexandrie et à Anlioctw, le bronze a été remplacé par de l'argent saucé, c.-à-d. de l'argeDt auquel on a mélaugé du cuivre ou de l'ètaiD dans de fortes proportions: c'est ce qu'on appelle la monnaie de potin. Les rois de Numidie, Micipsa, Hassiuissa et d'autres, ont fait trapper des monnaies d'étain ; le zinc foriBe enfin le principal élément de la sapèque chi-
Queluue soit le métal dont la monnaie vile est faite, suiiant les convenances locales ou accidentelles, elle est aussi indispensable que la monnaie d'or et celle d'argent. Le riche ne saurait s'en passer non plus que le pauvre, et
il en fat ainsi dansl'aatitjuité comme à préseot, dans tant pijs.Le sanvagede rArnqueateajoiirsson collier de eaum; le Chinois vaque à ses affaires journalières avec son collierde sappques codidib nous avec nos sous, les Anglais avec leurs pences, les Allemands avec leurs ptennings, les Rosses avec leurs kopeks. Il est ane foule de Iransaetionsde tous les instants qui ne sauraient se régler qu'à l'aide de cette memie monnaie qui parachève les paiomeots effectués en or et en argent, et qu'en raison de son rAle on qualifie d'appoint ou d'accessoire de la réritable monnaie en métal précieux.
Or l'essence de toute monnaie d'appoint, quelle que soit la substance dont elle est faite, est de déroger â la règle constitutivede toute bonne monnaie, c.-à-d. de n'avoir pas une valeur intrinsèque conforme à sa valeur légale, de n'être pas une monnaie droite, un équivalent réel et complet. Dans chaqne pays, la loi confère i ces espèi«s inSmea une valeur conventionnelle qui est supérieure il leur valeur métallique. Notre centime pèse 1 gr., ce qui met le cuivre à 10 fr. le kilogramme, c.-i-d. à un taux à peu près quatre ou cinq fois plus élevé que le prix du cuivre en barres. Nos sous et nos doubles sous ne valent donc, en réalité, que le quart ou le cinquième de leur valeur marchande ; aussi, jamais on faussaire ne sera tenté d'en fabriquer.
La plus-value légale attribuée ii la monnaie d'appoint par rapport à sa valeur intrinsèque engendre, comme conséquence forcée, la restriction de son émission et de son pouvoir libérateur, sans quoi elle aurait tous les inconvénients de la fausse monnaie et conduirait ans catastrophes que nous avons signalées dans les pays oU circule une monnaie avilie etdépréciée.
Un Etat ne saurait perdre de vue que la monnaie d'appoint n'est qu'un auxiliaire de la monnaie réelle en or et en argent qui, elle, doit toujours former la base essentielle du numéraire circulant. Nous savons que pour l'or seul, dans certains pays, pour l'or et l'argent dansd'autres contrées, chacun a ù faculté de faire transformer ses lingots en espèces monnayées : il lui suffit pour cela de s'adresser à l'usine cbar(;ée officiellement par l'Etal de sa tenir, à cet effet, à la disposition des particuliers. La liberté du monnayage des métaux précieux ou de l'un de
$es métaux est illimitée, parce que la moDDÙe qu'ils servent i fabnquer est droite on censée être droite, et t[ue, en principe ginoD absolument et toujours en fait, lingot et monnaie c'est la mémo chose au point de vue de la valeur. Hais une pareille liberté ne saurait èire accordée a la monnaie d'appoint sans les incouvénienta les plus graves. Supposez que, chez nous, la frappe du bronze devienne libre comme celle de l'or: du moment que sa valeur léple dépasse fortement sa valeur daus le commerce, vous verriez tous les délenteurs de lingots de cuivre, tous les propriétaires des mioes de ce métal s'empresser de porter leur stock i l'HAtel des monnaies, afin de gagner la différence très appréciable qui existe, de par la loi, entre le métal monnayé et celui qui ne l'est pas. L'immense af- DneDce de cette monnaie î valeur légale surfaite entraînerait pour elle son avilissement : uous en avons pour e-euve la dépréciation de la sapèque chinoise et celle de monnaie de billon sous l'empire romain, au m* siècle de Dotre ère : on serait inondé de ces jetons sans valeur, de cette fausse monnaie à laquelle la garantie de l'Etat ne suflîrait pas i conserver la confiance du public ; les spèdateurs nous la laisseraient pour compte dans tous les paiements, faisant passer, par application de U théorie de Gresham, avec une énorme prime, tout notre or et tout notre argent à l'étranger.
Tout récemment, en France (en 1696), nous avons dû nous prémunir contre un danger de ce genre. Des spéculateurs allaient achètera l'étranger des sous de brome qu'ils payaiflut pour la valeur intrinsèque du métal, puis ils les introduisaient en France en les faisant circuler pour la valenr surfaite inscrite sur chaque pièce. Leur bénéfice atteignait jusqn'à 70 °/g. Aussi, un certain nombre de nos villes frontières, notamment Itordeaux et Marseille, se trouvèrent infestées de sous étrangers que le public acceptait sans sourciller, lorsque le gouvernement donna l'éveil en les refusant dans les caisses publiques- Cette affaire provoqua de petites échauffourées. Eu dépit du décret impérial du H mai 1807, et des lois douanières des 22 juin 1846, 8 mai 1881 et 11 janv. 1892 l'administration des douanes se trouvait impuissante à combattre l'inSItration en France des sons italiens, espagnols, argentins, anglais et autres, » infiltration que les conditions du
n E. BABELON
dunge reodaient lucrative et que facilitait la tolérance crùssaiite du public... Ia Iw du 30 dot. i 896 a permis d'en finir arec cette regrettable ÎDtauon. Autorisant, mime à l'iotérienr, la saisie des sous étrangers, elle a coupé court, sur ce point, aux hésitatioua de la jurisprudence » (A. de Foville, Rapport au ministre des /inarwes, 1897).
