‹ Notice sur la RéunionChapitre 4 sur 82 · Un Pont s · texte numérisé non relu

Un Pont s

Géographie. — Vile aujourd'hui, — Aspect actuel, — Coup dHœil général sur la colonie, — Une idéale pyramide, — Le tour de Vile en bateau. — ^^ Panorama des quartiers , — Un phare digne de la Réunion,

Tous les ans, des touristes, pleins d'ardeur, en grand nombre, font l'ascension du Vésuve. D'autres, plus calmes, préfèrent visiter les volcans éteints de' l'Auvergne. Des malades, en foule, demandent à la mer, à la montagne, aux stations thermales, le rétablissement de leur santé. Ceux-ci se dirigent sur Vichy ou Luchon, ceux-là vont à Bade, à Uriage, ou au Mont-Dore, et des phtisiques recherchent au loin un air pur et glacial, tandis que d'autres passent à Nice leurs derniers beaux jours. Les amoureux des hauts sommets incrustent sur leurs alpinstocks, comme des symboles de victoire, les noms des pics, qu'ils ont fièrement escaladés et sur lesquels des écriteaux administratifs indiquent . les routes dangereuses. Des curieux de science géologique sondent les cavernes et les

lacs souterrains; des chercheurs analysent les sables pour y trouver des métaux utiles ou précieux. De riches gourmets rassemblent sur leur table les produits venus, à grand frais, du Nord et du Midi. De pauvres gens, en haillons, grelottant sous la bise, rêvent des pays où « fleurit un éternel printemps », tandis que sous PEquateur, des colons haletants songent aux milliers de lieues qu'il faudrait parcourir pour respirer l'air réconfortant des climats tempérés. Et des géographes traversent le monde entier pour étudier les races d'hommes et tous les phénomènes terrestres...

Quel sourire d'incrédulité, accueillerait le narrateur racontant que tous ces rêves peuvent être réalisés, à la fois, sur un point unique du globe, et que toutes ces merveilles, si disparates et si lointaines peuvent se trouver réunies dans un espace à peine grand comme un département français !

Et pourtant, si notre planète tout entière venait à reprendre l'une des formes que, sans doute, elle a revêtues dans son enfance, si toutes les terres venaient à disparaître sous une couche liquide, à l'exception d'un îlot, sauvé des eaux pour représenter un spécimen de l'aspect, la nature et les productions de tous les terrains ensevelis, il ne serait pas besoin au Créateur d'ordonner la formation d'une île nouvelle. Elle existe déjà. Cet abrégé du monde connu, qui résume toute la terre, qui contient un échantillon de tous les climats et de tous les produits du sol, qui off*re, dans un espace restreint, un exemple des plus grands phénomènes de la Nature, depuis le lac insondable, jusqu'au volcan couronné de flamme ; ce paysunique, cette île merveilleuse que ses habitants euxmêmes ne connaissent pas assez, mais qu'on aime d'instinct, pour laquelle tous les voyageurs ont épuisé les

épithètes les plus admiratives, qu'ils ont qualifiée de « perle, d' Éden, de ce quily a de meilleur au monde », c'est une colonie française, — la plus ancienne qui nous reste de notre ancien domaine colonial, — c'est Vile de la Réunion,

Située ail milieu de TOcéan Indien, à moitié chemin environ de la France et de TAustralie, entre Madagascar et Maurice, elle s'annonce de loin au navigateur par son parfum de senteurs sylvestres et de miel, et comme une idéale pyramide de fleurs et de fruits, elle étage ses climats et ses cultures, — toutes les cultures de la terre et tous les climats, — depuis la chaude ceinture que lui font les flots de la mer tropicale, jusqu'aux sommets croissants de ses montagnes de basalte, dominés eux-mêmes par le Piton-deS'NeigeSy ce géant solitaire et glacé de la mer des Indes.

