‹ Notice sur la RéunionChapitre 5 sur 82 · IV. Le Mlsél-m [CUcbe Mathieu · texte numérisé non relu

IV. Le Mlsél-m [CUcbe Mathieu

Géographie. — Vile autrefois. — Son histoire géologique. — Sa découverte , — Son utilisation. — Principaux événements de la vie politique de la colonie jusqu^ a nos jours. — Son organisation actuelle.

L'île de la Réunion est située par 20**51,4 de latitude Sud et 53® 10,00 de longitude Est, en prenant pour point de repère le belvédère de Fhôtel du Gouvernement à Saint- Denis. Elle a une superficie non cadastrée qu'on évalue à 26.108 hectares, soit 2.611 kilomètres carrés, et certains calculs que nous citons pour mémoire lui donneraient une valeur marchande qui varie de 50 à 200 millions pouvant rapporter de quatre à six millions annuellement, sans tenir compte de son commerce local, de ses curiosités naturelles, de la variété de ses climats, des essences de plus en plus rares de ses forêts, de ses sources thermales <fui sont inestimables, et en basant les calculs uniquement sur les produits principaux de Tagriculture.

L'île est de formation volcanique, et ce serait une erreur de croire, comme certains Font pensé, qu'elle a pu faire partie autrefois de la terre d'Afrique, qui aurait compris à cette époque lointaine l'Afrique, Madagascar, la Réunion et Maurice.

Le seul fait que la superficie de ces terres, de l'Afrique à Maurice, peut être comprise dans un angle décroissant n'étaye point suffisaniment cette théorie, tandis qu'il est certain que les productions de Maurice, la Réunion et

Madagascar soDt différentes de celles de l'Afrique et aussi la contexture et la composition des terrains.

Bien qu'on y trouve des formations corallifères sur certains points, elle n'est pas non plus semblable aux îles madréporiques de i'Océanie.

Il est plus vraisemblable qu'à l'origine, l'île qui devait être un jour la « Perle de l'Océan Indien » est sortie de l'onde en nappe de feu et qu'elle est due, tout entière, non point à une portion de sol détachée de l'Afrique par un bouleversement, mais aux matériaux, laves et cendres, rejetés par son volcan.

En revanche, il est certain que la cheminée principale du volcan primitif s'est, à diverses reprises, déplacée suivant une ligne du Nord-Ouest au Sud-Est,

Il est probable que, dans l'intervalle des éruptions, les masses de matières refroidies obstruaient suffisamment le cratère primitif pour que la poussée intérieure dût se frayer une route plus commode parmi les débris moins lourds à soulever.

Les premiers cratères ont été naturellement plus rapprochés les uns des autres. Mais à mesure que les éruptions sont devenues moins fréquenteset que l'île s'est agrandie, des bouleversements se sont produits et l'ouverture du cratère en activité s'est éloignée davantage.

Aujourd'hui, le volcan forme, au sud-est de l'île, un massif isolé du grand massif central où se trouvent les anciens volcans éteints.

Son cratère principal est situé dans un cirque presque parfait, le plus régulier qu'on connaisse, occupant à peu près la 25° partie de la superficie totale de l'île et borné par une paroi curviligne de deux à trois cents mètres de hauteur, lisse et uniforme par opposition aux autres cirques de l'ile si profondément ravinés. Le cratère se déplace

toujours suivant la même ligne. Le dernier a 600 mètres de hauteur et est à 6 kilomètres de la mer; la dernière coulée est de juillet 1899.