Ces mesures défeasives sont nécessaires parce qu'elles sont dans la nature mène des choses. Averties par de lamentables exemples, les sociétés modernes se protègent contre la monnaie qui n'est pas droite; voilà pourquoi b frappe de la monnaie d'appoint ne saurait être libre ; elle est réservée ï l'Etal, et encore une loi rigoureuse s'oppose à ce que l'Ëtat lui-même se Uvre à la spéculation qu il interdit aui particuliers : il n'a pas le droit de frapper des monnaies d'appoint en quantité illimitée et il n en émet cbaque année que pour une somme relativement faible et en rapport avec les besoins de la circulation couraDie. De ce chef, l'Etat fraQ(;ais eagne encore annuellement plusieurs centaines de mille francs.
Une autre restriction nécessaire apportées la circulation de la monnaie d'appoint, c'est celle de son pouvoir libè~ rateur. Du moment que c'est, en fait sinon en droit, de' la fausse monnaie, nul ne saurait être contraint de l'accepter en paiemeul : tel est le principe admis par toutes les législations modernes, el la rigueur n'en est atténuée que dans la proportion restreinte que commande l'intérêt de la circulation générale pour les petits paiements.
En France, la monnaie de bronze dont la frappe est un
monopole de l'Etal, suivant la règle, n'a cours légal et
forcé que jusqu'à concurrence de 4 fr- 99 : on l'appelle,
pour cette raison, ['appoint de S fr., et nul u'esl tenu d'en
accepter pourone somme supérieure. Lescaisses publiques
ne la donnent et ne la reçoivent même qu'au-dessous de
SO cent. Quant à notre monnaie d'argent, la pièce de 5 fr.
seule est restée au litre de 900 millièmes de &a, fixé par
la loi de l'an XI ; toutes les pièces divisionnaires |2 fr.,
1 fr. 50 cent, et 20 cent.) sont réduiles au titre de
, et nous avons eiposé plus haut les raisons
:etle modification par laquelle toutes ces es-
ennesdea monnaies d'appoint. Tandîsqu'une
renferme 22^^ 500 d'argent fin, cinq pièces
contiennent que 30er,8T5. D'oJi il résulte
qoe, quoique noua comptions toujonrs par francs, toute évaluation mouéta ire quelconque, le franc monnayé n'existe plus réellement, mais seulement nominalement; l'expression Aejranc est, en fait, devenue -une unité de compte qai, dans le rapport IS 4/9, correspondrait à la fois k la cmquiéme partie de la pièce de S fr. en argeoi et ï 0ï',3â26 d'or, mais qui, dans l'état présent des choses, ne correspond plus qu'i cette dernière valeur. Ella a cessé d'être représentée par la pièce sur laquelle nous continuons à graver l'inscnptioD un franc. Les pièces d'argent divisionnaires n'étant plus, comihe le bronze, que des monnaies d'appoint à valeur couvenlionnelle, leur pouvoir libérateur a da aussi être restreint : il a été rigoureasement limité ï 50 fr. pour les paiements entre particuliers, et à iÙO fr. pour les paiements aux caisses publiques.
XI. La mosnjiie ftduccaihe et bephésehtwiïe. — Il existe deus autres moyens d'échange très répandus dans les sociétés modernes et que l'antiquité a connus é^lement, mais sans leur donner une aussi large et aussi savante extension : c'est la monnaie fiduciaire et la monnaie représentative.
Chez les Grecs déjà, dans des moments de nécessité, aux heures de crise politique et Snaocière, au milieu des embarras d'une guerre, d'un siège ou pour toute autre cause anormale, l'autorité publique s'est vue forcée d'émettre de ces monnaies Rclives qu'on appelle, suivant les cas : monnaies de papier, papîer-monnate, monnaies obsidionales ou de siège, bons de si^e, assignats, jetons ou lesséres monétaires, etc. Le principe de cette espèce de monnaie, c'est non seulement, comme la monnaie d'appoint, qu'elle ne porte pas en elle-même sa garantie, mais qu'elle remplace nominalement la monnaie d'or et d'argent; le gouvernement qui l'émet n'y a recours que contraint et forcé, et parce qu'il manque de véritable numéraire ; en la lançant dans la circulation, il reconnaît et avoue son désarroi et sa détresse finaadère, mais en même temps pour inspirer conHance au public, il prend 1 engagement de rembourser en bonnes espèces sonnantes cette mau>aise monnaie de papier ou d'autre matière vile aussitôt que la crise momeatanée qu'il traverse <era conjurée et qu'il aura pu réIahUr ses finances. Si le public iccepte ces bons, c'M
parce qu'il présume ijQ'no jour vieadra où l'Etal émAteur sera en meture de faire face i «es eagagameats. Le gouvernement escomple l'aTenir, et le public conSaat fait crédit â l'Ëlat dont il admet, suivant !e mot populaire, que la tignature vaut de l'or. Hais, maigre l«â plus belles promeeses et les plus solennels engagements de l'autorilé publique, la sécurité du porteur de bons ne saurait être complète, parce que le crédit de l'Etat peut èlre ■Itéré et devenir une pure fiction. D'abord, du mameni qu'il a plu au législateur d'émeltre du papier-monnaie, il peut aussi dépendre d'une loi d'eu modiSer, altérer, supprimer la valeur purement oominale et légale, tandis qu'il ne dépend pas du législateur de modi&er le cours dune monnaie métallique dont la valeur intrinsèque est adéquate k sa valeur nominale. Le papier-utonnaie, comme toute mauvaise monosie, ne peut circuler que dans l'étendue du pavs où il a été émis: l'étranger oe lui reconnaît qu'une valeur dépréciée et mobile, en rapport avec la confiance ^ue lui inspire l'Etat émetteur. En outre, le crédit dont jouit le papier- monnaie est, comme pour la monnaie d'appoint, en relation directe avec la quantité de ce papier qui a été lancée dans la circulation ; si cette quantité ne parait »as exagérée, mais normale, si le pnblic a la conviction quelle ne dépasse pas les ressources financières que l'Etal sera un jour à même de se procurer, pour effectuer son remboursement, tout va bien et le papier circule sans obstacle. Mais vienne la tentation h l'Etat, gêné dans ses finances, d'émeltre du papier en trop grande abondance, la dé&ance s'empare immédiatement du public, et cette défiance, les lois coercilives qu'on édicté pour l'enrayer ne font, au contraire, que l'accentuer, si même elle) ne la font pas dégénérer en panique.