Et de gradin en gradin, sur ce double amphithéâtre, pluvieux àdinsXdi partie du Vent, sec, mais fertile, dans la partie sous le Vent, animaux, fruits, fleurs, produits de la mer, du sol et des rivières, présentent à Thomme les variétés spéciales à chaque partie du reste du monde, choisies comme un bouquet des plus utiles et des plus agréables.

Dans la zone du rivage, la mer prodigue ses poissons et ses coquillages, non seulement les comestibles, mais les curieux, les étranges, les rares pièces de musée. '

Tous les légumes et tous les fruits tropicaux poussent sur le littoral et donnent de délicieux produits. Les manguiers notamment, cultivés depuis longtemps et améliorés par la greffe, ont des mangues exquises. Les dattes sont renommées à Savannah (Saint-Paul), et les mangoustans parfaits à Saint-Benoît. Les pèches à Saint-Denis rivalisent avec celles de France. Les régimes de toute

taille, variant du violet au jaune, pendent sous les larges, feuilles des bananiers jusqu'à 1.000 mètres d'altitude. Jusqu'à cette même hauteur, les ananas croissent en abondance.

Jusqu'à 400 mètres, le vanillier allonge ses lianes gonflées de suc sur les troncs des fîlaos, des pignons d'Inde et des nombreux arbres fruitiers servant de tuteurs à cette productive orchidée, tandis que le manioc^ étend sous la terre légère, dans des champs voisins, ses racines nourrissantes, et que le litchys du Japon se couvre de ses abondantes et gracieuses grappes de fruits semblables à de gigantesques raisins roses.

De 300 à 600 mètres^ les caféiers se chargent, presque en toute saison, de baies rouges dont les grains torréfîésont un arôme si fin. Mais les terres de Tîle sont si propres à porter cet arbuste qu'on en trouve presque à toutes les altitudes, et que le caféier indigène sauvage se rencontre encore à 1.400 mètres.

Jusqu'à plus de 1.000 mètres, la canne à sucre couvre les champs de ses roseaux dont la sève est si douce et dont la fleur, comme un panache léger, tremble au» moindre vent.

Plusieurs espèces de vignes donnent leurs raisins depuis le littoral, où ils sont précieusement cultivés, jusque sur les hauteurs de Salazie, où leurs lianes, à l'état presque sauvage, grimpent sur les arbres, comme en Italie, ou. s'étendent sur les corbeilles d'or si envahissantes ellesmêmes.

Au-dessous de 600 mètres, les bibassiers (néfliers du

1. Toutes les altitudes données ici comme limites de production n'ont rien d'absolu. Non seulement elles varient, selon qu'il s'agit de la partie du Vent, ou de celle '^oiis le Vent, mais encore elles sont différentes selon: les qualités de la terre et les expositions dans chaque quartier.

Japon), les cognassiers, les orangers, les pommiers et nombre d'autres espèces, rappelant les fruits de B'rance, poussent sans culture. '

Vers i .500 mètres, la couronne de calumets limite la zone des forêts (à laquelle un chapitre sera consacré plus loin), et dont la végétation s'arrête vers 2.400 mètres d'altitude avec les Tamarins des hauts {sorte d^acdicidi).

Plus haut, etjusqu'au sommet du Piton-des-Neiges, les branles (bruyères) et les fougères couvrent encore le sol dans les endroits où la moindre anfractuosité du roc a retenu un peu de terre végétale.

Partout enfin on marche sur les plantes médicinales.

Sur tout ce cône de verdure, dans les endroits où les plaines trop rares permettent l'élevage, les représentants de la race bovine et les ovidés fournissent une viande excellente. Partout les oiseaux de basse-cour s'élèvent facilement. Les porcs, dans les hauts surtout, ont une chair parfaitement saine, et dans les bas, les lièvres et les cailles sont un gibier très abondant et très savoureux.

La couronne étincelante de lumière du littoral sert dj^ base à d'immenses triangles dont les sommets perdus dans les altitudes boisées, brumeuses et froides, se rejoignent et se confondent autour du massif central.