Les anciens cirques rappellent les anciens volcans de l'Auvergne ; ils se distribuent, à rintérieur de Tîle, au nord et à l'ouest du Piton-des-Neiges. Leurs parois s'élèvent à 1.500 et 2.000 mètres de hauteur. Ils occupent les emplacements de Mafatte, Salazie, Cilaos. Tous les trois sont constitués par des plateaux plus ou moins ondulés, d'environ lÔ.OOO hectares chacun, avec, çà et là, de fortes élévations, pics coniques se dressant brusquement dans la plaine \

Dans ces trois cirques, au fond d'une dépression, se trouvent, à une altitude sensiblement égale à 800 mètres, trois groupes de sources thermales qui ont été déjà indiquées dans le chapitre précédent : à Mafatte, source sulfureuse; à Salazie et à Cilaos, sources ferrugineuses salines parfois électrisées : ce qui explique Tefficacité de leurs eaux.

Le volcan actuel n'a pas de source thermale connue; mais, entre le massif principal et le volcan, au Bras- Cabot^ dans les hauts de la plaine des Palmistes, se trouve une source minérale froide, très analogue aux eaux de Vichy.

Les curiosités et ressources naturelles de l'île sont encore loin d'être toutes connues. Les sources sont d'exploitation relativement récente. Il en existe nombre

1. Il ne faudrait pas croire que l'on ne trouve d'anciens cratères que dans l'intérieur de l'île. Il en existe parfois très prés du rivage. Le bassin de Bernica, à Saint-Paul — site justement célèbre — est un ancien cratère et l'un des premiers. Une curieuse caverne y débouche, formée par une cheminée latérale de l'ancien volcan. Certains gouffres, au bord de la mèr, n'ont pas d'autre origine.

d'autres qui seraient la fortune d'un départemen çais et qui ne sont pas utilisées. D'ailleurs, à cause volcan, on ne peut dire que rien soit absolument d dans la partie sud-est de l'île. Elle se modifie sans et chaque jour peut fournir quelque leçon ou si surprise et d'admiration au savant aussi bien qu'au touriste.

Pourtant, l'ensemble de Tile est définitivement titué, et voici comment :

Autrefois, aux temps lointains où ses transforn évoluaient plus rapidement, elle a passé d'abord période ignée; puis a suivi une période de refroi ment pendant laquelle de nombreux cataclysmes se produire ; enfin la forme actuelle s'est établie ; L tériaux rejetés du volcan se sont modifiés profonc sous l'action de la pluie et de l'atmosphère et soni nus peu à peu terre végétale. On assiste encore, ( jours, à pareille transformation dans les envîro volcan.

Les premières graines apportées de Madagast même de bien plus loin par les cyclones ont germé quelques siècles, la nappe de feu sortie des eaux, gée plus tard en montagnes de laves horribles et dées, s'est trouvée transformée en une ile co couverte du sommet à la base de la plus riche végétale.

Divers insectes, puis des animaux plus grands, i ment des oiseaux fuyant les tempêtes des terres vo sont venus s'y reposer et y vivre ; d'autres y ont é portés par les débris d'arbres charriés par les coun amenés sur la côte ; plusieurs s'y sont transformés < devenus des espèces indigènes, mais elles n'ont compris un seul mammifère, sauf une sorte de d

^souris^ d'assez grande taille qui était comestible et qui a disparu.

Une terre sauvage nouvelle, sur un sol tremblant encore; des forêts merveilleuses comprenant des fougères arborescentes, semblables aux espèces antédiluviennes, poussées avec une vitalité exceptionnelle dans ce terrain vierge et chaud encore du rayonnement du feu central, sous un climat particulièrement favorable ; des animaux en asèez petit nombre, hôtes peu farouches du pays* ; partout des cascades alimentées par les réservoirs des hauts ; des pluies fréquentes entretenues par l'abondance des forêts qui prêtaient leur ombre séculaire contre les rayons du soleil brûlant; un air sain et fortifiant, oxygéné par la croissance rapide des végétaux, ozonisé par de fréquents orages et les effluves électriques du volcan : telle était Tîle à Fépoque où les hommes y abordèrent pour la première fois.

Cette époque est difficile à déterminer. Tous les précis d'histoire indiquent que Tîle doit avoir été découverte par les Portugais, dont elle aurait reçu le nom de Santa Apollina, Son nom de Mascareigne lui aurait été donné par Pedro Mascarenhas qui la visita en 1545, en même temps que Maurice et Rodrigues.