C'est là, en particulier, ce qui est arrivé pour les assi- „^^i, a™:,. «». r. Convention et le Directoire. Lorsque le e le gouvernement aux abois ne réaliseie, qu'il émettait sa monnaie de papier rabuleoses, et surtout lorsqu'il le vit ne la recounaissance officielle de la déprée monnaie, ce fut une débicle immense, jloutirent pour longtemps la fortune de le celle des particuliers. < L'assignatde la Révolution française, remarque Hicbel
D,<,n.=dnvG00«^lc
Cbenliw, revenidt à un eogtgemeot qui anniit éti ainsi coofu : L'Etat reconruM devoir tm porteur SS, ou 50, ou iOO gr. d'argent au lilre de 9jlO de fin, el en pos^ Bcriptum : maû l'Etal se réfute absolument à payer au porteur la susdite quantité d'argent, quelque reguis qu'il en paisse être. * (V. Assignat et Papier-monnaie.)
Ainsi, la monaaie fiduciaire ne représente rien qu'une promesse plua ou moins sérieuse pour l'avenir ; ii faut s'en rapporter à la bonne foi et à la sagesse du gouvernement qm l'a émise. Au contraire, la monnaie représentalitte représente et remplace effeclivement soit [a monnaie mé~ tallique, soit une autre valeur réelle.
Du moment que la monnaie n'est pas faite pour être coDsODiiDéeetdètruitepar celui qui la possède, mais qu'elle doit circuler de main en main, il est évident qu'on peut la remplacer par un autre objet qui eu tienne lieu, fabriqué à l'aide d'une matière quelctmque. « Ou ne saurait, dit H. Cb. Gide (Principet d'économie politique, p. 333), remplacer du blé ou du charbon ou une richesse quelconque par de simples feuilles de papier sur lesquelles ou aurait fait graver : 100 hectolUres de blé ou iOQ quintaux de charbon- Ce ne sont pas ces feuilles de papier qui pourront nous nourrir et nous cbauffer... Haia, dans nos sociétés civilisées, l'utilité des pièces de monnaie est tout iin matérielle. Une pièce de monnaie n'est pas autre diose qu'un bon qui nous donne le droit de nons faire délivrer, sous certaines conditions, une part des richesses existantes. Or ce rdle de bon peut être joué par une feuille de papier aussi bien que par un morceau de métal. >
Cette appréciation convient bien à la monnaie représentative, et nnia comprenons sous cette dénoinioation les billets de banque, chèques, traites, billets à ordre, lettres de ebai^e et tous les papiers, titres et instruments de crédit, qui cODStiiuent la plus grande part des signes d'échange dans le commerce moderne, puisou'ils y circulent, dit-on, pour une somme supérieure à 10 milliards. Tous ces billets représentatifs, quels qu'ib soient, ne sauraient inspirer une légitime conRance que s'ils sont réellement les remplaçants d'une valeur matérielle quelconque, soit de l'or ou de l'argent, soit une valeur industrielle ou commerciale qui reste en nantissement chez le débiteur. Us sont l'affirmation par l'émetteur. Etal, banque, maison
16 r.. BABEUiN
e, gne II
réellement, et qn'on pent la réaliser ea véritable monnaie, Mit i loat insiaat, soit à une époque convenue. L'émission des billets n'est dooc, an rond, qu'une forme d'emprunt; ponr que le publie prèle, c.-i-4. accepte les billets en retonr de sa marchandise, il faut qu'il soit assuré d'être remboursé un jour on l'autre. Les litres de crédit ne peuvent avoir une valeur que s'ils sont garantis par des capitaux réalisables. Généralement, pour les banques, ces capitaux sont en or on en argent et s aopeUeni l'encaisse. La Banque de France, par exemple, détient, immobilisée dans ses caves, une encaisse en espèces d'or et d'ai);ent destinée, le cas écbéaot, à rembourser ses billets. Ad bilan de 189S, la proportion de l'encaisse, au montant de la circulation, s'élevait i 91 °/„, c.-à-d.quelUOfr. de billets sont garantis par 91 fr. de numéraire; ils le sont, en outre, par les créances nombreusesque la Ba Doue possède sur l'Etat, sur l'industrie et sur le commerce (V. Bamudb et Chëdit).