Ces triangles sont les territoires des quartiers de l'île, etchaque quartier jette un reflet particulier et s'enorgueillit de son caractère spécial.

Soyons passagers d'un navire faisant, à petite distance, le tour de Tîle. Combien de tableaux changeants vont se dérouler sur un si faible parcours !

SAiNT-f)ENis. — Voici d'abord Saint-Denis, ville au triple aspect.

Comme une grande coquette qui, pour mieux séduire,

revêt le même jour plusieurs toilettes différentes, mais également seyantes, tantôt elle se drape dans sa sévérité élégante et fière de ville capitale, siège du gouvernement et des administrations publiques, avec ses monuments: le palais du gouverneur, l'hôtel de ville, le lycée, l'École centrale, les hôpitaux, les casernes, les nombreuses églises, le tombeau historique de la Redoute, la statue de Labourdonnais, le muséum d'histoire naturelle, son jardin botanique où se dressent parmi les fleurs les bustes de Poivre, Joseph Hubert, le Bailli de Monthyon, sa magnifique cathédrale inachevée, œuvre trop lourde pour l'effort colonial et que recouvrent ainsi qu'un linceul de velours vert chaque jour plus étouffant et plus riche le lierre symbolique et les lianes parasites, tandis qu'au bord de la mer, dans le rayonnement de la plage, sonnent, comme un appel au réveil, les clairons de l'infanterie de marine; tantôt, rieuse, animée, bruyante, tout active ou tout en fête, sauf aux heures torpides de midi, elle montre qu'elle est le centre des affaires, de la vie intellectuelle et des plaisirs mondains avec son théâtre, ses courses de chevaux et de bicyclettes, ses bals, son sportsclub, ses soirées musicales, ses conférences littéraires, sa bibliothèque publique, sa presse, son bazar central, le mouvement des trains qui traversent la place, les signaux du sémaphore que surveillent, parfois anxieux, les pilotes et les négociants, tandis que les cris des petits marchands de laitj de poissons, de bonbons ou de journaux, retentissent gaiement dans-les rues toutes blanches de soleil , Cependant, le marin qui, du large, contemple pour la première fois la côte fleurie, se demande s'il a sous les yeux une ville ou un jardin, car la cité où les claires villas émergent des nids de verdure lui semble un superbe parc de manguiers et de palmiers verts, traversé par une

ère pittoresque, sillonné de chemins réguliers, orné fontaines, de bosquets et de pavillons depuis la mer [u'au pied de la Montagne et du Brûlé, pays des roses oiite saison',

A Possession, — Le long du rivage, la voie ferrée nge ses minces parallèles qui luisent au soleil comme X fils d'argent. Elle quitte bientôt la capitale et disait sous un tunnel, — un des plus longs du monde, pour traverser la montagne aux plateaux verts, aux es abrupts et arides qui parfois surplombent la mer, lour revoir enfin le ciel sur le territoire de la comne suivante, la Possession qui tient son nom de la nière prise de possession faite par Jacob de la Haye, nom du roi, en 1691. Auparavant, c'est déjà près de ,e commune que Salomoii Goubert et de Pronisient procédé à la prise de possession. Pour arriver vue de la Possession, le navire parti de la Pointe-desdins, le point extrème-nord de l'ile, a fait route vers iud-Ouest.

la Possession était autrefois un centre important, à se du batelage qui transportait les voyageurs et les rchandises entre Saint-Denis et toute la partie sous le it. Le chemin de fer a remplacé les bateaux, et la comne est aujourd'hui exclusivement agricole. Le sol, rcelé entre de nombreux petits propriétaires, se prête îutes les cultures. La fataqiie malgache et le foin du s y croissent sans culture. Le Dos-d'Ane fournit des duits maraîchers renommés, notamment des artichauts des fèves. Dans les hauts, sur la rive droite de la ère des Galets, à travers les gorges sauvages de faite, jaillit une source thermale sulfureuse, la seule

Saitit-Deiiis est le pays natal du poète Léon Dierx.

bien connue de la mer des Indes, souveraine pour les maladies cutanées, les affections de la gorge et des yeux. C'est notre Luchon.