1 . Les chauves-souris comestibles, qui ont disparu de Bourbon, existent encore à Anjouan où on les appelle des «Fanny». Elles se nourrissent exclusivement de fruits et sont un excellent gibier.

2. Il faut signaler la grande quantité de tortues qui encombrait le rivage, et aussi un oiseau dont nous n'avons qu'une description incomplète : le dronte, volatile spécial à Bourbon, tenant le milieu comme taille entre le dindon et une petite autruche, et qui, parait-il, fournissait un gibier précieux. Il était peu sauvage, puisqu'on le tuait à coups de bâton. Les premiers créoles étaient destructeurs. Il y a longtemps qu'il n'y a plus ni chauve-souris comestible, ni dronte, ni tortue, et l'espèce du dronte est éteinte à jamais, puisqu'on n'a retrouvé nulle, part ailleurs de spécimen vivant de cette espèce.

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Mais il est cerlaïn qu'elle était connue et fréquentée, peut-être même habitée et exploitée, au moins sur un point, bien longtemps avant cette époque.

Il existe en effet près de Saint-Pbilippe une trace fort curieuse des premiers occupants de l'île, marins ou habitants sédentaires, en tous cas hommes d'une civilisation orientale déjà fort avancée.

C'est un puits creusé dans la lave et qui n'a certainement pas été fait par des Européens, car il ne nous reste de sa construction aucune espèce de tradition, ni orale ni écrite'.

On l'a attribuée vaguement à des pirates, sans réfléchir que ce travail demande un effort considérable qui suppose l'emploi de tous les moyens d'une population sédentaire patiente, probablement pourvue d'esclaves, fortement organisée et intelligemment dirigée, toutes qualités contraires à celles des chercheurs d'aventures.

Partout où l'on trouve un puits creusé de main d'homme, surtout dans les rochers durs à percer, on peut dire qu'on a la preuve de l'établissement d'une réunion d'hommes non nomades, assez nombreuse, ayant intérêt à conserver longtemps des habitations au même endroit, et assez riche et assez bien organisée pour exploiter régulièrement le pays.

Le puits de Saint-Philippe est semblable à ceux qu'on construisait déjà du temps de Salomon et tels qu'on en voit encore dans tout l'Orient.

C'est un trou carré dans lequel descend un escalier de quarante-deux marches pour atteindre le niveau de l'eau vers dix mètres de profondeur. II est creusé dans la lave.

1. Il ne faudrait pas confondre ce pnits avec celui dont la première pierre a été posée en mai 1822. M. le Seci^taire de la mairie de Saint- Philippe, à qui nous devons («s détails, semble le premier qui ait attiré l'attention sur l'ancien puits.

Chacun des degrés a 2™50 de largeur et est constitué par un énorme bloc de pierre non taillée. »

11 est inadmissible que des pirates qui visitaient la côte par occasion se soient livrés aux opérations nécessaires pour creuser ce puits qui leur était presque inutile, puisque, avec leurs bateaux, ces pirates pouvaient trouver en abondance ailleurs, — et non loin, à Saint-Pierre, à Saint-Joseph ou à Sainte-Rose, de l'eau d'excellente qualité, tandis que celle du puits est un peu saumâtre et possède, peut-être à cause du voisinage du volcan, des propriétés médicinales.

11 faut donc penser que le puits a été creusé pour les besoins d'une population assez nombreuse et pour un établissement durable. Comme il ne la pas été depuis la découverte de l'île par les Portugais au XV® siècle, il faut faire remonter forcément son origine à une époque plus lointaine.

Quels sont les navigateurs qui ont pu découvrir Bourbon bien avant les Portugais?