Dans on établissement industriel ou commercial, les sommes stipulées sur les titres ou billets, si l'on eu a émis, sont garanties par des capitaux mis en réserve, par la valeur de la matière première à exploiter, par les produits de l'industrie, par les denrées ou marchandises à vendre, par le sol occupé et le matériel mis en œuvre, nar le (ravail même des ouvriers, et c'est dans ce sens seuifrment qu'on peut trouver une part de vérité dans le sophisme proclamé par certains économistes et que nous nous sommes appliqné ï réfuter, à savoir, qu'on peut frapper monnaie avec n'importe quoi, avec la dette publique, les terres du pays, etc. Seulement, il faut ajouter : pourvu que ce n'importe quoi ail une valeur non précaire et variable, mais bien réelle, facilement réalisable eo tout temps et non susceptible d'une dèprécialion. Là est le dangw de la monnaie représentative ; il ne suffit pas seulement qu'elle remplace une valeur, il faut être certain que cette valeur pourra èire facilement réalisée au prix que lui donne le papier. Le principe des billets de la banque de Law, comme celui des assignats de la Révolution, est parfaitement admissible ; ou peut monnayer les produits du com- merce ainù que le sol cultivable lui-même. Hais il est malhonnéie de le faire pour une valeur supérieure â leur
NOTICE SUh LA tfONNjllE 11
valeur réelle ; il est impnideni de le faire pour celte valeur réelle elle-même, jusqu'à coucarrence de son évaluation
.tolale, car elle est sujetle à ane dèprécialiou qui rendra équivoque la stipulation des effets et qui sera d'autant plus à redouter que la demande de réalisation sera plus soudaine. Aiasi, les principes qui règlent la monnaie représentative, quelque forme i^u'elle revête, sont ceux-là mêmes qui président à l'émission de la monnaie métallique ; l'une et 1 autre doivent être une valeur réelle et droite ; l'unique différence qui les caractérise, c'est que la monnaie métallique doit porter en elle-mémesapropre valeur, tandis que la monnaie représentative se dédouble, comme le corps et son ombre. Sa valeur réelle est mise eu réserve, et seul le
Spier qui est délégué pour eu attester l'enislence, circule DS les mains du public dont il sollicite ta conSance.
XII. Les systèmes honétaiiies de l'anticuitë. — Une fois créée, la monnaie d'Ëtat, c.-à-d. la monnaie telle qu'on l'entend dans les grandes civilisations de l'antiquité classique, du moyen âge et des temps modernes, se propa-
fea rapidement. Dés avant le v>' siècle, tous les Etals elléniques baipés par la mer et a;ant quelque activité commerciale faisaient frapper des monnaies d'argent, parfais d'électrum et même d'or. Seulement, chacun d eux donna un poids spécial à ses espèces, soit qu'il appliquât à leur taille un système pondéral indigèoe et autochtone, gnit qu'il empruntât le système pondéral usité dans ses relations commerciales avec l'eitérieur et, par conséquent, apporté du dehors. H résulta de là, pour le monde grec avant Alexandre, une grande variété de systèmes monétaires qui s'accrut encore de la nécessité où l'on se trouvait, non seulement de chercher à réaliser la mobile peréqualiou des trois métaux, l'or, l'électrum et l'argent, mais encore de créer des divisions qui pussent se combiner avec cdies dessysièmes monétaires voisins et faciliter ainsi les
échanges internationaux. Si l'étude de ces svsièmes n liples est compliquée et difBcile, on saisit, lontelols, de queue importance elle est pour l'histoire des aSiaités ethniques, des alliancts politiques, des relations corn merci aies de ville à ville, de peuple à peuple, dans l'antiquité hellénique.
Les monnaies d'or el d'argent de Crésus, populaires (Jiez les anciens sous le nom de crésUdet, wnt laiUiei
le s*»,) 7, et un autre Blatère d*br de 10«',89; l'ar-
Snl n'a qu'un élslon, c'est un sUlère de lOs',89. mme le rappori de «aleur entre l'or et l'électruin élaitde3:4oul à i 1/3, il s'eosDitqueleslatère d'or pur de 10^^,89 était rèquÎTilenl exact du slatère d'éleclnim milèsien deiin'.^i; de son cAt«, le statère d'or pur de SB^.lTétaitl'équiTalentd'une pièce d'élsclrum de ^0K^89. Celle dernière étant les 3/3 du statère phocaïque en élec- Inim de 16«^,34, il fallait par conséquent 3 statères d'or pur de 9»',ll pour équivaloir à 3 statères d'étectrum de i6B'',34. Par rapport à l'argent, le statèrod'or do lOï^Sfl était l'èquiTolent de 10 statères d'argent de iOB'',89. Deux crésèides d'or de Ser, 1 7 éqaivaiaieol i 1 5 créséidee d'ar^Dl de 10b'',89. Ainsi, dans te système monétaire de Crèsns, l'or est i l'argent comme 1 à 13 1/3 ; l'or est à l'étectrum comme 1:11/3; l'électrum est à l'argent comme 1 : 10. Telle est, sommairement exposée, la coordination à la fois simple, pratique et savante du système monétaire de Crésus (V. ELEcranH).