Une grande partie de la Possession est constituée par l'amas de sables, de galets, qui forme Testuaire de la rivière des Galets, Le Porï, lui, y est compris tout entier. Commune toute récente, destinée à devenir une des plus importantes de l'île, à cause de ses bassins et de ses docks, point de départ et d'arrivée des grands paquebots postaux, elle développe le damier de ses rues nouvelles sur les sables brûlants. Pas darbres, sauf les filaos voisins du Phare de la Pointe; pas de sources; une terre maigre et aride où les Indous industrieux récoltent à grand'peine quelques rares légumes ; l'aspect serait désolant sans le mouvement maritime qui vivifie cette terre désolée.

Autrefois, bien avant la création du Port, à l'époque où des pluies plus fréquentes fertilisaient le sol et où la rivière plus abondante entretenait la fraîcheur sur divers points du large delta qu'elle a formé, des prairies et des bois recouvraient toute la plaine, A l'endroit même où se trouve le Port, vaguaient des troupeaux de chevaux sauvages qui, descendus d'animaux domestiques, avaient formé une race indigène de petite taille, maïs fine, vive, alerte, infatigable et assez facile à dompter. Elle y prospérait, çn plein état de nature. Le climat a changé à la suite des déboisements et des défrichements des colons, et tout a disparu.

Le Port qui confine à Saint-Paul est, avec sa voisine, un des endroits les plus chauds de la colonie.

Saint-Paul. — A Saint-Paul, le paysage change d'aspect. Les champs de canne â sucre, se découpant nettement sur

M'n-Tvc^T^'^ t;

les cultures secondaires qui les environnent , semblent d'immenses tapis verts posés sur le flanc des coteaux pour y sécher au soleil, entre les raviner ombreuses, profondes et bizarrement découpées. Comme une mousse jaune et grise qui recouvre de vieux troncs, les forêts et les broussailles envahissent les collines et montent jusqu'au Grand- Bénard^ massif arrondi qui domine Saint-Paul et dont la tête chauve, dépassant les montagnes voisines, expose au plein soleil, dans la lumière presque jamais ternie par les nuages, à 2.900 mètres, comme un vaste crâne de granit. Sur ce sommet, très facilement accessible, un observatoire astronomique pourrait être fondé pour profiter de l'extraordinaire limpidité de l'atmosphère. Nulle part ailleurs les nuits n'ont un pareil éclat.

Près du sommet se trouve la glacière naturelle qui, jadis, approvisionnait de glace les grands propriétaires, gentilshommes coloniaux, actifs, délicats, prodigues, curieux de confort et de luxe, au beau temps de la splendeur <iu quartier, lorsque Saint-Paul était capitale de la colonie, possédait le climat le plus sain, les terres les plus riches, les fi^uits les plus savoureux et les meilleurs produits du

monde.

Temps légendaire déjà et pourtant peu ancien.

Aujourd'hui, au fond de sa rade toujours superbe, la plus sûre de l'île, entre la mer étincelante et les rives bleues du Bernica, la ville, bien diminuée et comme lasse de l'ancien effort, entourée des ruines des prospères habitations d'autrefois, cueille encore, d'un geste lent, les beaux fruits de ses vergers presque abandonnés. Avec une grâce indolente, elle s'allonge sur les sables noirs où les rayons solaires resplendissent plus chaudement et, toute fière d'avoir donné le jour à Parny, l'amiral Bosse, Leconte de Lisle, Dayot, Juliette Dodu, Blanche Pierson,

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docteur Guyon, etc., s'endort au bord de son étao fiévreux, sous l'éventail de ses cocotiers.

Saint-Gilles, — Le bateau contourne la Pointe-de. Aigrettes, le point extrême-ouest de l'tle, et se trouv devant Saint-Gilles, Etretat de la Réunion. C'est ur plage mignonne où les sables blancs couverts de sombre filaos donnent, en plein soleil tropical, l'illusion d'ur plage de neige, bordée de noirs sapins dans les mers d Nord.