A moins de faire remonter cette découverte aux époques fabuleuses de lauthentique voyage entrepris par les Egyptiens et les Phéniciens, autour de l'Afrique, sous Néko, 700 ans avant Tère chrétienne et raconté par Hérodote, nous ne pouvons rapporter la première découverte et l'utilisation de notre île qu'aux Arabes, qui déjà aux VI* et VIP siècles étaient établis aux Comores. Et la forme, le genre de construction du puits, notamment son escalier, prouvent bien que ce sont les anciens Arabes qui sont les auteurs de ce travail.

On songe alors aux Contes des Mille et une Nuits et aux légendes arabes qui, mêlant toujours la vérité et la fable, plaçant au temps d'Haroun al Raschid par exemple, des événements qui n'ont eu lieu sous aucun gouverneur d'hommes, parlent souvent d'îles fumantes, de puits con-

tenantdes eaux merveilleuses, de cavernes^ insondables, de trésors mystérieux, de vallées habitées par des serpents redoutables ou des oiseaux géants, des animaux inconnus, des génies puissants..»

Quoi qu'il en soit, quelle qu'ait été la civilisation à^ laquelle nous devons le puits aujourd'hui inutilisé de Saint-Philippe, qu'elle puisse se rattacher à la société arabe qui a conquis Zanzibar, établi des postes à Madagascar et civilisé les Comores* bien avant que Bourbon fût connue, ou qu'on veuille y voir un établissement de colons encore plus anciens, il est certain que ces colons avaient disparu depuis bien longtemps, de même que les premiers Portugais l'avaient désertée, lorsque en 1638 Salomon Goubert, capitaine du navire Saint- Alexis, de Dieppe (qui se perdit un peu plus tard à Madagascar), en prit possession au nom du roi Louis XIII.

En 1652, de Pronis, envoyé à Madagascar par la Compagnie des Indes, toucha d'abord à la Réunion (à cette époque Grande-Mascareigne) et en prit de nouveau officiellement possession.

A peine arrivé à Madagascar, il eut à lutter contre ses subordonnés et contre les colons déjà établis. Les mutins, plusieurs fois apaisés, finirent par s'empai*er de Pronis et le garder prisonnier pour le conduire à bord du premier bateau qui se présenterait.

1. Il y en a plusieurs à la Réunion et notamment près dé Saint- Philippe.

2. Les Arabes ont, à différentes reprises, visité et occupé Madagascar^ notamment la côte Nord-Ouest, et cela depuis des temps très anciens, puisque l'on a retrouvé sur la côte de Fort-Dauphin des Arabes d'une race qui ne connaissait pas M ait omet, qui se disait descendue d'Abraham et avait conservé certaines pratiques du Judaïsme. L'île Sainte-Marie s' A^^pela^it Nossi Hibr^ahim (Vile d'Abraham). Il est certain que dès le VIP siècle les Arabes s'établirent aux Comores et que, vers le XIP siècle, un géographe arabe décrivait Madagascar et les îles voisines.

Ce îatie Saint-Laurent, capitaine Le Bourg, qui amenait à Madagascar de nouveaux colons.

Mais les révoltés n'eurent point gain de cause près du capitaine Le Bourg, Pronis fut rétabli dans son autorité, et la paix fut conclue de nouveau entre les mutins et le chef de la colonie. Ils ne tardèrent pas à se révolter de nouveau et, cette fois, Pronis résolut de faire un exemple. ,

11 fit arrêter douze des meneurs, leur fit faire amende honorable, à la mode du temps : « en chemise, barbe et cheveux rasés, la torche en main, » et les déporta à la Grande-Mascareigne pour y vivre à leurs risques et périls.

Us y arrivèrent à la fin de l'année 1646 et furent ainsi les premiers colons français (le la Réunion ; mais ils abandonnèrent l'Ile pour rentrer à Madagascar peu de temps après (1649), lorsque M. de Flaeourt remplaça de Pronis à la tête de Madagascar, et ils firent de la terre qu'ils venaient de quitter un tableau si enchanteur que Flacourt la déclara, une fois de plus, possession du roi de France et lui donna le nom d'//e Bourbon, afin, dit-il, d'exprimer qu'elle représente « ce qu'il y a de meilleur au monde n.