La darique d'or, créée par Darius, flls d'Hystaspe, pèse 8!',41 ; elle valait 20 sicles d'argent de 5^,60 (V. Dàhidue). Le double du sicle médique (9,60 X ^) forme 1 slatèreou didrachme de ll^^^O, qui fut lui-même pièce étalon du monnayage d'un ^nd nombre de villes d'Asie Mineure et dn reste de l'Orient avant Alexandre, c.-à-d. dans l'empire des Perses Achèménides. On trouve ceslatèra perse avec un poids variant de 10 à 11^^,30, il Sinope, Trapeius, Amisuset d'autres ports de la mer Noire; dans diverses villes de Cypre et de Cilicie. Il est appliqué au monnayage des satrapes, tels que Tiribaze, Pnamabaze, Hazaios; le commerce enfin l'a apporté, au moins temporairement, à Tbasos, Ëion, NeapoUs et d'autres villes de In ThMftB Bi ild la Macédoine.
euses cités grecques échelonnées sur les e, nous constatons, dès les vii'-vi' siècles, ivèlrement d'étalons monétaires. L'unité rum avait généralement, dans le monde !tatêre (V. Statèbe) ; l'unité pour la porta aussi le nom de statère, mais plus fut la drachme assimilée, dans certains li-statère d'argent (V. Dhacbme) ; eo
bronie, l'unité fut le ckalque et l'as ou ossarion (V. As). Hais c«s unilés ont un poids diffèrent, suivant les systèmes auxquels elles appartienaent. La drachme attique, éginitiipie, rhodienne, ptolémalque et vingt autres ne se ressemblent ni pour le poids, ni pour les ly[W3, ni poor la Talear. « Chaque cite grecque a ses monnaies qu'elle taille et règle à sa guise, agissant à ce point de vue avec une indépendance absolue, dans l'isolemenl de sa propre souveraineté et sans s'inquiéter de ce que font ses plus proches voisins. Il en résulte, surtout jusqu'au temps d'Alexandre, une variélé presque indéfinie d'étalons et de coupes moné- Wires, où l'on peut bien disc«nier uu certain nombre de grandes familles de s^tèmes d'unités, dont l'orif^ioe s'eiplique historiquement, mais oti chaque cité modifie l'éta' Ion d'une manière assez sensible pour avoir produit des différences dont il fallait tenir compte dans les opérations de négoce et dans le change des espèces d'une place sur l'autre. Outre ces pelileg variations qui eiistent partout jusque dans les diverses applications locales d'un même système monétaire par les diverses cites rivales, il arrive à chaque instant que, dans le mémo pays, deux cités très voisines ont adopte des systèmesabsolument différents qui ne rendent pas les valeurs de leurs monnaies respectives naturel lement commensurables et ne pennettent d'établir entre elles que des rapports eiprimès par des nombres fractionnaires qui devaient rendre les calculs extrêmement compliqués. Cette variétédes monnaies et les complications presque inextricables qu'elle produisail, constituaient une grande gène pour les opérations commerciales. I« besoin d'échanger les monnaies étrangères contre celles du pays, dès qu'on y arrivait pour commercer, et le béuéfîce que donnait naturellement ce change ï celui oui se chai^eait de l'opérer, furent la première origine de I industrie des trapézilesou banquiers. » (F. Lenormant, la Monnaie dans fantiguité, t. Il, p. 54.)
LesiRtèreprimitifdeSamos, en électrum, pèsel7s%50: nous le retrouvoDs dans l'rle d'Eubée dont les relations commerciales et politiques avec Samoa sont Kvèrées dès le m" siècle. Le stalère d'électrum de Pbocée pèse de 16s'',60 i 16s^90, et le mâme étalon est appliqué à la taille des espèces primitives de Téos, Lesbos, Smyrae, Oynqne (V. CnictNE), Laroptaqae et des colonies pho-
D,<,n.=dnvG00gIe
céeanes les plas loioUiDes, comme Uassilia. 11 en est do même pour Milet dont le sialêre d'éleclrum pèse liï'.M; des relalioDs de commerce l'ont fait adopter à Ephèse, Chios, Abdère de Thrace, aÎDsi que dans les colonies milèsiennes de la mer Noire .
Les plus andennoB monnaies d'argent d'Egbe, qu'ï cause de leur type on appelait x,'^biviii, tortues, pèsent 128^60 et 6e',30, sont le point de départ d'un étalon qui fut appliqué à la taille des monnaies primitives de la plupart des Tilles du Pélopoonése, de la Crète el des Cvclades, de la Thessalie, de la fiéotie, de Corcyre et (fe Corinthe (V. Egine). Cet étalon franchit les mers grecques pour atteindre les coloDieschalcidienoesderitalieet de la Sicile, tandis qu'une sewude route maritime la portait i Cnide,à Celenderis et dans d'autres villes asiatiques.
De l'Ile d'Ëubèe oii nous trouvons, à l'origine, le même système qu'à Samos, se propage le système dit euboique dent le télradrachme est d'environ IT^'iSO et la drachme de4s'',38. Ce système se répand en particulier dans les villes de la Cbalcidique ; il se substitue au système éginétique à Rhegium en Italie, à Uimeria, Zancle, Naios, en Sicile (V. EuBÉE).
A Athènes, on compta, jusqu'au temps de Selon, suivant le système éginétique; mais SoIod introduisit pour la taille des chouettes {fi-aSim), liasi appelées populairement à cause de leur type, l'étalon euboique un peu affaibli, avec un létradrachme de il«',W et ua drachme de 4«',30 (V. Athènes). L'opération de Selon consista i déclarer que toutes les deiles des Athéniens, contractées en monnaies du système éginétique, seraient payées en monnaies du système euboique, celles-ci livrées en nombre égal aux
Crémières, sans tenir compte de la différence des poids, n individu qui devait, par exemple, 100 drachmes èginé- Uqnes avait le pouvoir de se libérer en payant 1 00 drachmes euDoiques ou euboico-attiques, bien que ces dernières ne fussent en réalité que l'équivalent de 73 drachmes éginétiques. Selon décrétait donc, en fait, que lesdellesde chacun seraient réduites de 27 °/o. C'était une demi-banqueroute qui rappelle certains procédés de Philippe le Bel ; les EDuvemements modernes atteigueni au même résultat, plus onnètement peut-être, à l'aide de ce qu'on appelé la conversion de ta rente.