Les récifs de corail y élèvent une barrière entre 1( requins du large et les bassins oit plonge pendant h vacances scolaires toute la jeunesse de Tile.

Saint-Leu. — Saint-Leu. enfermée entre les brisam 4'écume, où parfois le Souffleur lance l'eau à une grand hauteur lors des raz de marée, et la montagne abrupt s'enorgueillit de produire dans ses terres sèches, piei reuses et pourtant fertiles, !e meilleur café du globe.

De nombreuses rivières, lits secs de torrents, creuset la montagne en ravines profondes qui sont de vérilabl* chemins par où, à l'époque des pluies, les terres d( hauts sont emportées sur le littoral et jusque dans la me lorsaue la côte est accore. Ces ravines se découpent noirt et profondes, et tranchent, par leur fraîcheur, sur l'aridil des flancs brûlés par le soleil. On les remarque de loii en mer, autour de l'île tout entière. Mais elles méritei une mention particulière entre Saint-Leu et Saint-Louis La ravine des Sables, notamment, est constituée par dt sables ferrugineux qui seraient exploitables, car ils cou tiennent 50 0/0 d'un minerai d'une qualité toute part culière et comparable à celui qui fournit au Japon de aciers d'une exceptionnelle réputation.

Saint-Louis. — Saint-Louis fait mentir le dicton qui pn

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tend que le créole est paresseu*x. Cette belle commune, sillonnée de t-anaiix intelligemment aménagés, permettant de mettre en valeur tous les terrains et de planter toutes les cultures, étage ses riches plateaux où se déroulent les champs de cannes, de tabac, de maïs depuis le poissonneux étang du Gol, dont la surface bleue étincelle au soleil sur le rivage, jusqu'au-dessus des fermes prospères de ia Rivière, depuis V Etang-Salé jusqu'à VEnlre-Deux. Dans les bas, près de la ville, sur une des plus riches plaines de Tile, se trouvent le château historique et l'usine modèle du Gol, dans les hauts, la station balnéaire de Cilaos, le Mont-Dore de Bourbon, où les sources thermales ferrugineuses, dans un climat délicieux, sont d'une merveilleuse eflicacité contre la plupart des maladies des pays chauds.

Saint- Pierre. — Saint-Pierre vient ensuite, à l'extrémité de l'île opposée à Saint-Denis, bâti sur une pente qui s'élève assez rapide presque dès le bord de la mer. Une brise continuelle y excite les courages et aussi, hélas! les rivalités politiques. Cette charmante cité, la ville la plus endettée de nie, serait un bijou colonial si les ressources de la commune répondaient aux ambitions de ses habitants qui se sont imposé, pour creuser un port particulier, les plus lourds et les plus méritoires sacrifices, rendus aujourd'hui presque inutiles par la concurrence du port de la Pointe-des-Galets.

A Saint-Pierre, abondent les grandes propriétés sucrières. On y voit de nombreuses usines à sucre, une fabricjue de conserves de fruits du pays, des distilleries de rhum et d'essences. A travers les rampes douces du Tampon, une belle route conduit à la plaine des Cafres, dont le climat âpre et rude rappelle bien plus celui de

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France que celui des Tropiques. Les produits récoltés sur ce vaste plateau, assez fertile, pourraient être, avec une légère amélioration du sol, tous ceux de la métropole- Saint-Pierre est la patrie de Lislet GeofTroy, un des rares iVoirs qui furent membres de l'Institut.

Saint-Josëph. — Saint-Joseph, bâti sur les deux rives de la rivière des Remparts, se mire avec bonheur dans ces eaux toujours courantes et toujours pures. Ce quartier tire ses richesses de sa vanille recherchée et de sa féculerie de manioc, une des trois qui existent à la Réunion,

Près de l'embouchure de la rivière des Remparts se remarque un long souterrain rempli de stalactites superbes.