Une tentative de colonisation d'un sieur Payen, en 1663, ne réussit point, ses esclaves l'ayant abandonné pour fuir dans l'intérieur et former le premier noyau des nombreux Nègres marrons qu'il fallut exterminer plus tard.

En 1665, la Compagnie française des Indes-Orientales à laquelle le roi avait cédé l'exploitation de l'île Bourbon y envoya de nouveaux colons qui, cette fois, solidement établis, régis par des gouverneurs dont le premier fut Etienne Regnault et restés en communication constante avec la mère-patrie, ne tardèrent pas à peupler la colonie naissante et à en développer les ressources.

Toutefois, ainsi que nous l'avons vu, Jacob de la Haye prit encore une fois solennellement possession de l'Jle au nom du roi en 1671,

Il n'y eut plus d'interruption désormais dans l'exploitation de l'île, dont la prospérité alla sans cesse en augmentant, bien que la Compagnie des Indes, dont les affaires allaient mal, eut rendu définitivement l'ilc au roi en 1764, juste un siècle après qu'elle en avait fait la première cession au roi.

On se demande pourquoi les Arabes sans doute, puis les Portugais, puis le petit noyau de colons francomalgaches, qui avaient précédé le premier établissement sérieux de la Compagnie des Indes, avaient abandonné la colonie.

Une légende locale veut que ce soit l'abondance des rats' qui ait chassé les premiers occupants. Ces animaux auraient pullulé en si grand nombre qu'ils détruisaient tout: récoltes, provisions, magasins.

A partir de 1776, le sort de ia colonie fut Hé à celui de Vile Maurice, que la Compagnie des Indes hollandaises avait abandonnée pour des motifs qui nous sont inconnus et dont les Français avaient pris possession en 1721 sous le nom à'Ile de France.

Le gouverneur général des deux îles résidait à l'Ile de France, assisté pour le gouvernement de Bourbon d'un gouverneur particulier et d'un commissaire ordonnateur de la marine résidant à Bourbon.

En 1790, l'ile élut des députés à l'Assemblée nationale

1. Les rats d'autrefois étaient-ils plus dangereux que ceux de nos jours? Un fait parait incontestable. Chez les anciens Égyptiens, le rat était le symbole de la destruction, et chose curieuse, de la peste, ce qui mérite d'fltre remarqué, maintenant que l'on a découvert que cette maladie nous vient des rats.

et prit le nom de la Réunion. Une assemblée coloniale, élue pér le pays, l'administra au nom de la République, qui fut olTiciellement proclamée le 16 mars 1791.

Sous Napoléon V", l'administration fut remise de nouveau à un gouverneur résidant à Hle de France et prit le nom A! Ile Bonaparte .

C'est à cette époque que furent promulgués dans la colonie les différents codes en vigueur dans la mèrepatrie.

En 1810, l'île, abandonnée à ses seules ressources, tomba au pouvoir des Anglais' et ne fut rétrocédée à la France que le 6 avril 1815.

Bourbon fut pour toujours séparé de Vile de France qui resta anglaise et prit le nom A'Ile Maurice. Sous là deuxième République, le nom de Boui-bon repris en 1815 futdéfinitivement abandonné pour celui A' Ile de la Réunion.

L'abolition de l'esclavage, qui avait déjà été décrétée en principe par la première République, mais sans effet, fut définitivement proclamée en 1848, et la qualité de Français accordée aux anciens esclaves dont les propriétaires furent indemnisés.

Enfin la troisième République, en 1870, conféra le droit de vote et d'éligibilité à tous les citoyens, anciens esclaves ou non.