NOTICE SUB L* MONNAIE Si
A|ffès avoir eu, un instant, le système égÎDétiqae, Conntne et ses colonies adoptèrent aussi le système euboiqiie ^ise trouva ainsi, avec ml légeraffaiblissement pondéral, être la souche de deux rameaux : le système attique et le système coriolhien. LadiSereaca fondamentale qui les caractérise est celle-ci i tandis que le statère attique (didraclune) de 8^^60 est diviséen deux drachmes de ^'',30, ' le statère corinthien de 8k',60 est divisé en trois drachmes de 28^,87. Or, la drachme corinthienne de 28^.87 était
par lï comment le commerce de ville i ville s'ingéniait k harmoniser entre eux les divera systèmes de la taille des monnaies grecques, qui, se pénétrant mutuellement, pour ainsi dire, remédiaient aux obstacles que leur multiplicité aurait pu engendrer dans le règlement des comptes avec l'élranger. Nous citerons, comme autre exemple, naies de Delphes. Dans des comptes religieux r découverts dans les fouilles de l'Ecole française, la mine est divisée non plus, suivant l'usage ordinaire, en 50 statèresou 100 drachmes, maison 3Sstatèresou70drachmes. Ce fait s'exjdique par la nécessité oji l'on se trouvait de mettre en harmonie les divisions du système euboique avec celles du système éginétiqne, parce que ces systèmes étaient, en majorité, ceux des monoaies apportées par les pèlerins. Les monnaies de compte, c.-à-d, ta mine et le talent, furent supputées suivant le système enboîque-attique, tandis que les monnaies réelles, drachmes et slatères, furent taillées suivant le système ègioélique. Ce compromis facilitait les comptes qu'on était forcé d'établir avec des pièces taillées sur deux étalons différents.
En Italie et en Sicile, les premières monnaies, celles des colonies chalcidiennes, Naxos, Zande, Himera, Cumes, Rhegium, à la Sa du vi[' siècle, suivent l'étalon éginètique afbibli, avec une drachme qui n'excède pas Sk'',82. Au milieu du vi* siècle, les colonies dorieDoes, Syracuse, Gela, Agrigenle, etc., commencent à battre monnaie à leur tour, mais suivant le système attique qui bientôt prévaut dans toute l'Ile, il tel point que les colonies chalcidienaes abandonnent elles-mêmes l'étalon éginètique pour adopter l'attiqpe, dès le début du v* siècle. En même temps, d'autres filles comme Abacaenum, Enna, Galaria, Morgantia, etc..
frtppmit des moaDaiss taillées Buivant un système poodénl BUtochtooe (|iu aïtil pour base la iilra de Ob',88. Comme la litre Bicilienne se troavait correspondre exaclement an cinquième de la drachme atliqoe, les colonies grecques de Sicile iatroduiairent sans difficulté, dans leur propre monnayage, dt^s pièces de Ob', 88 ; ces fflonnaies additionnelles facilitaient leurs relations avec les indi-
e Caulonia, Crotone, MétapODie, Sybaris, Pandosia, Uus suivent l'étalon coriatbieo, avec no stalère de K«',1 6 ; il en esl de même de Tarenie, «ilonie de Lacédémone: lea Corinthiens étaient aux Tii*-tr siècles les maîtres du commerce de la Grèce a«ec l'Italie.
Les Phocéens apportèrent d'Asie dans le bassio occidental de la Méditerranée leur drachme rie ;^s'',8â et leur statére de 7^^,64 que nous trouvons dans leurs coloDÎes de Vélta et de Massllia. Le même étalon est transmis, par les relations d'afiaires, à Posidonia, ('^poue, Cumes, Néapolis. Caléa ; seulement, dans ces villes, il devient l'éulon campanien, parce qu'i la série des pièces de l'étaloa phocéen on ajoute, comme en Sicile, de nouvdIeB divisions qui ont le poids de la litra italiote ou de ses divisions ; on a ainsi, pour faciliter lea relations commerciales des indigènes avec les colonies grecques, des monnaies qui pèsent 'î Htrœ (WM) ; wie litra (Oe',90) ; une hémi-litra (0«',45). Plut lard enfin, ces mêmes villeB modifient leurs systèmes monétaires solvant la variation de valeur des métaux préeieui,. on selon qae leur commerce prend une direction nouvelle les mettant en rapports suivis avec des villes qui onl un système différent.
Pour lei mêmes nécessité derelationsextérienres onde rtctifications dan» le rapport des métaux monétaires, les monnaies étrusques présentent, au point de vue de leur tailla, plusieurs systèmes parallèles qui sont dérivés, les uns dn système pondéral autochuine, les autres des systèmes grecs. On y trouve, en particulier pour l'argent, l'étalon eu boÏDO-syracusain avecuntétradr3chmedel6B>',S0 et une drachme de iP,'^}, et l'étalon asiatique avec son ■talère de 11^^,20. Parmi les monnaies frappées suivant les systèmes indigènes, il en est, en or, qui sont marquées du chifl^SOet pèsent Ss^gS ; d'autres, marquées 3!t,pè-
NOTlCË SbR La HONNAlE SS
SMt lef.i^ ; celles qoiont la marque 12 1/2 pèsent O»', 71 ; «nflo celles qui portent la marque 1U iitsent 0k%&8.