En vue de Saint-Joseph, à la pointe de LangeKin, point extrèriie-sud de l'île, la moitié au moins du tour de l'ile est accomplie, et le bateau parti de Saint-Denis, et qui jusque-là se dirigeait au Midi, va remonter vers le is'ord, ayant contourné plus de cent kilomètres de côtes dans la partie de l'Ile dont le climat est sec. Il lui en reste autant à voir pour terminer son voyage circulaire, par la partie du Vent que les pluies fertilisent.

Saint-Philippe. — 11 rencontrera d'abord Saint-Philippe un des quartiers les moins peuplés et les moins riches. On verra plus loin qu'il n'en a pas été toujours ainsi.

Aujourd'hui, son sol suffit à peine à nourrir ses habitants, dont la principale industrie est la fabrication des sacs de vacoa, qui servent à emballer le sucre et qui sont presque la seule monnaie du quartier.

Saint-Philippe est cependant l'endroit où la végétation est la plus fraîche, à cause des pluies continuelles, et c'est là seulement qu'on peut admirer ce que devait être l'aspect de l'île tout entière, autrefois, lorsque les forêts vierges descendaient des sommets des montagnes jus-

GÉOGB.VPHIE 13

qu'au bord de la mer. Ces bois verdoyants couvrent le sol même dans le cirque du volcan qui fait partie de cette commune et sur les laves refroidies que les coulées diverses ont répandues des divers cratères, notamment du Piton-de-la-Fournaise à 2.600 mètres de hauteur jusqu'à l'Océan. On s'attend à trouver autour du volcan une terre désolée. Mais, au contraire, les taillis et les arbres, môme les arbres fruitiers, notamment les citronniers, y sont abondants et vigoureux et, implantant leurs racines dans les cendres à peine refroidies des anciennes forêts détruites par les précédentes éruptions, déploient de toutes parts leur riche manteau de verdure',

Sainte-Rose . — On double la pointe des Cascades, point extrème-est de l'Ile, et on esta Sainte-Rose, terre de scorie lavée par les pluies fertilisantes. On y admire de grandes forêts, de superbes cascades et de magnifiques vanilleries. Sur le rivage se dresse la colonne élevée par les Anglais en mémoire de leur débarquement en 1809.

Saint-Benoît. — Voici Saint-Benoit, la plus vaste commune de la colonie, avec ses fertiles plateaux de Beaufonds et de Beaulieu, ses arbres fruitiers de toute espèce, ses fraîches eaux de Sainte-Anne. Il est arrosé par la large rivière des Marsouins, riche en poissons et en coquilles. C'est la patrie de l'amiral Bouvet et de Joseph Hubert. On y traverse deux ponts remarquables, l'un situé au centre de la ville, l'autre, le plus hardi travail d'art de la colonie, jeté sur la rivière de l'Est. Une belle route conduit, sur les hauteurs, à ]a plaine des Palmistes, le Vichy colonial,.

1. I^ route qui traverse les laves refroidies passe à travers une sucœssion de bosquets cliarniaula. Elle est bordée de fougères, de bégonias, d'arbustes et d'arbres en fleurs. Le macadam fourni par les laves est excellent et la route est meilleure en cet endroit que partout ailleurs.

OÙ Teau du Bras-Cabot refait les estomacs fatigués par le climat du littoral.

Bras-Panon. — Bras-Panon est une terre fertile en cannes à sucre traversée par les deux belles rivières Dumas et des Roches.

Ici, Taspect général change encore. Au lieu de pentes s'élevant rapides comme dans la partie sous le Vent, ou plus lentes comme dans le reste de la partie du Vent, nous sommes devant une plaine, à peine mamelonnée.