Toutes ces différentes révolutions se passèrent dans

1. L'Ile de France, mieux outillée, résista plus longtemps. Quelques anciens créoles ont encore présents à la mémoire les combats soutenus par les marins français contre les Anglais et dont plusieurs sont légendaires, notamment celui de Bouvet contre Corbett, qui eut lieu, non h. Sainte-Rose, comme on l'a dit, mais dans les eaux du cap Bernard, non loin de Saint^Paul, et où l'on combattit glorieusement et victorieusement pour nos armées à longueur de refbuloir. D'après un témoin oculaire, les Anglais qni s'étaient vantés de prendre Bouvet périrent tous et furent, malgré une résistance admirable, n piles comme dans un mortier ».

un calme relatif bien fait pour prouver la douceur des mœurs et le caractère paisible des habitants du pays.

Aujourd'hui, l'île est régie par des institutions calquées sur celles de la mère-patrie, et il faudrait peu de modifications pour l'assimiler complètement à un département français.

Voici quelles sont les grandes lignes de son administration :

La constitution de la colonie est réglée par le sénatus-

consulte du 7 mai 1854.

A la tête de l'administration se trouve le gouverneur, qui possède toutes les attributions d'un préfet en France, mais qui, en outre, a des pouvoirs plus étendus à cause de Téloignement de la métropole.

Il a le commandement général, sous Tautorité directe du Ministre des colonies.

Il promulgue dans là colonie les lois nouvellement édictées en France et les rend ainsi exécutoires.

Il est assisté d'un conseil privé consultatif qu'il préside et qui comprend : le secrétaire général, le procureur général, le chef administratif de la marine, et deux conseillers privés choisis par le gouverneur et pouvant être remplacés par deux suppléants ; les chefs de service sont appelés à titre consultatif au conseil privé lorsque les affaires traitées concernent leur service.

Le conseil privé constitue, avec l'adjonction de deux magistrats choisis par le gouverneur, un tribunal spécial de contentieux administratif.

Le secrétaire général, chargé des détails de l'administration, et le procureur général, chef de la justice^ viennent immédiatement après le gouverneur et le remplacent par intérim en son absence.

Un Conseil général, composé de 36 membres et élu au

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âge universel, établit le budget local et vote toutes épeiises autres «]iie celles de souveraineté (gouverne- , armée, justice, cultes). Ses attributions sont celles conseils généraux des départements français avec jues additions, notaniment en ce qui concerne l'étaement des droits de douane.

tre les sessions du Conseil général, une commission liale donne son avis sur certaines questions d'intérêt c et délibère sur celles qui lui sont déférées par la JUe est nommée à la fin de chaque session ordinaire. irganîsatipn municipale est exactement semblable à

de la France. Elle est régie par les mêmes lois. s électeurs de la Réunion sont appelés à élire deux tés et un sénateur, exactement dans les mêmes conns que les autres électeurs français, e chambre de commerce et une chambre d'agrîculsont instituées à la Réunion, et nomment un délégué ■is,

idminîstration de la justice fonctionne comme en ce, avec cette restriction que les membres de la maîture coloniale ne sonl pas inamovibles, e comprend une cour d'appel, deux cours d'assises,

tribunaux de première instance et neuf justices de Les avocats, notaires, avoués, huissiers et greffiers, régis par les mêmes règlements qu'en France.

commissaire de marine est chargé de l'administrade la guerre et de la marine, et en général de tous ervices dépendant du budget de l'Etat, des bureaux )mmissariat de l'inscription maritime, des revues et ments, hôpitaux militaires, subsistances, travaux, etc. 3 pays étrangers qui sont représentés par des consuls Réunion sont : l'Angleterre, l'Italie, le Portugal, la ique, les Etats-Unis.

Le service du recrutement fonctionne depuis trois ans sur les mêmes bases qu'en France.

Le service de l'enseignement primaire et celui de l'enseignement secondaire ont pris un développement considérable depuis quelques années\

Les services des douanes, des contributions directes et indirectes, de l'enregistrement, du timbre et des domaines, des poids et mesures, des ponts et chaussées, de la police, des prisons, des hôpitaux, comprennent un nombreux personnel et fonctionnent avec les mêmes règlements qu'en France, de même que la Poste. Un trésorier payeur général dirige les services financiers à Saint-Denis, où se trouve aussi la Banque de la Réunion, établissement ayant le privilège d'émettre de la monnaie.