Îuaod Philj{)pe, pér« d'Alex ïiidre, fut parvenu au trOne lucédoine, il adopta peur sa luoDoaie d'or le sj-stème eobaieo-attique ; son slalére d'or pèse Ss'.BO. TAaii pour sa monnaie d'argent, il la lailla suivant le système milésien dont il porta le statère i 14^', 50 en le considérant coDiDie nu tètradrachme ; la drachme d'ai^ent de Philippe pèse par conséquent 38^,62.
Alexandre le Grand donne à son statère d'or le poids enboïco-atliijue de 9^',60 ; sur en étalon, il frappe les divisions suivantes:
Disiatère d'or n,âO i l/'4des!alèred'or. 2,15
Stalèred'or 8,60 l,'8deslalèred'or. 1,08
Hémi-stalèred'or. 4,30 |
Sa monnaie d'at^eut suit aussi le système altique ; le télradrachme pèse 17^,30 et la drachme Jer.^O. On frappa ces pièces dans toute l'èlendue de l'empire macédonien, en Asie aussi bien qu'en Europe, et l«lle lut leur popularilâ que deux siècles après la mort du conquérant nn grand nombred'at«licrsencontinuatenti'émission. En même temps les rois successeurs d'Alexandre en Macédoine, en Thrace, en Syrie, en Bactriane, en Egypte, frappèrent aussi monnaie a leur eOîgto, dans le système attique qui continua à régner en maître sur la plus grande partie du monde hellénique. Pourtant, quelques contrées comme l'Egypte, les villes de la cAle de Phenicie, telles que Tyr et Sidon, et Carlhage en Afrique, restèrent fidèles â leurs vieilles traditions nationales «t frappèrent, k cètè des monnaies qui suivent t'èlalon attique, des pièces de poids dil ptoléuiaiaue, dont l'étalon est une drachme de 3k'.60; le didracnme pèse normalement Ts'j^Oel le lètradrachme 14^^,40. Ou*» qu'il en soit, on peut dire qu'après Alexandre le système altique domine presque universellement en Orient et en Orèee jusqu'à l'arrivée des Romains. Seulement, comme tous les systèmes, il a, i travers les âges, une tendance à l'avilissement, et l'on dirait qu'à chaque émis^onla drachme étalon diminue de poids d'une manière presque insensible, mais Cependant effective. Si le tétradrachme attique pèse ITf'.âO, partout, ia temps d'Alexandre, nous le voyons
riduit successivement i n gr.,16«',90,16ï%65, 15ï',50 et nioins «ocore ao comineacenieat du siècle qui précède notre ère.
la drachme atlique ne contient guère mie 1/60* d'alliage, ayant environ 4s'',35 d'ai^ent fin. Elle valait, par Buile, à peu près 94 ou 9H cent, de notre monnaie actuelle. Vers le temps de l'arrivée des Romains en Grèce, la drachme atiique avait perdu de son poids elde sa pureté métallique au point de peser moins de 4 gr. et de valoir à peine intrinsèquement la cent.
Les monnaies de bronze n'ayant eu, sauf dans les origines et dans certains pays comme l'Egypte, l'Etrurie, ritalie ceutraleet Olbia.que le rdie demonnaiesd'appniat, étaient Trapnées dans l'antiquité d'une manière irrégulière et sui<>-ant des systèmes locaux qui varient i rin6ni. On ne s'en servait pas pour Us èchanjfss avec l'étranger, et leur circulation purement locale pouvait s'accommoder de cette irrégularité et de cette diversité de Trappe et de poids. Sous ces réserves expresses, on peut dire que le chalque du système attique, au temps d'Alexandre, pèse environ Ss'.bO ; i'obole athénienne d'argent valait 8 chalquos.
En dehors des civilisations primitives, comme celles de
l'Etrurie et de l'Italie centrale, qui, ne connaissant encore
que le cuivre, ont monnayé dans ce métal les énormes
disques ou tuiles dont nous avons déjà parlé, on ne trouve
des pièces de cuivre dépassant le poids de 23 on 30 gr.
que dans l'Egypte des l.agides, à Carthage et dans l'Ile de
Lipari. L'Egypte frappe, sous les Ptolémèes, d'énormes
disques de bronze qui atteignent le poids du dodécacbalque
attiquo de 103^'', 30 ; à Carthage, on a quelques bronzes
analogues et du même temps pesant 130 et même 130 gr.
Le système romam pour la mounaie d'argent reposait
sur le denier, qui fut Trappe, pour la première fois, dans
l'atelier de Rome en l'an 269 av. J.-C.; il fut taillé sur
la pied de 1/72 de la livre romaine et pesa 48'',53 ; ses
l le quinaire ou demi'denier, et le sesterce
re. Nous eu avons raconté ailleurs l'histoire
nations (V. ANTONinikitus et Dehier).
es moanaies d'or frappées à Rome l'ont été
'an SI avant notre ère. Ce sont des aurei,
uns 10«^91o et valaient 1/30 de la livre,
10 et valaient i/36 de la livre. Trois aurei
DK„;z^dr.;C.OO<l\c
de 10e^,915 valaient 400 sesterces, et 9 awrei de Qe^.tO valaient 1.000 sesterces. Jusqu'au triomphe de Jules César sur Pompée, la monuaie d'or fut exceplioDoeUe i Rome, et le denier d'ai^nt resta le seul étalon. Mais vers la fin de sa dictature, Jules César- créa une monnaie d'or fixe de poids et de valeur, ['aureus, qui fut le 1/40 de la livre et pesa 8^',1S6. On frappa aussi des quinaires eu demiaurei. Cette belle monnaie d'or fut légèrement modifiée sous Angnste qni lit descendreraur^tij au poids de T^r.SO, e.-à-d, à ijÛ de la livre. Vaureus demeura fixe dans sa taille jusque sous le règne de Néron qui l'abaissa jusqu'à l^'fiO, puis ^^',iO ; Pline dit même que Néron, en même temps qu'il affaiblit le denier d'argent, réduisit la taille de l'aurevs à 1/45 de livreou le',i8. Il fallut alors 900 deniers d'at^ent pour acheter une livre d'or. On constate ensuite, dans le poids de la pièce d'or, des vacillations provoquées par l'incertitude du rapport de valeur entre les deux métaux.