Saint-André. — C'est la prospère commune de Saint- André qui sur une étendue totale de 6.000 hectares environ, présente sur le littoral un plateau évalué aux trois quarts de cette superficie. Au Champ-Borne^ le manioc, la vanille, les oignons, le maïs, les tomates poussent comme dans un terrain d'élection. Presque toutes les terres de la commune sont excellentes; de grandes forêts de filaos abritent les plantations de vanille qui fournissent le cinquième de la production de Tîle et sont renommées pour leur longueur et leur parfum.

Saint-André, qui produit une grande quantité de sucre et entretient une vaste féculerie, n'a pour ainsi dire pas de pauvres.

Les luttes politiques y sont plus ardentes qu'ailleurs, les habitants étant grands amateurs de combats singuliers, notamment de batailles de coqs. C'est un quartier riche et pittoresque où les maisons coquettes sont placées de distance en distance le long de la route qui mène dans les hauts à Salazie, le Vais de la mer des Indes, un des plus jolis sites du monde entier. Saint-André est la patrie d'Auguste Lacaussade.

Sainte-Suzanne. — Plus loin, toujours en remontant

vers le Nord, on arrive à Sainte-Suzanne, patrie du poète Berlin, sur la rivière du même nom, la seule, avec la rivière Saint-Jean située sur la même commune, qui présente une embouchure pleine et navigable.

Sur la côte s'élève le phare de Bel-Air, à feu fixe, signalant aux navigateurs les seuls écueils à redouter aux abords de la Réunion, le Cousin et la Marianne,

Sainte-Marie. — Par Sainte-Marie, bourg animé, au milieu des vergers et des massifs de verdure, on revient à Saint-Denis ayant terminé le tour de l'île.

On a été frappé par Tàspect enchanteur et constamment varié présenté par cet immense cône de cultures et de forêts, assis sur un plateau de riche terre cultivable tantôt étroit comme un mince ruban, tantôt s'épanouissant en larges nappes apportées par les torrents qui ravinent si curieusement les flancs des montagnes et sculptent si bizarrement les reliefs du sol.

Constamment le Piton-des-Neiges a dominé tout le paysage de sa masse imposante, où, à plus de 3.000 mètres de hauteur, le soleil levant se réfléchit souvent sur les neiges roses du pic éternellement glacé.

Des zébrures profondes, entaillant le sol plus profondément que les autres ravines, ont attiré l'attention; elles constituent le lit de torrents permanents qui roulent entre les remparts des précipices leurs cascades durant toute Tannée et viennent mourir au rivage : rivières de Saint- Denis, des Galets, de Saint-Etienne, du Rempart, de l'Est, des Marsouins, des Roches, Dumas, de Saint-Jean, de Sainte- Suzanne, sans en compter d'autres moins importantes \

\. Dans ces rivières se trouvent, soit entre deux bras, soit entre un bras et le rempart presque à pic, des langues de terre formant ce qu'on appelle les ilets. Ces îlets d'un accès très difficile sont admirablement fertiles et en général bien cultivés. Leur climat est généralement plus frais que celui

Mais, de loin, alors qu'on ne distingue point tous ces détails, le spectacle n'est pas moins imposant; et ce qui rend ineffaçable le souvenir de cette grandiose pyramide où, comme on le sait, s'agitent toutes les races d'hommes, où vivent toutes les plantes, sur les terres de tous les âges, où s'étagent tous les climats, où se multiplient tous les phénomènes naturels, c'est qu'avant même de dresser complètement au milieu des vagues d'un bleu si profond, sa masse verte haute et mystérieuse, elle annonce par un phare digne d'elle, l'approche de ses merveilles. Elle s'empanache le jour, de la fumée bleue de son volcan et la nuit, lance vers les constellations australes, les rouges vapeurs de son cratère toujours en feu.

des autres terrains de même altitude. Ce sont des oasis au milieu des rocs et des précipices sauvages. Leur population pauvre, mais purement agricole est fort intéressante et rappelle les anciens colons. Ces îlets ne sont pas un aspect des moins curieux de la physionomie des torrents de Bourbon.

m. HOTELDH VlLLK DE Sm^T-Dems {C/i^hc MathUll]

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