Le télégraphe électrique fonctionne entre les mains d'une Compagnie particulière, composée d'actionnaires peu nombreux, faisant des bénéfices, grâce à une subvention de la colonie, qui aurait peut-être plus d'avantage à exploiter elle-même le réseau. Nous n'avons pas à insister sur les inconvénients de la transmission des télégrammes par une Compagnie dont le directeur n'est pas un fonctionnaire de l'Etat. 11 y a là une réforme à accomplir.

Citons enfin comme établissements d'utilité publique ressortissant aux diverses administrations : la chambre syndicale des agents de change, la commission des mercuriales, la commission des morues, l'hôpital militaire, déjà cité, avec une convalescence à Saint-François et une annexe à Hell-Bourg, l'hôpital colonial, les hospices pour vieillards et infirmes, la léproserie, le conseil d'hygiène et

1. Tout ce qyi concerne renseignement est résumé plus loin dans les chapitres dus à MM. Mounier, chef du service de l'Instruction publique ; Bossard, inspecteur, primaire; Lafifon, directeur de l'École primaire centrale. •

de salubrité publique, la commission sanitaire, la commission de santé, le conseil de surveillance des prisons, le pénitencier pour jeunes détenus, les orphelinats pour les jeunes filles, le conseil de défense, les commissions d'assistance publique, les archives coloniales, la l^ibliothèque publique riche de plus de 17.000 volumes, le muséum d'histoire naturelle possédant 23.000 pièces, le jardin colonial, Fasile des aliénés (à Saint-Paul).

Le port et les rades de la colonie sont fréquentés par 240 à 250 bateaux annuellement.

Enfin le clergé comprend 54 prêtres, et les écoles libres des Frères de la Doctrine chrétienne sont nombreuses dans la colonie.

Nous verrons avec détail dans les chapitres suivants comment l'île a été administrée et mise en valeur, quel parti les colons ont su tirer de ses richesses naturelles, quelles sont les conditions de la vie actuelle et quel est l'avenir du pays.

I! est impossible de dire avec eertitude ((uelle est ■encore actuellement la superficie boisée de l'ile de la Réunion. La propriété foncière n'y est pas cadastrée. Les forêts domaniales, elles-mêmes, n'ont jamais été relevées topographiquement. Sous le bénéfice de la grande incertitude qui résulte de ces faits, il n'est pas exagéré de dire ■que les bois et forêts recouvrent encore actuellement plus ■du tiers de la superficie totale de l'ile, se répartissant, approximativement par moitié, entre le Domaine et les particuliers.

Les forêts des particuliers recouvrent les parties supérieures des pentes douces de notre système orographique qui font partie des terrains concédés. Elles sont généralement comprises entre lesaltitudes de 400à 1,203 mètres, Récemment, des forêts artificielles très importantes ont été créées par des particuliers dans les plaines basses du littoral. Ces dernières tendent à prendre de plus en plus 4'importance pour servir à la création de vanilleries sous bois.

Les forêts domaniales s'étendent :

1° Sur les hauts plateaux de l'intérieur de l'ile, situés

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au delà de la ligne dite du sommet des montagnes, attribuée comme limite supérieure aux concessions originaires faites dans la colonie ;

2^ Sur les pentes d'encaissement des torrents qui ont servi de bornes à ces mêmes concessions;

3** Sur les pentes d'encaissement des cirques de Tintérieur de Tîle, et sur quelques plateaux, situés au fond de ces cirques, qui n'ont pas été concédés ou envahis.

Elles comprennent enfin, sur le littoral, la zone dite des pas géométriques, partout où celle-ci n'a pas été louée, et quelques plaines de sable ou savanes rachetées et reboisées par la colonie pour cause d'utilité publique.

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