Dans le monnayage romain, i partir du w" siècle de notre ère, l'or est la seule monnaie réelle; le denier d'argent n'est plus que du billon déprécié, contenant souvent i peine 3 "Z, de métal fin. L'or, au coDtraire, seul métal étalon, fut toujours d'une grande pureté métallique, seulement son poids devint e);trémemeni variable. Sous Caracatla. ce poids fut réduit à 6s',55 ou à 1/SO de la livre, mais les pesées effectives sonttantAt an-dessus, tantét audessous de la légalité. On aboutissait donc virtuellement à la démonètbation de l'or. « La monnaie d'or, dit H. Hommsen, cessa d'être considérée comme monnaie ; les pièces n'étaient plus regardées que comme des fragments de lingols estampillés i l'effigie impériale et ne pouvaient être acce{>tées dans le commerce que la balance à la main. »
Dioclétien puis Coostantin le Grand voulurent remédier i ee désoidre. Dioclétien rétablit une bonne monnaie d'ar-
fent; en 312, Constantin publia un édit fixant la taille de aureiM à1/72delaliïreou 4b',S5, et ce poids demeura le poids normal de la pièce d'or principale jusqu'à la chute de l'empire byzantin. Néanmoins, le poids eSectif fut toujours plus ou moins régulier. Cette pièce d'or créée par Conslantin prit le nom de sou A'ot{solidus aureus): stsdiïisionsfDrentledemi-soud'orde2s',27(s^m«m ou ïCTniï) et le tiers de sou d'or ou IremissU, triens, ào\f,^'i.
i^ denier d'<ire«nt de Consianiin. taillé comme l'or. 4 rtisen àe li i k livre, pesa normaleinent 4v'',^S : an lui donna Iq nom de miliareme (d'oii milUirès). parce qu'il valait "p millième de la livra d'or; le demi-millarès s'appelait fUique, en )irec MpiTiov (V. ûenieh).
Quant ^ la monnaie d'appoint ou de enivre, soos l'empire rontllin, son irrégularité est telle, au point de vue du poids et dit module, que les numismates ont renoncé i qualifier lea espèces de leur nom originel et seinntilique o( ils jes désignent vaguement sons les appellations de grands, moym et petits bronies. « l^s expressions empiriques de flraïidÈrunae, moyen Èronwet petit tironze, dit H' Cobep, nnn seulemont ont universellement prévalu, mais, dans l'exirème incertitude ou nous sommes de la véritable valeur des monnaies de bronze sous l'empire romain, ce^ flïliresfiona, qui n'ont rien de scientitique ni de réel, soqt rependantles seules qui satisfassent à tous les besoins de la numismatique romaine. Souvent un RiOïen bi'onw est pins gi^nd qu'un ^rand bronze, et un grand broaie plits {trand qu'un médaillon. La dislindioo entre res modules, Fondée sur le plus ou moins de relief, d'épaisseur du wn, de grosseur de la tète, n'est donc qu'une affaire de senlimenl ; mais il est bien rare que, lii-deesus. les numis- DiRtes ne soient pas d'accord entre eux. > (H. Cohen, Dffcript. kist. des monnaies frappées sous Cempire romain, t. I, Inirod-, p. ïiï-)
En géneriil, on peut dire que les pièces ap|>elées grands broniw étaient pour les Roniains d^s sesterces de bronze , la moyens brontes correspondent aux as et anx dupondii; les petits brotizes englobent les semis et les (jtiadmns. ^ partir de Caracalla. p^r suite de l'altération profonde du titre aet> monnaies d'argent qui bnissent par se confondre avec ips petits bronzas, on ne frappe plus, eu Tait de monoaies de broniiet que des grands el des moyens bi^n^es, c.-ù-d. des sesterces, des dupondii et des as. De plus, le sesterce df bronze qui pesait ihénriquemenl une once, depuis Auguste, arrive 4 ne plus peser qu'une dami-oni^e ou même un tiers d'once. liS pièce d'une once qu'on frappa à partir du règne de Trébonien Galle est un bronze de mnd module dont le nom officiel était quinaire de bronie; la pièce, meins grande, d'une demi-once, fut aussi un Diultiple du sesterce ^f brqqïe.
Soas Dtoclétien, on voit apparaître comme moDDaw d'appoiat, des piècesdebillon très bas, qui n'ont quel, 50'/. d'argent, contre U8,S<J "/i, de cuivre, zinc et élaïQ. Ces pièces sont dedeax espèces: l'une, qui pète environ iO gr., est marquée du chiffre \xt (=: '21 gesterces), et l'autre pèse 2t',50. La première est la pecunia major ou tnajorina. et la seconde est le nummui centeaitmalis ou sesterce de bas biUon. Il fallait T.lti de ces nwnmi pour équivaloir à un aureus; dans l'édit de maximum ds Dioclélien, 25 de ces pièces repràseotent le salaire d'une joamée de terrassier. Après Constantin, enSD, les pièces de cuivre sont te foUis et le demi-foUis, terme qui, passé aux Bvzantins. a donné par la suite naissance au fets {pluriel felous) des Arabes.